• L'espace de la société japonaise, c'est aussi bien la manière dont le moi s'y pose face au monde que celle dont les paysans ont mis en valeur les plaines de l'archipel ; c'est le plan de la citadelle du shôgun à Edo, mais tout autant certains principes managériaux des grandes entreprises. En effet, chaque société organise son espace selon une logique d'ensemble qui lui est propre : cette organisation reproduit analogiquement les mêmes principes au plan mental et au plan social, tout comme au plan matériel. La logique d'ensemble de la spatialité japonaise repose sur une assise culturelle radicalement différente de la nôtre. Elle n'est donc pas transposable comme telle ; mais son efficacité comme ses limites nous invitent à comprendre ce qu'a de particulier, donc de dépassable, notre propre vision du monde.

  • Sait-on que les cafés ont fait leur apparition pour la première fois au début du XVIe siècle en Arabie ? Qu'avant d'être adoptés par les Européens, avec la fortune que l'on sait, ils s'étaient répandus dans toutes les grandes villes de l'Empire ottoman ? Qu'ils y ont rencontré, pendant plus de deux siècles, une forte opposition de la part des Oulémas et de certains sultans ? Au commencement était le café, originaire du Yémen, pris dans les milieux soufis. L'invention des cafés marque le passage d'une consommation privée, et confrérique, à une consommation publique et sécularisée. D'abord réservés au noir breuvage, ces établissements nouveaux sont devenus des espaces de rencontre, de distraction, d'information, voire même des foyers de contestation. S'intégrant dans l'espace urbain, au coeur des quartiers communautaires, près des souks ou de la mosquée, ils sont vite devenus un des éléments caractéristiques des villes de l'Orient musulman, au même titre que les hammams ou les bazars. Lieux de la sociabilité masculine, ils autorisaient un certain jeu au milieu de règles rigides, et faisaient fonction de sas entre les univers disjoints d'une société compartimentée. Ces cafés d'Orient, qui ont tant fasciné les voyageurs occidentaux en mal d'exotisme, commencent à être mieux connus grâce à I`exploitation de sources locales. Ces dernières permettent un nouveau regard sur le rôle social, culturel et politique, qu'ils ont joué au sein des sociétés de la Méditerranée musulmane, du Maghreb jusqu'à I'lran. Fruit de la rencontre entre ethnologues, sociologues et historiens, cet ouvrage propose un itinéraire renouvelé, riche et évocateur, à travers ces lieux mythiques.

  • Dans cet univers de légende qui se décline sur papier glacé, qui étaient ces femmes, modèles et mannequins, à la beauté hiératique et hautaine, aux sourires figés et ensorceleurs ? Dans le luxe et la volupté, elles suivent la trajectoire des comètes jusqu'à ce que chacune scintille, devenue égérie d'un photographe, d'un couturier. Mais quels secrets hantent ces carrières fabuleuses ? o Devant la caméra d'un Capa, défilant pour Dior, Alla s'épanouit telle une femme-fleur, multiplie les séances pour des photographes de prestige tels Richard Avedon ou Harry Meerson, mais « la fée asiatique » sombre bientôt dans l'alcoolisme et le désespoir. o Ivy Nicholson, femme-chat aux yeux d'un bleu métallique fascine aussi bien Henry Clarke qu'Erwin Blumenfeld ou William Klein, puis se perd en une folie mortifère pour l'amour d'Andy Warhol. o Marie-Hélène Arnaud, double irrésistible et protégée de Coco Chanel, connaît le destin tragique de ces femmes, un temps resplendissantes et adulées, mais qui vieillissent seules. o Praline, fantasque et imprévisible, fille d'ouvrier transformée en diva, défile pour Lelong, Balmain, Fath, Rochas, Molyneux ou Paquin, puis disparaît en poussière d'étoile, tuée dans sa Citroën sur la route de Deauville... Autant d'existences chaotiques fourmillant de détails et d'anecdotes à travers une constellation de témoignages captivants : Jean Cocteau, Marlène Dietrich, Christian Bérard, Greta Garbo, Ali Khan, autant de noms mythiques qui conjuguent avec élégance art et haute couture. Excentriques ou frivoles, mondaines ou distantes, modèles et mannequins illustres sont les femmes de nos rêves incarnés.

  • Dans les sociétés traditionnelles de l'Afrique tropicale humide la place et la fonction de l'élevage bovin connaissent une mutation profonde. De moyen d'épargne, le bétail, associé à l'agriculture, devient un moyen essentiel de production.

  • S'agissant de l'Afrique, la tradition se révèle vite un sujet explosif. L'abandon de la tradition signifie-t-il nécessairement la trahison de son origine et de son identité ? À en croire une certaine opinion occidentale, l'Africain aurait avec sa tradition un rapport foncièrement passionnel. Mais, l'Occident ne reste-t-il pas prisonnier de catégories créées par l'« ethnologisme », incapable de se débarrasser de vieux préjugés ne pouvant imaginer les Africains qu'en proie à la fureur des instincts et des mystiques ? L'attitude d'une certaine ethnologie consiste à se pencher sur les peuples autres, non pour les connaître en tant qu'ils sont eux-mêmes, mais pour en contempler l'image hors du temps et de l'espace ; prétendant par-là appréhender à travers les traditions des Africains non pas un moment de leur être, mais de leur essence même, leur vérité intime et définitive. Et pourtant, sans l'historicité, par exemple le paysage que contemple l'ethnologue reste dénué de sens. En réalité, certaines traditions sont en déclin, d'autres au sommet de leur. courbe, d'autres encore en émergence. Dans le monde afro-antillais, en pleine transformation, où sont les constantes et les variables ? Peut-on projeter le passé dans le futur et quel passé, pour quel futur, au nom de quelle différence, c'est-à-dire de quelle « identité » problématique ? Le problème est d'abord pour chacun - individu ou groupe - de définir et de choisir sur quel substrat, c'est-à-dire à partir de quelle identité perçue et retrouvée il construira sa personnalité nouvelle. Une personnalité qui puisse trouver son plein épanouissement et son efficacité à travers les exigences du développement et l'élaboration de la société post-industrielle.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • L'Amérique a ses humoristes, comme la France ses intellectuels, et l'Espagne ses aficionados. Nul chaînon manquant entre la joyeuse Angleterre et Mark Twain, mais une contre-culture qui, dès ses origines, tend à subvertir les modèles européens en les brocardant. Jeux de miroir, échanges de voix et de masques, art du décalage et du dédoublement, emprunts multiformes aux folklores ethniques, détournement de l'expression médiatique, autant d'éléments qui traduisent un véritable foisonnement. Le goût de la mascarade et de l'énorme s'inscrit dans une identité fluctuante qui facilite plus qu'ailleurs le travestissement. Mais, parallèlement, les variétés du comique américain révèlent la fonction d'une autocritique roborative, de nature à faire rebondir le sujet vers de nouvelles expériences, tant ce rire semble participer d'un métabolisme social sous l'apparence du nihilisme. À la lumière de l'histoire et de l'actualité, cet ouvrage présente les multiples aspects d'un parcours de Sisyphe dans le Nouveau Monde. Destiné aussi à éclairer des lectures ultérieures, il offre le Sésame qui ouvre une caverne d'Ali Baba où Benjamin Franklin, Mark Twain, Ambrose Bierce, James Thurber, Lenny Bruce, Charlie Chaplin, Buster Keaton, Woody Allen, Art Buchwald, et bien d'autres, ont déjà déposé leurs trésors.

  • Au cours de l'étude ethnographique approfondie d'une société de Papouasie, l'auteur a recueilli et transcrit des récits qui s'avèrent poser de façon diversifiée la question de la constitution du sujet, saisie au travers de la symbolique oedipienne.

  • Si la corrida est un spectacle de lumière, elle a aussi ses ombres... et ses voyous. Des héros et des tricheurs, de grandes tragédies et de petits arrangements. Manolete, Dominguín, Ordóñez et El Cordobés : les noms phares de l'histoire taurine. Leur portrait va faire grincer les dents des vieux combattants des gradins. Car, si leur talent était immense, certains de leurs toros étaient minuscules, et leur influence sur la déontologie de ce mythique combat de l'homme et du toro fut bien néfaste. Ainsi, de Belmonte à nos actuels novilleros vedettes, ce livre, parfaitement documenté et riche d'anecdotes inédites, est un récit d'humeur et d'humour. Il pose la question essentielle de l'avenir de la corrida. Avec la naissance de l'Europe et les abus réglementaires des technocrates de Bruxelles, la corrida devra-t-elle bientôt basculer dans la clandestinité, ou dérivera-t-elle vers le show-business ?

  • En dépit des relations multi-séculaires qui existent entre la France et le Levant, et bien que, durant la période du Mandat, les destinées de la France et de la Syrie aient été liées, l'histoire récente de la Syrie a été longtemps quelque peu négligée par la recherche française. Cependant ce pays occupe, dans le monde arabe, une place plus importante que ne pourraient le laisser supposer le chiffre de sa population ou ses ressources économiques. Sa position géographique, son long passé historique, la qualité et la permanence de sa tradition culturelle en ont fait un des pôles du nationalisme arabe, et il a pesé d'un poids parfois très lourd dans les événements dont le Proche-Orient est aujourd'hui le théâtre. Grâce, en particulier, à l'aide de l'Institut Français d'Études Arabes de Damas et du Centre National de la Recherche Scientifique, de nombreux chercheurs travaillent maintenant sur la Syrie contemporaine, et ils ont contribué à la faire mieux connaître par des travaux qui intéressent les principaux secteurs de la recherche, géographie, histoire, sociologie, économie, politologie. Le Centre d'Études et de Recherches sur l'Orient Arabe Contemporain d'Aix-en-Provence, dont l'activité couvre l'ensemble du Proche-Orient arabe, a pris l'initiative de préparer cet ouvrage collectif en faisant appel à quelques-uns de ces chercheurs. Spécialistes de la Syrie, ils se sont efforcés de mettre en lumière les facteurs fondamentaux qui expliquant l'évolution présente de la Syrie, les caractères de ses options politiques, économiques et sociales (socialisme ba'thiste, développement planifié) et le rôle qu'elle joue dans le monde arabe et dans la politique contemporaine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • L'analyse du phénomène urbain en Amérique latine exige la prise en compte de la perception et de l'expérience de ceux qui vivent quotidiennement la ville. Ce qui implique une démystification de tous les discours.

  • Toute culture élabore un savoir : sur le monde en général, sur la nature, sur ce qui constitue l'au-delà du monde, sur l'homme. Jean-Gabriel Gauthier révèle le savoir produit par la culture des Falis- agriculteurs montagnards du Nord-Cameroun : un savoir inégalement partagé, comme au sein de toute société, et dont l'acquisition est progressive, mais un savoir solidement construit en référence à une divinité suprême, aux ancêtres, aux êtres surnaturels. On l'appréhende à travers la littérature orale, l'observance de rituels, l'initiation, l'ensemble des éléments constituant un mythe - le Mythe -, lequel n'est pas un texte canonique, mais un vaste système de représentations qui, à la fois, fonde et légitime l'ordre social présidant au déroulement des destins individuels. Plutôt que de s'engager dans un exposé dogmatique du savoi des Falis, Jean-Gabriel Gauthier retrace son propre cheminement à l'intérieur de l'univers socio-religieux de cette population attachante.

  • Dans le temple de Karnataka, un culte consacré à une déesse décapitée par son propre fils voue des femmes et des hommes travestis, issus des basses castes et des intouchables, à une condition de prostituées sacrées. Ce culte, toujours vivant, témoigne des contradictions de l'Inde contemporaine.

  • Les dieux du pouvoir sont ces divinités hindoues établies au Népal par les gens de caste, depuis que ceux-ci en firent la conquête au cours des 16e et 17e siècles. Garantes de l'autorité des nouveaux rois et de l'organisation de leur société, ces divinités devinrent des figures de prestige adoptées par les chefs tribaux.

  • Il paraît beaucoup d'ouvrages sur le Tibet, le Dalaï-lama fait la couverture des magazines, mais les femmes tibétaines sont toujours oubliées dans l'histoire. On les entrevoit seulement à l'arrière-plan, saintes ou mères prolifiques, visages que la tradition concède généralement aux femmes avec, au Tibet, un rôle supplémentaire, celui de la démone. De la Tibétaine, on retient encore qu'elle peut vivre en polyandrie, ce qui frappe nos imaginaires d'Occidentaux, sans doute mieux préparés à admettre la situation inverse. Hors ces quelques clichés, les femmes qui vivent au flanc de l'Himalaya, et au-delà de ses crêtes, ne nous sont guère mieux connues que le yeti. Anne Chayet est partie pendant plusieurs années à la quête de ces Tibétaines ignorées. Elle les a recherchées dans les rues des villes aujourd'hui chinoises, dans les campements nomades où la vie semble s'être figée depuis plusieurs siècles. Elle a remonté leur histoire, époque après époque, à travers les textes et les archives. Elle les a vues, lentement rejetées dans l'ombre par un clergé bouddhiste, surtout masculin. Et, avant cela, au temps où la religion nouvelle se mettait en place dans le pays, et qu'elles la soutenaient de leur foi et de leurs écrits. Et, avant encore, quand le Tibet n'était pas encore bouddhiste, et que de mystérieuses souveraines régnaient sur le haut plateau... Des destins hors pair sortent ainsi de l'ombre, têtes politiques, grandes mystiques, ambitieuses effrénées, mais aussi des lignées de simples femmes hautes en couleur, énergiques, souvent pleines d'humour, des femmes que l'on n'oublie pas. À côté des images traditionnelles, lamaseries, troupeaux de yacks et moines bouddhistes, ce livre nous donne une autre raison d'aimer le Tibet : sur le toit du monde ont vécu, et vivent encore, des femmes dignes, libres, fortes comme leurs montagnes himalayennes.

  • Danielle Elisseeff connaît le Japon à travers les témoins du temps passé, mais aussi à travers le spectacle de la vie quotidienne dans le pays, où elle a vécu plusieurs années. C'est pourquoi, plutôt que d'écrire un livre d'histoire classique, elle a voulu composer une vaste fresque autour de la femme japonaise d'hier et d'aujourd'hui. Ces choses vues en disent plus long que bien des théories : une paysanne en scooter au bord d'une rizière ; les intrigues de la cour impériale racontées par Dame Grémil au XIe siècle ; la vie des provinces décrite par un religieux itinérant du XIXe siècle ; les dix mariages qui piétinent à la file, un samedi après-midi, avec la mariée en costume traditionnel, dans les couloirs d'un grand hôtel de Tokyo ; les suicides d'amour, etc. Ce livre, extrêmement agréable à lire, est un parfait exemple de reportage historique.

  • À comme Angel, E comme Égoïste, O comme Opium... autant de parfums dont on raconte ici les histoires, les secrets de fabrication et de lancement. Les odeurs, les senteurs, les parfums sont l'évocation la plus forte d'autrui, sa représentation la plus violente et, si l'on en croit tous les témoignages rassemblés dans ce livre, le souvenir qui reste le plus longtemps dans les mémoires. Pour parler des senteurs qui les ont bouleversés, marqués à jamais, ou des parfums qui font simplement leur bonheur quotidien, femmes et hommes trouvent ici avec émotion les mots pour le dire. Le revivre. Se souvenir.

  • L'auteur tente d'expliquer à travers la démographie, la santé et l'économie le devenir d'un village fondé au milieu du 19e siècle, dans un fond d'oued humide, et qui a participé au réseau des communes du Hoggar de l'Algérie indépendante.

  • Parce que le Japon est un partenaire économique décisif et un acteur majeur du jeu mondial, il est essentiel de comprendre de l'intérieur la métamorphose dont il est le théâtre.

  • L'intérêt soudain et récent pour la religion populaire, est-il le signe d'un retour du sacré sous la forme d'une religion festive, mésestimée par les nouveaux prêtres, ou bien est-ce la dernière arme utilisée par un catholicisme traditionaliste, qui voudrait faire croire que les seuls obstacles à la spontanéité religieuse des classes populaires, sont les réformes issues du concile Vatican Il ? Il faudrait s'entendre. Et, d'abord, qu'est-ce que cette religion populaire que l'on imagine ? Celle des campagnes ou celle des faubourgs ? Celle du christianisme agro-monastique, ou celle de la piété ultramontaine du siècle dernier ? Ne serait-ce pas, aussi, la marque en creux d'une certaine distinction spirituelle des pratiquants de classe moyenne, associée à la nostalgie d'une religion primitive des temps modernes ? La fête a été, souvent, tenue pour cette résurgence de l'archaïque, voire du chaos primitif. Noël et le Jour de l'An se répondent comme le sacré et le profane, le recueillement et le déchaînement. Mais la fête, comme mixte, dose plus subtilement rapports sociaux, mises en scène, merveilleux et mystère. Rien qui ressemble à un sacré unique, ni même à une polarisation simple entre respect et transgression. C'est que la notion même de sacré fait question. Conçue comme concept sociologique par les durkheimiens pour unifier le champ de la religion, elle a été reprise depuis dans le discours religieux lui-même, en vue d'une apologétique cherchant à fonder l'idée de religion naturelle et universelle sur les sciences sociales. Or, la notion du sacré est double. Ou bien elle signale seulement l'entrée d'un domaine, dont elle ne dessine ni les limites ni le contenu. Ou bien on lui donne un sens précis, qui est celui de la manifestation symbolique d'une domination hiératique. Le passage de l'un à l'autre sens, conduit à une sorte de monothéisme honteux, faisant appel, alternativement, à l'expérience intime et aux puissances cosmiques, et auquel s'oppose une religion sans sacré et à caractère éthique. Face à cette polarisation, la sociologie religieuse a pour tâche, d'une part, de critiquer ses propres compromissions avec les acteurs sociaux des deux bords, d'autre part de faire valoir les formes multiples sous lesquelles les hommes et les groupes se donnent à penser, à célébrer et à affronter ce que ne leur donne pas l'expérience banalisée.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Une étude historique, ethnologique et sociologique sur les combats de coq.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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