Sciences humaines & sociales

  • La philosophie politique et la psychanalyse ont en partage un problème essentiel à la vie des hommes et des sociétés, ce mécontentement sourd qui gangrène leur existence. Certes, l'objet de l'analyse reste la quête des origines, la compréhension de l'être intime, de ses manquements, de ses troubles et de ses désirs. Seulement il existe ce moment où savoir ne suffit pas à guérir, à calmer, à apaiser. Pour cela, il faut dépasser la peine, la colère, le deuil, le renoncement et, de façon plus exemplaire, le ressentiment, cette amertume qui peut avoir notre peau alors même que nous pourrions découvrir son goût subtil et libérateur. L'aventure démocratique propose elle aussi la confrontation avec la rumination victimaire. La question du bon gouvernement peut s'effacer devant celle-ci : que faire, à quelque niveau que ce soit, institutionnel ou non, pour que cette entité démocratique sache endiguer la pulsion ressentimiste, la seule à pouvoir menacer sa durabilité ? Nous voilà, individus et État de droit, devant un même défi : diagnostiquer le ressentiment, sa force sombre, et résister à la tentation d'en faire le moteur des histoires individuelles et collectives.

  • Depuis mai 2017, Bruno Le Maire est ministre de l'Économie et des Finances auprès d'Emmanuel Macron. Acteur des trois premières années du quinquennat, il offre un éclairage unique sur les décisions économiques, industrielles, financières et fiscales qui ont été prises durant cette période. Il en explique les intentions et la cohérence en les confrontant à notre histoire nationale. Il nous donne un accès privilégié à la pratique du pouvoir comme aux événements et crises qui ont marqué ces années. Il fournit aussi des clés de compréhension de la vie politique des grandes nations occidentales, bousculées par la crise de la Covid-19 et par l'émergence de la Chine.
    Dans ce nouveau livre, Bruno Le Maire réaffirme le lien essentiel entre littérature et pouvoir. Il définit les enjeux qui façonneront la France et l'Europe de demain.

  • « Ce volume réunit l'ensemble des sept préfaces que j'ai données à des oeuvres de Malraux dans la Collection blanche et la Bibliothèque de la Pléiade : écrits farfelus, lettres choisies, carnets de voyage en URSS et du Front populaire, écrits sur l'art, essais critiques. Il couvre donc l'ensemble de la pensée de Malraux essayiste, dont il dégage les grands thèmes et souligne l'actualité. Si je me rappelle mes premières impressions à la lecture de Malraux, quelqu'un apparaissait, qui nous disait que l'histoire pouvait se raconter à rebours, à partir de l'art moderne (qui nous était cher, la jeunesse s'est toujours voulue moderne) vers le passé, tous les passés. Raconter n'était pas le mot, cette nouvelle histoire était faite d'apparitions, comme celle de Mme Arnoux dans L'Éducation sentimentale. C'était aussi une nouvelle géographie : surgissaient l'Afrique, l'Asie aux mille ateliers, l'Amérique de l'art précolombien, les îles d'Océanie. Mais tout excepté le médiocre, qui n'explique rien, sauf la prose du monde. L'histoire volait en éclats sous le choc des éclairs. Nos manuels, en effet, n'étaient pas écrits, ne relevaient pas de la littérature. Malraux, lui, donnait un équivalent stylistique des oeuvres dont il parlait, il traitait avec elles d'égal à égales et les reconstituait en une phrase, une image, un élan lyrique. C'était le sismographe que nous aimions aussi chez André Breton. Nous n'avions, d'autre part, jamais vu ces confrontations de photographies, de reproductions d'oeuvres d'art, ces courts circuits qui font jaillir une étincelle (dont nous étions voleurs, suivant le conseil de Rimbaud, notre contemporain).Les archives du comité Nobel ont montré que Malraux n'avait pas eu ce prix parce qu'il n'écrivait plus de romans. Étrange hiérarchie des genres, qui exclut l'essai du champ littéraire ! Au pays de Montaigne, de Pascal, de Montesquieu, de Valéry, on tiendra au contraire qu'il n'est pas moins littéraire que la fiction. La même imagination créatrice qui s'est illustrée dans La Condition humaine est présente dans Les Voix du silence, et dans la critique littéraire, dont L'homme précaire et la littérature représente l'aboutissement. L'Homme précaire retrouve le sens de la littérature. Les Voix du silence peuvent apparaître comme une recherche des temps et des arts perdus : styles négligés, artistes oubliés, continents engloutis. Elles retrouvent le temps de l'art. Restait à montrer par quels moyens. » (J.-Y. T.)

  • Situations t.6

    Jean-Paul Sartre

    De mai 1958 à octobre 1964, Sartre est sur tous les fronts. Depuis le premier volume de Situations, on le sait curieux et perspicace ami des écrivains et des artistes : Albert Camus, Paul Nizan, André Masson, Merleau-Ponty, Andreï Tarkovsky... Le refus du prix Nobel de littérature et la tonalité polémique que Sartre lui donne viennent mettre le point final à ces pages consacrées aux lettres et aux arts. Ce qui, incontestablement, tient la première place, c'est le combat politique. La toile de fond en est le conflit algérien et, de manière plus générale, les conflits du Tiers Monde ; y apparaissent de grotesques figures, d'autres que Sartre juge plus pernicieuses et dangereuses pour la démocratie et la République, d'autres enfin qui sont à ses yeux porteuses d'espérance ou véritablement héroïques. Dans ce combat politique, Sartre fait flèche de tout bois : le polémiste y excelle, le moraliste y cisèle ses aphorismes ; la violence va jusqu'au cri, semble emporter l'écrivain au-delà de toute retenue.
    Mais il est enfin un autre Sartre plus humain, plus fraternel, celui qui part à la recherche de ses amis disparus, qui sont morts prématurément, absurdement, et à qui il faut rendre hommage ou justice : Camus, Nizan et Merleau-Ponty. Ces trois éloges funèbres sont également trois occasions de revenir sur soi, de comparer sa propre vie et celle de ceux qui ont disparu, de voir tout le chemin parcouru, tantôt avec eux tantôt sans eux ou contre eux, de jeter sur qui l'on fut un regard qui n'a nulle complaisance mais qui n'est pas sans tendresse.

  • Comme il l'avait fait précédemment avec Gauguin et Segalen aux Marquises, Michel Onfray a suivi les traces d'Artaud au pays des Tarahumaras. En 1936, Artaud cherche au Mexique un remède à l'inéluctable décadence de l'Occident et de l'Orient civilisés, en même temps qu'à ses propres tourments. Pourquoi cet esprit libre et souffrant s'intéresse-t-il au Popol-Vuh à une époque où seuls Le Capital et Freud captivent l'intelligentsia ? Artaud, qui rêve de trouver dans les rites précolombiens un moyen de rédemption, rentrera chez lui les mains vides et le coeur brûlé au spectacle d'une civilisation anéantie par la chrétienté et la modernité.
    Quatre-vingts ans plus tard, Michel Onfray découvre à son tour ce qui reste des Tarahumaras et de leurs rites : un peuple acculturé, détruit par la tuberculose et l'électricité, vidé de sa mémoire, promis à la disparition - comme tant d'autres peuples "premiers" décimés par les conquêtes coloniales et religieuses.
    On retrouve ici la méthode de pensée de Michel Onfray, et sa ligne directrice : marcher sur les pas des grands réfractaires, dans les lieux de leurs visions fondamentales, et prolonger leur réflexion sur la décadence et la mort des civilisations.

  • Dégagements

    Régis Debray

    L'essentiel, qui est un certain style, se niche dans les détails. C'est le ton de l'écrivain, celui qui vivifie les mots et stylise la vie.
    Régis Debray joue aux quatre coins avec les accidents de la vie. Entre figures tutélaires (Julien Gracq ou Daniel Cordier), et artistes redécouverts (Andy Warhol ou Marcel Proust), entre cinéma et théâtre, expos et concerts, le médiologue se promcne en roue libre, sans appret ni a priori. Reveries et aphorismes cruels se melent aux exercices d'admiration. Les angles sont vifs, la lumicre crue, mais souvent, ´r la fin, tamisée par l'humour.
    Ainsi l'exige la démarche médiologique, tout en zigzags et transgressions, selon la définition un rien farceuse qu'en donne l'auteur : TUn mauvais esprit assez particulier qui consiste, quand un sage montre la lune, ´r regarder son doigt, tel l'idiot du conte.t

  • Au cours des entretiens qu'il eut avec Simone de Beauvoir pendant l'été 1974, Sartre s'est expliqué sur ce que représentaient pour lui ses lettres : "C'était la transcription de la vie immédiate... C'était un travail spontané. Je pensais à part moi qu'on aurait pu les publier, ces lettres... J'avais la petite arrière-pensée qu'on les publierait après ma mort... Mes lettres ont été en somme l'équivalent d'un témoignage sur ma vie."
    Ce recueil qui couvre une période allant de 1926 à 1963 rassemble toutes les lettres retrouvées par Simone de Beauvoir, ainsi que quelques autres qui lui ont été léguées ou confiées par leurs destinataires.

  • En quoi le dessin d'une mouche au centre de l'urinoir fait-il de l'homme un mouton?
    Pourquoi les gens qui font des 'quenelles' tiennent-ils à montrer qu'ils ont le bras long ?
    D'où vient l'idée saugrenue de fin du monde ?
    Qui dira la tragédie du sac plastique à usage unique, que son immortalité condamne ?
    Comment se fait-il que chaque époque ait eu des gens pour dire que "c'était mieux avant" ?
    Quelle différence entre un twitto et un gladiateur, et entre le 'mode avion' et le souverainisme ?
    Que restera-t-il du vintage quand, dans quelques années, notre passé immédiat n'aura plus que des objets virtuels à offrir en chemin à ceux qui voudront, malgré la fin de l'histoire, partir encore à la recherche du temps perdu ?
    En un mot, comment échapper, face au monde et à ses objets, au triste sentiment de savoir ?
    En gardant à l'esprit que, contrairement à une idée reçue, quand l'imbécile montre la Lune, le sage regarde le doigt...

  • Les ressemblances de famille s'attachent à des motifs saugrenus : la forme d'un nez, un grain de beauté, une allure décidée, mais aussi un tempérament sexuel ou une maladie héréditaire. Relier des êtres qui se ressemblent - l'enfant à ses parents, l'animal à sa race - confirme l'ordre du monde. Chacun trouve sa place dans le déroulé des filiations.
    Mais parfois des formes louches dérogent aux apparentements naturels. L'imagination des femmes enceintes fut souvent alléguée pour expliquer ces bizarreries. Plus rigoureuses, les sciences du vivant s'employèrent à trouver la raison généalogique permettant de distinguer entre les semblables. Le siècle de Darwin, féru de typologies, inventa des familles d'oreilles et de crânes pour décrypter les physionomies saines ou criminelles.
    /> La codification des types est cependant menacée par l'extension infinie des airs de famille qui suggèrent un vertige : n'importe qui peut ressembler à n'importe quoi! Aux portraits-robots ils opposent le flou photographique des visages. Wittgenstein s'en inspira pour modifier toute la grammaire des parentés.
    Lorsque ces airs sont aussi entêtants que des musiques, ils deviennent des affinités. Ce mot ancien désigne des échanges subtils entre des sujets, selon le milieu et l'occasion. Réactualisé par les sites de rencontres, il se réduit aujourd'hui à l'assortiment des mêmes goûts. Mais les affinités, au contraire, composent avec le dissemblable. Leurs voisinages magnétiques effrayèrent Kant et Goethe. Insidieuses ou fulgurantes, les affinités transportent une puissance de désaffinité.

  • À dix-sept ans, élève de philosophie au lycée d'Alger, Albert Camus eut pour professeur Jean Grenier. Ainsi commença une amitié qui devait durer toujours. Et Camus a dit lui-même assez souvent l'influence qu'avait eue, sur sa pensée et sur son style, l'auteur des Îles.
    Le livre de Jean Grenier n'est ni une biographie ni un commentaire de l'oeuvre de Camus. C'est une suite de souvenirs strictement personnels, un témoignage dont la discrétion volontaire n'exclut pas la précision. Jean Grenier est ainsi amené à parler de questions qui se sont posées à Albert Camus touchant la politique, la religion, l'Algérie, la création littéraire, etc.
    Un portrait se dégage peu à peu de cette suite de souvenirs où la vérité est obtenue avec une grande sobriété de moyens et où sont abordés indirectement des problèmes qui nous concernent tous.

  • Historien public

    Pierre Nora

    "Après avoir édité quelque sept cents livres, je me suis résolu à m'éditer moi-même.
    Cet ouvrage-ci mêle autobiographie intellectuelle et portrait d'époque à travers les interventions, polémiques et prises de position que j'ai été amené à provoquer ou à soutenir depuis cinquante ans.
    C'est au croisement de mon activité d'éditeur d'une intelligentsia encore au sommet de son rayonnement mondial et d'historien de la France contemporaine et de sa mémoire nationale que je me suis retrouvé historien public.
    Depuis Archives, cette collection de poche qui mettait les bibliothèques dans la rue et les archives dans la poche, jusqu'à Liberté pour l'histoire, qui défend l'indépendance du travail de l'esprit, en passant par la revue Le Débat et Les Lieux de mémoire, qui réconcilient l'histoire de pointe avec la mémoire collective, une même volonté se dégage de tant d'engagements sans rapport apparent : mettre l'histoire au coeur de la culture et de l'identité françaises."
    Pierre Nora.

  • André Pieyre de Mandiargues projetait de réunir les textes de ce Quatrième belvédère. Il les a d'ailleurs tous publiés de son vivant. On retrouve donc ici le plaisir de le suivre dans les caprices de son immense curiosité littéraire et artistique, qui le fait sauter des libertins du XVIIe siècle au Paris de Nerval. Du philosophe maudit Weininger à Italo Svevo, en passant par Giovanni Papini et De Chirico. Du goût de la viande de requin, à son tour mangé par un homme, à la symbolique de la rose. De Théophile Gautier, "une sorte de hippie", à Pauline Réage. D'Octavio Paz à Pierre Jean Jouve, Julien Gracq, Francis Ponge. Il faut le suivre, aussi, quand il attribue définitivement à Hoffmann un chef-d'oeuvre érotique, Soeur Monika, en appuyant sa démonstration sur un plat de macaronis !
    Surtout, cet ultime Belvédère offre un superbe point de vue sur les peintres : Bellmer, Dubuffet, Balthus, Max Ernst, Magritte, Wifredo Lam, Klossowski...
    Et combien est émouvant le prologue, "Là-dedans", exploration du moi le plus intime.

  • Dans La force de l'âge, Simone de Beauvoir a raconté comment, de 1935 à 1937, elle a écrit Quand prime le spirituel, son premier livre, resté longtemps inédit.
    'Je résolus cette fois de composer des récits brefs. Je me limiterais aux choses, aux gens que je connaissais ; j'essaierais de rendre sensible une vérité que j'avais personnellement éprouvée. J'indiquais le thème par un titre ironiquement emprunté à Maritain. La première nouvelle décrit l'étiolement d'une jeune fille à l'institut Sainte-Marie. Dans la seconde, je m'amusais à imaginer, chez une adulte, la dégradation de la religiosité en chiennerie. Dans la troisième, l'héroïne, par son entêtement à jouer un rôle, jetait dans des désastres deux jeunes élèves qui l'admiraient. J'avais réussi à rendre cette distance de soi à soi qu'est la mauvaise foi. Dans la quatrième, je tentai à nouveau de ressusciter Zaza. J'échouai. Cinquième nouvelle : une satire de ma jeunesse. Mon enfance au cours Désir et la crise religieuse de mon adolescence. Ce récit était de loin le meilleur...
    Sartre en approuva de nombreux passages.'

  • "Du plus loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours aimé les préfaces. La première que j'ai lue est celle de Mérimée pour Mademoiselle de Maupin. Elle n'est pas dans ce livre parce qu'elle serait trop longue, mais je ne l'ai pas oubliée. C'était la première fois que j'étais confronté à cette idée de l'art pour l'art qui devait depuis me poursuivre. Je peux dire la même chose et pour les mêmes raisons de la préface de Marcel Proust à La Bible d'Amiens de Ruskin. Si j'ai choisi d'intituler cette anthologie L'art de la préface, c'est bien pour montrer qu'une préface n'est pas un texte ordinaire : hommage d'admiration à l'auteur, explication de texte, recherche attentive du détail. C'est tout cela à la fois et beaucoup plus encore. L'expression "c'est tout un art!" trouve ici sa place."

  • Alain a raconté, dans l'Histoire de mes pensées, qu'au début de sa carrière il enseigna pendant sept ans au lycée de Lorient et commença d'écrire des chroniques pour venir en aide à un journal local, sans argent ni rédacteurs : "C'était, dit-il, raisonnable et plat. Je le voyais bien. Alain, qui entre alors en scène, commença très mal. Il écrivait comme un professeur... Tout métier veut apprentissage." Mais quand il remplaça le gamin chargé des faits divers, au galop, et sans signer, "le style se montra de lui-même dans ces improvisations". Il chercha le secret de cette éloquence. "Alors j'achetai le premier des trois cahiers que j'ai encore, où je m'exerçais tous les jours." Et il connut le bonheur d'écrire.
    Les textes qui remplissent ces trois cahiers sont des propos avant les Propos. On y trouve déjà beaucoup des thèmes qui seront, toute sa vie, ceux d'Alain. Sur la guerre, sur l'amour, sur le rire, sur l'action, la doctrine prend forme. Parfois le fameux «trait» de l'écrivain futur illumine un instant la phrase. En d'autres endroits manquent, par trop de sérieux apparent, les métaphores, les mythes, les dieux qui feront la poésie de la prose d'Alain. Mais rien n'est plus intéressant que d'étudier le premier état d'une pensée qui allait si vite s'approfondir, et de découvrir, dans les écrits de jeunesse de notre maître, ce que fut la jeunesse de l'homme.

  • Avant la prise de la Bastille, Saint-Just, jeune étudiant en droit, démontre dans un long poème satirique, Organt, "l'analogie générale des moeurs avec la folie". La Révolution sera pour lui une remise en cause non seulement du monde politique, mais de la condition humaine. Son ultime raison d'être, il la livrera quelques jours avant de mourir dans ces phrases célèbres : "Je méprise la poussière qui me compose... Mais je défie qu'on m'arrache cette vie indépendante que je me suis donnée dans les siècles et sous les cieux."

    Comment Saint-Just en est-il venu là ? Quels chemins a-t-il suivis, quels combats a-t-il livrés, pour ne plus trouver d'espérance qu'en l'au-delà ?
    La Franc-Maçonnerie d'alors semble avoir influencé sa pensée et servi son accession au pouvoir. (Mais ce rigoriste était aussi un sentimental : la rupture qui mit fin à son premier amour devait lui inspirer l'esquisse d'un roman autobiographique
    qui nous est ici révélé.)

    Des pièces récemment déchiffrées établissent le bien-fondé des réquisitoires de l'accusateur du roi, de Hébert, de Danton, au nom du Comité de salut public.

    La divergence aperçue par Albert Ollivier entre Robespierre et Saint-Just, dans le dernier trimestre, éclaire d'un jour nouveau le 9 Thermidor et détruit la légende d'un triumvirat dominant jusqu'au bout le Comité.

    Ainsi dégagée des images d'Épinal pro ou anti-révolutionnaires, l'histoire de la Terreur autour d'un jeune homme qui croyait en ses idées paraît encore plus pathétique.

    Il est peut-être excessif de dire : "Il n'y a pas de grands hommes, il n'y a que de grands conflits." Mais il est vrai que la valeur d'un homme tient à sa manière "d'éprouver, d'exprimer un grand conflit, et d'y répondre". Du point
    de vue qu'il exprime par ces mots, Albert Ollivier a mis en valeur des aspects inconnus - et passionnants - non seulement de "l'Archange de la Terreur", mais de la révolution elle-même. Il a fait oeuvre de philosophie en même temps que d'historien.

  • Dès le début du XIXe siècle, les commentateurs de Nostradamus ont signalé, dans le 20e quatrain de la IXe Centurie, un faisceau de détails précis qui paraît annoncer la fuite et l'arrestation de Louis XVI : "de nuit", un personnage "en gris" "viendra dedans Varennes" et, aussitôt après, dans le dernier vers, un "élu cap cause tempête, feu, sang, tranche" - le tranche étant un couperet. Mais les autres détails sont inexpliqués : pourquoi le personnage en question est-il appelé "le moine noir"? Pourquoi vient-il "par la forêt de Reines"? Et que signifie le deuxième vers, sans syntaxe : "Deux parts, vaultorte, Herne, la pierre blanche"? À partir de ces données, l'auteur propose trois jeux. Un puzzle : l'étude philologique et historique du texte permet-elle d'éclairer toutes ces énigmes, sans résidu, par les circonstances du "drame de Varennes"? Un jeu logique : si l'on admet que, au milieu du XVIe siècle, Nostradamus a "vu" l'événement de 1791, quels sont les caractères distinctifs de cette connaissance, les mécanismes de cette pensée, qui diffère à la fois de la pensée onirique et de la pensée réfléchie? Un jeu métaphysique enfin : comment concevoir les moyens de cette connaissance?

    À la fin du Phédon, Socrate, achevant de mourir, prononce onze mots très simples qui signifient : "Criton, nous devons un coq à Asklépios. Payez la dette et n'oubliez pas." Aucune exégèse satisfaisante n'a été proposée. La plus usuelle est celle que Lamartine a mise en vers :
    "Aux dieux libérateurs, dit-il, qu'on sacrifie!
    Ils m'ont guéri! - De quoi? dit Cébès. - De la vie!"
    Toute l'existence, tout l'enseignement de Socrate protestent contre cette interprétation. Qu'a-t-il voulu dire?

empty