Le Livre de poche (réédition numérique FeniXX)

  • Si la physique classique a largement contribué à modeler nos conceptions et nos représentations de la réalité, la théorie de la relativité et la théorie quantique introduisent aujourd'hui des bouleversements décisifs qui sont en train de transformer jusqu'à notre mode de pensée. Avec L'idée du déterminisme, Alexandre Kojève propose la première analyse fouillée de ces mutations mentales que nous vivons chaque jour. Un travail philosophique sans équivalent qui, non seulement livre une subtile étude comparée des grands systèmes scientifiques, mais encore fournit les éléments d'une réflexion stimulante sur les remaniements de quelques-unes des notions clefs de la science contemporaine. Un texte majeur de l'un des grands philosophes français de ce siècle.

  • Noms propres, ou le livre des livres. Emmanuel Lévinas nous offre ses exercices de lecture. Kierkegaard, Proust, Agnon, Martin Buber, Edmond Jabès, Jacques Derrida, Jean Wahl, etc. Un philosophe et ses proches. A sa manière aussi : un récit des filiations.

  • Née à Alger en 1937 de père et de mère inconnus, Albertine Sarrazin est élevée par l'Assistance publique jusqu'à l'âge de quatre ans où elle est adoptée, puis emmenée en France. A la suite d'incidents provoqués par son « ardeur à vivre », elle est placée dans une maison d'éducation surveillée, d'où elle s'échappe au moment des épreuves du baccalauréat. Elle monte à Paris, y vit en hors-la-loi, est arrêtée et condamnée en 1955 à sept ans de réclusion après un hold-up. En 1957, elle s'évade, rencontre Julien Sarrazin qu'elle épouse plus tard en prison ; puis c'est la libération, deux arrestations encore... En 1964, une autre vie s'annonce pour elle après la parution de L'Astragale et de La Cavale en 1965 qui obtiennent un grand succès de librairie. La Traversière est publiée en 1966, et bien accueillie également. Albertine Sarrazin meurt le 10 juillet 1967 au cours d'une opération chirurgicale. Le prix des Quatre-Jurys a été décerné à ses deux premiers ouvrages, L'Astragale et La Cavale.

  • Dernier roman inédit d'Alexandre Vialatte, La Dame du Job fournit la clé du projet romanesque inauguré en 1942 par Le Fidèle Berger, poursuivi avec La Maison du joueur de flûte puis Les Fruits du Congo. « C'est une dame, écrivait l'auteur à Jean Paulhan, qui fume la cigarette sur un calendrier du Job dans une auberge sur le plateau du champ de tir, près d'une petite ville de garnison. » Son image fascine deux enfants, le narrateur et Frédéric Lamourette, fils du chef de musique. Ils vont bâtir, autour de l'auberge et du champ de tir, un univers fantastique dont elle sera l'énigmatique souveraine. Et c'est elle que leur imagination associera au drame bien réel, mais incompréhensible, qui se noue sous leurs yeux : celui du lieutenant, de l'ordonnance et de la belle dame serrée de trop près. Un drame pour adulte. La guerre est là. Les premières automobiles apparaissent dans une campagne fumante de brouillards et d'odeurs. La dame du Job, près de qui un homme va mourir, annonce déjà la négresse des Fruits du Congo. Reine de papier elle aussi, son visage bouleversant restera mêlé pour toujours à ce qui est le vrai sujet du roman : la découverte du monde par deux enfants.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Née à Budapest (Hongrie), Christine Arnothy, tout en faisant de solides études classiques, se passionne dès l'enfance pour la littérature et la langue françaises. C'est ainsi qu'elle vient tout naturellement se fixer en France quand, avec ses parents, passant la frontière à pied, elle quitte la Hongrie. Les seuls biens qu'elle emporte avec elle sont, cousus dans son manteau, les feuillets qu'elle a écrits tandis qu'elle vivait la guerre à Budapest. Ces feuillets du temps du siège seront publiés sous le titre : J'ai quinze ans et je ne veux pas mourir. Le Grand Prix Vérité a couronné ce récit unanimement célébré par la critique, traduit dans le monde entier et devenu livre scolaire dans plusieurs pays. En 1957, paraîtra une suite autobiographique : Il n'est pas si facile de vivre. Christine Arnothy commence alors une brillante carrière d'écrivain français, notamment avec ses romans : Le Cardinal prisonnier, La Saison des Américains, Le Jardin noir (Prix des Quatre Jurys), Aviva, Chiche !, Un type merveilleux, J'aime la vie, Le Bonheur d'une manière ou d'une autre et avec un recueil de nouvelles : Le Cavalier mongol (Grand Prix de la Nouvelle de l'Académie française). Christine Arnothy a également écrit pour le théâtre, ainsi que des oeuvres pour la radio et la télévision. Elle a publié un pamphlet sous le titre : Lettre ouverte aux rois nus. Son nouveau roman : Toutes les chances plus une est paru en septembre 1980.

  • Rimbaud, la fulgurance d'un destin hors du commun. Alain Borer est parti sur les traces du poète, explorant à son tour les lignes de fuite qui l'ont conduit en Abyssinie. Jusqu'aux lieux désormais consacrés de sa mythologie, Aden et Harar. Enquête érudite, récit de voyage, roman philosophique ou poème d'aujourd'hui, Un sieur Rimbaud rassemble les figures contrastées d'un personnage énigmatique et fascinant. La vie de Rimbaud comme une épopée.

  • « Pour qui écrit-on ? » À cette question que Sartre pose, Jeannette Colombel répond ici par une « Lettre à Mathilde », sa petite-fille qui entre en terminale et qui, comme bien d'autres garçons et filles de sa génération, désire savoir qui est ce philosophe, cet homme de lettres, ce militant, dont l'influence a marqué toute la seconde moitié du XXe siècle. Lui-même, parlant des remous qu'il a suscités, ajoute : « Mes contemporains m'ont toujours haï, et puis finalement tout s'est arrangé parce que les jeunes avaient de bons rapports avec moi. » L'enfance de Sartre, ses rapports avec Simone de Beauvoir et avec les femmes en général, son oeuvre philosophique, son théâtre et ses romans, ses batailles d'idées, son engagement aux côtés des opprimés, sa réflexion sur la question juive... autant de thèmes traités en une succession de courts chapitres, qui constituent la meilleure des initiations à la connaissance de Jean-Paul Sartre.

  • Il est peu de premier livre dont, si vite, je me sois senti aussi proche. Je comprends mal ordinairement l'angoisse des villes et des brumes froides. L'angoisse de Bruxelles, il me semble, c'est d'avoir envie de fuir Bruxelles. Au contraire, pour l'angoisse en plein soleil qui fait le sujet de L'Erreur, je la comprends mieux, car il n'y a pas de fuite possible ; elle n'est pas nostalgie, mais impossibilité. Si l'âme défaille à Gênes, à midi, elle veut en même temps demeurer sous ce ciel. Dès lors c'est l'affrontement, sans complaisance. Le sujet de L'Erreur est justement cet affrontement et comment un homme, né pour vivre, peut trouver au-delà d'une certaine mort une deuxième vie. Il n'est pas, à mon sens, de sujet plus grand. La langue fière et droite, à peine distante, de Daniel, ajoute encore au beau secret de ce livre, qui n'est pas de ceux qu'on choisit mais plutôt de ceux, rares, qui choisissent leurs lecteurs.

  • Aux confins du monde, entre Inde et Pakistan, le soulèvement d'un peuple à l'ombre des grandes puissances. « Les Indes rouges » sont le démontage lucide et rigoureux d'une insurrection de la liberté. Premier ouvrage de Bernard-Henri Lévy, introuvable depuis dix ans.

  • Archives d'un procès : Klaus Barbie, ou le retour de la mémoire. Un exceptionnel document à verser aux dossiers de l'Histoire. Tout y est. Depuis le rapport de ce que furent le nazisme et l'Occupation en France, la chronologie des faits et des événements jusqu'au suivi du procès lui-même. Acteurs, témoins victimes : tous parlent, tous racontent, tous témoignent. Des textes de Serge Klarsfeld, Emmanuel Lévinas, Claude Lanzmann, Bernard-Henri Lévy, Léon Poliakow, Élie Wiesel, Marek Halter, Samuel Pisar, et de beaucoup d'autres hommes qui, à un titre ou à un autre, ont tous autorité pour intervenir.

  • « Un jour Aziz errant comme à l'accoutumée avait croisé un regard enfermé dans un long tissu blanc, une femme jeune, vive, qui revenait du souk, son couffin chargé de poissons. Il s'était senti différent ; quelque chose s'ouvrait à Zarziz où la poussière du sol paraissait geôlière de tout. Il n'avait vu que la lueur de ses yeux comme une lame dans le soleil blanc, sur les cailloux beiges ». N'ayant pas l'argent nécessaire pour épouser sa bien-aimée, Aziz, jeune Tunisien du sud, décide de quitter sa ville natale. Il arrive à Paris, dans une France mythique, chez son cousin beur, deuxième génération. Celui-ci l'initie au monde des loubards. Ce jeune homme d'Orient regarde ces jeunes délinquants, délaissés par leurs parents, ignorés du reste du monde : personnages directement inspirés de « Los Olvidados ». Sans les juger, ils assistera à leur tragédie banale, inéluctable ; sans intervenir il verra se dérouler leur drame et choisira de repartir. Choc de deux cultures, affrontement de deux langues, violence des amitiés, mélange des traditions, l'Occident aura perdu, pour Aziz, son éclat.

  • La célèbre comédienne Liliane Berg pleure au casino de Monte-Carlo. Plus ses jetons s'accumulent, plus elle s'abandonne au désespoir. Elle voudrait fuir sa chance. Son amant, comédien lui aussi - mais il a vingt ans de moins qu'elle - la regarde jouer et gagner. Pour Gabriel, Liliane est le symbole de la réussite. D'une trop grande réussite. Parfaite, brillante, superbe, elle l'agace. Auprès d'elle, il a l'impression d'être un raté. Si elle pouvait cesser d'exister... Il lui reste juste cette nuit pour agir.

  • Une jeune Kabyle se voit condamnée à mort par sa famille pour avoir enfreint les règles ancestrales, pris pour compagnon un français et conçu un enfant avec lui. Cela se passe à Paris, en 1987, et la victime de cette « expédition punitive » n'est autre que l'auteur de ce livre. Dans « Le voile du silence », Djura ne se contente pas de raconter ce drame. Elle nous entraîne dans les enchantements des montagnes de Kabylie, dépeint le folklore tragique des cités d'urgence pour immigrés, et fustige, sans aucun a priori politique, l'incroyable archaïsme de la condition de certaines femmes musulmanes dans l'Europe d'aujourd'hui. « Le Voile » que l'auteur lève ici rejoint une actualité grave, qui ne se limite pas - on peut le voir dans ces pages - au port d'un simple foulard. Un roman vécu signé dans le sang, dont on sort bouleversé, différent, admiratif et averti.

  • Après vingt ans de croissance mais aussi de perte des espoirs de la Libération, le mouvement de Mai mit en cause un type de société et de culture. Il ne fut pas seulement un mouvement de révolte et de rupture : il annonça l'entrée de la culture dans le champ politique et la fin de la séparation entre vie publique et vie privée. Mais cette signification centrale de son action fut en partie cachée par lui-même : alors qu'il ouvrait sur l'avenir, il recourut à des mots et à une idéologie hérités du passé. Il y a trente ans, comme aujourd'hui encore, s'opposent, parmi les contestataires de l'ordre établi, ceux qui en appellent à un État interventionniste ou révolutionnaire et ceux qui veulent reconstruire l'action politique sur un nouvel état des protestations sociales et des demandes culturelles. Mais le message de Mai peut être mieux compris aujourd'hui, au moment où nous sortons d'une longue période de refus de l'avenir pendant laquelle ne pouvaient s'opposer qu'un libéralisme brutal et la défense corporative d'intérêts acquis. Nous comprenons mieux l'importance d'un mouvement qui a modifié presque tous les aspects de notre vie collective.

  • De la jeune Hélène du Rempart des béguines au petit enfant muet d'Allegra, tous les héros de Françoise Mallet-Joris ont laissé dans notre mémoire un souvenir qu'elle a su rendre inoubliable. En suivant Dickie-Roi, « L'Archange de la Chanson », une toute jeune fille, Pauline, va connaître une véritable éducation sentimentale. Aux couleurs de la tendresse, de l'humour et de la lucidité, Dickie-Roi est le roman de notre époque et de ses mythes.

  • Georges de Sarre a dit adieu au monde des Ambassades et abandonné sa particule - en même temps que la diplomatie - pour devenir écrivain. Si quelques fils gris argentent ses tempes, il a gardé le goût de mordre à la vie à belles dents, et de ne refuser aucune expérience. Aussi, après les premiers étonnements, écoute-t-il le mentor de ses jeunes années, le père de Trennes, qui voudrait le voir devenir franc-maçon. Pourquoi cette surprise, c'est que la franc-maçonnerie ne passe pas pour être en odeur de sainteté auprès des autorités ecclésiastiques. Georges connaissait quelques-uns des préjugés qui s'attachent à cette société secrète ; il en étudie - guidé par l'élégant Jésuite - les arcanes et la puissance. Comme son amie Françoise s'oppose à ses projets, et que la fille de Françoise - l'acide et vive Osmonde - s'y intéresse, cela lui est l'occasion de rompre des lances en faveur de ces « fils de la lumière », qui défendent la fraternité universelle sous le symbole de l'équerre et de la truelle - et de brosser un de ces tableaux où se mêlent ombres et lumières, auxquels excelle le talent satirique de Roger Peyrefitte.

  • Georges de Sarre a dit adieu au monde des Ambassades et abandonné sa particule - en même temps que la diplomatie - pour devenir écrivain. Si quelques fils gris argentent ses tempes, il a gardé le goût de mordre à la vie à belles dents, et de ne refuser aucune expérience. Aussi, après les premiers étonnements, écoute-t-il le mentor de ses jeunes années, le père de Trennes, qui voudrait le voir devenir franc-maçon. Pourquoi cette surprise, c'est que la franc-maçonnerie ne passe pas pour être en odeur de sainteté auprès des autorités ecclésiastiques. Georges connaissait quelques-uns des préjugés qui s'attachent à cette société secrète ; il en étudie - guidé par l'élégant Jésuite - les arcanes et la puissance. Comme son amie Françoise s'oppose à ses projets, et que la fille de Françoise - l'acide et vive Osmonde - s'y intéresse, cela lui est l'occasion de rompre des lances en faveur de ces « fils de la lumière », qui défendent la fraternité universelle sous le symbole de l'équerre et de la truelle - et de brosser un de ces tableaux où se mêlent ombres et lumières, auxquels excelle le talent satirique de Roger Peyrefitte.

  • Un drame vécu par un enfant qui, ses parents absents, se retrouve confronté à la maladie d'un être proche.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Léon Bonape est un loup, un patron de choc de l'industrie poissonnière, qui ressemble trait pour trait à certain empereur des Français. À treize ans, le petit Léon poussait des diables sur le carreau des Halles avec un quignon de pain accroché à son jean. À trente-neuf ans, Bonape est milliardaire et règne sur Rungis et les autoroutes qui y conduisent. Il possède « Aigle-route », le plus important parc de camions poids-lourds-frigos de France. Il arbitre le marché national du poisson malgré les coups tordus de ses rivaux, les Pruche, les Langlois, les Laustrique (derrière lesquels se cachent des personnages historiques que chacun reconnaîtra). Invincible, il l'est doublement. Par sa formidable personnalité d'abord. Par son équipe de chauffeurs-routiers ensuite : Murat dit « le Chargeur », Bernadotte dit « la Gambette », Soult « le Dalmate » et les autres, une trentaine de gars musclés qui n'ont peur de rien, ni du Code de la route, ni de l'emploi de la clé à molette et à la rigueur de la barre à mine quand la concurrence se montre déloyale. Et justement, celle-ci franchit les limites imparties au grand commerce. De déloyale, elle devient franchement ignoble. Alors Bonape se fâche et la met KO. Après Trafalgar, Austerlitz. Et après Eylau, Tilsit ! Mais pour en arriver là, on se sera beaucoup flingué sur les routes de France et dans les parkings des Halles ; le pavillon de la Marée en est resté tout secoué, on en parle encore au large de Concarneau. Napoléon est-il pour autant, définitivement le maître ? Voire... Car Alexandre Ier, dit « Doumensky le milliardaire rouge », jette dans la balance l'or du Kremlin. Et tout ça, pour une malencontreuse histoire de fesses...

  • En 1752, Louis XV n'est plus le « bien-aimé », depuis longtemps déjà. La France est terrassée par la misère : laboureurs réduits à la famine, terres épuisées ou en friche. On accuse l'impôt, si lourdement et si injustement levé par une bande de coquins dont la puissance représente un État dans l'État. Un homme se dresse « pour délivrer le peuple de l'épouvantable tyrannie des Fermiers généraux ». Il a vingt-sept ans, il est né en 1725 à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs en Dauphiné, il s'appelle Louis Mandrin et on le surnomme Belle Humeur. Stratège de génie, il devient en quelques mois l'homme le plus redouté des Fermes et le plus populaire de France. « Ce Mandrin a des ailes... Il a la vitesse de la lumière... Il fait trembler les suppôts du fisc... Le peuple aime ce Mandrin à la fureur », écrit Voltaire dans sa correspondance. Il parcourt villes et villages, et la légende grandit au rythme de ses exploits contre les armées des Fermiers généraux. Il fait renaître l'espoir. En Savoie, où il vit au grand jour dans le château de Rochefort-en-Novalaise, les Grands le craignent et se l'arrachent, les femmes en raffolent : une soirée n'est réussie que si Mandrin y assiste !

  • Babé, pour ses débuts dans le grand reportage, part au Tchad pour apprendre la guerre et tenter d'oublier Alexandre, l'homme qui vient de la quitter. Yeager, photographe mythique, solitaire, ami de la fatigue et de l'horreur, part au Tchad pour faire son métier. Il la trouve belle, myope, inconsciente, vaguement stupide. Elle le trouve brutal, cru, cynique, violent. Ils n'ont rien en commun. Ils ont tout pour se détester. Ils se rencontrent, se quittent et ne s'oublieront plus. Ils se chercheront dans tous les pays, dans toutes les guerres, dans toutes les souffrances. Le Liban, l'Arménie, la Chine... Ils se croiseront dans les aéroports, les chambres d'hôtel, les salles de rédaction, dans le regard des autres. Chacun fera son chemin. Babé écrira des articles, Yeager prendra des photos, l'un et l'autre guettant l'instant de se rejoindre. Cela, avec la complicité d'Alexandre, devenu le confident de Babé, qui reçoit d'elle des lettres du « cul du bout du monde ». Supportera-t-elle longtemps de se laisser détruire par ce métier qui ne supporte, dans l'action, aucun rival et aucune autre passion ?

  • J'ai longtemps hésité à raconter ce qui, dans ma vie, a été un drame, auquel furent mêlés étroitement Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. À dix-sept ans, j'ai éprouvé envers Simone de Beauvoir, qui fut mon professeur de philosophie, un attachement passionné. À cette passion s'est ajoutée quelques mois plus tard une liaison amoureuse avec Sartre : en 1939, nous formions un « trio », configuration sentimentale rare et hasardeuse, qui a été délibérément brisée d'abord par Sartre puis par le Castor en 1940. Cette double rupture, en un moment historique si lourd de menaces pour une Juive comme moi, m'a plongée dans une grave et persistante dépression. Telle fut la première cassure. Après la guerre, j'ai néanmoins repris des relations d'amitié avec le Castor. Pendant quarante ans, et jusqu'à sa mort, je l'ai rencontrée tous les mois. J'avais (encore) confiance en elle. C'est ce qui explique que la lecture des Lettres à Sartre et du Journal de guerre parus en 1990 m'ait fait à nouveau tant de mal. Ce fut la seconde cassure. Leur contenu m'a révélé sous un tout autre visage celle que j'avais aimée toute ma vie et qui m'avait constamment abusée. J'y lisais le dépit, la jalousie, la mesquinerie, l'hypocrisie, la vulgarité. C'est la raison principale qui m'a déterminée à écrire le récit de cette aventure à la fois banale et exceptionnelle. Que Sartre m'ait sacrifiée à sa quête perpétuelle et vaine de séduction pour m'abandonner ensuite sans vergogne, soit. Mais que Simone de Beauvoir serve de pourvoyeuse à son compagnon, est plus étonnant. Que dire d'un écrivain engagé comme elle dans la lutte pour la dignité de la femme et qui manipula et trompa, sa vie durant, une autre femme ? Ce livre n'assouvit aucune vengeance ; il prétend simplement mettre en lumière la vérité sur celle cachée sous le pseudonyme de Louise Védrine. Bianca Lamblin

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