Les Belles Lettres éditions

  • L'iliade

    Homère

    Chante, déesse, la colère d'Achille, le fils de Pélée ; détestable colère, qui aux Achéens valut des souffrances sans nombre et jeta en pâture à Hadès tant d'âmes fières de héros. (I, 1-4)

  • écrits philologiques t.11 : histoire de la littérature grecque Nouv.

    Les leçons de l'Histoire de la littérature grecque de Friedrich Nietzsche sont le cours le plus long parmi ceux que le philosophe, alors jeune professeur de philologie, donna à l'Université de Bâle. Organisé sur trois semestres, de l'hiver 1874-1875 à l'hiver 1875-1876, ce cours montre comment ces travaux sur le monde grec ont innervé la pensée du philosophe bien au-delà de son livre sur La Naissance de la tragédie. L'expérience esthétique du monde grec est un phénomène d'une extraordinaire complexité, dont l'implacable étrangeté devient palpable quand on la confronte à la vision moderne. « Littérature », « classique », « originalité », « auteur », voilà des catégories qui ne peuvent s'appliquer directement à l'expérience esthétique du monde ancien. Le malentendu le plus considérable est l'idée même de « culture », telle que nous la connaissons aujourd'hui, liée à la transmission, la conservation et l'accumulation du savoir grâce aux outils de la lecture et de l'écriture. Deux notions de l'art et de la culture s'opposent : d'un côté, une pratique ancienne fondée sur l'oralité, sur le rapport étroit entre l'artiste et son public, son époque, sa cité ; et, de l'autre, la notion moderne de l'homme cultivé, issue d'une éducation littéraire, qui se fonde sur l'étude des textes, des « classiques », des Anciens, de ce qui s'est mué en « tradition ». La dialectique entre oralité et littérature nous parle de deux mondes en conflit, dont chacun a ses propres lois, nées d'une nécessité historique. Finalement, qu'apprend-on des Anciens ? Voilà la question capitale de ces leçons. La réponse ne se trouve pas dans un savoir positif, ou dans une pratique savante. Les Grecs nous enseignent leur différence irréductible, et c'est pour cela qu'ils sont pour nous les maîtres du savoir le plus risqué.

  • En nous présentant Périclès vu et dépeint par son ami le philosophe Anaxagore de Clazomène, Rex Warner trace de façon particulièrement originale la figure attachante entre toutes de celui que Thucydide qualifia de « premier citoyen de sa patrie. » De fait, Périclès, à la fois orateur de génie, stratège et homme d'État fondateur de la puissance athénienne, fut bien de ces héros de nature à inspirer au grand romancier britannique l'exceptionnel ouvrage que l'on va lire. On retrouvera ici un Périclès entouré des grands hommes de son temps : Sophocle, Eschyle, Thémistocle, Phidias. Sans rien perdre de la fidélité à l'Histoire, ce livre a le charme et la vie du roman. À la manière à la fois familière et magistrale avec laquelle Marguerite Yourcenar traita le portrait d'Hadrien, Rex Warner nous donne un récit certes imaginaire mais grâce auquel nous approchons au plus près l'homme que fut Périclès. Un véritable tour de force littéraire.

  • La rhétorique des Anciens avait tout pour intéresser Nietzsche : elle fut décisive pour l'élaboration d'une prose ouvragée, donc de la littérature ; elle touchait aux relations de puissance entre les hommes et aux conditions historiques, sociales et politiques d'une culture ; elle s'incarnait dans une éloquence magnifiée par des personnalités singulières, rivalisant dans des joutes mordantes ; enfin, elle fut prise rapidement dans un conflit avec la philosophie, conflit dont Platon traça les lignes de front pour la suite des temps. Les cours sur la rhétorique que Nietzsche donna à l'Université de Bâle nourrissent sa réflexion sur la culture, la puissance, les types psychologiques, la littérature et le langage, tout autant qu'ils l'ont aidé à modeler son propre style d'écrivain. Le présent volume offre pour la première fois en France la traduction de la totalité de ces cours dans leur version intégrale, élaborée de manière critique à partir des manuscrits, et accompagnée de présentations et d'explications facilitant leur compréhension par le lectorat non spécialiste de l'Antiquité gréco-romaine.

  • « Le rire est le propre de l'homme » selon Rabelais. On pourrait même jurer qu'il est le propre de notre époque. Après tout, l'humour et la dérision sont partout, sur la scène comme sur les bancs de l'Assemblée Nationale, en passant évidemment par nos écrans. Le rire, une passion moderne ? Son omniprésence dans l'Athènes de l'époque classique suffit à démentir ce postulat : la parrhèsia - la liberté de tout dire - y était portée comme un étendard, loin du politiquement correct de nos contemporains. C'est d'ailleurs là que, pour la première fois, des penseurs comme Platon ou Aristote, ont pris le rire au sérieux. Cet ouvrage les prend au (bon) mot. Son but ? Démêler les liens charnels qu'entretiennent dérision et politique dans la cité démocratique. Jean-Noël Allard fait dialoguer Aristophane et Bourdieu, Démosthène et Habermas, Xénophon et Durkheim ; et dessine le portrait d'une communauté profondément structurée par le rire. Entre joutes verbales et plaisanteries subtiles, invectives tribuniciennes et railleries démagogiques, caricatures comiques et injures dionysiaques, le lecteur découvrira, sans ironie, l'un des fondements oubliés de la démocratie : la moquerie comme art de vivre, la dérision comme institution.

  • Premier d'une série de quatre ouvrages consacrés à l'histoire de la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.), ce livre étudie les causes du conflit et prend le contre-pied de la thèse de Thucydide. Dans les cinq parties qui composent l'ouvrage, Donald Kagan examine le fonctionnement institutionnel et informel des systèmes d'alliance en place et retrace l'histoire de la constitution de l'alliance spartiate et de la ligue de Délos (1). Puis, il restitue le contexte troublé du milieu du Ve siècle en rappelant les événements de ce qu'on a appelé la « première guerre du Péloponnèse » (vers 460-445) et de la paix de Trente Ans (2 et 3), jusqu'aux trois crises de l'année 433 (l'affrontement entre Corcyre et Corinthe autour d'Épidamne, le siège de Potidée, le « décret de Mégare ») qui allaient précipiter les deux blocs dans la guerre (4). Une série de conclusions (5) examinent et critiquent les différentes thèses sur les causes du conflit, et notamment celles de Thucydide sur « la cause la plus vraie », sur la responsabilité de Périclès et sur l'inéluctabilité de la guerre. Restituant, à chaque fois que les témoignages littéraires et épigraphiques le permettent, le lien entre les affaires intérieures, l'organisation constitutionnelle et la politique étrangère des cités concernées, Donald Kagan examine à nouveaux frais la question des origines et des causes de la guerre du Péloponnèse en se concentrant sur cette question : la guerre était-elle inévitable ? Thucydide pensait qu'elle l'était. L'organisation argumentative, les antilogies, le choix et l'ordre d'exposition des discours rapportés, les éléments passés sous silence et la construction narrative, tout dans le texte de Thucydide est fait pour ne laisser aucune alternative à la guerre et nous convaincre de son inéluctabilité « à partir du moment où on avait permis à l'empire athénien d'exister ». Kagan pense que le conflit n'était pas inévitable et sa démonstration fait de ce grand livre d'histoire un manuel de sciences politiques : il contribue à éduquer et à aiguiser notre regard pour lui apprendre à discerner toutes les voies, toutes les bifurcations, toutes les possibilités qui permettent à des sociétés différentes, concurrentes, voire rivales, de rester dans la politique et d'éviter d'avoir à la continuer « par d'autres moyens ».

  • Lucien est né vers 120 après J.-C., à Samosate, aux confins de l'Empire romain, alors à l'apogée de sa puissance. Très vite, il abandonne sa langue natale, sans doute l'araméen, pour embrasser la culture grecque. Devenu un brillant orateur, il voyage dans le Bassin méditerranéen, où son éloquence mordante lui vaut fortune et gloire. Malgré les siècles qui nous séparent de lui, son scepticisme désabusé, son refus des fanatismes, de la superstition, des faux prophètes, des cultes irrationnels, des maîtres à penser qui manipulent la jeunesse, sont d'une actualité brûlante. Le regard qu'il porte sur la société est très noir : il voit avec dégoût triompher convoitise, cruauté, servilité, vulgarité... Satiriste dans l'âme, il stigmatise l'hypocrisie sous toutes ses formes. Son humour est dévastateur, qu'il caricature coquettes, pédants, gloutons, débauchés, ou misanthropes. Le rire, cruel ou bon enfant, est toujours présent, notamment quand il revisite la mythologie traditionnelle et campe des dieux bougons, colériques, jaloux... Ses voyages fantaisistes sur la lune, au fond des Enfers ou dans le ventre d'une baleine, témoignent d'une imagination sans limite et sont d'une drôlerie irrésistible. Cette oeuvre si riche, qui joue de manière irrévérencieuse avec les modèles hérités de la Grèce classique, a inspiré les grands humanistes (Thomas More, Érasme, Rabelais, Cyrano de Bergerac, Fénelon, Fontenelle, Swift) et même certains peintres de la Renaissance. Comme Plutarque, mais à sa manière ironique, Lucien a été un des relais principaux entre l'Antiquité gréco-latine et nous. Cette traduction intégrale (à l'exception de quelques textes apocryphes, rejetés par la majorité des critiques), est la première en France depuis celle d'Émile Chambry, qui date de 1933-1934.
    Anne-Marie Ozanam est professeur de latin et de grec en première supérieure (khâgne). Elle a publié aux Belles Lettres, outre cinq recueils consacrés à Lucien, des traductions de César, Tacite et Alciphron, et aux éditions Gallimard, la traduction intégrale des Vies parallèles de Plutarque.

  • Actéon le chasseur transformé en cerf, Daphné en laurier, Zeus en taureau... les métamorphoses sont partout dans la littérature grecque et latine. Qu'elles expliquent la naissance du monde, l'apparition des plantes ou des astres, elles content une autre histoire naturelle, non biologique mais poétique, nourrie des aspirations humaines les plus essentielles : dieux et hommes se métamorphosent, ou métamorphosent les autres, par vengeance, punition, jalousie ou convoitise. Pourquoi ces métamorphoses nous parlent-elles tant ? C'est qu'elles disent notre secret désir de vivre une autre vie, sous une autre identité. Ces très anciens récits nous plongent dans les origines de nos grands questionnements sur la séparation entre l'homme et l'animal, sur la question des genres masculin et féminin, et sur le dépassement des frontières entre humain et machine. La centaine de textes réunis ici trace un pont entre les métamorphoses grecques et latines et le XXIe siècle du posthumanisme, et nous rappelle que les robots de demain sont les Protée d'hier.

  • La souillure est un phénomène omniprésent dans les témoignages que nous a laissés la Grèce antique. Pourtant, jusqu'à la parution de Miasma en 1983, sa signification et ses manifestations n'avaient pas encore fait l'objet d'une étude synthétique. Quels mots désignent la souillure ? Quel est son impact réel dans les sources où elle se trouve évoquée ? Quelles sont ses implications dans la vie religieuse, communautaire, personnelle, sexuelle ? Comment la comprendre dans la lecture de l'épigraphie religieuse ? A-t-elle servi de support à des doctrines philosophiques ou religieuses - et si oui, comment ? De façon générale, comment se servir des apports des sciences sociales pour l'analyser dans le contexte de la Grèce archaïque et classique ? Telles sont plusieurs des questions que Robert Parker a soulevées tout au long de ce livre devenu un classique, et dont voici la première traduction française.

  • Les trois opuscules réunis dans ce volume concernent les sciences de la terre. Le plus célèbre, Du monde, centré sur l'organisation du cosmos, se présente sous la forme d'une lettre à Alexandre, sans doute le roi de Macédoine. L'authenticité de ce texte a depuis longtemps été mise en cause par nombre de spécialistes, mais l'agitation savante ressurgie dans les années 1970 lui a fait gagner en notoriété. Le traité sur les vents, bref fragment conservé de l'abondante littérature anémologique des Grecs, est lui aussi pseudo-aristotélicien.
    C'est le traité Des plantes qui a connu l'histoire la plus mouvementée, au grand amusement des philologues: il fut composé en grec, sans doute par le péripatéticien Nicolas de Damas (1er s. av. J.-C.). On l'a perdu sous cette forme, mais il fut traduit en syriaque, puis en arabe, puis en hébreu et en latin, puis en grec. Cette version traduit le latin d'Alfred de Sareshel (XIIe-XIIIe s.), qui joua un rôle fondamental dans la diffusion de la pensée d'Aristote en Occident.

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