PUG

  • Inédite, évidemment, anxiogène, sans aucun doute, partagée, assurément (par son aspect planétaire et la permanence de son suivi), la pandémie qui nous confine affecte nos comportements, au point parfois de nous faire perdre ce que la littérature scientifique nomme le « sentiment de contrôle » - cette capacité à contrôler l'exécution de nos actions liée au sentiment que nous avons de posséder un minimum d'emprise sur nos environnements physiques et sociaux - et celui de disposer d'une certaine liberté de se comporter face à des exigences attachées à des situations imprévues.

  • Le confinement a au moins une vertu, celle de nous amener à nouveau à nous interroger sur les crises économiques.

    Les économistes sont à nouveau au pied du mur. Déjà en 2008, la crise financière globale les avait amenés à s'interroger sur la répétition des crises économiques dans l'histoire : « Pourquoi les crises reviennent-elles à intervalles réguliers, ruinant tous les succès des années de prospérité, un peu comme la grippe saisonnière ou plutôt comme la peste ou le choléra ? » s'interrogeait Paul Krugman, professeur d'économie au MIT et lauréat d'un prix Nobel.
    Si cette question résonne intimement avec l'actualité, elle paraît quelque peu dépassée. D'abord parce qu'avec la crise liée au Covid-19, c'est la double peine : on a à la fois crise économique et pandémie majeure, la peste et le choléra ! Ensuite parce que les leçons de la crise économique de 2008 n'ont malheureusement pas été tirées.

  • La contagion implique des comportements humains propres aux périodes liminales (de limen, seuil), tels que la peur, le repli, ou au contraire le courage et le dévouement, qui traversent les siècles.

    Qui aurait pu croire que notre monde arrêterait sa course effrénée aussi brutalement et de manière aussi universelle que ce que ce « Grand Confinement » nous impose aujourd'hui ? Nous renouons curieusement avec les expériences littéraires de Camus et de Giono...

  • Enfermés, nous avons tous tendance à tourner en rond. Mais à peine cette phrase posée, un rappel étymologique me saute au visage : le mot même de recherche dérive de l'italien ricercare, qui veut précisément dire « tourner en rond ».

    La première évidence est que, enfermés, nous avons tous tendance à tourner en rond. Mais à peine cette phrase posée, un rappel étymologique me saute au visage : le mot même de recherche dérive de l'italien ricercare, qui veut précisément dire « tourner en rond ». Le langage de la composition musicale s'en souvient, où le ricercare, ou ricercar, désigne une pièce du genre fugue, fondée sur le retour du thème, ou du refrain. Par exemple L'Offrande musicale de Jean-Sébastien Bach, qui fit même de ce mot un acrostiche en rédigeant sa dédicace.

  • J' entre par effraction dans ce recueil de témoignages de chercheurs durant le confinement puisque je suis plongé quotidiennement dans une autre forme de recherche moins bordée socialement, celle de l'artiste, qui nécessite de cultiver l'incertitude et la solitude. Par temps calme, il est assez difficile de transmettre combien ces expériences sont des ressources précieuses mais comme nous sommes entrés en zone de turbulence, il devient peut-être plus commode aujourd'hui d'en partager l'inépuisable.

  • La question du tri des patients au sein des services de réanimation s'est imposée assez vite dans l'actualité du coronavirus en France.

    À partir de mi-mars, plusieurs médias nationaux se sont fait l'écho de cette pratique qui se retrouve dans une multiplicité de contextes médicaux, des plus extrêmes (médecine humanitaire, catastrophes, pandémies) aux plus classiques (greffe d'organes, essais cliniques en cancérologie). Dans l'espace social, le tri est appréhendé comme une impossibilité d'accéder à des soins que, bien souvent, les citoyens envisagent comme relevant d'un droit.

  • L'ampleur que va prendre cette crise en 2020 tient beaucoup à la façon très imparfaite dont nous sommes sortis de la crise financière globale de 2008.
    Partir de l'idée que la crise du coronavirus est un choc exogène nous fait courir le risque de mal en préparer la sortie. Cela est d'autant plus inquiétant que ce choc « insidieux » va entraîner des interventions de l'État à des niveaux dépassant ceux de la crise financière globale de 2008, voire de la crise de 1929 qui auront des conséquences durables.
    Selon l'hypothèse la plus communément admise, l'origine de la crise sanitaire du Covid-19 est liée aux dégâts provoqués par une déforestation et une urbanisation croissante, multipliant les contacts entre souches de virus et milieux humains. La mobilité accrue des personnes et des biens dans le contexte actuel de mondialisation facilite la diffusion de la contamination avec une rapidité qui rend illusoire toute tentative d'isolement

  • 2020. Le temps s'est accéléré, mon environnement a changé. Sans savoir ce qui va se passer demain, il faut continuer à lâcher prise pour pouvoir anticiper.
    Vendredi 13 mars 2020 : « Jusqu'à nouvel ordre, l'école est fermée. Prenez vos ordinateurs et rentrez chez vous, le télétravail, lorsqu'il est possible, est généralisé ! » Le mot d'ordre étant donné, s'ensuit une incertitude profonde. Que va-t-il se passer ? Suis-je contaminée, l'ai-je été ? Qui, dans mon environnement direct a été, est ou sera touché ? Pourrais-je l'accompagner dignement si un membre de ma famille, un collègue succombe ? Est-ce que je vais perdre mon emploi ? Est-ce que je dois tout de même y aller ? Va-t-il falloir que je me reconvertisse ? Ai-je les moyens de le faire ? Tout ce que j'avais planifié tombe à l'eau. Je ne peux plus sortir, les lieux de rencontres sont fermés, l'espace public n'est plus autorisé et je reste entre quatre murs.

  • La science de la catastrophe ne fait pas la politique de la catastrophe, pas plus que la prévision ne fait le futur.
    Le XXe siècle a inventé la prospective, le XXIe l'enterrera-t-il ? Deux constats expliquent cette interrogation : le poids croissant de la science dans l'acte politique (autrement dit le primat de la prévision sur la prospective) et la fonction majeure prise par la catastrophe (crise globale, collapsus, effondrement) dans l'imaginaire du futur. Deux constats qui ont triomphé avec le Covid-19, événement prévu par les experts, qui aura pourtant surpris et bouleversé l'immense majorité des pays et des sociétés.

  • La crise du Covid-19 rappelle que l'européanisation des relations sociales dépasse de loin les échanges marchands.

    Pour les spécialistes de la comparaison des systèmes d'action publique dans le domaine sanitaire et social en Europe que nous sommes, la dimension transnationale et européenne des phénomènes est devenue une évidence. Les informations ancrées dans le cadre national qui nous parviennent à l'occasion de la crise du Covid-19 ont modifié nos points de repère. Pourtant, dans un monde si densément interconnecté et tout spécialement dans l'Union européenne (UE), la gestion des conséquences de la pandémie requiert des coordinations entre États qui sont précisément appuyées sur des connaissances produites à l'échelon international et européen.

  • Le cruel Covid sape nos valeurs et nos principes. Il déclenche la collision violente de nos valeurs humanistes avec les principes économiques et la réalité de la société industrialisée.

    Pour analyser et comprendre les cultures du monde et les relations qu'elles suscitent entre les personnes et leurs manières de travailler, il faut pouvoir aller au-delà de ce qu'on voit, déchirer les voiles qui déforment la perception ou racler une couche opaque et occultante. Dans cette perspective, le perfide Covid est un puissant révélateur, une sorte de test acide sur les événements, l'environnement et nous-mêmes. Par test acide, entendons une abrasion brutale et douloureuse qui décape le vernis de la convenance, dissout les nuances complaisantes et éclaire crûment tout ce que l'on ne peut pas ou ce que l'on ne veut pas voir. Nous n'écoutions que distraitement les cassandres du réchauffement climatique, de l'épuisement de la planète, dénonçant le tsunami des déchets plastiques et poisons. Est-ce une coïncidence si le Covid vient d'une des zones les plus polluées au monde ? Effet boomerang du massacre de la nature et de la surpopulation ?

  • La lente prise de conscience collective de la fragilité de notre écosystème est à l'image de l'inertie de notre modèle économique construit durant près de deux siècles. Les changements se réalisent sur un temps long.

    Les conséquences économiques sont inédites car la crise dans laquelle entrent progressivement les pays touchés par le Covid-19 n'a jamais été expérimentée : c'est la première fois dans l'histoire qu'un nombre aussi important de pays se confinent quasi simultanément et décident, de fait, d'arrêter leur activité économique en période de paix afin de préserver les vies humaines, le seul moyen de combattre le Covid-19 semblant être le confinement. Cette décision politique majeure a des conséquences économiques tout aussi majeures. Une récession qui, en quelques jours, se transforme en une dépression.

  • Lors de nos rares sorties, les regards sont fuyants, les visages sont sévères, les saluts rares. Pourquoi un tel comportement ?

    Le Covid-19 ne se contracte pourtant ni par le regard, ni en disant « bonjour » à un passant. Ce changement, qui ne se manifeste pas que dans les quartiers urbains et « sensibles », pourrait sembler anodin. Mais il annonce une évolution peut-être durable.
    Les rites de politesse ont un rôle essentiel : afin de préserver l'interlocuteur, il s'agit d'éviter l'inquiétude d'être agressé, impliquée par la coprésence physique. Il a fallu des siècles d'éducation dans toutes les sociétés pour contenir cette pulsion animale de peur de l'autre qui mène à une réaction primitive : sauver sa peau.

  • S'il s'agit, dans l'immédiat, de survivre à la tempête, il s'agira, à plus long terme, de repenser l'économie et, plus concrètement, sa véritable place dans la société.

    Face à la pandémie actuelle, l'urgence est avant tout sanitaire. De nombreuses organisations apportent de précieuses et originales contributions sur ce terrain (réorientation de la production vers les équipements faisant défaut, comme les masques, fourniture de matière première, etc.). Dans le même temps, les difficultés économiques se multiplient pour les organisations, petites ou grandes.
    (...) En temps de crise en effet, et celle que nous vivons l'illustre sans doute plus encore, la résilience des écosystèmes économiques repose sur la capacité des entreprises en meilleure santé à accompagner leurs partenaires en difficulté. Ces derniers peuvent être des clients, des fournisseurs, voire des concurrents, vis-à-vis desquels les relations ne sauraient se limiter à la seule compétition (comme en attestent par exemple les formes de compétition qui se multiplient). Facilités de paiement, livraisons priorisées et partage de capacités de production sont autant de pratiques relevant de la paix économique aux effets bénéfiques pour tous, dont l'urgence de la situation plaide pour un développement rapide et qui auront vocation à perdurer bien après la crise actuelle.

  • Entrouvrir une porte sur le management orienté solution pour celles et ceux qui s'occupent des autres et tentent de tout mettre en oeuvre pour que le bateau ne coule pas et continue d'avancer en dépit de la tempête.

    Le langage construit et oriente notre rapport à la réalité. Que l'on en ait conscience ou non, nos interactions managériales ont des incidences sur nos représentations. Ces incidences peuvent être contre-productives, en maintenant les personnes dans l'espace des difficultés. Elles peuvent aussi être porteuses, en permettant aux personnes d'être en contact avec leur pouvoir d'agir et en suscitant confiance et espoir. Un guide basé sur l'approche centrée solution a été conçu au coeur de la crise sanitaire du Covid-19 pour aider les managers à maintenir au sein de leurs équipes les conditions psychologiques favorables pour vivre et envisager l'avenir de façon constructive. Le présent article a pour objet d'entrouvrir une porte sur le management orienté solution pour celles et ceux qui s'occupent des autres et tentent de tout mettre en oeuvre pour que le bateau ne coule pas et continue d'avancer en dépit de la tempête.

  • Comment inventer si on ne doute pas de soi-même, si on n'écoute pas ce qui se pense et se dit hors de nos chapelles ?

    La crise actuelle nous apprend ce que nous savions déjà : nous avons encore tant de choses à apprendre, dans tous les domaines des sciences dures et des sciences sociales. Alors, restons humbles et modestes. Peut-être trouverons-nous des solutions aux problèmes gigantesques qui nous assaillent en avançant par tâtonnements. Cela s'appelle le pragmatisme, loin des certitudes et des dogmes.

  • Au temps du coronavirus, l'individu est dépourvu de sa souveraineté sur son corps : sa santé personnelle n'est plus un simple attribut privé, mais devient un bien commun.

    Alors que de nombreux États cherchent à endiguer la pandémie du Covid-19 en interdisant réunions publiques et activités collectives, les conséquences de telles interdictions sur le domaine du religieux suscitent des interrogations fondamentales relevant du droit, du sens social et de l'autonomie morale des individus. En effet, si l'épidémiologie ne distingue pas entre la promiscuité des corps dans une salle de classe, une réunion de travail, ou une assemblée religieuse, ces lieux ne sont pas moins investis, chacun, de systèmes de sens et de valeurs symboliques distincts

  • Les valeurs évoluent lentement et ne sont pas forcément remodelées durablement quand la vie quotidienne reprend ses droits et que les vieilles habitudes se réinstallent.

    Avec la crise du coronavirus, les Européens vont-ils se montrer plus solidaires des autres et plus ouverts sur leur entourage ou au contraire plus individualistes et plus centrés sur leur intérêt personnel ?

    La réponse à cette question n'est pas simple. On sait qu'en période de guerre, on observe des évolutions contrastées. Les événements amènent certains à se mobiliser pour défendre le pays et soigner les blessés, pour s'entraider dans la vie quotidienne, alors que d'autres peuvent surtout penser à profiter de la situation et à spéculer sur les pénuries de produits pour faire des affaires.

  • Malgré la désorientation stratégique qui touche leurs dirigeants, de nombreuses entreprises ont néanmoins déjà commencé à se transformer en renonçant à certaines activités et en en réinventant d'autres.

    La catastrophe sanitaire sans précédent que nous vivons en France, en Europe et dans le monde depuis plusieurs semaines ne cesse de faire de nouvelles victimes et pousse les systèmes publics de santé dans leurs retranchements.À cette première crise vient s'ajouter une seconde, économique celle-là. Chaque jour, chaque heure, apporte son lot de nouvelles au sujet des difficultés auxquelles font face les entreprises. Et pourtant, force est de constater que la plupart des travaux, propositions, et contributions intellectuelles sur le sujet depuis plusieurs semaines s'adressent soit aux dirigeants publics nationaux et internationaux (l'échelle macro), soit aux individus (l'échelle micro).

  • Les médias restent plus que jamais un refuge pour obtenir des informations fiables dans cette période troublée.

    Depuis le début de la pandémie, la consommation d'informations en ligne, télévisée et radiophonique augmente. Et même si la défiance envers les médias s'exprime toujours dans les sondages, ils restent plus que jamais un refuge pour obtenir des informations fiables dans cette période troublée.

    Le public cherche à comprendre, à lire des analyses pour appréhender la pandémie et à préparer le monde d'après.

  • Même des mesures adéquates d'un point de vue sanitaire ne seront pas forcément efficaces sur le terrain in fine. Elles doivent également être acceptées et suivies par la population.

    Alors que nous écrivons ces lignes, le monde fait face à la pandémie de Covid-19. Si la situation relève avant tout d'une crise sanitaire, elle est également une crise politique. En effet, les décisions concernant les mesures à suivre sont généralement prises par les gouvernements. Elles doivent également être acceptées et suivies par la population. Interviennent donc des facteurs psychologiques relatifs au rapport entre l'autorité et la population qu'elle vise à convaincre. Nous allons nous concentrer sur un facteur : la confiance politique, définie comme la « foi que les individus placent dans leur gouvernement ».

  • La crise du COVID-19 met en lumière l'urgence de questionner les modes de préparation de la relève, en portant une attention spécifique à l'intégration des jeunes dans les entreprises.

    D'un côté, comme l'affirme J. Rifkin dans son ouvrage Le New Deal vert mondial, il est attendu d'eux qu'ils transforment le monde dans les vingt ans à venir, les plus anciens en étant incapables. De l'autre, on peut lire dans une dépêche AEF du 15 avril 2020, qu'ils sont une « génération sacrifiée » sur le marché du travail, l'emploi s'écroulant pour une durée inconnue. Face à ce dilemme, n'y aurait-il pas une voie d'intégration professionnelle propice à l'épanouissement d'une relève de transformation ?

  • Ce qui s'est joué pour la messe dominicale pouvait-il s'appliquer également à la période du Carême ? Cette période singulière présentait l'opportunité d'observer à chaud, en ethnographe, la capacité de la communauté catholique de développer de nouveaux usages en l'absence de lieux de culte accessibles.

    Avec le confinement, toutes les célébrations religieuses, à l'exception des funérailles, ont été suspendues. Une grande majorité de pratiquants se sont alors tournés vers la messe télévisée de France 21. D'autres ont opté pour des célébrations maison, recréant ainsi des microchapelles domestiques.

    Comment dans le temps de Carême particulier qu'ils ont traversé, les catholiques ont-ils repensé leur pratique ?

  • La distanciation sociale fait de l'accessibilité un enjeu de premier plan dans un contexte de confinement généralisé. Cet enjeu est celui de l'accès aux droits et aux formes de protection qui l'accompagnent.

    L'inaccessibilité des soins restreint le droit aux soins, au risque d'aggraver l'état de santé des personnes. De la même manière, l'inaccessibilité des sites numériques (ou de l'information) rend plus délicat l'accès aux prestations sociales ou aux aides et limite l'accès aux droits sociaux, dans un contexte où le nombre de personnes qui en auraient besoin augmente. L'absence de suivi à domicile ou l'inaccessibilité des modalités d'accompagnement proposées aux personnes vulnérables restreint leurs droits individuels et renforce leur exposition à la vulnérabilité.

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