Presses universitaires de Liège

  • S'il est d'usage de commencer une conférence par des excuses, je suis obligé, pour ma part, d'y voir plus qu'un procédé rhétorique traditionnel et banal. C'est que tous ceux qui s'occupent d'Érasme et qui ont l'honneur d'exposer dans certaines circonstances telle ou telle de ses idées se heurtent presque inévitablement à des difficultés infranchissables. Tandis que le nom de l'humaniste rotterdamois est connu dans le monde entier, ses ouvrages ne sont plus guère lus. Abstraction faite de l'Éloge de la folie et de quelques Colloques à la rigueur, le public même cultivé néglige l'énorme masse d'écrits et les milliers de lettres qui nous restent. Et peut-être faudra-t-il avouer franchement que parmi les spécialistes également on n'en trouvera que fort peu qui puissent se vanter d'avoir pris connaissance, - et je ne parle pas d'avoir étudié de près, - de la totalité de l'oeuvre érasmienne. Seule la quantité nous invite déjà à pratiquer la plus grande modestie qui sera renforcée encore pa...

  • Comment s'occuper du Cantique spirituel de saint Jean de la Croix sans se demander d'abord quelle est la réalité qu'on désigne de ce nom ? La réponse ne sera pas fournie par l'appréhension d'un objet, mais à travers la description d'un devenir complexe dont il nous incombe de dessiner le mouvement. L'information dont on dispose a démasqué ses lacunes dans la mesure même où s'est révélée cette complexité. Non sans s'appuyer sur la confrontation préalable d'études antérieures non moins documentées que copieuses, le présent travail s'efforcera de revenir avec quelque profit sur des perplexités qui ne sont plus neuves. On essayera d'y présenter une contribution personnelle centrée sur l'époque la plus ancienne de l'histoire du Cantique.

  • Il est arrivé qu'un peintre traitât un même sujet sous des éclairages différents. Renan, pour sa part, a réalisé l'expérience sur la toile de l'histoire, en remaniant sa déjà célèbre Vie de Jésus peu après sa publication.Passée jusqu'ici inaperçue, cette expérience nous parut mériter examen, d'autant plus qu'elle avait porté sur une des oeuvres littéraires françaises qui eurent le plus de retentissement.À travers la lecture comparée des deux ouvrages, nous avons cherché à déceler les objectifs qu'avait visés un savant en se muant en poète et en moraliste.La présente étude ne relève ni de la critique littéraire ni de l'histoire. En faisant apparaître chez l'auteur de la Vie de Jésus des préoccupations intéressantes, croyons-nous, pour ses biographes, elle ne prétend qu'apporter une contribution à l'analyse d'un caractère tout en nuances.Les soucis dont fait preuve Renan de corriger les effets produits sur certains lecteurs de la Vie de Jésus, ouvrent aussi certaines voies à l'hist...

  • Ce livre propose une réflexion comparative et transdisciplinaire sur les adaptations aux réformes de la sainteté et des patronages dans les pays gouvernés par les deux branches de la dynastie des Habsbourg à l'époque moderne : l'Espagne et les pays de l'empereur, en particulier la Hongrie, la Bohême et la Basse-Autriche de la fin du xvie au début du xviiiesiècle, puis la Sicile entre 1720 et 1730. Ils sont confrontés aux cas des villes et principautés de l'Italie du Nord et à la situation en Pologne-Lituanie. La création en 1588 de la Congrégation des Rites et la publication des nouveaux livres liturgiques romains - le Bréviaire, le Missel et le Martyrologe - entraînèrent dans tout le monde catholique un double mouvement de demande d'approbation des rituels et des calendriers propres. Il s'agissait à la fois de se mettre en conformité avec la normativité universaliste de la Curie et de réaffirmer l'irréductibilité des particularismes. Or, dans les pays concernés ici de l'Europe centrale et orientale, le pluralisme religieux juxtaposait à un catholicisme souvent minoritaire au début du xviiesiècle, une adhésion importante, parfois majoritaire, aux différents courants de la Réforme en Hongrie, en Autriche et en Pologne-Lituanie, à l'utraquisme et à l'Unité des Frères issus du hussitisme en Bohême. Dans le Grand-Duché de Lituanie et en Ukraine polonaise avait lieu aussi, non sans conflits et résistances, le passage de l'orthodoxie à l'uniatisme. La mise en perspective de situations impliquant donc une recatholicisation, sous des modalités différentes selon les contextes, avec celles de l'Italie et de l'Espagne apporte de nouveaux éléments de réflexion sur un point central de ces remises en ordre : la notion de patronage sacré. Le patronage, en effet, est susceptible d'usages multiples. Il est support d'autant plus fort à la dévotion locale qu'il insiste sur l'attachement à un lieu, à une histoire, à un groupe ou un territoire. Il est aussi un élément d'identification recréant l'idée de la tradition et de la continuité précisément dans une période de grands bouleversements. Enfin, il est un maillon essentiel des politiques symboliques et légitimatrices, dynastiques ou non. En reconstruisant les contributions d'acteurs particuliers dans les demandes de reconnaissances de cultes anciens, en montrant l'existence des réseaux dans la diffusion de nouveaux cultes, ce livre élargit notre compréhension des rôles conférés au culte des saints à l'époque moderne. Il éclaire la place de l'hagiographie et du bréviaire comme matrices d'une littérature vernaculaire en Europe centrale et suggère la plasticité des modèles iconographiques et rhétoriques s'adaptant à une vaste gamme des conceptions de la sainteté moderne, jusqu'à la veille des Lumières.

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