Presses universitaires de Rennes

  • La métamorphose est omniprésente au Moyen Âge. Puisant dans un fonds mythologique païen, les auteurs ont construit une poétique de la muance qui intègre une représentation chrétienne. Cristina Noacco propose un panorama des formes de la métamorphose, thème universel pour penser les relations entre l'homme et la nature, entre l'homme et Dieu, pour représenter les fluctuations de l'âme et la destinée, les variations de la nature et la stabilité de l'Être.

  • Voici, pour les langues d'Europe, le temps de la coexistence et des choix, des ententes et des compromis, dans un espace en expansion géographique mais aussi en concurrence avec le monde anglo-saxon. Issues, pour la plupart d'entre elles, des mêmes racines indo-européennes, elles n'ont cessé de se différencier dans le temps et l'espace de leur croissance, même si quelques-unes restent apparentées. Comment dès lors, dans une communauté européenne aux langues multiples, passer de Babel à Pentecôte ? Si, dans le monde politique, ce sont les institutions qui règlent officiellement les usages de la communication, qu'en est-il dans les échanges spécialisés, scientifiques et techniques ? Comment passer d'une langue à une autre, lorsque les notions qu'elles recouvrent diffèrent sensiblement? Comment rendre compte, par la transposition linguistique, de la spécificité d'une oeuvre, en traduire la littérarité ? Comment enseigner les langues, aujourd'hui et demain ? Faut-il dès lors éduquer à l'intercompréhension ? Ce sont autant de questions que se sont posées les enseignants qui ont participé au plan de formation de l'Éducation nationale, auxquelles ont réfléchi les socio-linguistes, les hommes politiques, les traducteurs, les journalistes, les représentants des institutions et tous les Français d'Angers, de Liré et d'ailleurs, spécialistes ou non, qui ont participé aux communications, tables rondes, séminaires et débats que ce volume invite à découvrir. C'est une histoire de familles dans un monde en changement, une belle escale dans le temps et l'espace que propose finalement cette cinquième étape du voyage au long cours que constituent les Lyriades renouvelées de la langue française.

  • Les textes réunis dans ce volume rendent compte de la diversité des questions soulevées par les rapports féminin/masculin, en un temps où la participation des femmes à la vie de la cité est devenue d'une actualité brûlante, où l'analyse renouvelée de la notion d'identité (et d'identité sexuelle) se trouve au coeur des débats philosophiques. Le développement des études féministes a conduit à examiner les représentations de la femme dans la presse, les arts et les lettres ainsi qu'à s'interroger sur les marques du féminin dans l'écriture, questions dont il convenait d'esquisser un bilan quelque trente ans après le tournant décisif pris par les revendications des femmes dans les années soixante-dix. Les articles présentés dans l'ouvrage Féminin/masculin, sélectionnés à la suite du congrès de la Société des anglicistes de l'enseignement supérieur qui s'est tenu à Rennes en mai 1998, permettent d'aborder ces questions à partir d'études précises, qui interrogent spécifiquement les littératures et les cultures anglo-saxonnes.

  • Pourquoi un ouvrage sur le genre ? Pourquoi un de plus ? Comme le fait remarquer Philippe Lejeune dans l'interview figurant dans ce volume, les études sur le genre occupent une place importante dans la recherche anglo-saxonne, qui les conçoit comme un enjeu politique majeur. Il en va autrement en France. Les chercheurs dans le domaine des études anglophones ne peuvent ignorer cette question, ils lisent leurs consoeurs et confrères outre-atlantique, s'en inspirent, mais ils font montre d'une attitude plus réservée. Sans doute est-ce un fait de culture, mais c'est aussi le produit d'un déplacement : alors que les études de genre sont issues des travaux des féministes de la génération des années soixante-dix, notamment Hélène Cixous, Julia Kristeva et Luce Irigaray, qui se positionnèrent en regard de la psychanalyse freudienne, les développements contemporains sont plus spécifiquement américains, bien que puisant leurs sources dans le poststructuralisme français, en particulier Foucault, Derrida, Lacan, l'on pense notamment à Judith Butler, Leo Bersani ou Eve Sedgwick. C'est de ce hiatus qu'est partie la recherche qui a donné lieu à cet ouvrage, avec pour perspective, à la fois de rendre compte de l'inspiration que la critique européenne puise dans la pensée anglo-saxonne, mais aussi de mettre en lumière la manière spécifique dont elle se l'approprie, voire dont elle s'en distingue. Pour charpenter ce travail, les articles qui constituent ce volume ont été placés en regard d'interviews de ceux qui inspirent leurs démarches critiques. Notre choix fut subjectif, partiel. Les personnes sollicitées n'ont pas toutes souhaité ou pu répondre à nos questions. Nous remercions ceux qui ont accepté de se plier au jeu: Eve Sedgwick, Luce Irigaray, Gérard Wajcman, Philippe Lejeune, Eric Laurent. L'ouvrage résulte des travaux du laboratoire de recherche « Lectures et languages critiques » de l'équipe ACE.

  • La période 1450-1550 est l'heure de gloire du théâtre médiéval. C'est dans sa fonction polémique que l'on arrive à retrouver son ancrage local ou régional, que l'on arrive à mieux cerner le côté événementiel des représentations, au-delà des questions génériques et typologiques. Si l'on veut déterminer la place de la polémique sur la scène, la seule approche possible paraît bien être un retour aux sources et une évaluation de la représentativité des sources. Ce qui paraît anecdotique (n'oublions pas qu'anecdotique veut dire « inédit ») ou saugrenu n'est pas nécessairement marginal. Cela pose la question du rapport entre les formes et les fonctions. Les articles du présent recueil innovent au sens où ils accordent une place majeure aux contextes plus larges des représentations et, aussi, aux communautés qui se trouvent à la base du fait théâtral. Une chambre de rhétorique du Nord, un puy marial normand, une faction genevoise et une abbaye de jeunesse d'une rue lyonnaise ne sauraient gratuitement être mis sur le même plan. Des sociabilités différentes président à la création et à l'effectivité polémique des représentations. Et le théâtre n'y revêt pas uniquement une fonction récréative, mais connaît d'autres emplois que ceux que nous attribuons aujourd'hui au théâtre. On n'ose presque plus le dire, mais qu'en est-il du théâtre comme moyen d'action ? Quels sont les liens entre le théâtre et l'opinion publique ? C'est pour répondre à de telles questions que l'équipe de recherches sur le théâtre médiéval de l'université d'Amsterdam a invité des spécialistes du monde entier à participer à ce volume collectif.

  • Le héros tragique a-t-il droit d'être policé et amoureux ? C'est bien la question de la présence et de la légitimité de la galanterie dans l'univers tragique qui se pose. Célébrée par ses partisans en ce qu'elle permet de moderniser les héros antiques et de les rapprocher ainsi du public, elle est condamnée par ses détracteurs comme n'étant que mollesse : elle conduirait à peindre des héros insipides qui ressemblent tous à des éros de roman. Séduite par une esthétique a priori peu faite pour elle, la tragédie française du Grand Siècle est le lieu d'un débat qui engage sa définition même.

  • Défini dans la Rhétorique et dans la Poétique d'Aristote comme un langage-action, le pathos est l'une des techniques d'argumentation destinée à produire la persuasion, cela en émouvant les récepteurs. Les critiques de cette raison pratique n'ont cessé de dénoncer sa dimension manipulatrice et démagogique, constatant son écart avec le raisonnement formel centré sur la vérité objective. Cependant, l'analyse des émotions dans la langue permet de reconnaître la problématique essentielle de la culture, celle qui consiste à favoriser ou, au contraire, à nier la logique singulière d'une identité et d'une différence. Les études présentées dans ce livre proposent de soulever cette réflexion qui paraît urgente, compte tenu de la montée en puissance des nouveaux discours communautaristes, négationnistes et racistes. Empruntant aux passions communes, ces discours cherchent à réduire la pluralité des valeurs culturelles nécessaires à la vie en société. Fruit de discussions passionnées, cet ouvrage intéressera celles et ceux qui pensent que les émotions participent au dialogue entre individus et que l'étude des passions dans la langue favorise une meilleure compréhension des pratiques culturelles contemporaines.

  • Le 24 juin 1917, dans un théâtre de la butte Montmartre, a lieu la première des Mamelles de Tirésias, « drame surréaliste » de Guillaume Apollinaire. La salle est bondée, le Tout-Paris artistique et intellectuel s'y écrase, dans une ambiance houleuse et survoltée. André Breton s'efforce de calmer Jacques Vaché qui, afin d'obtenir une place assise, brandit un revolver. Peter Read reconstitue l'événement et le scandale qu'il a soulevé, nous mène aux sources du mouvement surréaliste et au coeur de l'étrange saison qu'est en France le printemps 1917 : les mutineries se multiplient dans l'armée ; des milliers de femmes en grève défilent à travers les rues de la capitale ; la vie artistique et littéraire est revitalisée par une étonnante renaissance culturelle. Apollinaire met alors en scène une héroïne qui s'insurge contre l'autorité masculine, revendique des droits égaux à ceux de l'homme, quitte le foyer conjugal. Son mari, quant à lui, décide de faire des enfants tout seul, à la place de son épouse insoumise. Apollinaire brouille les identités sexuelles et refuse le conformisme culturel que voudraient imposer les tenants de l'ordre et de l'Union sacrée. L'actualité sert de tremplin à l'épanouissement tous azimuts de son imaginaire poétique, et à la réalisation d'une conception radicalement novatrice de l'art théâtral. Peter Read révèle et analyse, pour la première fois, les sources et la genèse de la pièce, le jeu des acteurs, le dialogue, le décor, les costumes et la musique. Il nous fait découvrir toutes les dimensions sonores et visuelles d'une oeuvre drôle, poignante et visionnaire. Les Mamelles de Tirésias : oeuvre-clé pour l'histoire du théâtre du XXe siècle.

  • Ce livre n'est pas une édition et traduction commentée d'Anacréon et des poètes anacréontiques ; pas davantage un essai sur l'anacréontisme. Pas seulement. Il les dépasse pour offrir une synthèse dans laquelle les textes et fragments trouvent la place qui leur revient logiquement, tandis que parallèlement apparaît la cohérence d'une pensée si vieille, et parfois si moderne. Car on comprendra mieux aussi pourquoi, sans les poèmes anacréontiques ou sans Anacréon, sans le curieux phénomène littéraire que fut l'anacréontisme, notre littérature du XVIe siècle, comme celle de l'Allemagne préromantique, n'aurait pas été tout à fait la même.

  • Ce volume réunit non seulement les analyses de spécialistes qui ont consacré l'essentiel de leurs recherches à la langue française mais aussi les réflexions d'enseignants et de praticiens : juristes, hommes d'affaires ou écrivains. Ces regards croisés sur les perspectives de la langue française se posent d'abord sur les pratiques du français en France, dans une première partie consacrée à l'émergence du français, aux richesses régionales, aux bilinguismes culturels, qui débouche sur un débat concernant le rôle de la langue dans l'intégration des étrangers aux valeurs du pays. Une seconde partie pose le problème de l'évolution du français face au défi des langages spécialisés avec, comme point d'orgue, une réflexion sur la langue des affaires. La situation du français dans le monde constitue l'objet de la dernière partie : de l'expansion du français à l'époque des Grandes Découvertes au français contemporain parlé au Québec, en Roumanie ou en Afrique, le lecteur est conduit à s'interroger sur les pratiques, les motivations des apprenants, sur les modalités d'apprentissage, sur les représentations que la langue française véhicule, à travers le monde. Finalement, c'est une belle escale, dans le temps et l'espace, pour le voyage au long cours que constituent les Lyriades renouvelées de la langue française.

  • Les légendes de la Table Ronde font partie intégrante de l'héritage culturel occidental et revêtent une importance toute particulière en Grande-Bretagne où elles sont nées. Aux sources médiévales de la geste arthurienne - Triades, Mabinogion, Geoffroi de Monmouth, Chrétien de Troyes, Thomas Malory - refondues dans le poème épique de Tennyson qui a réconcilié le chevalier intemporel d'un Moyen Âge idéalisé et le gentleman victorien, se sont ajoutées au XXe siècle les oeuvres de toute une pléiade de romanciers modernes, soucieux de retrouver le vrai Arthur. Dans cet ouvrage, Marc Rolland s'est intéressé à quelques romanciers qui, dans les années 60 et 70 ont révolutionné le corpus, forgeant un genre nouveau, roman historique, certes, mais témoignant souvent d'une consanguinité manifeste avec la fantasy voire même avec certaines formes de la S.-F. Ces auteurs eurent à jongler avec des paradoxes apparents, surtout celui de concilier le merveilleux et l'exactitude historique, car le roi Arthur apparaît le plus souvent comme un « Prince du Ve siècle », dernier défenseur de l'Empire romain. Celte ou Romain, chef de bande ou Roi du Sacrifice, l'identité d'Arthur se décline dans la multiplicité, faisant de la Matière de Bretagne, sans cesse renouvelée, une littérature vivante, populaire, capable de témoigner aussi bien de la nostalgie d'un âge d'or que des grandes angoisses de notre temps. Et si, loin d'appauvrir la légende, la nouvelle Matière de Bretagne, par son souci extrême d'historicité et sa thématique en phase avec les grandes créations littéraires et cinématographiques du présent, ne faisait que retrouver son rôle d'origine, opérer cette « sortie du temps » qui nous soustrait au quotidien et nous plonge dans le temps du mythe ?

  • Le monologue fumiste est une pure blague, sans prétention ni ambition. Il désigne le théâtre dans son plus simple appareil, à certains égards rime avec l'esprit de la Foire, inventif dans sa mécanique comique, déclinant à l'envie la formule d'un personnage unique et inepte, imbu dans sa vanité, tyranniquement indifférent au temps et au lieu qui le circonscrivent. Sa parole est une absence à soi-même, un carrefour livré à tous les vents des discours sclérosés de la fin du XIXe siècle. Et grotesquement, rien de plus démocratique que cette forme en creux qui réunit une société entière, pétrifiée, nerveuse sans mouvement, et qui se représente en mettant en danger le théâtre lui-même, à force d'éprouver ses limites vitales : elle exclut de sa scène l'action dramatique, donne à son personnage toutes les raisons de disparaître (et ainsi soit-il, immanquablement). À force de se démembrer, au gré d'une vogue envahissante et opiniâtre, en dépit de Charles Cros avec son pourtant inaugural Hareng saur, mais soutenue par son interprète majeur, Coquelin cadet, elle provoque deux effets, présent et futur, inattendus dans leur disproportion à l'égard de son insignifiance exhibée. Double état des lieux d'une société qui redéfinit dans sa propre incompréhension ses contours et ses étages, et d'un théâtre compassé et exsangue, le monologue fumiste se résout radicalement en un geste d'autodestruction, en guise d'acte essentiel. Or, certes « moderne », sa désinvolture fait peser sur toute forme dramatique comme sur toute production de sens, un doute assez puissant pour préparer la naissance des avant-gardes, et elle enclenche un soupçon tenace après lequel s'élabore un certain théâtre du XXe siècle, mal qualifié d'absurde, ou par ricochet, de nouveau.

  • Cet ouvrage propose un parcours chronologique allant de la canso des troubadours aux Complaintes de Jules Laforgue, afin que l'on puisse juger de la dette des poètes du XIXe siècle envers leurs prédécesseurs, et de leur originalité lorsqu'ils réinvestissent des formes anciennes, faisant d'une « vieille chanson [une] chanson du jeune temps » (Hugo).

  • Le théâtre, la musique et la danse, trois disciplines fondamentales dans l'éducation de la noblesse d'Ancien Régime, participaient, dans les collèges français, à l'élaboration de spectacles conçus pour les jeunes gens autant que pour un public avide de divertissement. La scène des collèges s'impose comme l'un des premiers lieux de création dramatique des XVIIe et XVIIIe siècles. Pourtant, ce répertoire, qui souffre de la disparition de nombreuses sources, est encore rarement appréhendé dans sa dimension spectaculaire. Ce théâtre hybride, souvent farci d'intermèdes chantés ou dansés, se présente comme un objet protéiforme, qui appelle une approche pluridisciplinaire. L'un des atouts de cet ouvrage repose précisément sur la réunion de chercheurs confirmés de disciplines complémentaires, puisqu'il réunit des spécialistes de littérature française, néo-latine ou encore germanique, des historiens de la musique, de la philosophie, de la danse, de la scène et des arts du spectacle, et de littérature comparée.

  • La littérature brésilienne actuelle est une invitation permanente à faire l'expérience de productions romanesques et poétiques caractérisées par l'émergence de nouvelles propositions esthétiques et de nouvelles thématiques. Cette production romanesque et poétique contemporaine s'inscrit dans une période marquée par les séquelles de la dictature militaire (1964-1984) et la transition vers un pouvoir civil qui n'a pourtant pas empêché l'explosion de graves convulsions sociales en rapport avec l'insertion du Brésil dans le nouvel ordre mondial. En présentant les grandes lignes de cette production foisonnante ainsi que ses auteurs phares, cet ouvrage entend offrir, aux spécialistes et à un public plus large, un état des lieux sur la production littéraire brésilienne des trente dernières années. Il regroupe les travaux récents de spécialistes des universités françaises et brésiliennes présentés lors d'un colloque international organisé par l'ERILAR-Équipe de recherches interdisciplinaires en langues romanes de l'université Rennes 2. Ces contributions interrogent les rapports que la littérature entretient avec l'Histoire; le statut de l'écrivain dans une société marquée par la fermeture politique, le rôle de la littérature dans les sociétés d'économie de marché, les problèmes qui affectent les mégalopoles - violence, inégalité sociale, ghettos identitaires, les représentations hyperréalistes et les subtilités intimes de l'écriture. Cette publication fait découvrir pour la première fois au lecteur francophone tout un éventail de possibilités esthétiques et thématiques qui disent beaucoup de la façon de percevoir et de concevoir le temps présent.

  • C'est la coutume en ces rencontres de tout suspendre à un thème général. À chacun de jouer avec ses armes, dans son champ favori, attentif aux variations des autres champions. Tout le contraire d'un sujet technique. Un espace donné, pour le plaisir. Comme un jeu, mais très sérieux. Le thème cette année était la couleur. Les couleurs dans leur variété et leur variation. On revient toujours au poikilon grec, au miroitement du monde. Sujet redoutable, mais qui sollicite l'imagination. Sujet inépuisable, mais le but de ces Entretiens est l'invention, l'explication, dans la liberté. La couleur, la lumière, l'éblouissement, l'émerveillement, mais aussi les noirs, les gris ; mais aussi la rencontre de la forme et de la couleur, et naissent les problèmes esthétiques.

  • Presque un demi-siècle après la publication du classique de Pierre Grimal, L'Amour à Rome, et vingt-cinq ans après la sortie retentissante du livre de Paul Veyne, L'Élégie érotique romaine, il nous a paru opportun de renouveler la question en composant un recueil d'études sur l'amour romain : sur l'expression littéraire proprement romaine de l'amour, sur la perception romaine de l'amour, comme passion ou comme jeu, de Varron à saint Ambroise. Car, depuis un certain temps, on disserte beaucoup de la « sexualité » à Rome, on dispute savamment de la pertinence à Rome de la distinction hétérosexualité/homosexualité, mais on semble éluder une notion mi-âme mi-corps - et un nom, amor, encore très présent dans notre aire romano-méditerranéenne -, sans doute trop subtile pour ne pas effrayer les amateurs de schémas et de systèmes anthropologiques. Les quinze contributions proposées sont suivies d'une anthologie - sous forme d'abécédaire de l'amour à Rome -, en présentation bilingue.

  • Ce volume regroupe les textes issus du colloque organisé par l'équipe de recherche Interdisciplinaire en langues romanes (ERILAR) de l'université Rennes 2 en octobre 2003. Son titre précise l'objet propre de la rencontre : interroger une forme textuelle particulière, tout spécialement dans sa dimension alternative par rapport à d'autres stratégies d'écriture (comme par exemple le traité). La Renaissance en constituait le centre de gravité historique : le dialogue connaît en effet avec l'âge de l'humanisme un exceptionnel regain de faveur, nourri de la lecture des grands textes de l'Antiquité classique. L'hypothèse forte qu'il s'agissait dès lors de vérifier était qu'un tel choix allât de pair avec la reconfiguration des savoirs à l'aube des temps modernes et avec la remise en cause de leurs procédures d'élaboration traditionnelles. L'affichage de nouvelles modalités de production du « vrai » soulève notamment la question de l'autorité de qui prétend l'énoncer et redéfinit du même coup le statut de la vérité. Mais éclairer de tels enjeux supposait aussi de mettre en perspective cette reprise du genre. C'est pourquoi le volume, à côté du noyau central consacré aux XVe et XVIe siècles, comprend des aperçus sur son amont médiéval et son aval immédiat. C'est pourquoi encore une introduction à caractère théorique tente de mieux en cerner les contours sur le plan générique.

  • Ce recueil bilingue consacré à l'écrivain canadien Margaret Atwood, reconnue comme l'une des figures dominantes de la littérature d'expression anglaise, contient l'intervention qu'elle a prononcée à Rennes en novembre 1998 sur son roman The Handmaid's Tale (La Servante écarlate) et sur le genre auquel il appartient. Le roman, inscrit aux programmes 1999 du CAPES et de l'agrégation d'anglais, a été l'un des plus grands succès littéraires des années 80 aux États-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne. Utopie, dystopie, satire, ou fiction spéculative, ce texte au scénario terrifiant s'inscrit à l'intérieur du courant postmoderne. Cet ouvrage rassemble des études du roman qui ont été présentées en décembre 1998 au colloque Margaret Atwood organisé par le Centre d'études canadiennes de Rennes. Les auteurs analysent le texte sous différents éclairages : ils explorent les rapports entre littérature et société, politique et poétique, langage et organisation de la cité, et examinent les stratégies de détournement mises en oeuvre.

  • Si la fabrique a son mystère, l'atelier son secret, ce sont pourtant des objets que la poétique, menant son enquête depuis un autre pôle que celui d'un rêve de la production du texte ou de l'intention de son auteur, autrement aussi que dans l'étude approfondie des « avant-textes », approche. Soumettre les textes de Chateaubriand aux gestes de la poétique - ceux-là mêmes qui interrogent les contours des genres, le travail de l'intertextualité, ou encore l'effet dynamique des figures, considérées en leur sens le plus large - c'est espérer ainsi rendre le compte des mécanismes du texte, de son faire, selon l'étymologie, ou, si l'on veut, de sa fabrique. Ouvertes à des préoccupations autant théoriques qu'herméneutiques, les communications présentées ici contribuent chacune à éclairer cette dynamique de la production textuelle chez Chateaubriand, à manifester la spécificité d'une écriture qui décline toutes les modalités de la subversion (déception de l'attente, détournement des références, transgression de l'archi-texte, recyclage organisé des séquences) et qui travaille ainsi sans cesse à fabriquer son propre - et monumental - écart.

  • Isabelle Durand-Le Guern s'attache à faire émerger les diverses représentations du Moyen Âge, telles qu'élaborées et véhiculées par les romantismes allemand, anglais et français. C'est en effet un Moyen Âge rêvé, recomposé que nous donnent à voir les oeuvres romantiques, un Moyen Âge dans lequel s'expriment moins des réalités historiques que les fantasmes d'une génération romantique porteuse de bouleversements esthétiques et idéologiques. L'exploration des différents genres littéraires - conte, ballade, théâtre, roman historique - qui s'ouvrent à la présence du Moyen Âge permet de mettre en évidence les diverses colorations et distorsions que subit la période sous la plume des écrivains romantiques. L'analyse de ce qui apparaît déjà comme un processus de mythification se poursuit par l'évocation de grands personnages médiévaux revisités par les romantiques, et sur lesquels se projettent nombre de préoccupations contemporaines. L'ouvrage propose une typologie des Moyen Âges romantiques en distinguant les représentations qui s'attachent à l'aspect « grotesque » de la période, celles qui l'associent au merveilleux et au terrifiant, et celles qui le constituent en âge d'or. Le Moyen Âge devient ainsi un mythe, mythe d'un temps primitif à mi-chemin entre histoire et légende. Ce passé mythifié, dans lequel le romantisme cherche à la fois un ailleurs radicalement autre et une identité, représente paradoxalement l'un des moyens d'expression privilégiés de la modernité du mouvement romantique.

  • L'oeuvre d'Henri Queffélec occupe une place à part dans la littérature de l'après-guerre. À une époque où l'humanisme paraît démodé, où le récit traditionnel est remis en question, Queffélec continue à plaider pour un unanimisme chrétien et pour une littérature ancrée dans la réalité de sa région dont il évoque si bien l'imaginaire hanté par les signes de la mort. Romancier des îles bretonnes et de la mer, observateur des mutations de son temps, il peint les catastrophes provoquées par les violences de la nature, les drames et les conflits liés aux transformations sociales. Toute cette oeuvre violente et déchirée ne cesse pourtant de rêver, de nous faire rêver d'harmonie, de solidarité. Queffélec a cultivé le catholicisme social et a eu des sympathies de plus en plus marquées pour le franciscanisme. Pour lui la religion est lien entre les hommes ; elle suscite des enthousiasmes, fait vivre des communautés. Le romancier joue sur les techniques narratives, sur les points de vue, pour animer des groupes et créer une vie collective. L'écrivain accomplit alors une mission presque sacerdotale en réconciliant l'homme et le monde.

  • Les théories contemporaines de la fiction, forgées à partir d'exemples romanesques empruntés au dix-neuvième et au vingtième siècles, sont-elles pertinentes pour des textes plus anciens ? Les auteurs de ce livre ont voulu interroger les notions d'« immersion », de « feintise ludique partagée », de « monde possible », en partant de textes appartenant à une période pour lesquels elles n'avaient pas été, a priori, pensées. La réflexion s'efforce d'abord de cerner le propre de la fiction littéraire, en faisant appel à une perspective interdisciplinaire (linguistique et juridique) : ce que l'on appelle « fiction juridique » apparaît comme fondamentalement distinct de la fiction littéraire. La pensée contemporaine de la fiction est ensuite confrontée à celle qu'élaborent les poéticiens à partir de la Renaissance au moment où émerge, justement, la possibilité de penser la spécificité de la fiction littéraire. L'accent est également mis sur la représentation du fonctionnement de la fiction (ses délices et ses périls) telle qu'elle est mise en oeuvre dans les textes eux-mêmes. L'enquête porte enfin sur les opérateurs de fictionnalité propres à cette période comme la première personne, le paradoxe, ainsi que sur les rapports entre fiction et anthropologie des passions, fiction et argumentation.

  • Les textes rassemblés ici proposent une enquête sur « la critique » et « le critique », parce que le lieu critique peut être interne à l'oeuvre et ne doit pas être nécessairement associé à une pratique institutionnelle ; et parce que c'est aussi un discours sur l'oeuvre, qui se pose parfois comme un extérieur distancié, parfois comme son prolongement ou « espace de résonance ». La critique appartient-elle à l'oeuvre ou est-elle la recherche d'un au-delà de l'oeuvre ? Quelles valeurs pose-t-elle, et quels sont ses rapports avec le passé de la critique ? Ce dernier se confond- il, ou pas, avec l'histoire de l'art ? Quels rapports entre critique et public ? L'ambition de ce volume, au lieu de séparer les champs de la critique littéraire, de la critique de théâtre, de la critique cinématographique et de celle des arts plastiques, sera de dégager les axes communs dans les approches et les conceptions de la critique et du critique. De sa double relation avec l'oeuvre et avec le public, évoquée avec peu de ménagements par Balzac, déjà : « Il existe dans tout critique un auteur impuissant. ». Que dire de cette image d'impuissance associée surtout au critique universitaire, « sur les hauteurs du Quartier latin, dans les profondeurs d'une bibliothèque », « vieillard » qui « a tant vu de choses qu'il ne se soucie plus de regarder le temps présent » (Monographie de la presse parisienne). Ce rapport au présent n'est-il pas justement le moment critique par excellence, celui qui rend l'oeuvre critique ?

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