Epel Editions

  • Les Mémoires de Daniel Paul Schreber ont donné lieu à tant de commentaires psychiatriques et psychanalytiques que, cent ans après, cette foultitude a fini par frapper les esprits. Chacun voit midi à sa porte, tous reposent sur un a priori qu'un humoriste a su distinguer en notant que l'on dénomme « prière » le fait de s'adresser à Dieu, tandis que lorsque Dieu s'adresse à quelqu'un cela s'appelle « schizophrénie ».Plus récemment, une lecture anthropologisante a vu le jour. Il n'empêche, on n'a toujours pas lu ce texte de la façon dont Schreber souhaitait qu'il soit accueilli : comme l'avènement d'une vérité théologique dont l'importance n'est pas moindre que celle qu'a provoqué la venue du Christ en ce bas monde.Étroitement liée à l'expérience de martyre de son auteur, la théologie schrébérienne reconfigure les rapports de Dieu et de l'érotique en mettant celle-ci au service de celui-là. L'érotique s'en trouve dégagée du carcan hétérosexuel reproductif où elle végétait, ce que Dieu accrédite, car son existence désormais en dépend.Mission accomplie, Schreber sort de dix-huit années d'emprise psychiatrique, reconnu apaisé et libre de mener sa vie comme il l'entend.Béatitude, volupté, jouissance sont ici les termes clés qui, loin de se laisser ranger dans les variétés lacaniennes de la jouissance, lui font concurrence. C'est bien plutôt sur un autre point que Schreber croise Lacan, celui du rapport sexuel qu'il n'y a pas, déclarait Lacan, tandis que, tant par son expérience que dans sa pensée, Schreber atteste le caractère décidément peu assuré de cet « il n'y a pas ».Cet ouvrage est le second volet de L'Ingérence divine.

  • L'amour Lacan

    Jean Allouch

    La mise au jour de l'amour Lacan est ici établie par une discussion pas à pas des propos tenus par Lacan tout au long de vingt-sept années de séminaires, où furent successivement abordées plusieurs figures de l'amour sans que l'on puisse, à première vue, distinguer celle qui importait. Telle apparaît une des raisons de l'épaisseur de l'ouvrage. Une autre tient au caractère peu admissible de la thèse, qui donc ne peut être avancée qu'à partir d'une étude exhaustive des propos de Lacan sur l'amour, particulièrement de ceux qui paraissent y contrevenir. Une autre raison, enfin, est due au style de Lacan, allergique à toute paraphrase. Ainsi l'ouvrage vaut-il également comme une proposition portant sur la manière de lire Lacan. Une de ses caractéristiques est l'impossibilité ici reconnue de dissocier complètement l'oeuvre et la vie de Jacques Lacan. On a aussi souhaité ne pas s'en tenir au commentaire de textes aujourd'hui presque anciens, mais les confronter à des travaux qui, depuis le décès de Jacques Lacan, ont approfondi, renouvelé et enrichi la méditation contemporaine sur l'amour.

  • Cet ouvrage est le premier d'une série de trois, conçus comme autant de colis que l'auteur adresse aux prisonniers de Dieu, prenant ainsi le relais d'un père qui, durant la Seconde Guerre mondiale, s'employait à adresser des vivres aux soldats français originaires du village méridional qu'il habitait et captifs de l'armée allemande.
    L'ingérence divine I prend acte de ce qu'en dépit de l'annonce nietzschéenne de sa mort, Dieu, ou plus exactement ses fantômes, hantent encore les esprits, investissent les corps. Plusieurs livres en témoignent, que l'auteur questionne, non sans en retour se laisser enseigner par eux.
    Certains d'entre eux s'emploient à redonner sa place au Dieu du christianisme en faisant fond sur l'annonce de la mort de Dieu comme pour mieux en renverser l'incidence (Jean-Luc Marion, avec L'Idole et la distance, Bernard Sichère avec L'Être et le Divin) ; à l'opposé, d'autres tentent d'en finir avec Dieu et ses ombres (Jean-Christophe Bailly, avec son Adieu. Essai sur la mort des dieux) ; d'autres, enfin, font état d'une tension critique cependant jugée inéliminable dans le rapport de chacun à Dieu (Pier Paolo Pasolini, avec Théorème, le film et le livre, Romeo Castellucci, récemment au théâtre).
    C'est à ce dernier courant que peuvent être rattachés les séminaires et les écrits de Jacques Lacan. Son voisinage avec le catholicisme n'a jusqu'à présent jamais été envisagé en lui-même. Se pourrait-il que certains de ses concepts en soient marqués au point d'en restreindre la portée ? D'être porteurs d'équivoques ? De devoir s'en passer ? Ainsi par exemple, la banalisation actuelle du concept de grand Autre ne tient-elle pas au fait que ce grand Autre reste une figure de Dieu ? Claude Lévi-Strauss et d'autres avec lui le pensaient.
    Optant cette fois pour une démarche différente de celle mise en oeuvre dans L'Amour Lacan (2009), Jean Allouch revisite ces concepts à partir de diverses problématisations contemporaines de la mort de ce Dieu qui, disait Lacan, « n'a pas encore fait son exit ».

  • Elles étaient des filles des villes, des cocottes, des grues, des poules, des mannequins dans des vitrines, des prostituées. Elle est, elle, la fille des champs, l'unique, "une femme en elle-même, et sans au-delà". De quelle amour le jeune philosophe Ferdinand Alquié l'aura-t-il aimée ?Jacques Lacan s'emploie à réduire sa hantise d'elle : il fait parvenir à son ami une fort émouvante lettre, à laquelle il joint le seul poème qu'il ait jamais écrit.Unique, Ariane ne l'est pas moins dans son accouplement à Dionysos. Inspiré par Lou Salomé, comme le montre ici Chantal Maillet, Nietzsche en dessine le portrait : libre, elle sait y faire avec son fil, dompter, apaiser la jouissance en excès dont souffre son amant ; elle en reçoit le don dans sa chair.Alquié, Lacan, Nietzsche esquissent ce que serait une érotique déshabitée de Dieu, une érotique où, fruit d'une conquête qui est aussi un deuil, l'Autre est reconnu inexistant.

  • Au moment où Michel Foucault distinguait les aphrodisia grecs de la chair chrétienne et de la « bonne sexualité » contemporaine, plusieurs spécialistes de l'Antiquité, aux États-Unis et en France, se réunissaient pour mettre au jour le vaste domaine d'erôs. En anthropologues du passé, les hellénistes de cet ouvrage explorent des domaines variés de la vie des femmes et des hommes grecs et tentent d'appréhender ce que pouvait être l'expérience érotique dans une société d'« avant la sexualité ». Rêver de sexe et prévoir l'avenir, soigner les corps, célébrer les divinités, observer les visages, parler à l'assemblée, rire ensemble au banquet ou découvrir les effets brûlants du désir ; on est invité ici à la découverte d'une terre étrangère, avec les mots et les concepts d'une Grèce bien différente de celle que l'on croit connaître.

  • Conferences litter

    Halperin/Lucey

    Trois auteurs se retrouvent successivement à Strasbourg, sollicités par la même question : comment certains artistes ont-ils traité de la transformation des corps ?
    De là ces trois conférences qui touchent à des points fort divers de la culture contemporaine : aussi bien le Balzac de La fille aux yeux d'or et de Sarrasine (Michael Lucey), que le film culte Mildred Pierce de Michael Curtiz (David Halperin), ou Tout sur ma mère d`Almodovar (Leo Bersani).
    En analysant ces oeuvres jusque dans leur détail, chaque conférencier parcourt la jointure entre érotique et subjectivité, montrant à quel point elle constitue un des plus puissants leviers de la création artistique.

  • Ils aiment les femmes puissantes, capables de les dominer en combat singulier, gra

  • Chérir, plutôt qu'éradiquer la diversité des pratiques sexuelles, tel est le programme d'une théorie politique radicale de la sexualité selon Gayle Rubin. Sa mise en oeuvre s'est heurtée à la volonté permanente d'imposer une bonne sexualité : hétérosexuelle, monogame, conjugale, gratuite, intragénérationnelle, génitale, à deux, procréative, sans sex toys ni usage de pornographie. Gayle Rubin, féministe et lesbienne militante, est ainsi devenue la cible de la droite états-unienne comme de pans entiers des mouvements féministes et lesbiens. Écrivant sous forme d'articles clairs et décisifs, elle a ouvert la voie au développement d'outils d'analyse spécifiques pour comprendre les oppressions matérielles et symboliques subies par les hors-la-loi du sexe et a contribué à la fondation de la théorie féministe, des études de genre et de la théorie queer. Les réflexions de Michel Foucault sur l'éthique du sadomasochisme masculin se trouvent ici éclairées par celte qu'il appelle "notre amie Gayle Rubin".

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