• Anaximandre, né voici vingt-six siècles dans la cité grecque de Milet en Anatolie, était le disciple de Thalès. Moins connu que son illustre prédécesseur, il est pourtant à l'origine de l'immense bouleversement conceptuel qui donna naissance à la science. De l'observation perspicace du mouvement des étoiles, il tira la conclusion que la Terre ne repose sur aucun support solide, colonnes ou tortue, comme toutes les civilisations l'avaient cru jusqu'alors. Pour Anaximandre, et pour l'humanité à venir, la Terre « flotte » dans le ciel. Le premier, il chercha les causes des phénomènes naturels non pas dans les caprices des dieux, mais dans la nature elle-même. Plus important encore, il initia le processus de révolte savante qui est la démarche de la science : construire sur le savoir acquis, mais remettre toute vérité en doute. Un des grands physiciens de notre temps, Carlo Rovelli, propose dans ce livre une réflexion sur la pensée scientifique et une lecture originale de la nature de cette pensée. Il en éclaire l'irréductible originalité, sa capacité de redessiner sans cesse l'image du monde, à l'oeuvre chez Anaximandre comme chez Newton, chez Einstein et jusqu'à la gravité quantique.

  • Sophie Germain est une mathématicienne du 19ème siècle, une pionnière qui s'est frayée un chemin dans le monde scientifique grâce à sa détermination et son culot. À treize ans, pour échapper à la tourmente révolutionnaire, Sophie Germain se réfugie dans les maths qu'elle apprend en cachette. En 1797, elle se fait passer pour Le Blanc, un étudiant, afin d'obtenir les cours de Polytechnique. Elle utilise le même pseudo pour correspondre avec les plus grands mathématiciens de son temps et en 1816 devient la première femme récompensée par l'Académie des sciences. Une success story ? Pas vraiment. Malgré son audace et son talent, Sophie Germain, la femme cachée des maths, retombera vite dans l'oubli. Il est temps pour elle d'entrer dans la lumière...

  • Les mathématiques sont à l'oeuvre dans tous les domaines de la vie quotidienne et pourtant, la plupart d'entre nous dirait n'y rien comprendre ! Ce petit cours présente très simplement les 50 grands concepts des mathématiques classiques et modernes. Sur 4 pages, agrémentée d'anecdotes historiques et de petits schémas très clairs, chaque section peut se lire indépendamment des autres. 

  • État civil, compte bancaire, permis de conduire, mots de passe, etc. : nous ne cessons d'être enregistrés, numérotés, archivés. Pas d'existence sociale sans fichage : que dit, de notre désir d'appartenance, cette documentalité ? Le maître-livre dérangeant d'un grand philosophe contemporain.
    Une société privée de mémoire et d'enregistrements est inimaginable, car toute règle et tout accord reposent sur la mémoire, et tout comportement sur l'imitation : voilà pourquoi les archives et les documents sont centraux dans la vie de la société et des individus.
    La place centrale de la " documentalité " est plus évidente encore de nos jours où nous assistons à l'explosion des systèmes d'enregistrement et d'écriture, des ordinateurs et des smartphones, ainsi qu'à l'utilisation massive d'Internet. Ces nouvelles technologies ont non seulement transformé notre quotidien, mais ont également mis en lumière l'essence même de la réalité sociale : le fait de se fonder de façon non pas accidentelle mais essentielle sur des inscriptions et des enregistrements.
    Un maître ouvrage.

  • Avec Les Somnambules, Arthur Koestler entame l'oeuvre monumentale dans laquelle il analyse la grandeur et les misères de la condition humaine. Les Somnambules, ce sont les hommes de la science - Copernic, Kepler, Brahé, Galilée - qui, progressant péniblement parmi les brouillards des thèses erronées, ont ouvert la voie à l'univers newtonien. En suivant les longs détours du savoir en marche, Arthur Koestler retrace l'histoire des conceptions de l'Univers, et démontre commemnt la scission entre la science et la religion a placé l'humanité devant un tragique dilemme dont elle doit sortir. Le salut se trouve, sans doute, dans une synthèse, car science et religion ne sont pas totalement contradictoires dans leur inspiration profonde. Prenant le contre-pied des idées traditionnelles, Arthur Koestler nous donne une réflexion entièrement novatrice en même temps qu'un historique passionnant.

  • Les géographes se sont longtemps considérés comme des artisans : ils apprenaient un métier à base de cartes, de terrain et d'enquêtes et s'interrogeaient peu sur les fondements de leur discipline. La situation a profondément changé, et de nombreux travaux sur l'histoire de la discipline et sur ses bases épistémologiques se sont multipliés, motivés notamment par l'impact sur la recherche de nouvelles technologies (télédétection, télématique, statistique spatiale). Cet ouvrage vient faire le point sur les débats qui se sont ainsi multipliés depuis une génération, afin de faire comprendre les enjeux de la géographie qui s'écrit aujourd'hui.

  • «Trois passions simples mais irrésistibles, a écrit Bertrand Russell, ont commandé ma vie: le besoin d'aimer, la soif de connaître, le sentiment presque intolérable des souffrances du genre humain ces passions comme de grands vents m'ont poussé à la dérive, de-ci, de-là, sur un océan d'inquiétude, où je me suis parfois trouvé aux bords mêmes du désespoir.»

    C'était bien donner le ton de cette Autobiographie exceptionnelle en tous points. Elle nous permet de retrouver un personnage hors normes à la vie riche en événements de toutes sortes, dont les deux guerres mondiales qui ont ensanglanté et endeuillé le XXe siècle ne furent évidemment par les moindres. Tant il est vrai que sa vie durant, cumulant conquêtes intellectuelles et combats politiques, Bertrand Russell sut conjuguer comme personne la réflexion du logicien, ami de Wittgenstein et de Whitehead ou Moore, avec une action dans le siècle qui lui fit notamment connaître la prison en 1918 et une révocation de l'université à New York pour immoralité!

    Plus d'un personnage célèbre a croisé notre héros tels Bernard Shaw, Joseph Conrad, D.H. Lawrence, Katherine Mansfield ou J.M. Keynes que l'on retrouvera au fil de ces pages. Traversée du XXe siècle à hautes altitudes, cet autoportrait d'un géant de l'époque est une lecture nécessaire pour les citoyens du XXIe siècle.

    Bertrand Russell (1872-1970) est le plus éminent philosophe britannique du XXe siècle. Il apporta des contributions décisives dans les domaines de la logique et de l'épistémologie. Ses principes éthiques, qu'il incarna à travers ses engagements politiques et ses prises de position tranchées, lui valurent deux fois la prison mais aussi le prix Nobel de littérature en 1950.

  • La géographie n'est pas une et ne l'a jamais été. Ses origines et son étymologie l'orientaient surtout vers les sciences de la nature et la description. Aujourd'hui, elle est largement tournée vers les sciences sociales, l'environnement et l'aménagement, et traite de nouvelles thématiques et de nouveaux concepts.
    À travers 48 courts chapitres, cet ouvrage propose de découvrir l'ensemble de ces évolutions. Après la présentation de quelques moments essentiels et débats majeurs de la discipline, sont étudiés les « Concepts et outils » des géographes et de ceux qui mobilisent des savoirs géographiques. La question des relations
    de la géographie avec d'autres disciplines ou pratiques intellectuelles est ensuite abordée. La dernière partie présente enfin quelques « Objets » géographiques et permet de mettre en perspective des savoirs exposés auparavant.
    Un ouvrage à l'attention des étudiants, des candidats aux concours de l'enseignement et des enseignants du secondaire.

  • Publié en allemand en 1934, Genèse et développement d'un fait scientifique est l'un des textes les plus importants jamais écrits en épistémologie. Avec lui, Fleck inaugure ce qu'on appelle aujourd'hui la sociologie ou l'histoire sociale des sciences et entreprend d'élaborer une théorie de la connaissance qui sera reprise dans les années 60-70 par Thomas Kuhn. A partir du cas idéalement complexe de l'histoire de la syphilis et, plus particulièrement, de la « réaction » de Wassermann, Ludwik Fleck élabore une vision extrêmement originale de l'activité de recherche et de la production de nouveaux savoirs scientifiques. Fort de sa propre expérience de bactériologiste et d'immunologiste, Fleck montre que les « faits scientifiques » sont construits par des groupes de scientifiques qui définissent autant de « collectifs de pensée ». Chaque collectif possède un « style de pensée » spécifique, avec des normes, une conceptualité et des pratiques particulières. Fleck s'intéresse au fonctionnement du collectif, à l'incommensurabilité des faits scientifiques produits par différents collectifs, aux conséquences de cette incommensurabilité, ainsi qu'aux transformations des styles de pensée. La pensée riche et complexe qu'il propose intègre des analyses qui, portant aussi bien sur la psychologie des chercheurs que sur leurs techniques matérielles ou sociales, s'intéressant à la recherche médicale comme aux conditions de l'élaboration d'une théorie de la connaissance, rendent compte de la réalité de la production des savoirs scientifiques au moment où émergent les technosciences.

  • Les "Principia" de Newton

    Michel Blay

    Isaac Newton fut sans conteste l'un des plus grands scientifiques de tous les temps. Son immense contribution à la science moderne tient en partie dans un ouvrage sans équivalent, un ouvrage qui bouleversa comme aucun doute notre vision du Monde : les Principia, Principes mathématique de la philosophie naturelle. La nouveauté de l'apport newtonien est considérable: en soumettant à la seule loi de la gravitation universelle les phénomènes terrestres et célestes, Newton a unifié la physique. Ce n'est pas tout. Par-delà ce travail conceptuel extrêmement novateur, le texte newtonien est aussi traversé par un souci d'organisation déductive qui conduit Newton tout à la fois à énoncer les principes qui gouvernent les développements théoriques et à mettre en place les mathématiques qui rendent possibles ces développements.
    L'oeuvre newtonienne est l'aboutissement des travaux du XVIIème siècle et le point de départ de ce que l'on appelle aujourd'hui la mécanique rationnelle. C'est ce double aspect que Michel Blay éclaire ici.

  • Le diagnostic d'état limite, souvent posé aujourd'hui, a-t-il quelque valeur pour le psychanalyste ? En le prenant au sérieux, d'un point de vue lacanien, Jean-Jacques Rassial a ouvert dès la première parution de cet ouvrage en 1999, des travaux de recherche et d'enseignement en psychopathologie clinique.

    En effet, proposée initialement par la psychiatrie et la psychanalyse anglo-saxonne sous le nom de borderline, cette figure clinique a pour valeur sa justesse descriptive du sujet moderne qui échappe aux classifications psychopathologiques traditionnelles.

    S'appuyant sur le cas freudien de l'Homme aux loups, la théorie lacanienne du sinthome et sa propre clinique des adolescents et des jeunes adultes, l'auteur propose de concevoir cet état limite du sujet comme un état de la structure et non comme une structure clinique spécifique. Il s'interroge sur la valeur épistémologique de cette notion pour la psychanalyse et examine sa sémiologie, non réductible à la psychose ou à la névrose, ainsi que son voisinage avec les perversions.

    À partir de cette modélisation, il propose quelques voies concernant la cure psychanalytique du sujet contemporain, considéré comme témoin et victime du malaise dans la civilisation.

  • Les progrès incontestables des neurosciences de ces dernières années mettent-ils en question la discipline que Freud a inventée et que Lacan a réinventée ? N'assistons-nous pas plutôt à un troisième moment de naissance de la science - après l'âge grec et l'âge classique - qui nous contraint à revisiter les assises du sujet ? Néanmoins, les avancées des neurosciences nous obligent à problématiser à nouveaux frais les rapports du corps et du langage, à aborder différemment des questions aussi anciennes que cruciales telles les relations corps-esprit, nature-culture, animal-humain... et à prendre en compte l'impact des mutations technologiques sur la réalité psychique.

    Dans un entretien vivifiant, Jean-Pierre Lebrun et Marc Crommelinck convoquent la psychanalyse et les neurosciences pour appréhender le fonctionnement du cerveau pensant. Ils prennent appui sur les concepts, aujourd'hui promus, d'émergence, de causalité ascendante et descendante, de plasticité... en maintenant la rigueur d'une position matérialiste devenue désormais incontournable et une volonté de transmettre au plus grand nombre.

  • Frontières, crise migratoire, tensions liées aux ressources, inégalités de développement, mondialisation et développement durable... Plus que jamais, l'appréhension de l'actualité repose sur l'analyse des phénomènes spatiaux et de la relation de l'homme à son environnement. Dans ce contexte, l'enseignement de la géographie joue un rôle essentiel pour comprendre une « globalisation » toujours plus prégnante.
    Ce manuel repose donc sur une conviction : la nécessité de construire et transmettre une « culture géographique ». Après un rappel des fondements et contours de la discipline, les thèmes essentiels pour comprendre et enseigner la géographie sont présentés (habiter, urbanisation, étude des territoires, mondialisation, etc.), ainsi que les méthodes et pratiques.
    En s'adressant tout particulièrement aux enseignants actuels et futurs, cette nouvelle édition propose une vue d'ensemble de la discipline. Elle tient compte des nouvelles épreuves du Capes et du renouvellement des programmes.
    Des compléments numériques permettant d'approfondir certaines notions sont disponibles sur la rubrique "ressources numériques".
    Sous la direction de Philippe SIERRE, avec les contributions de Sarah AKACHA, Fabrice BOURCELOT, Pierre DÉLIAS, Géraldine DJAMENT-TRAN, David GOEURY, Yanni GUNNELL, Anne HERTZOG, Anne-Claire KURZAC-SOUALI, Lucile MEDINA, François MIALHE, Frank PARIS, Anne PÉNÉ-ANNETTE, Olivier PERRET, Céline PIERDET, François SAUR, Alexis SIERRA, Serge WEBER.

  • « Un soir d'hiver à Manhattan, tard, Margaret Sanger vint trouver Gregory Pincus pour parler révolution, rien que ça. Il ne serait question ni de pistolets ni de bombes... seulement de sexe, et plus il y en aurait, mieux ce serait. »
    Voici l'histoire des quatre pionniers à l'origine de la pilule contraceptive, la plus grande découverte scientifique du XXe siècle, celle qui devait changer radicalement notre société. Quatre visionnaires qui réunirent leurs forces pour développer ce « médicament » qui stopperait l'ovulation. Libre comme un homme est le roman-vrai d'un long combat contre l'establishment pour concevoir et commercialiser ce qui ne s'appelait pas encore la pilule.

  • On n'a jamais autant parlé de géographie. Mais, si elle a beaucoup à dire sur la mondialisation, l'aménagement des territoires, les changements climatiques, l'emprise du cyberespace, l'explosion de la mobilité ou les tensions internationales, elle reste cependant une science méconnue.
    Cet ouvrage vient combler ce manque. En montrant la richesse des approches géographiques et le dynamisme de leurs tendances les plus actuelles, cette nouvelle édition entièrement remaniée et enrichie présente l'ensemble des méthodes, bouleversées par les évolutions de la cartographie (géomatique, SIG, télédétection), l'essor de l'informatique (e-géographie, webmapping, globes virtuels) et la prise en compte nouvelle des représentations et comportements spatiaux.
    Elle s'interroge sur les objectifs de la géographie et son utilité dans la société, étudiant en profondeur la manière dont elle est enseignée et ses rapports avec la politique, l'écologie, l'économie ou la culture.
    Un manuel à l'attention de tous les étudiants en géographie, des enseignants qui s'interrogent sur les métamorphoses de leur discipline, et de tous ceux qui, dans leur vie professionnelle, ou leur vie tout court, ont rapport avec les dimensions spatiales et territoriales.

  • Ce manuel constitue une introduction de base à la géographie humaine. Pour initier les étudiants à la géographie classique et à la nouvelle géographie, il traite, en termes généraux, de l'histoire de la discipline, de ses idéologies, de ses problématiques et de ses démarches scientifiques.
    Par souci d'illustration, il applique concepts et théories aux sociétés rurales, industrielles, urbaines, et aux risques de nos sociétés.
    Témoignage de l'évolution d'une discipline en pleine mutation au sein des sciences économiques et sociales, cette nouvelle édition intègre les apports scientifiques des nouveaux courants de la géographie humaine.

  • Gaston Bachelard (1884-1962), figure exemplaire de l'école laïque - boursier d'origine modeste, il finira par occuper la chaire d'histoire et de philosophie des sciences de la Sorbonne - est un penseur non conventionnel: s'appuyant sur une physique, une chimie et des mathématiques en pleine révolution, mais aussi sur Freud et Jung (réinterprétés), il a construit une épistémologie d'un rationalisme subtil qui a largement fait école, comprenant le progrès de la science comme une suite de discontinuités métaphysicien, il s'est opposé à Bergson sur le problème du temps, défendant une philosophie de l'instant contre sa philosophie de la durée il a aussi renouvelé l'approche de la poésie, en donnant une importance inédite à l'Imaginaire.
    On examine ici l'oeuvre foisonnante de Bachelard: son épistémologie, depuis l'Essai sur la connaissance approchée jusqu'au Matérialisme rationnel en passant par La Philosophie du non et Le nouvel esprit scientifique sa « métaphysique », ramassée dans L'Intuition de l'instant et La Dialectique de la durée sa poétique, depuis La Psychanalyse du feu jusqu'à La Poétique de la rêverie en passant par L'Eau et les rêves et La Poétique de l'espace.
    On s'intéresse enfin à la nombreuse postérité de Bachelard.

  • L'auteur effectue une lecture originale de l'oeuvre lacanienne à travers de la notion de « réseau » en mettant au jour des liens inédits avec l'oeuvre freudienne.

    Cet ouvrage revient sur les points communs des oeuvres de Lacan et de Freud et sur leurs différences, au moyen d'une approche inédite fondée sur le concept de « réseau ». Il y apporte ainsi des éléments de réponse à une question qui agite la communauté des chercheurs en psychologie, psychanalyse et des psychanalystes, sur la nature du « passage » de Freud à Lacan, c'est-à-dire sur le statut de la relecture effectuée par Lacan.

  • Le théologien dominicain français Durand de Saint-Pourçain (v. 1275-1334) est un penseur original et singulier qui, à cause de la résistance qu'il manifesta à l'endroit d'une certaine orthodoxie « thomiste » imposée par son ordre religieux, fut conduit à devoir réécrire pas moins de deux fois son Commentaire des Sentences. Le présent ouvrage contient la toute première traduction en langue moderne du Prologue de la troisième et ultime version de cet écrit, celle dans laquelle Durand expose sa pensée authentique. Réalisée à partir de l'édition de Venise (1571), revue et corrigée au regard du manuscrit de référence (Paris, BnF, lat. 15874), précédée d'une introduction qui en propose une étude historique et doctrinale, elle donne à lire un redoutable argumentateur qui, sur la question du statut épistémologique de la théologie des Écritures, défend avec vigueur une conception « minimaliste » de l'entreprise théologique et offre une critique tranchante de la rationalité religieuse dans ses prétentions à la scientificité. S'opposant à Thomas d'Aquin, selon qui la théologie est une science inféodée à celle que Dieu et les bienheureux possèdent, à Henri de Gand, selon qui Dieu peut prodiguer une illumination spécifique aux docteurs chrétiens de sorte à transmuer dans leurs esprits les articles de foi en principes évidents, et à Jean Duns Scot, d'après qui Dieu octroie à certains hommes une connaissance abstractive de sa déité sur la base de laquelle une science théologique peut se déployer, Durand déboute les trois paradigmes rivaux que le Moyen Âge universitaire aura conçus pour répondre à cette question, mettant ainsi en jeu les concepts fondamentaux de l'épistémologie de son temps. À travers ce débat, celui que l'on a baptisé le « Docteur moderne » se fait le promoteur d'une théologie qui n'est ni plus ni moins qu'une oeuvre de clarification et de défense persuasive des vérités de la foi.

  • « Le titre de ce livre pourrait faire croire que la psychanalyse tend à devenir une langue étrangère, à traduire donc. Pourquoi pas ? Car il est bien vrai qu'à chaque nouvelle génération, son savoir s'obnubile, refoulé qu'il se voit par la banalisation de ce qu'avaient de plus vif ses trouvailles les plus bouleversantes.

    Nestor Braunstein s'emploie justement à sortir la langue de la psychanalyse du confinement dans les cabinets de ceux qui la pratiquent. Il la confronte à celle qui se profère sur la place publique où confluent les savoirs et où se déchaînent les mises en question. Son discours en ressort renouvelé et ragaillardi.

    La question du sens occupe une place centrale dans la recherche ici déployée, qu'il s'agisse de celui à retrouver lors du passage de la langue des fondateurs, Freud et Lacan, à celle de leurs épigones, ou de celle des procès mis en jeu dans la compréhension des énoncés : ceux convoqués dans le transfert ou ceux qui sous-tendent la croyance en l'effectivité de la Science ou au Dieu de la religion, surtout quand on lui prête l'interdit de toute représentation.

    On le verra, cet essai, qui pourrait devenir un classique, travaille donc le même thème en six variations qui donnent l'impression de parvenir à l'épuiser, mais qui ne font que le reprendre pour en aiguiser les arêtes et le relancer jusqu'à rendre la psychanalyse elle-même aussi limpide qu'insubmersible. À traduire donc et retraduire sans trêve.»

    Jacques Nassif

  • Comprendre l'émergence et le développement exponentiel des groupes d'analyse de pratiques aujourd'hui dans les évolutions du monde du travail, repérer la place qu'ils occupent, les rôles qu'ils jouent, les contextes organisationnels dans lesquels ces groupes se multiplient ou au contraire sont empêchés, tels sont les principaux enjeux de cet ouvrage collectif.

  • Centré autour de thématiques clés (paradigmes émergents, questions de méthode, autisme et troubles envahissants du développement, pratique de l'épistémologie psychodynamique en clinique interdisciplinaire), cet ouvrage met au travail les problèmes épistémologiques et méthodologiques de la psychiatrie d'aujourd'hui au regard de l'avancée des neurosciences et de la recherche psychanalytique.

    Il s'attache à montrer comment la complexité de la clinique contemporaine exige de s'installer à l'interface de ces disciplines régies par des épistémologies différentes. Sans tenter d'y chercher une complémentarité totalisante, les auteurs en explorent les convergences possibles pour une  meilleure compréhension du fonctionnement cérébral et du travail psychique.

    Cette articulation conceptuelle entre causalité physique et causalité psychique, qui ne vient pas remplacer le clivage classique psyché /soma produit une réflexion épistémologique pouvant guider la pratique clinique.

  • Une conversation du regard.
    Éric Chauvier se démarque radicalement des canons académiques de l'anthropologie.
    À l'opposé de la fabrication d'un monde-objet déconnecté des aspérités du réel, s'appuyant sur Wittgenstein et Merleau-Ponty, il recentre dans cet essai vivifiant l'ambition anthropologique autour de l'écoute et de la transmission de l'ordinaire éprouvé sur le terrain.
    En orientant le regard vers les ruptures de familiarité qui surgissent lors des rencontres avec des interlocuteurs débarrassés de leur masque d'informateurs ; en concentrant toute l'attention sur les jeux de langage à l'oeuvre dans ces moments spécifiques ; en revendiquant un appariement des consciences entre narrateur et lecteurs par l'écriture même de l'enquête, il pose les attendus épistémologiques et immédiatement politiques de la pratique anthropologique.
    Avec ce livre, conçu comme un arrière-plan théorique de toute sa démarche narrative - et, plus largement, des sciences humaines -, il établit la nécessité de restituer l'anthropologie au coeur de l'espace public.

  • Le propre de la folie, dans ce qu'elle a de plus humain, est peut-être de ne jamais se laisser saisir. Elle échappe, met en tension toute tentative de théorisation à son égard. Et le sujet, par-delà son trouble, résiste à l'objectivation d'un discours univoque. Ainsi en témoigne l'histoire de la psychiatrie qui semble vouée à l'éclatement, aux querelles intestines, aux revirements idéologiques les plus brutaux : de l'apogée du mouvement asilaire à la sectorisation, du «?traitement moral?» de Pinel à la découverte des neuroleptiques, de la psychanalyse aux thérapies cognitivo-comportementales.

    Dès lors, le jeune psychiatre se trouve confronté à des choix parfois difficiles et éprouve quelques difficultés à faire sienne cette histoire mouvementée. Comment peut-il se repérer dans les querelles théoriques, cliniques, épistémologiques qui animent cette discipline ? Comment concilier un goût pour les sciences humaines et la nécessité d'une rigueur propre à l'approche statistique?? Comment croiser les apports nécessaires de l'antipsychiatrie et les bienfaits des institutions de soin?? Comment entendre le sujet au-delà de ses symptômes ?

    Des psychiatres, des psychanalystes et des philosophes expérimentés ont accepté de livrer leur approche des savoirs en psychiatrie et de faire ainsi oeuvre de transmission auprès des jeunes professionnels en santé mentale.

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