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    François Bizot

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    • 27 Novembre 2014

    François Bizot, membre de l'École française d'Extrême-Orient, est fait prisonnier au Cambodge par les Khmers rouges, en 1971. Enchaîné, il passe trois mois dans un camp de maquisards. Chaque jour, il est interrogé par l'un des plus grands bourreaux du vingtième siècle, futur responsable de plusieurs dizaines de milliers de morts, aujourd'hui jugé pour crimes contre l'humanité : Douch.
    Au moment de la chute de Phnom Penh, en 1975, François Bizot est désigné par les Khmers rouges comme l'interprète du Comité de sécurité militaire de la ville chargé des étrangers auprès des autorités françaises. Il est le témoin privilégié d'une des grandes tragédies dont certains intellectuels français ont été les complices.
    Pour la première fois, François Bizot raconte sa détention. Grâce à une écriture splendide et à un retour tragique sur son passé, l'auteur nous fait pénétrer au coeur du pays khmer, tout en nous dévoilant les terribles contradictions qui - dans les forêts du Cambodge comme ailleurs - habitent l'homme depuis toujours.
    Prix des lectrices d'ELLE, catégorie Essai, 2001.
    Le livre qui a inspiré le film de Régis Wargnier " Le temps des aveux ".
    Prix des lectrices d'ELLE, catégorie Essai, 2001.
    Le livre qui a inspiré le film de Régis Wargnier " Le temps des aveux ".

  • De tous les humains, le Nègre est le seul dont la chair fut faite marchandise. Au demeurant, le Nègre et la race n'ont jamais fait qu'un dans l'imaginaire des sociétés européennes. Depuis le XVIIIe siècle, ils ont constitué, ensemble, le sous-sol inavoué et souvent nié à partir duquel le projet moderne de connaissance - mais aussi de gouvernement - s'est déployé.
    La relégation de l'Europe au rang d'une simple province du monde signera-t-elle l'extinction du racisme, avec la dissolution de l'un de ses signifiants majeurs, le Nègre ? Ou au contraire, une fois cette figure historique dissoute, deviendrons-nous tous les Nègres du nouveau racisme que fabriquent à l'échelle planétaire les politiques néolibérales et sécuritaires, les nouvelles guerres d'occupation et de prédation, et les pratiques de zonage ?
    Dans cet essai à la fois érudit et iconoclaste, Achille Mbembe engage une réflexion critique indispensable pour répondre à la principale question sur le monde de notre temps : comment penser la différence et la vie, le semblable et le dissemblable ?
    Prix Fetkann - catégorie mémoire 2013

  • La race a une histoire, qui renvoie à l'histoire de la différence sexuelle. Au XVIIe siècle, les discours médicaux affligent le corps des femmes de mille maux : " suffocation de la matrice "" hystérie ", " fureur utérine ", etc. La conception du corps des femmes comme un corps malade justifie efficacement l'inégalité des sexes. Le sain et le malsain fonctionnent comme des catégories de pouvoir. Aux Amériques, les premiers naturalistes prennent alors modèle sur la différence sexuelle pour élaborer le concept de " race " : les Indiens Caraïbes ou les esclaves déportés seraient des populations au tempérament pathogène, efféminé et faible.
    Ce sont ces articulations entre le genre, la sexualité et la race, et son rôle central dans la formation de la Nation française moderne qu'analyse Elsa Dorlin, au croisement de la philosophie politique, de l'histoire de la médecine et des études sur le genre. L'auteure montre comment on est passé de la définition d'un " tempérament de sexe " à celle d'un " tempérament de race ". La Nation prend littéralement corps dans le modèle féminin de la " mère ", blanche, saine et maternelle, opposée aux figures d'une féminité " dégénérée " ? la sorcière, la vaporeuse, la vivandière hommasse, la nymphomane, la tribade et l'esclave africaine. Il apparaît ainsi que le sexe et la race participent d'une même matrice au moment où la Nation française s'engage dans l'esclavage et la colonisation.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 2009.)

  • Sommes-nous africains ? Qu'est-ce que l'Afrique ? De cette double interrogation, née au XVIIIe siècle dans la diaspora africaine déportée aux Amériques, a émergé un vaste mouvement intellectuel, politique et culturel qui a pris le nom de panafricanisme au tournant du XXe siècle. Ce mouvement a constitué, pour les Africains des deux rives de l'Atlantique, un espace privilégié de rencontres et de mobilisations.
    De la révolution haïtienne de 1791 à l'élection du premier président noir des États-Unis en 2008 en passant par les indépendances des États africains, Amzat Boukari-Yabara retrace, dans cette ambitieuse fresque historique, l'itinéraire singulier de ces personnalités qui, à l'image de W.E.B. Du Bois, Marcus Garvey, George Padmore, C.L.R. James, Kwame Nkrumah ou Cheikh Anta Diop, ont mis leur vie au service de la libération de l'Afrique et de l'émancipation des Noirs à travers le monde. Mêlant les voix de ces acteurs de premier plan, bientôt rejoints par quantité d'artistes, d'écrivains et de musiciens, comme Bob Marley ou Miriam Makeba, la polyphonie panafricaine s'est mise à résonner aux quatre coins du " monde noir ", de New York à Monrovia, de Londres à Accra, de Kingston à Addis-Abeba.
    Les mots d'ordre popularisés par les militants panafricains n'ont pas tous porté les fruits espérés. Mais, à l'heure où l'Afrique est confrontée à de nouveaux défis, le panafricanisme reste un chantier d'avenir. Tôt ou tard, les Africains briseront les frontières géographiques et mentales qui brident encore leur liberté.

  • L'Expédition à Botany Bay, publié dans son intégralité pour la première fois en France, est considéré comme un texte fondateur pour l'Australie.
    D'une plume alerte et du style sobre et direct de celui qui se veut « témoin transparent » - à l'image de ses illustres prédécesseurs Cook ou Bougainville - Watkin Tench, jeune capitaine de la Royal Navy britannique, consigne le voyage de la "Première flotte" vers l'autre bout du monde, en 1787.

  • Jomo Kenyatta, Aimé Césaire, Ruben Um Nyobè, Frantz Fanon, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Malcolm X, Mehdi Ben Barka, Amílcar Cabral, Thomas Sankara : ces noms reviennent aujourd'hui à l'ordre du jour. Avec l'atmosphère de révolte que l'on sent monter aux quatre coins du monde, ces figures majeures de la libération africaine et de la pensée en action suscitent un intérêt croissant dans les nouvelles générations. Jomo Kenyatta, Aimé Césaire, Ruben Um Nyobè, Frantz Fanon, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Malcolm X, Mehdi Ben Barka, Amílcar Cabral, Thomas Sankara... Longtemps regardés avec dédain par ceux qui, depuis les années 1980, décrétèrent la mort du tiers-mondisme et le triomphe du néolibéralisme, ces noms reviennent à l'ordre du jour. Avec l'atmosphère de révolte que l'on sent monter aux quatre coins du monde, ces figures majeures de la libération africaine suscitent un intérêt croissant auprès des nouvelles générations. Refusant d'en faire de simples icônes, Saïd Bouamama redonne corps et chair à ces penseurs de premier plan qui furent aussi des hommes d'action. Leurs vies rappellent en effet que la bataille pour la libération, la justice et l'égalité n'est pas qu'une affaire de concepts et de théories : c'est aussi une guerre, où l'on se fourvoie parfois et dans laquelle certains se sacrifient. S'il ne cache pas son admiration pour ces figures rebelles, dont la plupart moururent effectivement au combat, Saïd Bouamama n'en fait pas des martyrs absolus : la pensée en action est toujours située, incertaine, inachevée. C'est pourquoi ce livre s'attache, avec beaucoup de pédagogie, à inscrire ces parcours dans leurs contextes sociaux, géographiques et historiques. On comprend mieux dès lors comment ces hommes, qui ne vécurent pas tous sur le continent africain, mais furent tous confrontés à l'acharnement des puissances impériales, cherchèrent les armes pour sortir l'Afrique de la nuit coloniale et faire émerger une nouvelle universalité. À l'heure où l'on se demande comment avoir prise sur le monde, ce portrait politique collectif rappelle qu'il a toujours été possible, hier comme aujourd'hui, de changer le cours des choses.

  • La décolonisation africaine n´aura-t-elle été qu´un accident bruyant, un craquement à la surface, le signe d´un futur appelé à se fourvoyer ? Dans cet essai critique, Achille Mbembe montre que, au-delà des crises et de la destruction qui ont souvent frappé le continent depuis les indépendances, de nouvelles sociétés sont en train de naître, réalisant leur synthèse sur le mode du réassemblage, de la redistribution des différences entre soi et les autres et de la circulation des hommes et des cultures. Cet univers créole, dont la trame complexe et mobile glisse sans cesse d´une forme à une autre, constitue le soubassement d´une modernité que l´auteur qualifie d´« afropolitaine ».

    Il convient certes de décrypter ces mutations africaines, mais aussi de les confronter aux évolutions des sociétés postcoloniales européennes - en particulier celle de la France, qui décolonisa sans s´autodécoloniser -, pour en finir avec la race, la frontière et la violence continuant d´imprégner les imaginaires de part et d´autre de la Méditerranée. C´est la condition pour que le passé en commun devienne enfin un passé en partage.
    Écrit dans une langue tantôt sobre, tantôt incandescente et souvent poétique, cet essai constitue un texte essentiel de la pensée postcoloniale en langue française.

  • 1480, L'Italien Christophe Colomb vit au Portugal et navigue depuis déjà plusieurs années

  • Le présent volume constitue l'édition la plus complète des écrits de Christophe Colomb (1451-1506), et la seule accessible à l'heure actuelle au format poche. Il réunit, entre autres textes, le journal de bord du premier voyage (1492-1493) et les relations des trois voyages suivants (1494-1505), enrichis des écrits et des documents historiquement essentiels, comme ceux du fameux Livre des prophéties, qui éclairent notre compréhension et notre connaissance de Colomb. La figure à la fois énigmatique et fascinante de celui qui fit basculer l'histoire du monde se dégage de ces textes dans toute sa grandeur, ses contradictions, sa complexité.
    La présentation de cette nouvelle édition en un volume, revue et recomposée pour l'occasion, précise l'apport personnel de Michel Lequenne aux études colombiennes : il y montre combien Colomb chercha moins à atteindre les " Indes ", c'est-à-dire l'Asie, qu'un véritable continent encore inconnu. Il ne douta pas de l'avoir découvert, mais il crut toujours que ce Nouveau Monde était sud-asiatique ; il ignora que c'était le double continent que nous appelons Amérique.
    Avec cette édition de référence, nul ne pourra plus méconnaître la personnalité complexe d'un homme qui ne fut ni héros ni saint, exalté certes par les découvertes de ses voyages mais avide de richesse, un homme de son temps, porteur aussi des plus grandes utopies.

  • La France des années 2000, comme de nombreux pays, a vu se confirmer un modèle de contrôle censé protéger la population contre la prolifération, en son sein, de " nouvelles menaces " : islamisme, terrorisme, immigration clandestine, incivilités, violences urbaines... Et pour justifier cet arsenal sécuritaire, un principe s'est imposé : désigner l'" ennemi intérieur ". Cette notion évoque la guerre froide, quand cet ennemi était le communisme. Et surtout les guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie, quand l'armée française a conçu la " doctrine de la guerre révolutionnaire ", afin d'éradiquer au prix des pires méthodes la " gangrène subversive pourrissant le corps national ". Si cette doctrine a été évacuée officiellement depuis lors par l'État, certains de ses éléments clés auraient-ils contribué à façonner cette grille de lecture sécuritaire qui présente les populations immigrées issues de la colonisation comme les vecteurs intérieurs d'une menace globale ?
    C'est ce que montre Mathieu Rigouste dans ce livre rigoureusement documenté, en s'appuyant notamment sur un corpus d'archives conservées à l'École militaire. Retraçant l'évolution des représentations de l'ennemi intérieur dans la pensée d'État depuis les années 1960, il explique comment, des territoires colonisés d'hier aux quartiers populaires d'aujourd'hui, la Ve République a régénéré un modèle d'encadrement fondé sur la désignation d'un bouc émissaire socio-ethnique. À travers l'étude minutieuse des étapes de la lutte antimigratoire et de la structuration de l'antiterrorisme, il révèle l'effrayante évolution du contrôle intérieur, de ses dimensions médiatiques et économiques, ainsi que la fonction de l'idéologie identitaire dans la mise en oeuvre du nouvel ordre sécuritaire.

  • Le libéralisme continue aujourd'hui d'exercer une influence décisive sur la politique mondiale et de jouir d'un crédit rarement remis en cause. Si les " travers " de l'économie de marché peuvent à l'occasion lui être imputés, les bienfaits de sa philosophie politique semblent évidents. Il est généralement admis que celle-ci relève d'un idéal universel réclamant l'émancipation de tous. Or c'est une tout autre histoire que nous raconte ici Domenico Losurdo, une histoire de sang et de larmes, de meurtres et d'exploitation. Selon lui, le libéralisme est, depuis ses origines, une idéologie de classe au service d'un petit groupe d'hommes blancs, intimement liée aux politiques les plus illibérales qui soient : l'esclavage, le colonialisme, le génocide, le racisme et le mépris du peuple.
    Dans cette enquête historique magistrale qui couvre trois siècles, du XVII e au XX e, Losurdo analyse de manière incisive l'oeuvre des principaux penseurs libéraux, tels que Locke, Burke, Tocqueville, Constant, Bentham ou Sieyès, et en révèle les contradictions internes. L'un était possesseur d'esclaves, l'autre défendait l'extermination des Indiens, un autre prônait l'enfermement et l'exploitation des pauvres, un quatrième s'enthousiasmait de l'écrasement des peuples colonisés... Assumer l'héritage du libéralisme et dépasser ses clauses d'exclusion est une tâche incontournable. Les mérites du libéralisme sont trop importants et trop évidents pour qu'on ait besoin de lui en attribuer d'autres, complètement imaginaires.

  •  Maryse, une jeune lycéenne de 17 ans, décide de participer avec ses copains de lycée à une manifestation contre le fascisme et pour la paix en Algérie. Nous sommes à Paris, en 1962.
    Après 8 ans de guerre, l´indépendance de l´Algérie devient inéluctable. L´OAS, regroupant dans ses rangs les fervents défenseurs du dernier bastion d´un empire colonial agonisant, multiplie les attentats à la bombe sur la capitale. Le 8 février, après 14 attentats, dont un blessant grièvement une petite fille de quatre ans, des manifestants se regroupent dans Paris aux cris de « OAS assassins », « Paix en Algérie ». La manifestation organisée par les syndicats est interdite par le préfet Maurice Papon. La répression est terrible. La police charge avec une violence extrême. Prise de panique, Maryse se retrouve projetée dans les marches du métro Charonne, ensevelie sous un magma humain, tandis que des policiers enragés frappent et jettent des grilles de fonte sur cet amoncellement de corps réduits à l´impuissance. Bilan de la manifestation : 9 morts, dont un jeune apprenti, et 250 blessés.

    50 ans plus tard, Maryse Douek-Tripier, devenue sociologue, profondément marquée par ce drame dont elle est sortie miraculeusement indemne, livre son témoignage à Désirée Frappier. C´est une véritable histoire dans l´Histoire à laquelle nous invite l´auteur, restituant ce témoignage intime dans son contexte historique et tragique, tout en nous immergeant dans l´ambiance des années soixante : flippers, pick-ups, surboums, Nouvelle Vague, irruption de la société de consommation.

  • Dans les premières décennies du XXe siècle, Shanghai est la Babylone de l'Extrême-Orient : elle attire de nombreux aventuriers, écrivains et artistes du monde entier pour son atmosphère de glamour et de fête.
    Emily Hahn, dite « Mickey », est une célèbre journaliste du New Yorker. Après la crise de 1929, elle arrive à Shanghai et descend au somptueux Cathay Hotel ; elle est immédiatement emportée par le tourbillon mondain de la ville, croisant notamment Ernest Hemingway, Harold Acton, des aristocrates italiens et des officiers anglais. Mais c'est lorsqu'elle rencontre Zau Sinmay, un poète chinois issu d'une illustre famille, qu'elle découvre la véritable Shanghai : la ville des riches coloniaux, des agents triples, des fumeurs d'opium, des paysans déplacés depuis leurs provinces misérables, des réfugiés juifs et russes blancs. C'est grâce aux chroniques et aux reportages de Mickey que le public américain découvrira les réalités de la vie en Chine. Cependant, la brutale occupation japonaise détruira la Shanghai d'avant-guerre, et la Chine entrera dans une nouvelle période de son histoire.
    Né en 1966, Taras Grescoe a reçu plusieurs prix pour son travail de journaliste. Il collabore régulièrement au New York Times, au Guardian et au National Geographic Traveler. Il est l'auteur de cinq ouvrages de non-fiction, traduits dans six langues, dont deux ont paru aux Éditions Noir sur Blanc : Le Pique-Nique du Diable et La Mer engloutie (2008 et 2010).

  • La légende veut que la France ait " généreusement " amené ses anciennes colonies d'Afrique noire à l'indépendance en 1960. Une décolonisation qui se serait faite dans la compréhension mutuelle et l'intérêt partagé de la France et de l'Afrique. Ce livre raconte une tout autre histoire : celle d'une guerre brutale, violente, meurtrière et méconnue, la guerre du Cameroun, qui a permis à Paris d'inventer un nouveau système de domination : la Françafrique. La légende veut que la France, " patrie des droits de l'homme ", ait généreusement offert l'indépendance à ses anciennes colonies d'Afrique noire en 1960. Ce livre raconte une tout autre histoire : celle d'une guerre brutale, violente, meurtrière, qui a permis à Paris d'inventer un nouveau système de domination : la Françafrique. Cette guerre secrète a pour théâtre le Cameroun des années 1950 et 1960. Confrontées à un vaste mouvement social et politique, porté par un parti indépendantiste, l'Union des populations du Cameroun (UPC), les autorités françaises décident de passer en force. En utilisant les mêmes méthodes qu'en Algérie (torture, bombardements, internements de masse, action psychologique, etc.), elles parviennent en quelques années à éradiquer militairement les contestataires et à installer à Yaoundé une dictature profrançaise. En pleine guerre froide, et alors que l'opinion française a les yeux tournés vers l'Algérie, la guerre du Cameroun, qui a fait des dizaines de milliers de morts, est à l'époque passée inaperçue. Elle a ensuite été effacée des mémoires par ceux qui l'ont remportée : les Français et leurs alliés camerounais. Le crime fut donc presque parfait : les nouvelles autorités camerounaises ont repris les mots d'ordre de l'UPC pour vider l'" indépendance " de son contenu et la mettre au service... de la France ! Mais la mémoire revient depuis quelques années. Et les fantômes du Cameroun viennent hanter l'ancienne métropole. Laquelle, de plus en plus contestée sur le continent africain, devra tôt ou tard regarder son passé en face.

  • «Le tiers-monde n'était pas un lieu. C'était un projet.» Alors que les pays du Sud s'effondrent sous le poids des dettes et des effets délétères de la mondialisation, on oublie trop souvent que les peuples colonisés ayant conquis leur indépendance au XXe siècle s'étaient efforcés de mettre en oeuvre un programme politique axé sur la paix, la justice, la liberté, l'anti-impérialisme et le changement social.
    Quelles ont été les dynamiques culturelles, sociales et politiques à l'origine de ce mouvement décolonialiste dans les pays communément appelés du «tiers-monde»? Comment leur rêve d'émancipation a-t-il pu mener au renouvellement cynique de l'exploitation et des rapports de domination? Les damnés de la terre sont-ils condamnés à demeurer inaudibles en cette ère de néolibéralisme?
    Une histoire politique du tiers-monde relate les événements du point de vue de ces «nations obscures» qui, à partir des années 1950, ont réclamé une place dans la gestion des affaires du monde, tout en se dissociant des blocs de l'Est et de l'Ouest de l'époque. De Bandung au Caire en passant par Abuja, Bali et La Paz, Vijay Prashad pose un regard à la fois rigoureux et personnel sur les grands débats et les figures politiques qui ont marqué le Mouvement des non-alignés, restituant le souffle extraordinaire de libération qui les a animés. Qui, aujourd'hui, portera ces rêves de liberté, d'égalité et de paix?
    Avec une nouvelle postface de l'auteur et un texte inédit d'Omar Benderra sur le mouvement citoyen en Algérie qui a débuté en février 2019.

  • Biribi

    Dominique Kalifa

    Une plongée dans l'enfer de l'archipel des bagnes militaires français. Biribi était le nom donné, au XIXe siècle, aux bagnes militaires installés par l'armée française en Afrique du Nord pour se débarrasser de ses " mauvais sujets " : rebelles, fortes têtes, condamnés des conseils de guerre, parfois aussi opposants politiques, homosexuels ou faibles d'esprit. L'auteur décrit l'histoire tragique de ces hommes soumis aux brimades et aux sévices infligés par des sous-officiers indignes, au travail harassant sous un soleil de plomb, à la violence de ce qui constituait les bas-fonds de l'armée. Mais il montre aussi comment le courage de quelques-uns - militants, médecins ou reporters, comme Albert Londres - contribua à faire prendre conscience au pays de l'horreur vécue dans ces camps disciplinaires. Les derniers " corps spéciaux " de l'armée française furent supprimés au début des années 1970.

  • Cinquante ans après la défaite indochinoise de Diên Biên Phu et le début de la guerre d'Algérie, la France demeure hantée par son passé colonial, notamment par ce rapport complexe à l'" Autre ", hier indigène, aujourd'hui " sauvageon ". Pourquoi une telle situation, alors que les autres sociétés post-coloniales en Occident travaillent à assumer leur histoire outre-mer ? C'est à cette question que tente de répondre cet ouvrage, où Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, en partant d'une enquête conduite à Toulouse - et présentée ici -, ont décidé d'ausculter les prolongements contemporains de ce passé à travers les différentes expressions de la fracture coloniale qui traverse aujourd'hui la société française. Ils ont réuni, dans cette perspective, les contributions originales de spécialistes de diverses disciplines, qui interrogent les mille manières dont les héritages coloniaux font aujourd'hui sentir leurs effets : relations intercommunautaires, ghettoïsation des banlieues, difficultés et blocages de l'intégration, manipulation des mémoires, conception de l'histoire nationale, politique étrangère, action humanitaire, place des Dom-Tom dans l'imaginaire national ou débats sur la laïcité et l'islam de France... Les auteurs montrent aussi que la situation contemporaine n'est pas une reproduction à l'identique du " temps des colonies " : elle est faite de métissages et de croisements entre des pratiques issues de la colonisation et des enjeux contemporains. Pour la première fois, un ouvrage accessible traite de la société française comme société postcoloniale et ouvre des pistes de réflexion neuves.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la 2e édition de 2006)

  • Je m'appelle Marina. Jusqu'à aujourd'hui, je pensais que c'était un signe de mon malheur si je parlais plusieurs langues, le malheur d'une misérable enfant mexica, vendue par sa mère à des marchands mayas, puis offerte aux conquérants espagnols. Maintenant, je sais qu'il s'agit de la plus grande chance de ma vie. C'est grâce à cela que le capitaine Cortés ne me regarde plus comme une esclave, mais comme quelqu'un de précieux. Je suis sa traductrice, sa conseillère de l'ombre, je l'accompagne dans ses rencontres et ses batailles. Le capitaine est un grand homme, et je sais qu'avec lui, les Espagnols ne peuvent pas perdre !

  • Durant l'entre-deux-guerres, parmi la population estudiantine parisienne se trouve la plupart des futurs leaders de l'anti-impérialisme. Venus d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique du Sud pour achever leur formation politique, ils se croisent, se fréquentent parfois, formulent déjà quelques aspirations sans que la Ville Lumière n'en sache rien. Michael Gobel nous livre une fresque vivante et minutieuse de cette période décisive. Ce livre retrace l'expansion, au cours de l'entre-deux-guerres, de l'anti-impérialisme mondial, mouvement dans lequel Paris joua un rôle de tout premier plan. La Ville Lumière accueillit en effet d'innombrables futurs leaders tiers-mondistes qui vinrent y faire, sans même le savoir, leur formation politique - formation qui, en retour, les mènera vers l'une des plus fantastiques déflagrations révolutionnaires de l'histoire. Dans ce Paris incroyablement cosmopolite où affluaient les âmes errantes venues du monde entier, on pouvait ainsi croiser Hô Chi Minh, Zhou Enlai, Léopold Sédar Senghor, C. L. R. James, George Padmore, Messali Hadj ou le révolutionnaire indien M. N. Roy. En étudiant le contexte sociopolitique parisien dans lequel ces apprentis activistes évoluaient, ce livre nous plonge dans des complots d'assassinat prétendument ourdis par des étudiants chinois, dans des manifestations menées par des nationalistes latino-américains, ou simplement dans la vie quotidienne des ouvriers algériens, sénégalais ou vietnamiens. Sur la base de rapports de police et autres sources de première main, Michael Goebel montre le rôle de force motrice essentiel joué par les mouvements migratoires et les interactions vécues au sein des milieux immigrés dans le développement de l'opposition à l'ordre impérial mondial, qui a fait se croiser les histoires de peuples issus de trois continents. S'appuyant sur les travaux de l'histoire globale et impériale, et sur les études des questions migratoires et " raciales " en France, ce livre ne propose rien de moins qu'une compréhension renouvelée des origines de l'idée de tiers monde et de tiers-mondisme.

  • Intellectuel diasporique par excellence, militant panafricain de la première heure, le Caribéen CLR James (1901-1989) a pris part aux grands mouvements de décolonisation de son temps et fut un acteur de premier plan des luttes noires aux États-Unis. C'est l'itinéraire exceptionnel de ce révolutionnaire iconoclaste que M. Renault nous donne à découvrir dans cette biographie intellectuelle, entre révolution et luttes anticoloniales-antiracistes. Qui, en France, connaît C. L. R. James ? Né en 1901 à Trinidad, alors colonie de la Couronne britannique, et mort à Londres en 1989, celui que le Times dénomma à la fin de sa vie le " Platon noir de notre génération " est pourtant une figure intellectuelle et politique majeure d'un siècle qu'il aura traversé presque de part en part. Intellectuel diasporique par excellence, militant panafricain de la première heure, James a pris part aux grands mouvements de décolonisation de son temps en Afrique et dans la Caraïbe et fut un acteur de premier plan des luttes noires aux États-Unis. Fervent partisan de Trotski avant de rompre avec l'héritage de ce dernier pour défendre la thèse de l'auto-émancipation des masses ouvrières-populaires, James eut un destin étroitement imbriqué dans celui du marxisme au XXe siècle. Pour ce " marxiste noir ", révolution socialiste et luttes anticoloniales-antiracistes étaient intimement enchevêtrées : elles s'inscrivaient dans l'horizon d'une " révolution mondiale " dont la source et le centre ne pouvaient plus être la seule Europe. C'est à celle-ci que James s'est voué corps et âme pendant plus de cinq décennies, débattant et collaborant avec ses contemporains aux quatre coins du monde. Dans une conjoncture où la gauche radicale éprouve de grandes difficultés à renouveler ses stratégies face aux revendications des minorités non blanches et où la critique de l'eurocentrisme bat de l'aile, méditer la vie et l'oeuvre de James pourrait se révéler essentiel dans la tâche de construction d'une pensée de l'émancipation qui soit, enfin, à la mesure du monde.

  • Où l'on verra quand et comment l'esclavage de type américain a engendré le système racial. Où l'on comprendra pourquoi le développement de rapports d'égalité à l'intérieur de la communauté blanche a favorisé la cristallisation de rapports sociaux spécifiquement raciaux. Où l'on assistera au lancement de la contre-révolution coloniale en France par le général de Gaulle. Où l'on saisira que le combat anticolonialiste des Arabes palestiniens et le combat antiraciste des Arabes et des Noirs en France ont un même adversaire, la domination blanche occidentale. "Nous voyons la haine que nous suscitons, l'islamophobie, la négrophobie ; nous voyons se multiplier les corps de police, s'étendre la répression, se consolider les mécanismes de contrôle et de surveillance, foisonner les dispositifs de corruption et de clientélisation, se développer les instances d'intégration et d'encadrement, mais nous n'en apercevons pas la cause, ou l'une des causes, qui n'est autre que la menace que nous faisons peser sur l'ordre blanc." Sadri Khiari est docteur en sciences politiques. Membre de l'opposition démocratique tunisienne, il est aujourd'hui installé en France. Il est l'auteur deTunisie, le délitement de la cité - Coercition, consentement, résistances (2003) et de Pour une politique de la racaille (2006).

  • Une biographie du maréchal Lyautey (1854-1934) qui fait toute sa place à la personnalité complexe de l'homme. Statufié de son vivant, Hubert Lyautey (1854-1934) est entré dans l'histoire comme le constructeur du Maroc moderne, le modèle du " grand colonial " qui sut comprendre le monde nouveau et imposa contre intérêts et préjugés le respect des cultures indigènes. Son destin, celui du " royaliste qui donna un empire à la République ", est paradoxal. Aventurier du désert comme Lawrence d'Arabie, mais aussi grand administrateur, anticonformiste et esthète, Lyautey a mis en scène sa propre vie, luttant contre son seul ennemi véritable : l'ennui. Résident général, ministre, académicien, maréchal de France, Lyautey reste une énigme que l'auteur, par le travail de recherche et par l'intuition personnelle, réussit à percer. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure et de l'ENA, Arnaud Teyssier a publié une biographie de Charles Péguy chez Perrin.

  • L'oeuvre de Frantz Fanon, psychiatre et militant de l'indépendance algérienne, a marqué des générations d'anticolonialistes, d'activistes des droits civiques et de spécialistes des études postcoloniales. Depuis la publication de ses livres, on savait que nombre de ses écrits psychiatriques restaient inédits, dont ceux consacrés à l'" aliénation colonialiste vue au travers des maladies mentales " (selon les mots de son éditeur François Maspero).
    Le lecteur trouvera donc dans le présent volume les articles scientifiques de Fanon, sa thèse de psychiatrie ainsi que des textes publiés dans le journal intérieur de l'hôpital de Blida-Joinville où il a exercé de 1953 à 1956. On y trouvera également deux pièces de théâtre écrites durant ses études de médecine, des correspondances et certains textes publiés dans
    El Moudjahid après 1958. Cet ensemble remarquable est complété par la correspondance entre François Maspero et l'écrivain Giovanni Pirelli à propos de leur projet de publication des oeuvres complètes de Fanon, ainsi que par l'analyse raisonnée de la bibliothèque de ce dernier.

  • En 2012, La Terre est l'oreille de l'ours s'offrait comme une célébration du Vivant où notations en forêt, spéculations et remémorations se conjuguaient avec une mosaïque de lectures brassant sciences naturelles, environnement, éthologie, psychologie, poésie, spiritualité et anthropologie. Cinq ans plus tard, L'île où les hommes implorent s'attache, le temps de quatre saisons, à inventorier les éléments constitutifs d'une rapide dégradation des conditions de vie sur la planète Terre. D'où son sous-titre : « Chronique d'un désastre amorcé ».
    Mû par une inquiétude que chaque mois s'emploie à confirmer, l'auteur n'en ressent que plus fort l'urgence d'explorer la palette des prodiges recelés par le monde qui s'étiole - ce à travers quatre entités géographiques : le territoire traditionnel des Innus du Québec-Labrador, l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande, l'île cycladique de Sifnos et la campagne vaudoise où l'ancien Parisien a choisi de s'établir.
    De lieux en peuples aimés, Jil Silberstein dit la splendeur d'un rituel particulier aux Nuu-chah-nulth de l'île de Vancouver, les prouesses d'une araignée (le Pholque phalangide), les enjeux du Pléistocène, l'exploration du Pacifique. Il s'initie à la dérive des continents. Sonde les motifs d'un marbre antique du sanctuaire de Delphes. Retrouve au coeur de la forêt subarctique le peuple innu dépossédé par le colonialisme. Célèbre l'écrivaine américaine Annie Dillard, le Tao te king et son cher Joachim Du Bellay.
    D'une telle démarche « tous azimuts » résulte l'irrésistible goût d'observer à son tour. Et de chérir ce qui peut l'être encore.
    Né à Paris en 1948, Jil Silberstein se fixe en Suisse après bien des voyages, travaille dans l'édition et dirige la revue Présences. Lors d'un séjour en Amérique du Nord, il rencontre les Indiens du Québec-Labrador, et amorce une série de textes entre voyage et ethnologie : Innu, Kali'na et Dans la taïga céleste (Albin Michel). Poète, essayiste, lauréat du prix Schiller, traducteur de Trakl, Milosz et T. E. Lawrence, il est l'auteur de La Terre est l'oreille de l'ours (Éditions Noir sur Blanc, 2012) et des Voix de Iasi (2015).

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