Presses universitaires de Lyon

  • Omniprésent dans les médias, mais aussi dans le champ politique et dans le langage ordinaire, le terme « bobo » n'est pas neutre. Son usage et ses variantes (« boboïsation », « boboïsé ») tendent à simplifier, et donc aussi à masquer, l'hétérogénéité des populations et la complexité des processus affectant les espaces urbains qu'ils prétendent décrire. En réduisant les « bobos » à des caricatures, on juge des caractères, des intentions et des volontés, en oubliant que les représentations et les pratiques des individus et des groupes sociaux prennent place dans des trajectoires singulières et un monde hiérarchisé. Ainsi, scientifiquement parlant, les bobos n'existent pas, et des expressions telles que « boboïsation » ou « boboïsé » ne conviennent pas pour saisir et caractériser la diversité des logiques et des mécanismes, voire, parfois, les contradictions à l'oeuvre dans les phénomènes de « gentrification ». C'est ce que montre cet ouvrage, qui propose un regard historique et sociologique sur le mot « bobo » et ses usages dans les univers médiatiques, politiques et culturels, comme dans les discours des populations impliquées.

  • Que faire des enfants de l'immigration coloniale et postcoloniale ? L'école doit-elle adapter ses programmes à leur présence ? La question de l'articulation entre l'universalisme républicain et la pluralité culturelle a toujours travaillé l'institution scolaire, mais elle s'est reconfigurée ces quarante dernières années pour répondre aux débats sur l'immigration et la mémoire coloniale. Que faire des héritages d'une histoire douloureuse pour les uns, glorieuse pour les autres, méconnue de beaucoup ? À partir des archives de l'Éducation nationale, mais aussi des textes officiels et des manuels scolaires, Laurence De Cock retrace les débats qui ont agité l'enseignement de l'histoire de la colonisation depuis les années 1980. En analysant la confection des programmes d'histoire, elle interroge l'influence des débats publics sur leur écriture et montre combien le passé colonial, progressivement saisi par le politique, bouscule en profondeur la fabrique scolaire de l'histoire. Pour un enseignement qui a toujours eu comme finalité de contribuer à l'intégration sociale, les nouvelles demandes de reconnaissance des enfants et petits-enfants d'immigrés sont un facteur de reconfiguration de la discipline historique et des finalités de l'école républicaine.

  • À l'hiver 1947-1948, Henri Calet, au même titre que d'autres intellectuels métropolitains comme Michel Leiris ou Francis Ponge, est invité à Sidi Madani, au sud d'Alger, afin de débattre de questions politiques et culturelles propres à l'Algérie. Cette invitation est aussi pour chacun l'occasion de jouir d'excellentes conditions matérielles pour mener à bien ses propres travaux. L'escapade algérienne de Calet se prolonge par un voyage au Maroc, à caractère plus privé. Au cours de ce séjour, Calet prend des notes, écrit ses impressions, rend compte de ce qu'il voit. Réunis ici, les textes nord-africains de Calet, même sous leur aspect inachevé, sont représentatifs au premier chef de son style, de son humour, de sa faculté aiguë d'observation et, plus encore peut-être, de son inclination, qui sera de plus en plus forte au fil des années, à la notation brève et à l'écriture impressionniste.

  • Sur les traces de Jean-Pierre Françon ; un aventurier de la médecine (1799-1851) Nouv.

    C'est à une passionnante enquête au coeur des archives que nous convie Olivier Faure, entre impasses et découvertes, suspense et rebondissements. Il suit le parcours d'un obscur épicier ambulant de la région de Tarare (près de Lyon) qui, au xixe siècle, réussit en leurrant les autorités à obtenir le titre d'officier de santé. Au fil du récit, la personnalité complexe de Jean-Pierre Françon se dessine, imprégnée par la société de l'Ancien Régime (en matière de commerce, d'économie, de rapports sociaux...) et poussée par un caractère fort et une intelligence sociale qui vont lui permettre d'échapper au déterminisme et de s'élever au-dessus de sa condition. C'est également le portrait d'une profession qui se révèle : celle des officiers de santé, qui n'ont pas suivi les études nécessaires pour devenir médecins et parcouraient les campagnes pour apporter les soins qui faisaient défaut à la population, parfois de façon peu orthodoxe ou aux dépens des malades eux-mêmes. Tout comme celui du Pinagot d'Alain Corbin en son temps, le cheminement du Françon d'Olivier Faure vient éclairer l'histoire de France et de son peuple d'une nouvelle lumière, certes ténue mais désormais essentielle.

  • Dès les années 1960, les mobilisations homosexuelles ont acquis une visibilité considérable, au point que l'une de leurs principales revendications, l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, a enfin été satisfaite dans plusieurs pays. Ce qui ne signifie pas pour autant la pleine reconnaissance des droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres. Mais qu'en est-il aujourd'hui du coeur des revendications initiales - la sexualité - dans le mouvement LGBT ? Aux États-Unis, depuis les années 1990, la reconnaissance politique des questions portées par les militant.e.s s'est traduite par une professionnalisation du mouvement et non par une mobilisation plus forte de la base. Et l'institutionnalisation de la militance LGBT a coïncidé avec la disparition de la revendication sexuelle. L'étude des dynamiques de mobilisation et de démobilisation proposée ici montre que la place plus ou moins importante de la sexualité dans les objectifs et les formes d'action joue un rôle déterminant dans l'implication des acteurs sociaux.

  • Invisibles, niées ou condamnées, les amours clandestines durables n'en sont pas moins bien présentes dans la vie sociale. Elles sont le quotidien de nombreux hommes et femmes en couple hétérosexuel ; elles occupent des esprits, des coeurs, des agendas et des hôtels. Ce livre invite à explorer ces « jardins secrets » à partir de l'analyse d'une trentaine de récits de vie et d'un corpus de témoignages recueillis sur Internet, traités sous l'angle de la sociologie du genre et des socialisations. L'auteure montre notamment que l'extraconjugalité durable se caractérise par la transgression de deux normes fondamentales du couple contemporain : la norme de véracité et l'égalité des sexes. Mais au-delà de la démarche scientifique, elle propose des clefs pour la compréhension de ces liaisons, à la fois fascinantes et repoussantes, et plus largement de l'amour et de la sexualité des couples hétérosexuels.

  • Il y a 10 ans, le 23 janvier 2002, Pierre Bourdieu disparaissait. Intellectuel engagé, il portait une attention passionnée au monde, non seulement comme objet d'étude mais aussi comme champ d'intervention citoyenne. Fondateur d'une théorie sociologique, adossée à des enquêtes de terrain qui ont fait date (sur l'Algérie, sur l'école, sur la précarité, etc.) et fait de lui le sociologue le plus cité et discuté au monde, il fut aussi un acteur infatigable des luttes contre le néolibéralisme et contre les formes les plus brutales de la mondialisation. De ces combats, dans lesquels il investissait l'exigence critique du sociologue, il a tiré des livres décisifs comme La Misère du monde, des textes d'intervention incisifs (Sur la télévision, Contre-feux, etc.) et une collection d'ouvrages militants (Raisons d'agir) créée au lendemain du mouvement social de décembre 1995.

  • Si elle a longtemps été l'apanage des géographes et des historiens, la notion de frontière cristallise depuis plusieurs années un ­intérêt croissant au sein des sciences sociales, au point d'avoir désormais conquis le statut de concept sociologique. Qu'est-ce qui se joue à la frontière entre espaces sociaux, mondes professionnels et jeux institutionnels ? Comment les spécialistes d'un espace d'activité traversent-ils les frontières sociales pour intervenir dans un autre espace, à quelles conditions, à quel prix, avec quels bénéfices ? Comment s'articulent la matérialité des lignes de démarcation et leur réalité symbolique dans les perceptions et les représentations des intéressés ? Sur la base d'enquêtes empiriques menées sur une diversité de terrains, ce livre s'empare de la question classique des divisions des sociétés différenciées pour l'éclairer sous un jour nouveau. Les rapports entre logiques professionnelles, tout particulièrement au sein des mondes de l'art et de la culture, et les formes d'engagement civique ou politique sont au coeur de cette exploration.

  • Où décide-t-on d'habiter ? Comment s'opère le choix du logement, du quartier, du statut d'occupation ? À ces questions de base répondent ici des chercheurs de différentes disciplines (sociologie, géographie, économie, démographie...), travaillant dans des contextes nationaux divers. Les réponses apportées, tout en soulignant le poids fort des contraintes (économiques, sociales, contextuelles...), montrent l'existence d'options mouvantes, incertaines, justifiant une analyse approfondie.

  • Comment l'homosexualité a-t-elle été pensée par les militant.e.s et comment ce savoir a-t-il participé à la construction des mouvements, des identités et des communautés en tant que discours d'une minorité politique ? Depuis l'invention de l'homosexualité par la médecine au XIXe siècle, et tout au long du XXe siècle, le militantisme homosexuel s'est employé à travailler, construire et déconstruire, par moments et par mouvements distincts et singuliers, un savoir et un pouvoir d'action. Arcadie ou les premières expériences collectives des années 1950 et 1960, l'effervescence révolutionnaire de 1970 soulevée par le FHAR et soutenue par Le Gai Pied, l'arrivée du VIH/sida dans les années 1980 et la lutte imaginée par Act Up, la naissance du militantisme version LGBT à l'aube des années 2000 : autant de moments de l'analyse politique présentée dans ce livre, qui tente de déconstruire quelques fausses évidences et de présenter les étapes cruciales des stratégies collectives discutées et mises en pratique.

  • Souvent évoqués dans les médias, la vie des gays et les enjeux de la visibilité comme de la réalité au quotidien des couples de même sexe méritaient une étude scientifique sérieuse. C'est chose faite avec le travail de Courduriès qui ouvre une voie prometteuse. Si l'auteur n'enquête que sur les couples masculins et s'en tient à un échantillonnage limité (il s'agit d'un éventail des possibles, à travers la diversité des situations et des personnes), la méthode qu'il a su mettre en place pour atteindre l'intime, si délicat à dévoiler, le recours aux réseaux de chat sur Internet et l'usage du courriel qui renouvelle le rapport enquêteur/enquêté en usage en ethnographie, font de cette recherche un moment fort pour l'étude des conjugalités quelle que soit la composition sexuée des couples.

  • Depuis son invention par Serge Doubrovsky en 1977, le concept d'autofiction n'a cessé d'évoluer et de stimuler la réflexion sur la production romanesque. Depuis quelques années, le phénomène littéraire semble gagner le monde arabe. Certains écrivains s'en réclament, d'autres s'en accommodent et d'autres encore préfèrent employer divers concepts pour définir leur pratique romanesque. Cette nouvelle terminologie peut-elle attester l'émergence d'un « nouveau genre » dans la littérature arabe ? Dans cette première étude consacrée à l'autofiction dans la littérature de langue arabe, Darouèche Hilali Bacar se propose de reconstruire une histoire du roman et de l'autobiographie qui montre la pertinence et la fécondité de l'hybridation générique. Du récit de voyage (rihla) aux autobiographies romancées, en passant par la néo-maqâma, le roman de formation et l'autobiographie altérisée ou déguisée, on suit, pas à pas, la genèse de l'écriture autofictionnelle en langue arabe. L'analyse des textes de Mohamed Choukri, Sonallah Ibrahim et Rachid El-Daïf permet au lecteur d'observer au plus près la pratique autofictionnelle, d'en comprendre les mécanismes et les motivations. À partir de ces trois exemples, Darouèche Hilali Bacar propose d'établir un modèle d'autofiction arabe et de définir les thèmes qui pourraient s'appliquer à de nombreux textes modernes et contemporains.

  • Écrire une histoire de l'identité nécessite de mobiliser une documentation très variée comme une historiographie ouverte. Car l'identité emprunte des voies multiples et les marques de reconnaissance vont du plus fruste au plus élaboré. Comment s'impose la mise en registre des sujets, comment naît l'état civil en 1792, comment la biométrie complète aujourd'hui une identité déclarative et administrative par une identité scientifiquement établie... Autant de moments essentiels d'une histoire souterraine dont le fil rouge est clair cependant : le recul de l'oralité, la multiplication des déplacements imposent peu à peu d'avoir des « papiers » et c'est en somme un chapitre particulier de l'histoire de la croissance de l'État qu'il s'agit d'écrire là.

  • La vaste production intellectuelle du cadi de Cordoue Abû l-Walîd Ibn Rushd, l'Averroès des Latins, touche à la plupart des sciences religieuses et profanes (droit, médecine, philosophie...) connues à l'époque almohade, dans laquelle s'insère totalement sa carrière professionnelle et intellectuelle (vers 1150-1198). L'amitié des califes, qui apprécient la puissance de sa pensée, ne lui évite pas la brève disgrâce qui, à la fin de sa vie, sanctionne son intérêt pour les « sciences des anciens », non plus que l'oubli relatif de son oeuvre, dans un monde musulman qui s'oriente alors vers d'autres perspectives. Ses écrits auront au contraire chez les Latins, chez lesquels il commence à être connu un quart de siècle après sa mort, un immense retentissement, à tel point que certains veulent voir en lui le « père » de la pensée laïque occidentale.

  • Dans la sidération provoquée par les attentats de novembre 2015, Tristan Vigliano a voulu proposer à ses étudiants quelques leçons d'histoire littéraire, pour évoquer la place de la religion musulmane tant dans les textes du patrimoine que dans l'enseignement contemporain. Il nous livre ici les cours qu'il a alors improvisés, dans la tourmente et dans l'urgence. On y apprendra comment, à travers les siècles, a été nommé et représenté le prophète de l'islam ; comment les craintes inspirées par cette religion ont évolué, des débats théologiques médiévaux aux polémiques d'aujourd'hui ; comment, enfin, trouver dans l'histoire des outils et des méthodes pour affronter les peurs et les divisions de notre temps.

  • Les recherches sur les inégalités de sexe à l'école, que ce soit en Psychologie, en Sociologie ou en Sciences de l'éducation, sont maintenant bien connues. Mais il importe de continuer la réflexion, en particulier en intégrant la variable de la mixité sociale et culturelle, peu prise en compte jusqu'à présent et qui change considérablement les données de la mixité sexuelle, et de se demander quelles stratégies mettre en oeuvre au niveau de la formation tant initiale que continue des enseignants. Ce numéro a été élaboré en collaboration avec l'IUFM de Lyon.

  • L'anthropologie proposée dans cet ouvrage met au centre de sa réflexion le terrain ethnographique comme induisant, de fait, la mise en place de relations intersubjectives complexes qui participent à et pèsent sur l'enquête ainsi que sur la production du savoir. Les régimes d'engagement de l'anthropologue avant, pendant et après son enquête constituent alors un questionnement nécessaire et fondamental pour l'exercice du métier et la compréhension des mondes sociaux. Les auteurs évoquent tour à tour comment ils se sont trouvés pris dans des interrelations qui les ont conduits à omettre certains aspects contradictoires, dérangeants ou compromettants des situations observées. Tous ont entrepris une démarche critique et réflexive sur leurs expériences de terrain et leurs rencontres et ont cherché à comprendre comment elles ont influencé à la fois leur raisonnement anthropologique et les modalités d'écriture au moment de la restitution de leur recherche. Cette étude des situations et des relations tissées sur le terrain permet alors de comprendre comment les humains donnent sens à leur monde et décident de leurs actes. Cet ouvrage interroge ainsi, entre empirie et théorie, les modes de connaissance et les formes d'expérience au fondement du savoir anthropologique.

  • Pour les sciences sociales, l'enquête de terrain est incontournable. Mais alors que l'approche classique se fonde sur l'opposition traditionnelle entre terrain et bureau et sur l'objectivité supposée du chercheur, le travail in situ est appréhendé ici comme une zone accidentée, une expérience dont les rugosités, les malentendus et les perturbations constituent la matière même de la recherche. À la croisée de plusieurs pratiques, les auteurs de cet ouvrage déjouent les lignes établies en créant des situations inédites susceptibles de révéler la société sous un jour nouveau. L'expérience artistique (théâtre, performance, cinéma) alimente le questionnement anthropologique, tandis que le renouvellement de perspective est envisagé à partir du réexamen critique de l'ensemble des processus d'écriture et de restitution. Cette immersion dans les errements de la recherche ne manquera pas d'interpeller le lecteur, qu'il soit anthropologue ou artiste.

  • Cet ouvrage analyse le devenir d'un « imaginaire raciologique », c'est-à-dire des représentations fondées sur l'idée de l'existence de « races » humaines - ces représentations qui se sont développées, dans le cadre d'une anthropologie classificatoire, au cours du xixe siècle, selon une pensée de type polygéniste, avec les implications racistes qu'elle a pu véhiculer ou légitimer. Cet imaginaire raciologique n'est pas sans contradiction : il postule parfois aussi bien une fixité des « races » qu'une peur qu'elles ne se mélangent. Mais dans un cas comme dans l'autre s'établissent des hiérarchies, mises au service de différents discours de domination et d'exclusion. La spécificité de l'approche comparatiste développée ici consiste à s'interroger sur la diffusion, en France, de ces discours raciologiques, mais aussi sur leurs réinterprétations (souvent mises au service d'un discours nationaliste), au xxe siècle, dans l'espace soviétique et russe, que ce soit dans la littérature ou dans des corpus de type anthropologique, sociologique, politique ou philosophique.

  • Après plusieurs décennies de progrès constant, l'Europe fait face à une nouvelle vague d'opposition à l'égalité de genre et aux droits sexuels, des revendications rassemblées sous le vocable de « théorie » ou « idéologie » du genre. Cette opposition se manifeste à propos d'enjeux divers, comme l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, l'avortement, les technologies de reproduction, l'éducation sexuelle, les législations antidiscriminatoires ou les droits des personnes trans. Comment un concept universitaire comme le genre, repris par une organisation religieuse telle l'Église catholique romaine, a-t-il pu se convertir en un puissant outil de mobilisation et devenir la cible de mouvements sociaux ? Comment ces discours et ces formes de mobilisation traversent-ils les frontières ? Qui sont les acteurs de ces mouvements ? À partir de l'étude des mouvements anti-genre de treize pays européens, dans une approche transnationale et comparée, cet ouvrage présente les points de rencontre entre mobilisations religieuses, populisme de droite et angoisses nationales dans l'Europe d'aujourd'hui.

  • Depuis la fin du xxe siècle, un pan de la critique universitaire s'est montré soucieux d'offrir aux études francophones un soubassement épistémologique capable d'asseoir leur légitimité. Le présent ouvrage se situe résolument dans ce sillage. Son originalité tient sans doute à la contribution d'écrivains et d'étudiants conviés à participer à cet effort réflexif. Adoptant une composition polygraphe qui mêle articles scientifiques, essais et entretiens, ce livre esquisse un inventaire des concepts, pratiques et méthodes permettant d'appréhender les écritures francophones du xxie siècle commençant. Il fait ainsi surgir ou resurgir quelques grandes questions et met en relief certaines nécessités : reconsidérer le concept même de francophonie, inclure la variété de ses espaces et de ses corpus, mais aussi sortir les études francophones de leur confinement. Plus globalement, il s'agit d'élaborer de nouveaux cadres théoriques pour repenser l'espace, le temps et l'histoire littéraire.

  • Le sort d'une métropole se joue en partie dans ses relations avec l'extérieur. Telle est l'idée que met à l'épreuve cet ouvrage. En une douzaine de contributions, on se propose de montrer comment, aux époques médiévale et moderne, la ville de Lyon fut aussi construite dans l'échange avec des villes qui étaient tout à la fois ses partenaires, ses concurrentes et le miroir de ses propres mutations. De multiples acteurs hommes d'Église et gens du roi, marchands et financiers, peintres et poètes de passage, chroniqueurs éloignés dans l'espace et dans le temps ont façonné la ville et son image. Les matériaux variés qui permettent d'en rendre compte proviennent souvent d'archives de villes ayant entretenu des relations étroites avec Lyon : la correspondance des marchands d'Augsbourg et de Nuremberg, les livres de compte de la compagnie florentine Salviati retrouvés à Pise, les documents du Castillan Simón Ruíz conservés à Valladolid. Les bibliothèques et les musées d'Europe livrent aussi des témoignages littéraires et iconographiques qui restituent fût-ce de façon partielle une autre image de Lyon. L'enquête n'oublie pas le regard des Grenoblois, contrariés parfois par leur puissante voisine ! L'autocélébration, en tout cas, est d'autant moins de mise dans tous ces documents que les points de vue externes sur l'histoire de Lyon ont été privilégiés par des auteurs venus d'horizons très variés. Ont contribué à cet ouvrage : Ilaria Andreoli (Paris) ; Francesco Battistini (Carrara) ; Stéphane Bruneau-Amphoux (Lyon) ; Hilario Casado Alonso (Valladolid) ; Fabrice Delivré (Paris) ; Delphine Estier (Lyon) ; René Favier (Grenoble) ; Jean-Louis Gaulin (Lyon) ; Mark Häberlein (Bamberg) ; Christoph Oliver Mayer (Dresden) ; Agnès Pallini-Martin (Paris) ; Susanne Rau (Erfurt) ; Jacques Rossiaud (Lyon) ; Roberto Tolaini (Genova).

  • Dans la seconde moitié du xviiie siècle, à Lyon comme dans les autres villes françaises, le voisin devient l'objet d'un débat et son statut est âprement discuté : quelle place faut-il lui accorder dans l'économie des relations quotidiennes ? Comment limiter son intrusion sans briser les solidarités traditionnelles indispensables à la survie de chacun ? Plus généralement, de quelle manière peut-on concilier l'aspiration croissante à une existence à la fois plus intime et plus individuelle et les nécessités d'une vie sociale encore fortement marquée par les anciennes pratiques collectives ? À partir d'un examen rigoureux des archives judiciaires, ce livre se propose d'évaluer la diffusion des nouvelles normes de civilité dans la seconde ville du royaume. Attentif au long « processus de civilisation » et aux résistances qu'il suscite, il s'efforce d'analyser la mutation des sensibilités et des comportements à l'oeuvre dans toutes les couches de la société lyonnaise au crépuscule de l'Ancien Régime.

  • Réunis au sein du comité de recherche « Sociologie urbaine : villes, sociétés et action publique » de l'Association internationale des sociologues de langue française, douze jeunes chercheurs apportent un regard neuf sur des questions fortes de la sociologie urbaine, notamment la ségrégation, la production et l'expérience de la ville. Pour les aborder, ils mobilisent d'autres disciplines ou d'autres champs de la sociologie - la famille, l'action publique, le travail -, et renouvellent les méthodes et les terrains. Il en ressort un tableau complexe, où le nouveau centre d'affaires d'Istanbul côtoie le périurbain, l'espace public ou les quartiers gentrifiés de Paris, Montréal ou Milan, au même titre que les copropriétés fermées, légales ou non, d'Amérique latine. L'espace-temps des travailleurs saisonniers rencontre celui du retour en vacances au « bled » ou celui, quotidien, des jeunes habitants de « zones urbaines sensibles » franciliennes. Mais toutes ces recherches convergent sur un point : elles marquent le retour de l'espace dans la sociologie urbaine.

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