Presses universitaires de Provence

  • Cet ouvrage propose une approche originale de la politique de séparation mise en oeuvre par Israël en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Si la construction du Mur, lancée en 2002, a parfois été envisagée comme la création d'une frontière, la poursuite de la colonisation et les redéploiements de l'armée des deux côtés du Mur ont au contraire renforcé l'imbrication des espaces israéliens et palestiniens en Cisjordanie. Cette politique n'a donc pas créé de frontière, au sens classique de frontière-ligne de l'État moderne, et n'a pas séparé deux territoires : elle a dissocié les mouvements des populations palestiniennes et israéliennes, et profondément transformé leurs relations et interactions. À travers quinze enquêtes de terrain conduites par des historiens, des anthropologues, des géographes des politistes et des sociologues, ce livre décrypte le régime d'occupation israélien et les frontières, à partir de la façon dont elles fonctionnent, en organisant des flux de circulation. Décloisonnant les champs des études israéliennes et palestiniennes, il propose une perspective intermédiaire entre une approche institutionnelle et un regard anthropologique portant sur le vécu des Palestiniens, sur leurs adaptations et détournements des mécanismes de contrôle. L'élargissement de l'analyse aux expériences des Palestiniens du Sud Liban, des Libanais de Galilée, et des migrants venus d'Afrique et d'Asie montre la dimension globale du régime d'occupation israélien actuel.

  • Cet ouvrage analyse la formation des rites et traditions dans la Provence de la fin du Moyen Âge, puis leur évolution et parfois transformation en mythe. Ainsi l'entrée royale dont le rituel s'inspire de l'entrée de Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux s'enrichit au xvie siècle d'un décor d'arcs de triomphe qui développent un discours historique à la gloire du souverain. Ainsi la procession de la Fête-Dieu d'Aix, cortège modeste et pieux à ses débuts au xive siècle, devient, à partir du xvie siècle une parade bruyante et colorée, rythmée par la représentation de tableaux vivants, les « jeux » attribués sans raison au roi René. Un second ensemble d'études s'organise autour des histoires anciennes de la Provence et la constitution de l'image de deux personnages devenus de véritables figures légendaires, la reine Jeanne et le roi René, donnant lieu à une tradition narrative qui parasite encore aujourd'hui l'histoire. Un dernier ensemble d'articles s'attache à quelques récits apocryphes incrustés dans la mémoire collective et que l'on voit périodiquement resurgir : la légende du juif blasphémateur écorché vif à l'entrée de la Juiverie d'Aix, la bénédiction des calissons d'Aix, récit apocryphe à la limite du canular, fabriqué au milieu du xxe siècle...

  • Cet ouvrage présente une vision globale des repas officiels des souverains français de l'Ancien Régime. De la préparation culinaire à la décoration du lieu et de la table en passant par les repas et par l'analyse des comportements et des goûts de l'époque, l'étude se situe à la limite entre histoire et histoire de l'art ; il s'agit d'une étude pluridisciplinaire se fondant principalement sur l'iconographie et complétée par des sources manuscrites et imprimées. Cette interdisciplinarité, incluant différentes disciplines et méthodologies des sciences humaines, permet de traiter plusieurs aspects : les coulisses des repas (métiers, préparation culinaire et nouvelle gastronomie française), les repas et leur déroulement (étiquette, civilité, service « à la française », convives, faste et apparat), mais aussi la décoration de la table (lieu des repas, tables, accessoires et mets).

  • De 1939 à 1944, de nombreux camps d'internement existèrent dans l'actuelle région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le camp des Milles, près d'Aix-en-Provence, occupa, avec ses « annexes », plusieurs fonctions : camp d'internement pour ressortissants du Reich en 1939-1940, centre de transit pour étrangers désireux de quitter la France, lieu de regroupement des juifs étrangers raflés de l'été à l'automne 1942. À partir de sources peu explorées, cet ouvrage fait le point sur cette galaxie de l'internement et sur son rôle dans l'exclusion et les transferts des juifs en zone Nord, à destination des camps d'extermination. Avant novembre 1942, ces transferts furent pris en charge par les autorités vichystes. Ils s'accentuèrent après l'occupation avec de fortes différences entre l'attitude des autorités allemandes et italiennes. Témoignages et documents inédits complètent les analyses historiques.

  • Comment la Provence devient-elle française, à l'instigation du redoutable Louis XI ? Quelles sont les convoitises et ambitions royales face aux diverses principautés du Midi provençal, relevant alors de l'empire germanique ? Quels moyens se donne le roi comment use-t-il du Dauphiné frontalier ? Ces questions jusqu'alors peu fréquentées par les historiens trouvent ici de larges éclairages, fondés sur des sources parfois inédites, couvrant une période de quatre décennies (1440-1483) et une zone géographique comprenant tous les États du Midi provençal. Autant de petits territoires porteurs d'enjeux géopolitiques qui mobilisent jusqu'aux grandes puissances européennes. Une attention particulière est portée aux rapports houleux et aux intrigues nouées entre Louis XI et le roi René, avant-dernier comte de Provence, que l'on découvre bien peu conforme à sa légende dorée, mais aussi aux intermédiaires entre deux États sur le point de s'« unir » et aux vecteurs humains de l'influence française dans le Midi. Voici donc le récit d'une étape majeure de l'histoire d'une principauté méridionale qui aurait pu ne jamais devenir française.

  • Ce livre indique comment, pendant la période française (1830-1962), la population juive d'Algérie s'est transformée par un processus social et politique d'accès à la citoyenneté. Ce processus continu fut largement troublé d'une part par l'hostilité plus ou moins ponctuelle des Français, des Européens de la colonie et des Musulmans, et d'autre part par les polémiques incessantes qui ont accompagné ce passage progressif d'un groupe d'indigènes colonisés en citoyens de la République française. L'ouvrage analyse l'évolution du statut des Juifs entre 1830 (où ils ne sont que des dhimmis) et le décret Crémieux de naturalisation collective de 1870, la « mission civilisatrice de la France » qui s'est accompagnée de l'attachement rapide et définitif des Juifs, l'importance à travers le temps de l'« antijudaïsme » et de l'antisémitisme dans la colonie. Leur inscription dans la sphère française aux XIXe-XXe siècles fait d'objet d'études de cas : les rabbins, les Juifs de Constantine, les interprètes, la vie quotidienne, la presse antijuive. Les textes proposés font revivre leurs identités plurielles : citoyens français, ils revendiquent leur judéité inscrite dans la sphère séfarade, imprégnée de culture berbéro-arabe. La période de la Deuxième Guerre mondiale est abordée à travers les camps d'internement et la présence de Juifs d'Algérie à Marseille. Le livre s'achève avec un regard sur la situation actuelle et des témoignages sur la mémoire de l'Algérie.

  • Située au bord du Rhône et à la limite du Languedoc, Arles est, au XVIIIe siècle, la quatrième ville de Provence. Gagnée par l'épidémie de peste (1720-1721) six mois après Marseille, elle est atteinte et perd un tiers de sa population. Les autorités consulaires mettent en oeuvre les mesures habituelles en temps d'épidémie : interdiction de circuler (mais le vaste terroir agricole arlésien est indispensable à la vie de la cité), ouverture d'infirmeries, soins aux pestiférés, aide alimentaire aux nécessiteux, le tout sur fond de crise financière aiguë. Le très important fonds d'archives conservé permet de suivre pas à pas cet épisode tragique, d'en connaître les acteurs, d'analyser les décisions prises, d'en voir les conséquences. Fait exceptionnel, quatre consuls et trente-cinq conseillers municipaux, dévoués à la population, meurent pestiférés après avoir affronté un soulèvement populaire d'une particulière ampleur.

  • Entrée en 1481 dans les possessions des rois de France, la Provence a connu aux Temps modernes une histoire riche et complexe que retrace cet ouvrage de référence qui propose une synthèse des connaissances particulièrement attentive aux recherches récentes. La première partie décrit des traits à évolutions lentes, les institutions du « pays » et l'organisation communale, les structures familiales et les groupes sociaux, les paysages ruraux et la hiérarchie des agglomérations, avec le souci de prendre en compte dans sa diversité l'ensemble de la Provence. La seconde partie retrace, depuis l'« union » de la Provence au royaume jusqu'à la Révolution, trois siècles de vie politique, économique, religieuse, culturelle et artistique.

  • Marseille, ville d'immigration, est-elle une ville de batailles ? Ce livre a pour ambition de déconstruire les idées reçues sur les rapports qu'entretiennent les phénomènes migratoires et les affrontements conflictuels, porteurs de violence. Cette vision de la ville comme un terrain d'affrontement aborde la question de la migration comme facteur de violence en explorant la notion de xénophobie, et en quoi elle a été le théâtre de conflits venus d'ailleurs. Se départir d'une lecture stéréotypée de l'histoire marseillaise, c'est peut-être ne pas y voir le récit d'une cohabitation sans heurts, ni celui d'une xénophobie sans cesse renouvelée. Ce faisant, ce livre se veut un examen lucide du cosmopolitisme marseillais du XIXe au XXe siècle.

  • Prix Nobel de littérature en 1997 pour avoir, « dans la tradition des jongleurs médiévaux », rendu « leur dignité aux opprimés » en tournant « le pouvoir en dérision », Dario Fo et son épouse Franca ; Rame ont non seulement rempli leur fonction d'intellectuels par des spectacles offrant satiriquement un miroir déformant de notre société, mais, maniant le monologue avec virtuosité, ils ont été les initiateurs du « théâtre de narration » qui a fait des émules dans toute l'Europe. Des textes comme Mystère bouffe, Mort accidentelle d'un anarchiste, Faut pas payer !, Histoire du tigre, ou les Récits de femmes ont fait le tour du monde. Un ouvrage traçant un itinéraire à l'intérieur de ce parcours hors du commun manquait encore en France. Celui-ci s'articule en trois parties. La première brosse le panorama d'une carrière picaresque ; les deux suivantes sont axées sur les contenus de ce théâtre et sur les techniques spécifiques par lesquelles le message est délivré.

  • Cinq mille Sans-culottes marseillais, suivis jour après jour, grâce à un exceptionnel bonheur de sources, deux années durant de 1791 à 1793 quand la ville à l'avant garde de la Révolution jacobine «tourne mal», devenue l'un des pôles de la révolte fédéraliste. L'ambition était d'en rendre compte par une approche quantitative de la fréquentation des assemblées sectionnaires. Une enquête de grande ampleur a été menée dans les années 1960-1970, associant au chercheur des groupes d'étudiants. Des obstacles que l'on relate ont fait abandonner le chantier ; l'auteur, mais aussi la démarche historique ont pris d'autres chemins. Ce livre en publie aujourd'hui les résultats. Ce n'est pas seulement un témoignage historiographique que l'on exhume, c'est le fruit d'une recherche sur des chantiers et des problèmes toujours ouverts. L'héritage de l'enquête quantitative n'a pas perdu toute pertinence.

  • Longtemps, la nation a été le lieu par excellence d'un usage intensif de l'histoire. Elle apparaît aujourd'hui comme une échelle parmi d'autres, souvent moins investie que le local ou le régional et fragilisée par l'émergence de niveaux supranationaux. Cette nouvelle configuration bouleverse l'économie des usages de l'histoire. Il en résulte notamment une concurrence des passés tandis qu'un nouveau type d'historicité se développe dans lequel « rendre présent » voire « sortir du temps » l'emportent sur l'esquisse d'un devenir commun et où le patrimonial prend le pas sur l'historique. La situation des historiens professionnels s'en trouve modifiée. Elle est affectée tant par la démultiplication des producteurs d'histoire que par la concurrence des associations à vocation mémorielle ou patrimoniale. Fondé sur une série d'études topiques, l'ouvrage analyse comment s'opère la confrontation des mémoires et des histoires qui singularise la scène contemporaine et les enjeux historiographiques et civiques qui en découlent.

  • Plus de deux décennies après sa mort, Bernard-Marie Koltès continue d'inspirer les metteurs en scène, les comédiens et les universitaires, en France comme à l'étranger. Cette reconnaissance repose pour une large part sur l'équilibre que son oeuvre ménage entre une certaine tradition théâtrale et littéraire, et un goût de l'expérimentation confirmé par les nombreux voyages et par les multiples rencontres, fugitives et intenses, qui ont émaillé sa vie. Un équilibre entre érudition et liberté auquel l'éducation jésuite qu'il a reçue au Collège Saint-Clément de Metz n'est sans doute pas étrangère. Cette écriture est étudiée selon deux grands axes, la dramaturgie et l'intertextualité, par des spécialistes reconnus du théâtre et de la linguistique, et par de jeunes chercheurs dont le regard neuf stimule la lecture d'une oeuvre passionnante.

  • Depuis les années 1970, l'institution scolaire est l'objet d'une double critique, concernant les inégalités qu'elle reproduit et sa « distance » avec le monde du travail. « Nouvelle » recette politique censée répondre simultanément à ces deux enjeux, les stages en entreprise sont promus par les pouvoirs publics depuis cette époque. Derrière les discours mythologiques sur l'entreprise-formatrice, l'organisation concrète de cette relation entre l'école et l'entreprise est plus complexe et problématique. Loin de régler les questions d'inégalités, les stages sont l'un des lieux où les processus de discrimination se déploient, engageant directement la responsabilité des agents scolaires, en principe chargés d'assurer la légalité et la pertinence pédagogique de ce cadre de formation. Comment l'institution scolaire appréhende-t-elle ce problème ? Comment les établissements s'organisent-ils face à ces enjeux ? Quelles sont les pratiques des enseignants à l'égard des discriminations en stage ? Et comment les élèves vivent-ils ces expériences de discrimination scolaire ? Fruit d'une recherche au long cours, construite dans une perspective de sociologie publique avec les professionnels au sein de l'institution scolaire, cet ouvrage aborde pour la première fois ces questions. À travers une analyse des rapports de pouvoir entre l'école et l'entreprise autour des stages, il montre comment les discriminations prennent place - et parfois prennent sens - dans les rapports scolaires. Il montre aussi comment l'école contribue à produire les discriminations en stage tout en les niant, ce qui rend compliquée la régulation de ces phénomènes. Phénomènes qui affectent les trajectoires des élèves concernés et minent leur confiance envers l'école publique.

  • Entre les années 970, où elle se constitue marquisat, et 1482, date de l'annexion à la France, la Provence s'affirme comme une principauté territoriale à part entière, à l'identité fortement marquée. Des hommes et des femmes, traversent cette histoire : l'abbé Isarn de Saint-Victor, porte-parole de la Paix de Dieu, le brigand Raimond de Turenne, chef des grandes compagnies, le roi René, généreux mécène, mais aussi Teucinda, fondatrice de Montmajour, la comtesse Béatrice, héritière convoitée par de nombreux prétendants, ou la reine Jeanne soumise à une double légende dorée et noire... Ces personnages apparaissent comme les types de groupes sociaux en pleine transformation : comtes chaque jour plus puissants, guerriers à leur service féodal ou en révolte ouverte contre eux, seigneurs affirmant l'indépendance de leurs châtellenies, marchands citadins traitant avec l'Orient, paysans asservis luttant pour leurs libertés ou ordres monastiques nombreux et divers. Connaître en profondeur et expliquer cette société est le but du présent ouvrage, qui intègre les progrès remarquables accomplis récemment par la recherche historique sur la Provence médiévale.

  • Cet ouvrage rassemble les seize communications présentées au colloque « La Nativité et le temps de Noël » (Aix, décembre 2000) pour les périodes moderne et contemporaine. Trois axes de recherches ont été privilégiés. L'épanouissement spirituel, grâce en particulier au Carmel réformé et à l'Oratoire, de la dévotion à la Nativité et à l'Enfant Jésus après le Concile de Trente, ainsi que sa diffusion à travers les pratiques confraternelles. Les normes et spécificités des représentations figurées de la naissance et la petite enfance du Christ, statuettes, oeuvres picturales, crèches, mises en scène théâtrales. Les aspects identitaires que revêtent, dans plusieurs régions de l'Europe, les « traditions » qui marquent la célébration de la fête de Noël, fête chrétienne et « païenne » à la fois, sans équivalent dans le calendrier de l'année.

  • Ce volume est le quatrième recueil, édité aux PUP, des actes du séminaire de l'EA SIGMA Sociétés, Idéologies et Croyances au Moyen Âge, centre de recherches de l'Université de Provence, faisant suite à « Peuples du Moyen Âge », « Faire mémoire. Souvenir et commémoration au Moyen Âge » et « Hiérarchies et Services au Moyen Âge ». Il réunit neuf études, préparées au cours de l'année universitaire 1999-2000, dont la thématique prend son origine dans les oeuvres de Raoul Giaber et de Georges Duby. Il envisage donc, au-delà de l'année mille, la période de l'An Mil, hors de toute polémique, dans quelques-uns de ses aspects socio-politiques (le mariage, la royauté, les conciles de paix), littéraires (les origines de l'épopée, l'écriture hagiographique), artistiques (l'architecture religieuse) ou géopolitique (les Turcs au Moyen Orient). Sans être exhaustif, ce panorama contribue à montrer comment l'individualisation par Georges Duby de la période qui s'étend environ de 970 à 1040 a pu fournir aux médiévistes un remarquable observatoire historique.

  • Cet ouvrage présente une étude des journaux que James Cook rédigea à l'occasion des trois grandes expéditions qu'il dirigea dans le Pacifique entre 1768 et 1779. Le nom de James Cook appartient avant tout au domaine de la navigation et de l'exploration maritime. Les écrits de celui que l'histoire a retenu comme l'un des plus grands navigateurs de son temps n'ont que très rarement intéressé la critique en dehors de leur aspect hautement référentiel, comme compte rendu fidèle de l'expérience vécue en mer et lors des nombreuses escales dans le Pacifique. Au-delà de l'intérêt géographique, ethnologique et scientifique que présente indubitablement le texte de Cook, l'étude de ces journaux révèle cependant la présence d'un certain nombre de mécanismes d'écriture et de procédés narratifs proches de ceux, traditionnellement dévolus au récit de fiction, qui conduisent à envisager ces écrits dans leur dimension littéraire et à y voir moins la description d'un réel, au demeurant impossible à saisir véritablement, que l'élaboration d'un discours qui prenne en compte l'horizon d'attente d'un lectorat avide d'exotisme et d'aventure, au sujet de cette région du globe largement méconnue à l'époque qu'est le Pacifique. C'est également l'une des caractéristiques des journaux de Cook d'avoir été préparés pour la publication par une tierce personne qui n'avait pas pris par à l'expédition : John Hawkesworth pour le premier voyage et John Douglas pour les voyages suivants. C'est le parcours du texte de Cook, depuis les premières notes prises dans le journal de bord jusqu'à la publication du récit officiel qui est également présenté ici.

  • Dans la production théâtrale actuelle, la référence médiévale est très présente comme si les siècles médiévaux constituaient une sorte de réservoir de scénarios, de figures, d' images, qui ne cessent d' être revisités à la faveur de multiples réappropriations. L' importance quantitative d' un corpus théâtral à sujet ou à référence médiévale depuis le début du XXe siècle repose sur une sorte de paradoxe, celui de la quasi absence de pièces du répertoire proprement médiéval sur la scène vivante. Ce point est interrogé ici dans la mesure où le Moyen Âge a souvent accompagné un certain développement dramaturgique, donnant aux dramaturges des sujets différents de ceux de la scène classique, permettant des expérimentations d' écriture ou de mise en scène. Ce volume traite des enjeux et des modalités, des raisons et des limites d' une telle représentation du « médiéval » sur la scène contemporaine : pourquoi ce choix et comment le concrétiser, à quel moment se produit-il dans l' oeuvre d' un dramaturge, dans quel but, et avec quel succès ? Les sujets et les résurgences médiévales émargent, en effet, à tous les registres - religieux, comique, historique -, ils nourrissent la satire, se concilient avec le burlesque comme avec le pathétique, le sérieux ou la dérision. Ils traversent aussi différents genres : le romanesque médiéval prête volontiers ses héros à la dramaturgie moderne, la poésie médiévale génère mise en voix et en espace. Fonctionnant comme métaphores de notre temps, ces pièces, en outre, prennent volontiers une coloration politique et servent à questionner les conflits et les impasses du monde d'aujourd'hui.

  • Du roman au théâtre : avec le temps, les écrits de Jean Genet deviennent de plus en plus théâtraux, les dialogues, presque totalement absents dans son premier roman, prennent de la vigueur au point de réduire la narration aux didascalies. Il réécrit sans cesse ses textes. Mais Genet devient un « poète de la scène » plus qu'un simple dramaturge, il fait voler en éclats la scène traditionnelle et, à travers une utilisation particulière du langage, son théâtre devient une machine de guerre contre le théâtre institutionnel. Ce poète est également un engagé éthique, prenant parti pour la cause palestinienne. Toujours sous le contrôle de son créateur, cette oeuvre en perpétuel remaniement, tout à la fois autobiographique et politique, interpelle au plus intime d'eux-mêmes lecteurs et spectateurs par la force subversive que, dans ses éclats lyriques, elle met en jeu.

  • Cet ouvrage offre une perspective nouvelle aux études sur la littérature des voyages dont la vaste matière iconographique reste à ce jour relativement peu exploitée. Il propose une réflexion théorique et analytique inédite sur la place et le rôle de l'image dans le vaste ensemble de la littérature des voyages, en regroupant les contributions de littéraires, de géographes, d'historiens de l'art, d'historiens du livre et en travaillant la notion d'imaginaire, via l'étude d'images concrètes, de supports iconographiques divers, tous liés à l'écriture du voyage. Il couvre la période de la fin du Moyen Âge au XIXe siècle, c'est-à-dire des origines iconographiques arabes à la naissance de la photographie, ainsi qu'une aire géographique maritime vaste, de la Méditerranée aux Océans oriental et occidental.

  • La notion de didascalies est au coeur même de l'esthétique théâtrale. Elle pose la question qui touche à l'essence du théâtre, celle du rapport auteur/metteur en scène, acteur/spectateurs, lecteurs. Qui parle dans les didascalies et à qui ? Quasi inexistantes dans le théâtre renaissant et dans le théâtre classique, elles abondent dans le théâtre aujourd'hui au point de constituer aux côtés du dialogue un texte à part entière comme le montre l'ensemble des articles rassemblés dans ce recueil. C'est là une des grandes caractéristiques du théâtre depuis le début du XXe siècle. Est-ce que l'hypertrophie de ce discours didascalique est venue transformer la nature même du texte de théâtre ? Telle est la question à laquelle ce volume collectif tente de répondre afin de cerner la spécificité de l'écriture dramatique aux XXe et XXIe siècles.

  • La renommée du quartier Mazarin d'Aix-en-Provence, avec ses vastes hôtels particuliers aux jardins ombragés et aux fontaines richement ornées, n'est plus à faire. Le nouvel agrandissement de 1646, décidé par l'archevêque Michel Mazarin (frère du cardinal Jules Mazarin) est sans conteste le quartier le plus prestigieux de l'ancienne capitale de la Provence, le fleuron d'une architecture luxueuse et variée, l'écrin d'une société de prestige, une forme d'urbanisme à part, une ville dans la ville. La construction de demeures luxueuses de la part de commanditaires non nobles, financiers, parlementaires, marchands ou artisans enrichis, induit depuis longtemps dans la capitale et dans de nombreuses villes de province le problème de l'usurpation d'une architecture aristocratique. Bien avant le style, il faut penser aux enjeux. Les enjeux financiers, honorifiques et de convenance sont les apports de ce sujet de recherche provincial. Il constitue un apport non-négligeable à la théorie architecturale française, sur les principaux acteurs d'une évolution urbaine, sur les enjeux sous-entendus de l'architecture moderne : des ambitions religieuses, politiques, sociales et immobilières.

  • Les fêtes provençales constituent un aspect dynamique du patrimoine régional et sont depuis longtemps un sujet d'études pour historiens et ethnologues. L'introduction de l'ouvrage propose une rapide synthèse de cet héritage évolutif. Suivent treize études novatrices par leurs problématiques, leurs méthodes et leurs conclusions, qui privilégient la variété des approches et des spécialités. Les changements et permanences sont illustrés par les fêtes religieuses d'Ancien Régime, la dernière mise en scène de la Fête-Dieu d'Aix en 1851, l'étude sur la longue durée des « charrettes de la Saint-Éloi » dans l'ouest des Bouches-du-Rhône. Une caractéristique de la basse Provence est l'action qu'a pu y avoir le félibrige, à travers le discours sur les fêtes de F. Mistral dans Lou Tresor dóu Felibrige, les menus des banquets félibréens, les « virées » des Cigaliers à travers le Midi et plus largement les représentations des fêtes qu'ont promues les Félibres. Mutations et renouvellements récents sont manifestes dans les transformations du pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer, les danses folkloriques actuelles, la place de la pétanque et des spectacles tauromachiques, les reconstitutions historiques, la construction du lien festif par l'espace sonore. Une postface de Jean-Marie Guillon analyse l'imaginaire provençal de la fête en termes de « nostalgie d'un monde perdu ».

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