L'école des loisirs

  • Comment est né le football féminin en Angleterre ? Par ce hasard qui ne fait jamais rien au hasard.
    Le 6 avril 1917, à la pause déjeuner de l'usine de munitions Doyle & Walkers, à Sheffield, Royaume-Uni, Violet Chapman, ouvrière, prise d'une inspiration subite, donne un coup de pied dans l'espèce de balle qui se trouve au milieu de la cour en brique rouge de 330 pieds de long par 240 pieds de largeur.
    Aussitôt, les dix autres femmes présentes lâchent leurs casse-croûtes et sautent du muret où elles étaient assises en rang d'oignons pour se mettre à courir elles aussi.
    Ce simple coup de pied aurait pu les tuer. Car la balle est un prototype de bombe légère destinée à calculer la trajectoire de chute, avant de massacrer l'ennemi. Mais la bombe n'explose pas. C'est leur coeur qui le fait. Ce coup de pied vient de leur sauver la vie, à toutes.
    Elles jouent pendant plus d'une demi-heure.
    Et recommencent le lendemain. Et encore, et encore.
    Jusqu'à jouer dans un vrai stade, jusqu'à affronter des professionnels !
    Jusqu'à ce que les hommes - patron, chéris, papas - mettent leur veto à cette passion, à cette obsession, à cette libération.
    Avec Les Frères Lehman, Stefano Massini nous a raconté l'invention d'un métier par des hommes, avec le Ladies Football Club, il nous raconte l'invention d'une liberté par des femmes.

  • 11 septembre 1844, apparition. Heyum Lehman arrive de Rimpar, Bavière, à New York. Il a perdu 8 kg en 45 jours de traversée. Il fait venir ses deux frères pour travailler avec lui.
    15 septembre 2008, disparition. La banque Lehman Brothers fait faillite. Elle a vendu au monde coton, charbon, café, acier, pétrole, armes, tabac, télévisions, ordinateurs et illusions, pendant plus de 150 ans.
    Comment passe-t-on du sens du commerce à l'insensé de la finance ? Comment des pères inventent-ils un métier qu'aucun enfant ne peut comprendre ni rêver d'exercer ?
    Grandeur et décadence, les Heureux et les Damnés, comment raconter ce qui est arrivé ? Non seulement par les chiffres, mais par l'esprit et la lettre ?
    Par le récit détaillé de l'épopée familiale, économique et biblique. Par la répétition poétique, par la litanie prophétique, par l'humour toujours.
    Par une histoire de l'Amérique, au galop comme un cheval fou dans les crises et les guerres fratricides.
    Comment prendre la suite de Yehouda Ben Tema qui écrivit dans les Maximes des Pères :
    « Tu auras cinquante années pour devenir sage.
    Tu en auras soixante pour devenir savant » ?
    Nous avons 848 pages et environ 30 000 vers pour devenir instruits, circonspects, édifiés. Groggy.

  • Après Canal Mussolini, le nouveau livre d'Antonio Pennacchi, prix Strega 2010

    Les Peruzzi ! Cette grande famille de paysans sans terre aux dix-sept enfants, embarquée par Benito Mussolini dans l'aventure du fascisme et ses chantiers spectaculaires, se trouve comme l'Europe entière dans le tourbillon de la guerre qui réussit l'impensable : diviser la famille, faire que des frères se battent à mort dans des camps opposés, Chemises noires, Armée royale, Résistance. Pourtant, tous veulent la même chose : libérer leur ville de Littoria, libérer leur peuple, libérer l'Italie entière !

    Avec le débarquement, les marais Pontins sont dévastés, les villages pillés, et les Peruzzi contraints de s'exiler dans les montagnes comme des milliers de malheureux. Le cousin Diomède, lui, le rouquin bâtard, débrouillard et chanceux de dix-huit ans, prend la tangente et saisit sa chance. Il est au bon endroit au bon moment, dans les ruines fumantes de la Banque d'Italie d'où s'échappent les dollars. La reconstruction que tous appellent de leurs voeux, c'est lui qui va l'incarner. Devenir riche, courir partout, bâtir des villes entières, se faire appeler Big Boss par les Américains ? Oui, c'est possible, car impossible n'est pas Peruzzi !

    Grâce à la verve intarissable d'Antonio Pennacchi, un demi-siècle d'histoire italienne défile à brides abattues. Et ce western familial, d'une ironie teintée de magie, donne un nom propre aux événements. La Mafia avait les Corleone, le peuple a les Peruzzi !

  • C'est fou le nombre de choses que les mères ne font pas : boire, faire la fête, avoir une vie, voir du monde, écrire.

    Alors qu'elle fait ses premiers pas balbutiants dans la maternité, une romancière à succès apprend qu'une de ses anciennes connaissances vient de noyer ses jumeaux. Le fait divers secoue toute l'Espagne, mais pour elle, l'histoire devient une obsession. Elle demande un congé sabbatique, non tant pour élever son enfant que pour se lancer dans une enquête vertigineuse sur ce crime.

    Parmi les choses que les mères ne font pas, il y avait aussi tuer. Mais ça, c'était avant.

    En s'attaquant au tabou des tabous, l'infanticide, en questionnant le rapport entre maternité et création, avec Doris Lessing ou Sylvia Plath, en évoquant sans fard la vie secrète, solitaire et ennuyeuse, de la jeune maman, en croisant le fer avec les « mères à l'enfant » triomphantes et caricaturales des magazines, Katixa Agirre questionne la violence, l'ambivalence et les bouleversements que charrie l'enfantement dans une société résolue à les passer sous silence.

    Elle ne donne pas de réponse. Elle se contemple dans un miroir trouble et obscur. Son roman, mené comme un thriller, mêle brillamment chronique judiciaire et récit intime, et met en lumière les fragilités et les gouffres méconnus des mères débutantes. Il n'en est que plus perturbant, courageux et nécessaire.

  • Voilà treize ans qu'ils sont ensemble.
    Pourquoi le pronom « je » a-t-il disparu, corps et âme, de la langue de leurs couples ?
    Quand les bras grands ouverts de la maternité se sont-ils refermés comme les dents d'un piège ?
    Pourquoi le pronom « je » a-t-il disparu, corps et âme, de la langue de leurs couples ?
    À Londres, dans une ville amoureusement parcourue et habitée, de l'élection de Barak Obama à la mort de Michael Jackson, deux couples se débattent avec leur histoire, le travail, la quarantaine, les illusions perdues, et leur statut d'émigrés de la deuxième génération devenus parents à leur tour. Ils ont cru à l'intégration, voilà qu'ils se désintègrent.
    Là-haut, sur sa colline de la rive Sud, le phare du Crystal Palace les veille. La vie doit-elle, comme lui, accepter de voir ses facettes et ses façades tomber en mille morceaux pour être rebâtie ailleurs, en trois fois plus grand ?
    Avec brio, avec verve, avec un scalpel trempé dans un élixir de poésie, Diana Evans répond.

  • - 29%

    1921 Les guerres indiennes sont loin. Leurs survivants ont, pour la plupart, été parqués dans des réserves où ils végètent, misérables, abandonnés à leur sort.

    Une exception à cette règle : le peuple osage. Il s'est vu attribuer un territoire minéral aux confins de l'Oklahoma. Or ces rochers recouvrent le plus grand gisement de pétrole des États-Unis. Les Osages sont millionnaires, roulent en voitures de luxe, envoient leurs enfants dans les plus prestigieuses universités et se font servir par des domestiques blancs. Le monde à l'envers.
    Un jour, deux membres de la tribu disparaissent. Un corps est retrouvé, une balle dans la tête. Puis une femme meurt empoisonnée. Et une autre. Plus tard, une maison explose. Trois morts. Qui commet ces assassinats ? Qui a intérêt à terroriser les riches Osages ? Les premières enquêtes, locales, sont bâclées, elles piétinent. C'est pourquoi, après une nouvelle série noire, ce dossier brûlant est confié au BOI (Bureau of Investigation, qui deviendra le FBI en 1935). À sa tête, un très jeune homme. Son nom est Hoover, Edgar J. Hoover. Il veut deux choses. La première : faire toute la lumière sur cette sombre affaire, et il s'en donne les moyens, enquêteurs hors pair, méthodes rigoureuses de police scientifique, mise en fiche de la moindre information. La seconde : le pouvoir. Surtout le pouvoir. Et ce premier coup d'éclat va le lui offrir sur un plateau.

  • 2013, l'an 37 après Steve Jobs. Facebook vient d'entrer en Bourse avec une valorisation de cent milliards de dollars, Apple va le faire bientôt pour dix fois plus. Les jeunes, brillants et fougueux, patrons de la Silicon Valley promettent au monde entier, pour son bien, rien de moins que l'ultime révolution, non sanglante. Une nouvelle façon de vivre, de commercer et de communiquer : plus vite, tout le temps, avec tous.

    Dans le vieux monde et dans ses vieux métiers, on s'ennuie ferme et surtout, on gagne petit. Alors, comme tant d'autres, Anna Wiener, vingt-cinq ans, quitte un emploi frustrant dans l'édition new-yorkaise et s'envole pour San Francisco et ses start-up spécialisées dans le Big Data. Elle plonge dans le monde merveilleux de l'hyper-productivité souriante, de l'efficacité extravagante et de l'immédiateté surréaliste, aux mains de jeunes gens qui jonglent avec les millions et le verbe disrupter. On aurait dû se méfier. En anglais, il veut dire détruire. Que faire ? Invoquer le mantra « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » ? Mais qui a lu Rabelais ? Et, de toute façon, dans la Vallée, personne ne vous entend crier.

    Alors, Anna raconte, incisive, tantôt sardonique, tantôt candide, ses découvertes. Elle retrace le passage insensible de l'industrie de la Tech du statut de sauveur du monde autoproclamé à la tragique réalité de menace pour la démocratie doublée d'un rival de Wall Street. Son livre est un rare témoignage à la première personne qui pourrait s'intituler Les Illusions perdues 2016 - année de l'élection de Donald Trump, catastrophe dans laquelle les révolutionnaires susnommés ne sont pas innocents.

  • Les mensonges et la folle cupidité des banquiers (autrement dite « crise des subprimes ») les a jetés à la rue. En 2008, ils ont perdu leur travail, leur maison, tout l'argent patiemment mis de côté pour la retraite.
    Ils auraient pu rester sur place, à tourner en rond, en attendant des jours meilleurs. Ils ont préféré investir leurs derniers dollars et toute leur énergie dans l'aménagement d'un van customisé, et les voilà partis. Ils sont devenus des migrants en étrange pays, dans leur pays lui-même, l'Amérique dont le rêve a tourné au cauchemar. Tantôt ils se reposent dans un paysage sublime ou se rassemblent pour un vide-grenier géant ou une nuit de fête dans le désert. Mais le plus souvent, ils foncent là où l'on embauche les seniors compétents et dociles : entrepôt Amazon, parc d'attraction, camping... Parfois ils s'y épuisent et s'y brisent.
    Partie pour écrire un long article sur le phénomène de société qu'ils incarnent, Jessica Bruder a passé trois ans à les rencontrer, à les suivre, à parcourir des milliers de kilomètres avec eux, pour finir par vivre leur vie, de l'intérieur.
    Parmi eux, il y a sa chouchou : Linda May, 69 ans, qui taille la route mais dont le rêve est de bâtir un jour de ses mains un géonef, de s'y poser, et d'y couler des jours heureux.
    Le film tiré de cet ouvrage a reçu le Lion d'Or à Venise et e Prix du Festival International du Film de Toronto (TIFF) en 2020.

  • Ses parents viennent de mourir dans un accident de voiture. Désirant accomplir leur dernière volonté d'être enterrés dans leur village natal, la jeune physicienne Ruth Schwarz entreprend les démarches nécessaires. Mais elle est bientôt confrontée à une série d'obstacles qu'on dirait surgis d'un cauchemar.

    Le village en question, Groß-Einland ? Il ne figure sur aucune carte, personne ne le connaît, c'est comme s'il n'existait pas.

    Quand elle finit par le trouver, à force d'acharnement et aidée par le hasard, elle découvre un lieu étrange, dissimulé dans la montagne, à la fois figé dans un passé féodal et terriblement mouvant, bâti sur une cavité gigantesque, une mine d'argent désaffectée qui, telle une bête souterraine, ne cesse d'ouvrir des fissures dans les rues, de fendre les murailles et de faire pencher les places vers son gouffre béant.

    Le sujet semble totalement tabou parmi les habitants. Les trous du sous-sol seraient-ils aussi des trous de mémoire sur lesquels on a coulé le béton du mensonge par omission ? Qu'a-t-on caché dans ces galeries souterraines, quel massacre a-t-il été perpétré dans ces lieux, et par qui ?

    La mystérieuse comtesse qui règne sur la bourgade embauche bientôt Ruth pour ses talents de physicienne, afin qu'elle prépare le colmatage du sol et des secrets.

    Mais comment arrêter la vérité quand elle sort enfin du puits ?

    À seulement trente ans, avec ce premier roman puissant et burlesque, Raphaela Edelbauer se livre à une exploration onirique et fantastique des souvenirs refoulés de l'Autriche, dans la lignée des plus grands auteurs du pays : Gustav Meyrink, Franz Kafka et Thomas Bernhard.

  • En l'espace de quatre ans, cinq jeunes hommes noirs avec lesquels Jesmyn Ward a grandi sont morts dans des circonstances violentes. Ces décès n'avaient aucun lien entre eux si ce n'est le spectre puissant de la pauvreté et du racisme qui balise l'entrée dans l'âge adulte des jeunes hommes issus de la communauté africaine-américaine. Dans Les Moissons funèbres, livre devenu instantanément un classique de la littérature américaine, Jesmyn Ward raconte les difficultés rencontrées par la population rurale du Sud des États-Unis à laquelle elle appartient et porte tant d'affection.

  • Un travail intéressant, une vie intellectuelle, des amis... Mais un célibat involontaire qui dure depuis trente ans : amours déçues, refus, rebuffades, questions indiscrètes, solitude profonde, conseils déplacés, condescendance... Malin Lindroth a cinquante ans quand elle réalise qu'elle n'aura pas d'enfants. C'est l'occasion pour elle de réfléchir à son histoire qui est aussi celle de ces millions de femmes qui continuent de chercher « une vie à soi » tout en se confrontant aux normes de la vie de couple. Car, dans le monde occidental, la vie à deux constitue non seulement la plus haute expression de l'amour, mais la seule et unique. Vivre seule est vu comme un échec, ou une parenthèse en attendant mieux. Que faire de cet échec ? Se laisser inspirer par le kintsugi, peut-être, cet art japonais de la réparation qui consiste à souligner à la poudre d'or les cicatrices des porcelaines et des céramiques brisées. La peur de la solitude et tout ce que nous faisons pour y échapper est bien souvent plus blessant que la solitude elle-même. « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier », écrivait le suédois Stig Dagerman. Malin Lindroth lui donne tort avec ce livre éblouissant d'humanité qui, comme La Femme de trente ans de Balzac en son temps, donne aux femmes le droit d'être reconnues par la société en dehors des diktats de l'époque et de la loi du marché. Tout à la fois essai et témoignage, La Fille de cinquante ans pose une question essentielle : quelle place reconnaître aux femmes seules qui aiment toujours autant vivre et aimer ? Au siècle dernier, en Suède - pays pionnier du féminisme -, elles avaient plus de droits que les femmes mariées.

  • L'écart

    Amy Liptrot

    Grande, fine, intrépide et avide de passion, elle vacille, tel un petit navire dans la tempête, elle hésite entre deux destins : se laisser emporter vers le sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l'on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque.
    Ou se fracasser contre les falaises de l'île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur.
    Elle l'ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l'appel qui la hante, qui vient toucher cette part d'elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir.
    Troquer la bouteille assassine contre une thermos de café fort, troquer l'observation narquoise et éperdue de la faune des nuits de fêtes tristes pour la contemplation des étoiles et des nuages, et l'inventaire des derniers spécimens de râle des genêts, un oiseau nocturne comme elle, menacé comme elle, farouche comme elle.
    Sa voie s'appelle l'Écart. C'est l'humble nom d'une bande côtière où les animaux sauvages et domestiques peuvent se côtoyer loin des regards, où folâtrent des elfes ivres d'embruns.
    C'est le nom fier de son premier roman.

  • Marié dès l'âge de dix-huit ans à une femme que sa communauté lui a choisie, Shulem Deen a longtemps mené une vie austère encadrée par les règles strictes des skver. Considérés comme trop extrêmes même par les plus fanatiques - les satmar, les belz, les loubavitch -, les skver font revivre les coutumes et les pratiques des premiers Juifs hassidiques et se tiennent à l'écart du monde extérieur. Seulement, un jour, Shulem s'est mis à douter. Dans ce récit passionnant, il raconte le long et douloureux processus d'émancipation qui a poussé sa communauté ultra-orthodoxe à l'exclure pour hérésie. Un parcours poignant qui, loin de tout règlement de comptes, offre une analyse fine des raisons conduisant des hommes et des femmes à quitter leur monde.

  • Dans ce récit à la fois personnel et politique, J.D. Vance raconte son enfance chaotique dans les Appalaches, cette immense région des États-Unis qui a vu l'industrie du charbon et de la métallurgie péricliter.
    Il décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits Blancs » du Midwest que l'on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump. Roman autobiographique, roman d'un transfuge, Hillbilly Élégie nous fait entendre la voix d'une classe désillusionnée et pose des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ? Comment l'Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

  • « J'adore Fairyland. C'est une histoire d'amour à la fois unique et merveilleuse entre un père et sa fille qui ont grandi côte à côte dans le San Francisco des années 1970. Je pense que ce livre fera un film aussi touchant qu'engagé. » Sofia Coppola 1974. Après la mort de sa femme, Steve Abbott, écrivain et militant homosexuel, déménage à San Francisco. Avec sa fille de deux ans, Alysia, il s'installe dans le quartier de Haight-Ashbury, le centre névralgique de la culture hippie.
    Là où Joan Baez a pris le micro dix ans plus tôt pour appeler à lutter contre la censure et en faveur de la liberté d'expression. Là où les représentants officiels de la Beat Generation - William Burroughs, Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Lawrence Ferlinghetti, Neal Cassidy... - annoncèrent l'avènement de la révolution psychédélique. Steve Abbott découvre une ville en pleine effervescence dans laquelle la communauté gay se bat pour ses droits, il rejoint la scène littéraire de l'époque et fréquente cette génération de jeunes gens bien décidés à tout vivre, tout expérimenter. Commence pour le duo père-fille une vie de bohème, ponctuée de déménagements, de fêtes et de lectures de poésie à l'arrière des librairies.
    Alysia Abbott raconte son enfance alors que le virus du sida ronge peu à peu la ville.

  • 1989. La colère monte depuis des mois en Chine. Ce jour-là, le 4 juin, elle éclate. Des millions de citoyens se rassemblent dans les rues et sur la place Tian anmen, pour réclamer davantage de démocratie et de justice. Le pouvoir répond par des balles, des baïonnettes et des chars d'assaut, et, aussitôt après, propose au peuple défait un nouvel opium : l'argent, à tout prix. Ce livre qui évoque aussi la mémoire du meilleur ami de l'auteur, Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix 2010, mort en détention en 2017 , est un recueil de témoignages de quelques-uns des « émeutiers » du 4-juin. Leur crime ? Ils ont écrit, photographié, décrit la réalité de ce jour-là. L'un est poète, l'autre, banquier, un troisième, étudiant, un quatrième a pissé sur un char à l'arrêt. Les qualifications ubuesco-kafkaïennes de leurs actes ? « Tromperie économique », « récriminations réactionnaires furieuses », « incitation à la propagande contre-révolutionnaire ». Leurs peines ? Tortures, brimades, persécutions, douze ans de bagne, ou seize ans, ou vingt ans. Et ensuite, après la sortie, une condamnation à rester des « parasites de la société » à vie, des marginaux définitifs. Trente ans plus tard, leurs bourreaux sont toujours au pouvoir.

  • Rana, dix ans, fonce sur son vélo flambant neuf. Heureuse, insouciante, choyée par son père, un vent de liberté lui caresse le visage.
    Quinze jours plus tard, c'est terminé. Son vélo est donné à l'un de ses oncles. Encore quelques mois et elle devra, pour être une bonne musulmane aimée d'Allah, porter l'abaya noire sur son corps, le niqab sur son visage et le tarha sur sa tête et ses épaules. Ensuite, ses parents lui trouveront un mari et elle sera condamnée à ne plus rien faire que la cuisine, le ménage et ses cinq prières par jour. C'est la loi.
    Il ne reste à Rana que ses yeux pour pleurer et contempler son monde : L'Arabie saoudite des années 2000. Mais sur ce monde, elle porte un regard impitoyable. La frustration sexuelle fabrique des obsédés et des hypocrites. L'obsession et l'hypocrisie transforment les hommes en ennemis de leurs propres soeurs, filles ou épouses. Les agressions et les violences quotidiennes donnent aux femmes l'envie de fuir. Très peu réalisent ce rêve fou.
    Rana sera l'une d'elles. Elle n'a jamais oublié le vent de liberté de ses dix ans, elle est prête à tout pour le retrouver et en jouir, et , cette fois, en adulte.

  • Wednesday Martin débarque de son Midwest natal dans l'Upper East Side, le quartier le plus huppé de Manhattan, avec son mari et ses deux enfants. Le rêve se transforme rapidement en cauchemar. Wednesday est sur le territoire des primates les plus riches de la planète. Une enclave hostile peuplée de femmes au foyer surdiplômées, glamour, mariées à des patrons de hedge funds et totalement dévouées à la réussite de leur progéniture. Armée d'un calepin et d'un crayon, Wednesday Martin consigne, à la manière de la célèbre primatologue Jane Goodall, les rites, les moeurs, les contradictions et les peurs de ces mères richissimes en quête obsessionnelle de perfection.

  • Helene le sait depuis l'enfance, il y a une criminelle dans la famille.
    Sa mère lui a raconté inlassablement la légende, en touillant la sauce tomate, en coiffant ses cheveux noirs, en la préparant pour la messe. Vita, son arrière-arrière-grand-mère italienne, a tué un homme à la suite d'une partie de cartes. Seule avec ses deux fils, elle a fui le Sud de l'Italie pour s'installer à Jersey City, en 1892.
    Jusqu'à présent, Vita était une figure intimidante mais floue, comme la femme invisible des films de Scorsese ou Coppola. Mais, aujourd'hui, Helene a 39 ans. L'âge auquel Vita est arrivée en Amérique. L'âge auquel mouraient les femmes de sa région, à l'époque. Prise de panique à l'idée que ses propres enfants soient affligés du gène du crime qui, du grand-père voleur de homards au cousin consigliere de la Mafia, coule dans leur sang, Helene décide de conjurer le sort.
    Elle entreprend des recherches fiévreuses, de cimetières en archives, dans cette Basilicate jadis arpentée par les grands hommes, Pythagore, Spartacus ou Horace, mais ravagée, au XIXe siècle, par la misère, la famine, la malaria et le droit de cuissage du padrone.
    Au bout de dix ans, au bout de ses voyages, au bout de son enquête, la vraie Vita l'attend.

  • Inventeur d'un genre littéraire, le gonzo, Hunter S. Thompson était le wild man de la presse américaine, mais aussi et surtout l'un des grands auteurs du XXe siècle. Il se mettait en scène comme élément principal de ses reportages, écrivait sur les gangs de motards et la contre-culture des années 1960, sur les élections présidentielles et les drogues psychédéliques. Et vivait une vie sulfureuse animée par un cocktail d'alcool et de cocaïne... jusqu'à son suicide, en 2005. Dans Fils de gonzo, Juan F. Thompson raconte l'histoire de ce père pas comme les autres et se confie sur son enfance, forcément compliquée quand on est élevé par l'auteur génial mais fou de Las Vegas parano : « Mais ce qui importe davantage pour moi, c'est qu'il était mon père et que j'étais son fils. Et aucun fils ne peut échapper à ce qu'implique cette relation. Bons ou mauvais, faibles ou forts, vivants ou morts, proches ou distants, nos pères sont avec nous. »

  • Manville : la ville de l'homme. Une cité ouvrière du New Jersey, tout droit sortie d'un tube de Bruce Springsteen, où pour être un homme, un vrai, il faut rouler des mécaniques, ne se montrer vulnérable à aucun prix, même si les femmes et le boulot s'en vont.
    William, lui, est différent. Solitaire, gringalet, poète, il a du mal à tenir son rang dans la lignée macho des Giraldi, grand-père, père et Saint-Esprit.
    Pourtant, un jour, dans la cave de son oncle, il fait comme les autres. Il soupèse un haltère. Ce qu'il ressent alors est une pulsion, une passion, sa vocation. À coups de boîtes de thon arrosées de la sciure des boissons protéinées, à coups de curls, de squats, de shrugs et de tractions supinations, il entreprend sa métamorphose. Sa vie d'avant continue. Il glissera désormais ses extraits préférés de Flannery O'Connor, Ovide, Keats, Goethe ou Fitzgerald entre les pages de Flex ou Muscle & Fitness, c'est tout.
    En hissant ses poids de fonte quotidiens, William Giraldi soulève aussi des questions de fond essentielles - qu'est-ce qu'être un homme, un père, un fils dans l'Amérique des années Reagan ? Comment se supporter ? - Et profondément existentielles. Deuxième roman traduit de William Giraldi, Le Corps du héros, donne malgré sa gravité, envie de marcher tête haute en riant, comme si vous sortiez d'un gymnase où l'on déclame des poèmes glorieux de Walt Whitman.

  • Résultat de plusieurs années d'enquête, de centaines d'heures d'entretiens avec les amis, la famille mais aussi les détracteurs d'Andy Warhol, cette biographie révèle les origines de l'icône du pop art.
    Jamais un texte ne s'est penché avec autant d'attention sur son parcours, depuis son enfance au sein d'une famille d'émigrés ruthènes dans la banlieue industrielle de Pittsburgh jusqu'à son quotidien tumultueux à New York. Véritable time capsule, ce document est une plongée dans la vie complexe et controversée de l'artiste... Rédacteur en chef de la célèbre revue Interview, Victor Bockris consigne dans un style unique une époque et cristallise les voix de ceux que Warhol aura croisés tout au long de sa vie. Cette biographie, publiée pour la première fois dans son intégralité en France, dépasse la simple anecdote pour raconter mieux que personne l'ascension d'Andy Warhol et sa course effrénée et obsessionnelle vers la gloire.

  • Sophia Amoruso n'était pas forte en maths. Elle n'a pas fréquenté les prestigieuses universités dont sont issus la plupart des patrons de la Silicon Valley.
    Pour tout vous dire, Sophia Amoruso était même un cancre, plutôt porté sur les fêtes et les copains que sur les études dont elle décroche à dix-sept ans pour mener une vie de patachon. Mais, après un petit boulot mortifère et quelques déboires avec la police, Sophia décide de mettre le paquet sur son passe-temps favori: dénicher des vêtements vintage dont elle habille ses copines pour en «faire des looks» postés sur les réseaux sociaux. Les commandes pleuvent. Huit ans plus tard, Sophia Amoruso génère 74millions d'euros de revenus sur son propre site de vente en ligne, Nasty Gal. Ou comment une adolescente rebelle est devenue une femme d'affaires de trente ans à la tête d'une entreprise de plus de quatre cents personnes.

  • 1973. Mohammed Ali s'est retranché dans son camp d'entraînement en Pennsylvanie­ pour préparer ce qui va devenir le combat du siècle. Dans deux ans, il affrontera George Foreman à Kinshasa lors du championnat mondial de boxe poids lourds. Personne n'a encore jamais battu Foreman, l'invincible. Ali quant à lui se félicite déjà de son futur exploit et construit sa légende, écrivant des poèmes, éructant et multipliant les monologues enflammés, aujourd'hui historiques, qui fascinaient tant Andy Warhol...

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