Sciences humaines & sociales

  • Le populisme

    Pascal Perrineau

    Souvent confondu avec la démagogie, le populisme n'a pas bonne presse. De fait, si le mot renvoie à l'origine à un mouvement politico-social russe de la seconde moitié du XIXe siècle, qui s'était donné pour objectif de soulever la paysannerie contre le pouvoir tsariste, il désigne aujourd'hui, dans le débat, les discours et les doctrines qui en appellent au « peuple » comme s'il était un corps politique indifférencié. Le populiste, c'est celui qui flatte les masses dans ses aspirations les moins louables. Or, les crises multiples que traversent nos démocraties libérales (crises économiques, mondialisation, crises migratoires, crise de la représentation) réactivent un spectre qu'on a cru disparu avec les idéologies du XXe siècle. Le populisme est-il une dérive inévitable de la démocratie ? En quoi n'est-il justement pas le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ? Quel en est le moteur ? Pascal Perrineau tente de circonscrire un concept flou, fait le point sur les études les plus récentes et montre quelles sont les formes nouvelles du populisme à l'heure des réseaux sociaux et des fake news.

  • 1821. Baudelaire naît le 9 avril ; Flaubert, le 12 décembre. Trente-six ans plus tard, en 1857, la diffusion des Fleurs du Mal est interdite ; Madame Bovary, acquittée. Victoire du roman sur la poésie ? Poète maudit, Baudelaire le fut par excellence. De lui, on garde l'image du dandy excentrique, amateur de prostituées et de haschich. Un Baudelaire bohème crachant sur la modernité, pourtant lui-même éminemment moderne. Dans cet abécédaire, Carlo Ossola se propose d'aller y voir de plus près. D'« Abîme » à « Voyage » en passant par « Blasphème », « Horreur », « Paradis » et « Volupté », il nous montre un auteur complexe et tourmenté, assoiffé d'éternité. Un Baudelaire mystique, lecteur de Pascal, De Maistre et Poe. N'était-il pas celui qui, hanté par l'Apocalypse, a cherché à parler du divin sous un ciel vide de Dieu, un « ciel muet et ténébreux » ? Au milieu de visions et de délires, de tout ce qui peut délivrer de la solitude, il a regardé en face la mort et la décomposition non pour s'y complaire, mais en alchimiste : « Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or »...

  • L'anthropocène

    Michel Magny

    Par le terme « Anthropocène », on désigne la nouvelle époque géologique dans laquelle nous sommes récemment entrés et qui se caractérise par la pression sans précédent que les humains font peser sur l'écosystème terrestre. Ses racines profondes ? L'entrelacement étroit, depuis la plus lointaine Préhistoire, de la trajectoire de la nature et de celle des sociétés humaines. Après avoir fait la généalogie du concept et évoqué les polémiques que suscite son adoption, Michel Magny examine les différentes manifestations de la crise écologique dont l'Anthropocène est aujourd'hui le nom : réchauffement climatique, chute de la biodiversité, pollution des écosystèmes, anthropisation des espaces terrestres et pression démographique. Et de s'interroger plus largement : l'Anthropocène ne nous donnerait-il pas à penser, avec la crise écologique, celle des sociétés humaines, c'est-à-dire le rôle de notre espèce et les imaginaires qui fondent notre manière de faire société et d'habiter le monde ?

  • La Commune, objet « chaud », a longtemps divisé les historiens. Elle a eu sa légende noire, sitôt après l'événement, celle de la révolte sauvage des « barbares et bandits ». Elle a aussi eu sa légende rouge : toutes les révolutions et les insurrections socialistes du XXe siècle se sont dites filles de l'insurrection parisienne de 1871. Cette légende a pu se révéler redoutablement déformante mais, à présent, une histoire apaisée de la Commune de Paris est devenue possible. Replacé dans l'ensemble plus large d'une France provinciale, l'événement - ces soixante-treize journées de la révolution parisienne achevée dans une répression sanglante - n'en devient pas pour autant un objet froid.

  • L'Ancien Régime n'a pas existé. Ou du moins n'a-t-il existé qu'après coup, aux yeux des Constituants de 1790, qui n'avaient à l'esprit que les dernières vicissitudes du gouvernement.
    En réalité, la monarchie de Louis XVI avait peu à voir avec celle de Louis XII. À travers deux ou trois siècles de bouleversements, le pouvoir avait évolué d'un royaume féodal à l'administration centralisée et autoritaire du XVIIIe siècle.
    Yves-Marie Bercé évoque la nature exacte de ces gouvernements. Il dépasse le court terme de la rupture révolutionnaire et présente la France des rois, ses rites, son système de valeurs, la vie quotidienne et celle de ses institutions, dans leurs constantes évolutions.

  • Eckhart de Hochheim est sans aucun doute l'un des auteurs du Moyen Âge le plus lu, essentiellement pour ses sermons allemands. Le Maître séduit, fascine, enthousiasme. Parce qu'il a subi un procès pour hérésie, on fait facilement de lui le chantre d'une spiritualité universelle, incomprise d'un magistère aux vues étroites et bornées ; un guide spirituel, libéré des dogmes sclérosants et affranchi du langage de l'Université. De fait, premier dominicain à prêcher en langue vernaculaire, Eckhart invente un langage et des mots, use de métaphores et d'images afin de transmettre au public peu averti qui était le sien - notamment les béguines - une pensée précédemment déployée dans le latin scolastique. Malgré tout, sommes-nous encore vraiment capables, nous modernes, de pénétrer ainsi cette oeuvre dense, difficile, exigeante ? Peut-être si, aujourd'hui comme hier, on admet une présence en nous qui, sans cesse recouverte par nos penchants et nos faiblesses, nous rappelle que l'absolu n'a pas déserté la création. Une présence que Maître Eckhart appelle Dieu.

  • En 1907, Maria Montessori, l'une des premières femmes médecins d'Italie, ouvre une école d'un nouveau genre au service d'une vision inédite de l'enfant, envisagé comme une personne libre et épanouie, qui apprend spontanément. Sa méthode ? Une pédagogie qui respecte ce qu'est l'enfant, les étapes de son développement, ses exigences, ses besoins. Ce projet d'une éducation nouvelle, qui s'inscrit dans la promotion de la paix universelle et du progrès, repose sur trois piliers : une posture particulière de l'éducateur, un environnement préparé et un matériel pédagogique spécifique. Mais bien plus qu'une méthode, la pédagogie Montessori est un état d'esprit, qui ne se limite pas à une tranche d'âge ni à l'école, et dont les principes sont maintenant confirmés par des recherches en neurosciences et en psychologie du développement.

  • Dyslexiques, dysphasiques, dyspraxiques, dyscalculiques... Les enfants dys souffrent de troubles cognitifs spécifiques qui, parce qu'ils apparaissent au cours de leur développement, ralentissent ou compromettent leur acquisition des savoirs fondamentaux. Leur vie scolaire en pâtit, et s'ils ne sont pas pris en charge, ils en subissent les conséquences à l'âge adulte, dans leur vie professionnelle et sociale. En France, 6 à 8 % des élèves d'une classe d'âge seraient concernés. Comment dépister et traiter ces troubles ? Comment accompagner au mieux les enfants dys ? Gabriel et Marie Wahl proposent des pistes et, à l'appui d'exemples concrets et d'une solide expérience de terrain, montrent que les troubles dys ne sont pas une fatalité.

  • La thérapie d'acceptation et d'engagement Nouv.

    Psychothérapie développée par Steven C. Hayes dans les années 1980 et fondée sur la méthode scientifique, la thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT pour acceptance and commitment therapy) puise ses sources dans le comportementalisme et les pratiques méditatives d'origine bouddhiste. Elle appartient en effet à la troisième vague des thérapies comportementales et cognitives (TCC) et recourt à de nombreux exercices, dont la méditation de pleine conscience (mindfulness). Son principe ? Embrasser l'inconfort d'exister au lieu de s'épuiser à échapper à sa propre expérience, et donc dégager l'énergie qui permettra de révéler ce qui compte réellement pour soi. Changement total de paradigme : la disparition de la souffrance n'est plus l'enjeu immédiat de la psychothérapie. Une fois admise la douleur psychologique comme inhérente à la condition humaine, il devient possible de s'affranchir de la lutte contre-productive pour le confort à tout prix, et ainsi de s'engager dans des actions plus enrichissantes pour l'existence. Des centaines d'études ont montré que l'ACT est efficace sur toutes les catégories de troubles psychologiques.

  • Jean-François Dunyach retrace l'histoire générale de l'ensemble de l'île de Grande-Bretagne, de sa formation géologique jusqu'au Brexit de 2020 et la rupture effective d'avec l'Union européenne. Embrassant un vaste panorama, il retient les dates et les événements les plus communément admis pour en donner un tableau le plus accessible possible. À la lumière de l'actualité, l'accent est évidemment mis sur la dimension européenne de cette histoire, afin d'offrir une mise en perspective et une meilleure compréhension des enjeux contemporains. Mais par-delà, la question se pose : comment une quasi-presqu'île de l'Europe est-elle un jour devenue le plus vaste empire de l'histoire, dont le Commonwealth est aujourd'hui l'héritage ?

  • La résilience Nouv.

    Le mot « résilience » rencontre aujourd'hui un succès considérable. Pourtant, si elle constitue pour certains un véritable tournant dans la façon de considérer la psychopathologie, la résilience n'est pour d'autres qu'un habillage neuf désignant divers processus connus depuis longtemps : ceux qui permettent de résister à un traumatisme ou de se reconstruire après lui. Serge Tisseron analyse les raisons de l'attrait que la résilience suscite. Il expose son histoire, d'abord américaine, et pointe les divergences autour de ses définitions et de ses usages. Tantôt processus et tantôt trait de personnalité, sorte d'immunologie psychique ou méthode de prévention, la résilience connaît en effet de multiples déclinaisons et recouvre des conceptions variées, voire opposées.

  • En France, il a fallu attendre la loi du 16 octobre 1999 pour que l'expression « guerre d'Algérie » soit officiellement reconnue. De 1954 à 1962, l'euphémisme « opérations de maintien de l'ordre » permettait de ne pas reconnaître le statut de belligérants à ceux que l'État considérait comme des « rebelles », des « terroristes »... Dans une perspective centrée sur la France, et en partant de la chronologie des faits, Guy Pervillé retrace l'histoire d'une décolonisation douloureuse. Plus de cinquante ans après les accords d'Évian, il interroge nos difficultés à normaliser les rapports franco-algériens.

  • Paul Ricoeur Nouv.

    Paul Ricoeur

    Jean Grondin

    Ceux qui ont eu le privilège d'être ses contemporains et de suivre l'évolution de son oeuvre étaient habitués à voir un gros livre de Ricoeur paraître tous les cinq ou six ans. Ce livre revenait sur des sujets familiers de ses lecteurs, comme la volonté, l'agir ou l'identité, la question du temps, de l'histoire, de l'interprétation, le langage, le texte ou le récit, mais les abordait à partir d'angles et de références chaque fois nouveaux. L'oeuvre est maintenant achevée, lue dans le monde entier. Elle exerce une profonde influence sur les sciences humaines. Pour introduire à cette oeuvre complexe, Jean Grondin suit le fil rouge de l'herméneutique. Il donne ainsi à comprendre la richesse de la pensée de l'un des plus importants philosophes du XXe siècle. Il offre aussi un portrait sensible de celui qui a proposé une philosophie de l'homme agissant et souffrant.

  • Les années folles

    Myriam Juan

    Au lendemain de la Grande Guerre, toute la société fut saisie d'un formidable élan culturel, foisonnement de modernité et d'aspirations progressistes : les Années folles. Un nom d'époque (ou « chrononyme ») qui charrie un imaginaire joyeux teinté d'audace et d'exubérance, sur lequel plane cependant l'ombre des crises des années 1930. Avant-gardes artistiques, culture de masse... Autant de phénomènes que Myriam Juan propose d'explorer, dans une perspective nuancée résolument tournée vers l'histoire culturelle. Car à ce mouvement s'opposèrent de fortes résistances, et les Années folles ne désignent qu'une partie de la réalité des années 1920. Faut-il pour autant n'en retenir qu'une image superficielle ou déformée ? Cent ans après, l'occasion est toute trouvée de se replonger dans le monde de Gatsby, de Joséphine Baker, du charleston, de Modigliani et de Soutine...

  • La question des droits, de la citoyenneté et de l'émancipation des femmes se pose depuis les révolutions américaine et française à la fin du XVIIIe siècle. Nés dans un contexte occidental, des féminismes se sont implantés peu à peu sur tous les continents pour libérer la parole et l'action des femmes, selon des modalités spécifiques de luttes politiques, nationales et anticoloniales.
    Le point de vue global de Florence Rochefort permet de saisir ces interactions transnationales et de retracer les grandes caractéristiques des modes de pensée et de mobilisation contre les inégalités entre les sexes, pour les droits et les libertés des femmes, mais aussi pour de nouvelles normes de genre.
    Trois grandes périodes jalonnent cette histoire : un moment d'émergence et de premières mobilisations jusqu'en 1860 ; un moment d'affirmation de mouvements pour les droits des femmes jusqu'en 1945 ; enfin, un moment caractérisé par les mouvements de libération des femmes et une institutionnalisation de la lutte pour les droits des femmes.

  • Savez-vous qu'« un véto corse la finira », « la Révolution française » ? Qui se cache derrière le nom d'Avida Dollars, d'Alcofribas Nasier ou encore de Louis Jenrel ? Vous avez dit « anagramme » ? Pierre-Yves Testenoire revient sur cette figure de style qui consiste à permuter les lettres d'un mot ou d'une expression pour en tirer un autre mot ou une autre expression, de sens radicalement différent, souvent loufoques. Tellement, qu'on les dirait parfois dotées du pouvoir de révéler le vrai sens des mots. Cet art de cryptage autant que de décryptage est pratiqué depuis la plus haute Antiquité. Dans toutes les langues alphabétiques, on fait des anagrammes, qui peuvent prendre des formes variées : tantôt anacycliques ou palindromiques, tantôt saussuriennes ou psychana­lytiques. Il existe même des anagrammes musicales ! Avec ce livre, elles n'auront plus de secrets pour vous.

  • Trophées, nourriture, sujets d'expérimentation, ressources, souffre-douleurs, jouets, vêtements... Depuis l'époque néolithique au moins, les hommes considèrent les animaux comme des moyens. Pourtant, cette hégémonie de notre espèce, dont la chasse et l'élevage industriel sont les manifestations les plus évidentes, ignore volontairement les implications éthiques de la révolution darwinienne. C'est ce suprémacisme humain que l'antispécisme entend critiquer. Or, profitant de l'essor, depuis le milieu des années 2010, du végétarisme et du véganisme, le discours indigné des antispéciste rencontre de plus en plus d'échos, bien qu'il soit souvent accueilli de façon amusée ou hostile. Dans ce court essai, Valéry Giroux bat en brèche les caricatures, et montre que l'antispécisme est avant tout une base de réflexion éthique et politique. En affirmant que l'humanité doit renoncer à certains des privilèges qu'elle s'est injustement octroyés aux dépens des animaux, elle défend l'idée qu'un monde délivré du spécisme serait non pas encore parfait, mais incontestablement plus juste.

  • Qu'ont en commun l'anastylose, l'iconoclasme et une cadole?? Les substantifs «?mécénat?», «?propriété?» et «?crowdfunding?» ou encore les adjectifs «?vernaculaire?» et... «?beau?»?? Ce sont, parmi beaucoup d'autres, quelques mots du patrimoine. Cette cadole, bel exemple de propriété vernaculaire, sera restaurée par anastylose, avec l'aide de mécènes iconoclastes et d'un crowdfunding («?financement par la foule?»). Des mots pour définir et décrire le patrimoine reçu des générations qui nous ont précédés, d'autres pour exprimer notre devoir de mémoire et la sauvegarde des objets patrimoniaux qui nous entourent et des messages qu'ils portent. Quelques mots encore pour convaincre de l'importance de cette transmission aux jeunes générations et de son rôle dans l'éducation, dans la vie sociale et dans la vie économique des territoires. Guy Sallavuard en a retenu 100, qu'il décrit avec une plume vive et une conviction forte : le patrimoine est la porte la plus ouverte vers la culture. Sa sauvegarde est l'affaire de tous.

  • Platon de A à Z

    Daniel Larose

    Cet abécédaire paraît à l'occasion du lancement de la collection « À la lettre », dont chaque titre est construit comme un mini-dictionnaire rassemblant les notions essentielles d'un grand classique suivies de la définition qu'il en donne lui-même dans son oeuvre, le tout précédé d'une introduction étoffée qui remet l'oeuvre dans son contexte et sa cohérence. À la manière des « 100 mots... », mais sans la limitation du nombre et sous la forme d'une anthologie, « À la lettre » permet de réviser ses classiques « dans le texte », sans avoir à (re)lire toute l'oeuvre ou ses commentateurs, et de se constituer un répertoire de citations pour briller en société ou... dans ses dissertations. Avec Platon, place à « caverne », « dialectique », « idée », « imitation », « maïeutique », « réminiscence »... Sous cette forme, ce n'est pas un été que vous passerez avec Platon, mais toute l'année !

  • Le suicide

    Nathalie de Kernier

    Problème majeur de santé publique en France et dans de nombreux pays, le suicide reste une énigme. C'est aussi pourquoi il exige un incessant travail de pensée. Après un retour en arrière jusqu'aux stoïciens et un aperçu des diverses façons d'appréhender ce problème existentiel, Nathalie de Kernier propose un état des lieux des travaux actuels, essentiellement cliniques et psychopathologiques. Par son expérience du terrain hospitalier et ses propres recherches, elle ouvre des pistes de compréhension, appuyées sur des exemples cliniques dans des situations variées, dégageant ainsi des perspectives préventives et thérapeutiques. Sa démarche ? Se fonder sur la quête de sens qui anime toute vie humaine.

  • « S'il est vrai qu'une philosophie digne de ce nom est avant tout un discours sur l'essentiel, qui se développe et se ramifie comme un arbre, ou éclate comme une fusée, avec plus ou moins de retard, la petite quantité des attitudes fondamentales doit corriger la pluralité indéfinie des oeuvres. » Cet ouvrage part de ceux qui ont réussi à faire cristalliser une approche, une attitude, un esprit, pour offrir au lecteur la reprise des étapes majeures de l'aventure de la pensée occidentale depuis Parménide jusqu'à Sartre et Bruaire en passant par Platon, Descartes, Spinoza, Kant, Marx, Nietzsche ou encore Bergson.

  • L'expression « lanceur d'alerte » a été forgée en janvier 1996 par Francis Chateauraynaud lui-même. À l'origine, elle était destinée à dépasser des notions trop réductrices : la prophétie, entachée d'irrationalité ; l'alerte technique, résultant de protocoles ; la dénonciation ou la révélation du scandale, dépendant de la légalité ou de la légitimité d'une situation. Or, comment désigner les personnes ou les groupes qui, rompant le silence, passent à l'action pour signaler l'imminence, ou la simple possibilité, d'un enchaînement catastrophique ? Depuis, la formule a fait florès. Venant remplir un vide conceptuel, elle est aujourd'hui utilisée plus ou moins précisément dans de multiples contextes, souvent comme traduction du terme anglo-saxon whistleblower. Francis Chateauraynaud saisit ici l'occasion d'en repréciser les contours. Un lanceur d'alerte ne devrait-il pas être celui dont l'alerte s'oriente vers un intérêt collectif, un bien commun, une valeur universalisable ?

  • Si, en France, le XIXe fut le siècle des questionnements, notamment sur le rôle de la religion dans les sociétés modernes, le XXe aura été celui de l'organisation de la vie scientifique et de la politisation massive des débats intellectuels, notamment au travers des religions séculières que furent le communisme et le fascisme. Mais, en dépit des changements, des oppositions philosophiques et morales intenses, un facteur de continuité joue un rôle central d'unification des moeurs et des sensibilités de la vie intellectuelle française : la littérature. Celle-ci a en effet incarné une forme de synthèse de toutes les particularités idéologiques et morales propres à la société française. La France?? Ce pays qui aime autant l'esprit que les lettres?!

  • La philosophie médievale Nouv.

    Qu'est-ce que la philosophie médiévale ? Évoquant soit l'âge idéal du magistère intellectuel de l'Église, soit l'époque malheureuse d'un long et laborieux sacrifice de la pensée, rappelant pour les uns les fastes équivoques d'une clarté à jamais perdue, ou pour les autres la manifestation la plus évidente des ténèbres, de l'obscurantisme, mille ans de réflexion, d'innovations et de travail dorment dans le silencieux interrègne qui sépare l'Antiquité de la Renaissance. Autrement dit, c'est une transition de dix siècles, interminable parenthèse entre Aristote et Descartes, au cours de laquelle l'« autorité » des « Pères » et des « Docteurs » règne sans partage, où la foi l'emporte sur la raison, le langage sur l'expérience, l'abstrait sur le concret, les mots sur les choses.

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