Seuil

  • Face à la crise globale du capitalisme, on voit désormais le FMI, des gouvernements ou des économistes célèbres brûler ce qu´ils ont adoré - le marché - et réhabiliter l´État qu´ils honnissaient. Nous vivons en fait l´amorce d´une « démondialisation ». L´histoire, la politique et les nations reprennent leurs droits avec le retour des États, que l´on disait naguère impuissants, et le recul des marchés, que l´on prétendait omniscients. Ce mouvement réveille de vieilles peurs. Et si cette démondialisation annonçait le retour au temps des guerres ?
    Ces peurs ne sont que l´autre face d´un mensonge qui fut propagé par ignorance et par intérêt. Non, la mondialisation ne fut pas, ne fut jamais « heureuse ». Le mythe du « doux commerce » venant se substituer aux conflits guerriers a été trop propagé pour ne pas laisser quelques traces... Mais, à la vérité, ce n´est qu´un mythe. Les puissances dominantes ont en permanence usé de leur force pour s´ouvrir des marchés et modifier comme il leur convenait les termes de l´échange. Dans ce fétichisme de la mondialisation, il y eut beaucoup de calculs et de mensonges. Il faut donc établir le vrai bilan de cette mondialisation - de ces apports et de ces méfaits - pour penser rigoureusement la phase suivante qui s´ouvre.
    Ce livre propose précisément les voies d´une démondialisation pensée et ordonnée par une nouvelle organisation du commerce et des relations financières internationales.

  • Cet ouvrage vient couronner une oeuvre majeure mais principalement constituée d'articles fondamentaux (parmi les plus cités dans la littérature académique). C'est le premier et le seul livre de l'auteur qui s'attache à formuler les principes et le cadre analytique d'une sociologie économique. Mais c'est plus que cela en réalité, car la façon dont procède Granovetter ne consiste pas à installer une discipline nouvelle concurrente des autres et notamment de la science économique. Il s'agit de montrer qu'aucune activité économique ne peut être comprise sans tenir compte des normes, des conventions, de la confiance, du pouvoir et des institutions sociales, et donc que l'on comprend mieux l'économie et la société en dépassant les frontières entre les disciplines. En combinant méthodes et résultats de la sociologie, l'économie, la psychologie et l'histoire, l'auteur propose un modèle interactionniste qui dépasse les clivages élémentaires (agent/système, individualisme/holisme) et il décrit les dynamiques complexes qui articulent constructions mentales et sociales, stratégies individuelles et évolution institutionnelle. En plus d'un livre de référence attendu, voilà une invitation stimulante et bienvenue à ouvrir les portes et les cerveaux dans toutes les disciplines qui traitent de questions économiques.

    Mark Granovetter (né en 1943) est professeur de sociologie à l'université de Stanford. Il est considéré comme l'un des principaux fondateurs de la nouvelle sociologie économique qui, depuis les années 1980, renouvelle la critique sociologique de la science économique et tend à réintégrer les comportements économiques dans leur cadre social historique, symbolique et institutionnel.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christian Clerc.

  • Introduction à la politique économique
    Récessions, inflation, chômage, krach financier, crise de l'euro... Face à ces déséquilibres, que peuvent faire les gouvernements ? Quels objectifs guident leur action ? Comment fonctionnent les divers moyens d'intervention et à quelles conditions sont-ils efficaces ? Telles sont les questions abordées dans ce livre. Cette nouvelle édition entièrement actualisée introduit de nombreux schémas commentés pour décrire la chaîne complète des effets associée à chaque instrument d'intervention ; elle éclaire les débats contemporains (austérité ou relance, politique de l'offre ou de la demande, euro ou monnaie nationale...) et permet de comprendre pourquoi la conduite d'une politique économique est confrontée à des dilemmes spécifiques dans la zone euro.
    Jacques Généreux
    Auteur de plus de vingt-cinq ouvrages, il enseigne l'économie à Sciences Po. depuis trente-cinq ans. Il est membre de l'Association française d'économie politique, notamment mobilisée pour le pluralisme de la recherche en économie. Il soutient également l'action de l'APSES pour défendre un enseignement pluraliste et pluridisciplinaire des sciences économiques et sociales au lycée.

  • Ce livre raconte l'avènement de l'" économie comportementale ", dont Richard Thaler est l'un des principaux pères fondateurs. En combinant la psychologie expérimentale et l'étude concrète des marchés, cette nouvelle discipline refonde l'analyse économique sur les comportements réels des êtres humains, et non plus sur la fiction de l'homo œconomicus. Autrement dit, elle sape les fondements de la science officielle (mainstream) qui ne croit qu'aux marchés efficients agis par des acteurs rationnels prenant toujours la meilleure décision possible. Quarante ans de recherches ont en effet définitivement établi que les consommateurs, les entrepreneurs, les traders, les investisseurs, les chauffeurs de taxi, etc., pensent et agissent bien souvent de travers par rapport à la fiction du choix rationnel. Plutôt que de rédiger un manuel, Thaler a choisi de rendre ces découvertes accessibles à un large public, en racontant sa vie de chercheur, ses quarante années de combat contre la doxa régissant les universités américaines. Cela donne un livre vivant et plein d'humour, grâce auquel chacun comprendra mieux ses propres comportements erronés (misbehaving), certes déviants de la rationalité économique, mais qui font de nous des humains, et non pas ces extraterrestres qui peuplent les manuels d'économie. Thaler nous dévoile aussi comment la compréhension de nos modes de raisonnement réels peut nous aider à prendre de meilleures décisions dans notre vie personnelle, dans la gestion des affaires économiques ou dans la conduite des politiques publiques.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christophe Jaquet.
    Richard H. Thaler, 73 ans, professeur à l'université de Chicago, est considéré, avec Daniel Kahneman, comme le père fondateur de l'économie comportementale. Il a reçu le prix en l'honneur d'Alfred Nobel (2017) pour l'ensemble des découvertes dont il retrace l'histoire dans ce livre.

  • C'est paradoxal ! : l'expression semble s'tre banalise. Elle exprime la surprise, l'tonnement, la colre parfois, devant des situations juges incohrentes, contradictoires, incomprhensibles. Quelques formules glanes ici et l illustrent cette inflation du paradoxal : Je suis libre de travailler 24 heures sur 24 , Il faut faire plus avec moins , Ici, il n'y a pas de problmes, il n'y a que des solutions , Je traite de plus en plus de travail en dehors de mon travail et inversement , Plus on gagne du temps, moins on en a ...L'ouvrage analyse la gense et la construction de cet ordre paradoxal . Il explore les liens entre la financiarisation de l'conomie, l'essor des nouvelles technologies et la domination d'une pense positiviste et utilitariste. Il montre pourquoi les mthodes de management contemporain et les outils de gestion associs confrontent les travailleurs des injonctions paradoxales permanentes, jusqu' perdre le sens de ce qu'ils font.Enfin, cet ouvrage met jour les diverses formes de rsistance, mcanismes de dgagement ou ractions dfensives mises en oeuvres par les individus. Pour certains, le paradoxe rend fou. Pour d'autres, il est un aiguillon, une invitation au dpassement, l'invention de rponses nouvelles, individuelles et collectives.Vincent de Gaulejac, professeur mrite l'universit Paris 7 - Denis Diderot, prsident du Rseau international de sociologie clinique, auteur d'une quinzaine d'ouvrages dont La Nvrose de classe, La Socit malade de la gestion et Travail, les raisons de la colre.Fabienne Hanique, sociologue, professeur l'universit Paris 7 - Denis Diderot, chercheur au LCSP, vice-prsidente du RISC, auteur de Le Sens du travail, et (en coord.) La Sociologie clinique. Enjeux thoriques et mthodologiques.

  • Les signes d´une crise profonde se multiplient dans les organisations et plus largement dans le monde du travail : stress, burn out, dépressions, suicides, perte de sens, précarité, pertes d´emplois, révoltes, manifestations, séquestrations, occupations ; autant de manifestations destructives qui semble toucher l´ensemble des entreprises et des institutions, privées et publiques... Mais peut-on encore parler de crise lorsqu´elle devient permanente ?
    Ce livre explore les sources de cette situation inquiétante. Il décrit les liens entre la dimension psychologique du mal être, les mutations organisationnelles et les transformations du capitalisme financier. La "révolution managériale" qui devait réconcilier l'homme et l'entreprise conduit à la lutte des places et au désenchantement. L'idéologie gestionnaire transforme l'humain en ressource au service de la rentabilité de l'entreprise. La souffrance au travail manifeste une nouvelle exploitation psychique, tout aussi réelle que l´ancienne exploitation du prolétariat dans le capitalisme industriel. La colère gronde chez les salariés confrontés à des restructurations, des réorganisations permanentes qui leur semblent aussi violentes qu'injustifiées.
    Dans les institutions publiques, la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) engendre désorganisation et désespérance. La frénésie modernisatrice, la culture du résultat et l´obsession évaluatrice créent un monde pathogène et paradoxal. Face aux violences innocentes de cette « nouvelle gouvernance », les salariés semblent n´avoir pas d´autre choix que de se révolter ou se détruire.
    Entre la colère et la dépression, d´autres voies sont pourtant possibles. En sociologue clinicien, l´auteur propose un diagnostic approfondi à partir duquel il définit les conditions qui permettraient de « travailler mieux pour vivre mieux ».

  • Sous une apparence pragmatique, la gestion constitue une idéologie qui légitime la guerre économique, l'obsession du rendement financier et qui est largement responsable de la crise actuelle.
    La culture de la performance et de la compétition met tout le monde sous haute pression : épuisement professionnel, stress, suicides au travail. la société n'est plus qu'un marché, un champ de bataille où le remède proposé aux méfaits de la guerre économique consiste toujours à durcir la lutte. face à cette mutation, la politique, également contaminée par le " réalisme gestionnaire ", semble impuissante à dessiner une autre voie.
    Peut-on échapper à l'épidémie? peut-on repenser la gestion comme l'instrument d'organisation d'un monde commun? c'est justement la piste qu'ouvre ici le diagnostic du sociologue clinicien.

  • Sur un enjeu aussi crucial du XXIe siècle, il manquait une synthèse experte mais accessible aux non-spécialistes. Dans cet ouvrage (préparé pour la populaire et prestigieuse série " Ce que chacun doit savoir ", Oxford University Press), James Galbraith décrypte la masse des connaissances disponibles pour nous livrer l'essentiel à comprendre. En moins de 250 pages, il répond successivement à toutes les questions que nous pouvons nous poser. Pourquoi faut-il se préoccuper de la montée des inégalités ? Comment a-t-on traité cette question dans l'histoire de la pensée ? Quel est l'état actuel du phénomène ? Comment mesure-t-on ce dernier ? Quelles sont ses causes, dans les pays les plus riches et dans le reste du monde ? Quelles sont ses conséquences économiques et sociales ? Enfin, Galbraith dresse le tableau des différentes politiques possibles pour réduire l'inégalité. Vivant et pédagogique, cet opus permet au citoyen, comme à l'étudiant, d'être rapidement et complètement éclairé sur toutes les dimensions d'un enjeu majeur du débat public.
    James Galbraith, professeur à l'université du Texas, est un économiste de renommée internationale. Il est notamment l'auteur de L'État prédateur et de La Grande Crise (tous deux publiés dans la collection " Économie Humaine ", Seuil). Il est aussi l'auteur de nombreux articles et ouvrages académiques sur l'inégalité. Ces travaux lui ont valu de recevoir (aux côtés d'Angus Deaton) le Prix Leontief du Global Development And Environment Institute.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par André Cabannes

  • Sans bonne volonté, nous le savons bien, rien ne se fait. Mais elle ne se décrète pas. A contrepied du néomanagement, qui sévit désormais dans les organisations, l'anthropologie aide à comprendre, notamment grâce à Marcel Mauss, fondateur de l'ethnologie scientifique française et auteur du célèbre Essai sur le don (1925), comment sans don, il n'est pas de bonne volonté et pas d'efficience possibles.Les entreprises, administrations, associations, équipes sportives, etc. qui fonctionnent bien savent reconnaître dans le cycle du don et dans ceux qui s'y adonnent la véritable source de la coopération efficace, de la confiance et du travail pris à coeur. Le mauvais gestionnaire, qui s'acharne à tout contrôler et rationaliser, tue la « poule aux oeufs d'or ». En enfermant tout le monde dans le cercle vicieux du chacun pour soi et du découragement, il « perd tout en voulant tout gagner » (La Fontaine).Mais ce qui est vrai des organisations l'est tout autant de nos relations sociales, de nos amitiés comme de notre vie familiale. Les principes du don et du contredon, ici dévoilés, sont aux relations humaines ce que l'inspiration et l'expiration sont au souffle de la vie. En questionnant nos manières de penser ce que nous sommes et notre rapport aux autres, La Révolution du don nous touche tous au plus profond de nous-mêmes.Professeur émérite de sociologie à l'université de Paris X - Nanterre, Alain Caillé, économiste de formation, a fondé et dirige la Revue du MAUSS (Mouvement Anti Utilitariste dans les Sciences Sociales). Il a écrit plus d'une vingtaine d'ouvrages.Anthropologue, docteur en droit et diplômé de l'EDHEC, président du cabinet AlterNego, Jean-Edouard Grésy est médiateur et enseigne la négociation. Il est intervenu dans plus d'une centaine d'entreprises aux fins de développer une conflictualité productive.

  • Une grande voix de l'économie politique, démontre la faillite des politiques anticrise inspirées par la science économique dominante et propose une autre issue, aux antipodes de la voie empruntée par les gouvernements français et européens.Après une revue critique des grilles de lecture de la crise, Galbraith montre pourquoi droite et gauche sont également incapables d'en sortir. Des gouvernements de tous bords ont aggravé la crise en optant pour la baisse des coûts salariaux et des dépenses publiques. Mais les keynésiens de gauche se trompent s'ils espèrent restaurer l'emploi par une relance publique de la demande. Certes, il faut rejeter les politiques d'austérité, mais on ne peut plus compter sur le retour d'une forte croissance. Le coût de l'énergie et l'urgence écologique imposeront une limite à l'expansion. Expansion qui crée moins d'emplois en raison de la révolution numérique. Il faut donc penser une sortie de crise vers un régime de faible croissance, en trouvant le moyen d'assurer une activité et un revenu pour tous. Dans ce nouveau régime, il faudra notamment relever le salaire minimum, renforcer la protection sociale, réduire le remplacer la finance privée par un service public bancaire... Bref : promouvoir tout ce que dénigrent nos gouvernements.James Galbraith, professeur à l'université du Texas est un économiste de renommée internationale. C'est aussi l'une des figures incarnant l'économie hétérodoxe, dans la lignée de son père, John K Galbraith. Il est notamment auteur de L'État prédateur (« Économie Humaine », Seuil).Traduit de l'anglais (États-Unis) par Françoise et Paul Chemla

  • Lorsqu'en 1871 Carl Menger (1840-1921) publie ses Principes d'économie politique – en quête d'une voie alternative au libre-échangisme britannique et au socialisme historique allemand –, il offre l'un des grands livres pivots dans l'histoire de la pensée, à la hauteur de La Richesse des nations (Smith), de la Théorie générale (Keynes) ou du Capital (Marx). En effet, aux côtés de Walras et de Jevons (mais bien différemment d'eux), il inaugure une économie théorique pure et engage la " révolution marginaliste " qui constitue le moment fondateur du courant dominant (et contesté) de la science économique contemporaine.
    Menger pose en même temps la pierre fondatrice de l'" école autrichienne " (Böhm-Bawerk, Schumpeter, Mises, Hayek) dont la méthodologie et la philosophie individualistes imprègnent et font débat dans l'ensemble des sciences humaines et sociales.
    Or cette œuvre majeure n'était accessible ni en français ni avec les fort nombreux ajouts manuscrits que Menger apporta, jusqu'en 1910, en vue d'une nouvelle édition amplement augmentée. Vingt années durant, Gilles Campagnolo a collecté et traduit ces manuscrits dispersés à l'étranger après la mort de Menger. Son édition critique, unique au monde, est la première à restituer cette œuvre classique au plus près du nouveau texte voulu par son auteur.
    Le texte de Menger est précédé d'un historique des éditions et suivi d'un appareil critique complet. Dans la présentation éclairante qui ouvre ce volume, G. Campagnolo donne les clés pour comprendre l'œuvre de Menger et la resituer dans son contexte historique et intellectuel.
    Ancien élève de l'ENS Ulm, agrégé et docteur en philosophie, ancien Fellow des universités de Harvard et de Tokyo, Gilles Campagnolo est directeur de recherches au CNRS et associé à la London School of Economics. Biographe de Menger (Carl Menger. Entre Aristote et Hayek, 2008) ‒ dont il a traduit et présenté les Recherches sur la méthode de 1883 (2011) ‒, il codirige la Revue de philosophie économique.

  • Les défenseurs comme les critiques du capitalisme nous présentent habituellement Adam Smith comme le fondateur d'une doctrine selon laquelle la libre compétition des intérêts individuels engendrerait spontanément le maximum de bien-être collectif. Cette idée n'est pas partagée par les spécialistes de son œuvre car elle ne résiste pas à la critique historique. Ce livre montre notamment que la pensée d'Adam Smith a peu de rapports avec le libéralisme contemporain et que, par exemple, la fameuse " main invisible " n'y désigne pas les vertus autorégulatrices du marché.
    Smith est en réalité le premier auteur à proposer une analyse du capitalisme dont il découvre les trois dimensions : produit de l'histoire (la société commerciale), construction politique et intellectuelle (le système mercantile) et processus économique (l'accumulation du capital). Le capitalisme, à certaines conditions, permet l'enrichissement très inégal de tous, explique Smith, mais le système mercantile est injuste, car il est partial : il confond l'intérêt des marchands et l'intérêt général. Or, dit Smith, l'intérêt des marchands est " le plus souvent contraire " au bien commun. C'est ce que son analyse économique cherche à prouver. Le système mercantile est aussi responsable de la construction par la Grande-Bretagne d'un vaste empire colonial qui met en péril son régime constitutionnel remarquable hérité de la révolution de 1688 et qui risque de conduire à de nouvelles tyrannies. Quelles institutions permettront de tirer avantage du capitalisme en préservant la société des désastres que nourrit la logique mercantile ? Telle est la question ultime de Smith, dont l'œuvre ainsi resituée dans son contexte originel s'avère d'une étonnante actualité.
    Daniel Diatkine est professeur émérite à l'université d'Évry-Val d'Essonne/Paris-Saclay. Il a dirigé le centre de recherches " Phare " (Philosophie, Analyse et Histoire des Représentations Économiques) de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a également été membre du comité exécutif de l'European Society for the History of Economic Thought.

  • L'histoire économique n'est pas d'abord celle de l'Europe. La genèse de l'économie moderne est aussi orientale, comme le montre, bien avant notre Renaissance, la circulation afro-eurasienne des biens, des hommes et des techniques. Ce livre analyse des réseaux commerciaux asiatiques plurimillénaires, la technicité financière du monde musulman entre VIIIème et XIème siècle, le poids récurrent d'une Chine qui, la première, conçut à peu près toutes les techniques productives de base. Il cherche à comprendre les institutions de ces premiers échanges globaux, notamment les diasporas qui, après l'effondrement de l'empire romain, continuent d'animer les faibles échanges intra-européens sur un modèle pratiqué de longue date sur les routes de la Soie. Notre eurocentrisme spontané n'en sort pas indemne : l'Europe est longtemps dépassée par l'Orient, en matière de PIB par tête, de croissance démographique, d'urbanisation, de techniques. Si l'histoire économique globale cherche à comprendre ces inégalités à travers le concept de système-monde, elle est surtout confrontée à un paradoxe de taille : comment l'Europe, économiquement plus fruste, peut elle connaître cet essor spectaculaire à partir du XVIème siècle ? C'est le défi que relève cet ouvrage en construisant pas à pas l'originalité du capitalisme européen, de fait largement fondé sur l'économie globale qui l'a précédé.
    Philippe Norel est économiste à l'Université de Poitiers et Professeur à Sciences-Po. Il a notamment publié L'Invention du Marché. Une histoire économique de la mondialisation (Seuil, 2004).

  • Depuis dix ans, le monde subit les conséquences de la plus grande crise économique et financière internationale que l'on ait connue depuis près d'un siècle, une catastrophe que toute la science des facultés et tous les modèles des grands instituts de statistique et de prévision n'ont pas vue venir et n'ont toujours pas comprise. Rien d'étonnant à cette impuissance de la science économique dominante qui, depuis une trentaine d'années, a réactivé une économie pré-keynésienne qui méprise la macroéconomie, ne s'intéresse qu'aux comportements d'individus imaginaires, ne connaît que les marchés autorégulés et considère que la finance n'affecte pas vraiment le fonctionnement de l'économie !
    Les auteurs entendent ici combler ce déficit béant d'explication des grands problèmes contemporains en exposant les apports du courant post-keynésien. Celui-ci n'a cessé de prolonger et de compléter les travaux de Keynes pour mieux comprendre le rôle de la finance spéculative, la mondialisation, la conduite des acteurs face à l'incertitude, les inégalités, les crises, le développement soutenable, la politique monétaire et budgétaire, le management des entreprises dans le capitalisme financiarisé... bref, pour approfondir une approche réaliste et utile de l'économie.
    L'ouvrage présente les grandes figures fondatrices de cette école de pensée (Keynes, Kalecki, Robinson, Kaldor, Minsky), les fondements théoriques du système économique et de ses déséquilibres ainsi que les politiques économiques préconisées par les post-keynésiens. C'est, en langue française, la première grande synthèse d'un courant majeur de la pensée économique contemporaine.
    Ce collectif est dirigé par Éric Berr (université de Bordeaux), Virginie Monvoisin (Grenoble École de management) et Jean-François Ponsot (université Grenoble-Alpes). Ils ont constitué une équipe d'enseignants-chercheurs en économie qui réunit les principaux auteurs de référence de ce courant de pensée et ses animateurs dans le monde francophone.

  • Les marchés financiers ont beau déclencher des crises à répétition, peu d´experts et encore moins de gouvernants osent imaginer un monde sans la liberté et sans le pouvoir de ces marchés, un monde « sans Wall Street » ! Pourtant, comme l´explique ici l´un des meilleurs experts français des systèmes financiers, c´est le pas décisif qu´il faut franchir au plus vite pour éviter une nouvelle catastrophe. L´auteur pose d´abord un diagnostic précis sur les impasses d´un monde « avec Wall Street » : les normes exorbitantes de rentabilité imposées par les gestionnaires de capitaux entrainent tout à la fois, la déshumanisation des conditions de travail, le saccage des écosystèmes et la soumission des politiques publiques à des intérêts privés plutôt qu´à la volonté des citoyens. Mais peut-on, dans un monde ouvert, se passer de la puissance des marchés financiers ? Oui, car du fait même de leur puissance, ces marchés ne servent plus à financer l´économie réelle et pénalisent même celle-ci au profit des jeux purement financiers spéculatifs. Toutefois, pour se passer des instruments de spéculation sur les taux d´intérêt ou les taux de change, il faut reconstruire un système monétaire international qui permette de gérer la monnaie comme un bien commun de l´humanité. Et pour échapper au pouvoir exorbitant des gestionnaires de capitaux, il faudra reformer le droit des sociétés pour partager le pouvoir de gestion entre tous les acteurs prenant part à la production.

  • Bien des ouvrages ont traité des moyens de " sauver notre protection sociale ", ou au contraire d'en finir avec un modèle social archaïque... Ce livre rompt avec cette alternative simpliste entre la préservation de l'existant et la sécurité sociale minimale.
    Il s'agit moins de sauver la " sécu " que de comprendre de quoi celle-ci nous sauve ! Par ces effets sur la santé, le travail, l'économie et la formation de nos jeunes, elle constitue un investissement très rentable pour notre avenir collectif. Il est donc essentiel de ne pas dégoûter les jeunes générations d'adhérer encore à la logique de solidarité collective qui assure pour tous un meilleur avenir. Or, à force de ne se préoccuper que de " sauver notre protection sociale ", on a négligé ce défaut majeur de notre système social : l'inégalité flagrante qui s'est creusée entre les générations, au détriment des jeunes. Les retraités bénéficient de dépenses sociales croissantes tandis que les jeunes sont désormais les oubliés de la protection sociale.
    L'État-providence doit se muer en État social investisseur qui mobilise des moyens financiers pour investir dans la santé et la qualité du travail. Les moyens financiers pour engager cette refondation existent déjà, mais leur mobilisation suppose de rééquilibrer notre système en faveur des jeunes générations qui doivent soutenir cet investissement collectif.

  • Au cours des vingt dernières années, le monde du travail a changé de planète. Flexibilité de la main-d'oeuvre, annualisation du temps de travail, précarité des contrats, exigence de qualité totale, déclin de la notion objective de qualification au profit

  • L'histoire monétaire et financière que la France a connue dans l'entre-deux-guerres est en train de se répéter, mais, cette fois-ci, à l'échelle mondiale: l'action des grandes banques internationales dresse un nouveau 'mur de l'argent' auquel se heurte la volonté des politiques. Cet ouvrage analyse l'architecture, la construction et les dangers de ce mur.
    Il propose tout d'abord une évaluation précise de l'emprise de la finance globale sur l'économie réelle. Des tableaux inédits, exprimés dans une nouvelle unité de mesure (le téradollar, soit mille milliards de dollars), offrent une vision cohérente des flux financiers (capitaux) et des flux réels (biens et services) qui traversent l'économie mondiale.
    Il met ensuite au jour le rôle singulier que joue les plus grandes banques mondiales. Depuis les années 1990, quelques dizaines de banques ont conquis le vrai pouvoir de régulation monétaire: ce sont elles désormais qui dictent effectivement l'évolution des taux d'intérêt, et non plus les Banques centrales. La revendication démocratique contestant l'indépendance des Banques centrales à l'égard du politique est donc déjà dépassée. Le pouvoir est ailleurs. Et cela est d'autant plus inquiétant que ce pouvoir semble incapable de nous éviter des catastrophes financières. Un des meilleurs spécialistes français ouvre ici une piste de réflexion pour une autre régulation de la finance globale.

  • Le succès mondial du dernier livre de Thomas Piketty, qui fut l'élève d'Anthony Atkinson, a remobilisé l'attention sur le fléau que constitue l'explosion des inégalités dans les pays riches. Le diagnostic est désormais bien connu. En revanche, trop peu d'économistes s'attachent à nous expliquer comment inverser la tendance. Et tant d'autres nous désespèrent en ressassant les arguments qui donnent aux gouvernants autant de prétextes pour ne rien faire : l'intervention de l'État affaiblirait l'économie ; la mondialisation rendrait toute action impossible au niveau national ; de nouvelles mesures seraient au-dessus de nos moyens, etc. Atkinson met en pièces ces contre-vérités et propose un programme complet, concret et réalisable, même au niveau d'un seul pays.Le problème, souligne-t-il, n'est pas seulement que les riches s'enrichissent toujours plus. Nous sommes aussi inopérants dans la lutte contre la pauvreté, car l'économie change vite, et la majorité de la population ne peut pas suivre. Pour réduire l'inégalité, nous devons faire plus que lever de nouveaux impôts sur les riches. Atkinson prescrit donc des politiques innovantes et ambitieuses dans cinq domaines : le changement technologique, la recherche du plein-emploi, la sécurité sociale, le partage du capital et la fiscalité progressive.Dans ce texte vivant, accessible, Atkinson nous livre une somme incontournable sur le sujet et un message d'espoir dans les possibilités de l'action politique.Anthony B. Atkinson, professeur d'économie à la London School of Economics, est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages. Un demi-siècle de travaux innovants sur la répartition des richesses, les inégalités et la pauvreté lui valent une renommée internationale. Il a notamment été président de la Royal Economic Society, de l'European Economic Association et de l'International Economic Association. Il a également été membre du Conseil d'analyse économique en France.Traduit de l'anglais par Françoise et Paul ChemlaPréface de Thomas Piketty

  • Depuis longtemps, les débats politiques se sont centrés sur les places respectives du marché et de lEtat. Cest encore le cas aujourdhui. Pourtant ce débat savère incomplet. Lampleur des défis sociaux et écologiques appelle désormais la prise en compte de la société civile au-delà des clichés qui lont réduite à une affirmation privée ou à un désengagement public. Tel est lobjectif de cet ouvrage qui propose une économie politique de lassociation.
    Pour ce faire, il présente la première synthèse densemble des expériences américaine et européenne de l associationnisme, leur histoire et leur actualité.
    A partir de cette mise en perspective internationale qui met en évidence limbrication entre histoire des idées et pratiques sociales, il devient possible de mieux comprendre le débat contemporain entre différentes approches : économie solidaire, économie sociale, tiers secteur.
    Ce livre apporte une réflexion originale sur la démocratie et léconomie. Pour cette raison, il est amené à devenir une référence indispensable pour les responsables associatifs et politiques. Il lest aussi plus largement pour celles et ceux qui sestiment concernés par les évolutions de laction publique et citoyenne.

  • La finance a envahi l'actualité. Sa complexité, l'énormité des sommes en jeu, la rapidité des fortunes et des ruines, la valse des Bourses et des monnaies, l'émergence de puissances hors contrôle des États, tout cela fascine ou inquiète. Ce qui, pour les uns, est victoire de la liberté et de l'efficacité n'est, pour les autres, que fatal dérèglement des capitalismes. Le premier objectif de l'auteur est ici d'écarter les peurs nées de l'ignorance et de faire naître d'une froide rigueur les questions pertinentes. Pourquoi et au profit de qui les capitaux circulent-ils ? Qu'est-ce qu'une bulle spéculative, comment naît une crise financière et qui en paye finalement le prix ? Pourquoi les inégalités croissantes accompagnent-elles la globalisation ? Les entreprises sont-elles désormais soumises aux exigences des fonds de pension ? Les États ont-ils perdu tout pouvoir économique au profit des marchés ? Autant de questions auxquelles l'auteur répond par des analyses d'une rare clarté. Il le fait en déployant toutes les conséquences d'un constat simple mais occulté : ce dont la finance fait commerce n'est jamais que des « promesses », des droits sur la richesse future que rien ne peut garantir, car l'avenir est irréductiblement incertain. Au fil de cette enquête au coeur de la finance globale se dégage un message sans concession mais non sans espoir. La globalisation tend certes à engendrer ici ou là une croissance plus vigoureuse, mais aussi un monde plus brutal, imprévisible et inégalitaire, où les « compétitifs » sont tentés de se désolidariser des autres. Une croissance moins inégalitaire reste cependant possible ; elle ne dépend que du retour de la volonté politique, sous des formes, il est vrai profondément renouvelées.

  • On pense souvent la mondialisation comme un nouvel ordre du monde qui verrait les États céder le pouvoir aux forces du marché. De la première mondialisation reconnue (fin du XIXe siècle) à la réalité contemporaine des firmes transnationales, de la globalisation financière et des régulations supranationales, c'est la libéralisation des échanges qui s'imposerait. On ne peut pourtant identifier la mondialisation à la victoire planétaire, soudaine et programmée du libéralisme. Elle est d'abord l'aboutissement provisoire d'une synergie historique de longue durée entre expansion géographique des échanges et progrès de la régulation marchande. Aujourd'hui réunis, ces deux processus sont ici étudiés dans leur interaction heurtée depuis 1492, mais aussi dans leurs balbutiements durant l'Antiquité ou le Moyen Âge, européen et asiatique. Il apparaît alors que l'invention du marché, plus précisément l'émergence de systèmes de marchés, est longtemps bloquée en Europe et ne progresse sensiblement que si le pouvoir politique s'en mêle : Venise au XIIIe siècle ou Amsterdam au XVIIe en témoignent.
    Dans cette dynamique, l'instrumentalisation du commerce lointain par les pouvoirs politiques est centrale. Les forces de marché préexistant à l'État moderne semblent, par elles-mêmes, ne pouvoir construire qu'un commerce lointain de nature opportuniste. C'est l'État qui canalise ces forces au service d'un dessein ambitieux : la création de systèmes de marchés nationaux permettant l'essor du capitalisme à la fin du XVIIIe siècle. Ensuite, les puissances hégémoniques successives poussent au libreéchange dans la mesure où il sert immédiatement leurs intérêts.
    Il n'est pas sûr pour autant que cette libéralisatoin soit aujourd'hui irréversible : l'entre-deux-guerres a bien montré comment le libéralisme hérité du XIXe siècle a fait long feu et, dans la douleur, cédé la place au « fordisme » des Trente Glorieuses. L'histoire révèle combien l'économie de marché demeure une utopie toujours réinventée et permet de préciser les conditions dans lesquelles sa contestation peut se déployer. Étant aussi une invention politique, le marché restera sous influence politique.

  • Le management est devenu un des symptômes de notre société hypermoderne : on gère son temps, sa famille et sa vie tout comme on tente de gérer les motivations de ses collaborateurs ou la bonne marche d'un service. Bien gérer ne suffit d'ailleurs pas. La quête de qualité totale et de " zéro défaut " qui imprègne de plus en plus l'univers de l'entreprise s'étend désormais hors de ses frontières. Il s'agit de réussir sa vie, d'être performant en tout, bref de " gagner " dans une société qui ne veut connaître que le succès et n'a que faire des perdants.
    Parallèlement, un autre mouvement s'amorce qui se préoccupe de la dimension " spirituelle " de l'entreprise et cherche à lui conférer le statut d'une instance de développement personnel : on parle de l'identité, voire de l'âme de l'entreprise et c'est par elle, à travers elle, grâce à elle que l'individu est aussi censé se développer et réaliser son idéal.
    Or l'excellence a un coût : le stress permanent, les " décompressions " physiques et psychiques, la " brûlure interne " de ceux qui se consument dans l'obsession de la performance constituent la face cachée de cette course à la réussite... L'entreprise, en effet, n'est pas seulement pourvoyeuse de succès et de carrière, elle est aussi, parfois, pourvoyeuse de mal-être et d'angoisse.
    C'est toute cette face d'ombre de notre société de conquête qui constitue le cœur de ce livre, qui s'appuie sur une recherche approfondie dans l'univers managérial et intègre de nombreux témoignages.
    Nicole Aubert, professeur de sciences humaines à l'École supérieure de commerce de Paris (ESCP-EAP), est également chercheur et consultante auprès de diverses organisations.
    Vincent de Gaulejac, professeur de sociologie à l'université Paris-VII, directeur du Laboratoire de changement social, est également membre fondateur de l'Institut International de Sociologie Clinique.

  • Nées du siècle des lumières, les idées de progrès social, de modernité et de développement ont suscité d'immenses espérances. Mais les avatars les plus récents du système mondial dissipent peu à peu l'espoir d'un développement durable au bénéfice de tous. La modernité nous conduit aujourd'hui vers une triple impasse économique, sociale et écologique. Pourquoi ? Les valeurs initiales de la modernité ont été trahies, sa logique dévoyée : au nom de l'efficacité, le néolibéralisme assimile le progrès social à la marchandisation généralisée et prétend gérer la complexité du monde à l'aide d'un critère unique et simpliste : l'accumulation du profit. Une vision aussi réductionniste du monde appelle d'urgence une réflexion critique sur la nature et les limites de la relation marchande, mais aussi sur les principales conséquences de sa domination : incitation à une croissance indéfinie des productions marchandes alors même qu'elle n'est ni généralisable à toute la planète ni soutenable à long terme ; creusement continu des inégalités ; exclusion et marginalisation massives ; polarisation des relations internationales sur la seule exigence de compétitivité ; impuissance des pouvoirs publics à concevoir les dimensions non marchandes de l'intérêt général. Si le monde veut préserver l'ambition légitime du progrès social, il devra refonder la modernité sur des valeurs authentiques et remettre l'économie marchande au service des hommes.

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