• Pourquoi devons-nous travailler ?
    Paul Lafargue (1842-1911), penseur socialiste, tente de comprendre l'amour absurde du travail, « cette étrange folie qui possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste ».
     
    Relire Le Droit à la paresse nous rappelle que la liberté d'employer le temps est fondamentale.

  • Edition enrichie (introduction et notes)Marx et Engels avaient respectivement trente et vingt-huit ans lorsque fut publié, en 1848, leur manifeste: ces jeunes intellectuels allemands bouleversent alors le monde du travail qui prend conscience de lui-même. La lutte des classes est considérée comme le moteur de l'histoire et du progrès de l'humanité. L'objectif communiste sera la destruction de l'ordre bourgeois, de son État et du système de production fondé sur le profit. « La bourgeoisie, répétait Marx, se souviendra longtemps de mes furoncles. » Que signifient aujourd'hui ces écrits ? Sont-ils l'âme d'une revendication révolutionnaire riche d'espoir pour l'humanité ou le credo d'une entreprise de domination de millions d'hommes ? Commentla théorie révolutionnaire est-elle devenue un mouvement d'asservissement politique ? Marx affirmait qu'il n'était pas marxiste. On l'a divinisé, lui qui avait « de la haine pour tous les dieux ». Toute l'histoire de notre temps dépend de ce manifeste.



  • Eric Hobsbawm est né l'année de la révolution d'Octobre et s'est réclamé du marxisme toute sa vie. La période qu'il analyse et le communisme qui en constitua une dimension essentielle sont donc liés à son existence. Bien que le XXe siècle soit achevé, son interprétation reste un enjeu politique décisif. Et le fait que l'ordre en place provoque son lot de révoltes presque partout dans le monde interdit de reléguer au rang de contes poussiéreux les chapitres d'un temps qui a vu des peuples renverser l'irréversible. Leurs espérances furent parfois déçues, détruites, décapitées (cette chose-ci est connue), mais aussi parfois récompensées (cette chose-là est moins évoquée).
    L'Ère des extrêmes nous rappelle que l'humanité ne fut pas toujours impuissante et désarmée quand elle voulut changer de destin. Lorsque Hobsbawm publia ce livre, ce genre d'observation n'allait plus de soi. Mais vingt-cinq ans plus tard, les lampions de la célébration définitive de la démocratie libérale sont éteints. Et l'histoire qui resurgit ne se résume pas à un imaginaire désenchanté.
    Cette somme mêle l'étude des révolutions politiques, culturelles et des bouleversements sociaux du XXe siècle, celle des deux guerres mondiales, mais aussi des innovations artistiques et scientifiques.
    Traduit en trente langues et largement célébré, L'Ère des extrêmes rencontra un accueil plus difficile en France, où les grandes maisons d'édition refusèrent de publier des analyses trop marquées selon elles par l'attachement de l'auteur à la cause révolutionnaire.
    « Dans les toutes premières lignes de son ouvrage, Eric Hobsbawm écrit : "En cette fin de XXe siècle, la plupart des jeunes femmes et des jeunes hommes grandissent dans une espèce de présent permanent, dépourvu de tout lien organique avec le passé public qui a pourtant façonné les temps actuels."
    Rien de tel que ce livre superbe, si riche de faits lumineusement rapprochés, bouillonnant d'idées, pour éclairer le lecteur sur l'histoire, toute proche et pourtant mal connue, qui a modelé ce monde désorienté et l'incite à sortir de ce "présent permanent" sans perspectives, à inventer, avec d'autres, son propre avenir. »
    Claude Julien « Le siècle des extrêmes. Une histoire qui a modelé notre monde désorienté », Le Monde diplomatique, mars 1995.

  • À Nove Mesto, une petite ville d'Europe centrale, quand Baba accouche d'Elena un premier avril, tout le monde croit à une farce. Baba est tellement grosse que personne n'avait vu qu'elle était enceinte de ce sixième enfant, arrivé vingt ans après les autres.
    La fillette grandit dans un monde de femmes, entourée par sa mère et ses soeurs. L'une d'elle, Magda, est partie vivre en France. Elle revient chaque mois d'août avec sa fille, Anna. Une amitié étrange, intense, unit les deux enfants ; Elena ne vit que pour ces étés de retrouvailles.
    Pendant que le pays se transforme avec Tchernobyl et la chute de l'URSS, insidieusement, une distance se creuse entre ces femmes.
    Il y a un présent d'éternité dans ce premier roman où les destins se dévoilent avec une vérité sèche, coupante comme une herbe en été.
    « Magnifique roman porté par un souffle évocateur admirable qui distille dans nos veines une nostalgie prenante. » Sylvain Trudel
    Ludmila Charles est née en 1967. Elle enseigne la littérature à l'université. Elle vit à Paris, dans le quartier de Barbes.
    La belle saison est son premier roman.

  • Le 23 août 1939, une délégation allemande, avec à sa tête le ministre des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop, se rend à Moscou. Sur place, un accord est signé avec le pouvoir soviétique. Il entrera dans l'histoire sous le nom de Pacte Ribbentrop-Molotov ou Pacte Germano-Soviétique, et sa signature sera le signal du coup d'envoi de la Seconde Guerre mondiale.
    Pendant près de deux ans, les deux régimes totalitaires vont cohabiter dans une association sanglante qui leur permettra d'étendre leur pouvoir, par la guerre et la tyrannie, sur la Pologne, les Pays Baltes, la Finlande et la Roumanie.
    À l'aube du 22 juin 1941, l'idylle prend fin avec l'invasion allemande de l'Union soviétique. Mais le Pacte aura bouleversé l'équilibre européen pour un demi-siècle jusqu'à la chute du Mur de Berlin en 1989.

    Roger Moorhouse est un historien britannique spécialisé dans l'histoire récente de l'Allemagne, de l'Holocauste et de la Seconde Guerre mondiale. Il a publié durant ces dernières années : First to fight : the Polish war 1939 (2019), The Third Reich in 100 objects (2017), Berlin at war (2010).

  • 17 août 1941, La Haye. L'après-midi vient de commencer quand des membres du service de sécurité de la SS font irruption dans l'appartement de Janny Brilleslijper, alors enceinte de huit mois. Tandis que les hommes fouillent l'habitation, elle simule un début d'accouchement et ils partent sans avoir trouvé les documents cachés dans ses marmites. La jeune femme vient de sauver sa vie et celle de ses enfants.
    Impression de tracts, forge de faux papiers, transmission de messages...
    Depuis le début de la guerre, Janny et Lien Brilleslijper, deux soeurs juives néerlandaises, sont entrées en résistance. Quand elles comprennent qu'il leur faut un abri, loin des villes où la surveillance nazie se fait plus pressante, elles s'installent dans une demeure perdue en pleine forêt. Rapidement, Le Haut Nid, deviendra un lieu stratégique de la Résistance et un refuge pour tous ceux qui fuient le régime nazi. Dénoncées et capturées, les deux soeurs seront déportées en 1944, dans le tout dernier convoi pour Auschwitz.

    Près de soixante-dix ans plus tard, Roxane van Iperen découvre par hasard le passé hors du commun de la maison qu'elle vient d'acheter et le destin des soeurs Brilleslijper. Elle en tire un texte essentiel, entre tension narrative et minutieuse recherche historique.


    « Avec une justesse historique exceptionnelle, Roxane van Iperen a écrit une histoire vertigineuse, passionnante et difficile à lâcher. Un livre qui continue de vous hanter. L'un des meilleurs sur le marché. » - Jan magazine
    Biographie de l'autrice :
    Roxane van Iperen est avocate et journaliste. Un refuge pour l'espoir, son premier livre, a été lauréat du prestigieux prix littéraire Opzij. Véritable phénomène d'édition, il a déjà conquis des centaines de milliers de lecteurs à travers le monde.

  • Roman autobiographique, Le Cheval rouge suit la destinée de jeunes italiens engagés dans l'armée de Mussolini, patriotes et hostiles au fascisme. Certains mourront sur le front russe ou au mont Cassin, d'autres témoigneront de la barbarie nazie et communiste, d'autres encore s'engageront dans la reconstruction politique de l'Italie d'après-guerre.

    Eugenio Corti est un écrivain et essayiste italien, né le 21 janvier 1921 à Besana et mort le 4 février 2014 dans la même ville.
    « On peut s'interroger sur les raisons de l'étonnant succès de librairie d'un livre qui ne s'accorde aucune facilité et qui a su créer, entre son auteur et ses lecteurs, un formidable courant de sympathie. Cela tient d'abord au caractère de témoignage que revêt ce roman : non seulement les personnages historiques qui le traversent, mais tous les événements historiques sont absolument et rigoureusement vrais. Mais Eugenio Corti a écrit aussi un très grand roman. Son souffle épique, la variété des registres stylistiques, la vérité et la puissance des passions emportent le lecteur dès les premières pages. Sans doute destiné à résister à l'épreuve du temps, Le Cheval rouge fait songer à Manzoni, ainsi qu'aux grands romanciers russes, à Tolstoï en particulier. » (François Livi)

  • Avril 1921. Après trois ans de guerre civile, alors que la famine fait rage en Russie bolchévique, Lénine instaure une Nouvelle Politique Économique plus libérale (la NEP) et décide d'échapper au blocus général en échangeant diamants et bijoux du tsar et de l'aristocratie contre de la nourriture et des équipements. Devant négocier avec les bijoutiers détenteurs du marché à Paris, Londres ou Anvers, il est contraint de faire appel à des intermédiaires, bureaucrates au jeu trouble ou agents véreux. Il se heurte aussi à des émigrés de l'armée blanche aux abois qui veulent distraire les joyaux à leur profit. Un trafic juteux se met en place à Revel en Estonie.
    Maxime Issaïev, agent de la Tchéka et futur von Stierlitz infiltré en Allemagne nazie, est chargé de démanteler le réseau et d'arrêter les coupables. Cela le mène des bas-fonds de Moscou aux prisons estoniennes par des chemins semés d'espions internationaux et de voyous parfois au grand coeur. Éblouissante fresque de gentlemen cambrioleurs, de tueurs à gages et de révolutionnaires oeuvrant au grand rêve soviétique.


  • C'est en septembre 1936 que le reporter polonais Ksawery Pruszy´nski arrive dans une Espagne en proie à la guerre civile. Il y est envoyé pour couvrir les événements qui secouent la péninsule Ibérique depuis le coup d'État nationaliste du 17 juillet.

    Sur place, d'abord à Barcelone secouée par l'anarchie et la terreur, Pruszy´nski aborde le conflit sous l'angle de l'observateur politique de la révolution rouge, menée par le camp républicain. Puis en suivant le siège de Madrid, il se plonge - en véritable anthropologue - dans le passé et la culture de l'Espagne profonde afin de parvenir au plus près de l'âme d'un peuple qui s'entre-déchire. Dans la réalité saisissante du chaos de la guerre, la description de la cité assiégée fait rejaillir l'intense désarroi des victimes et l'immense héroïsme des combattants.

    Portrait poignant d'un pays en révolution et en guerre, Espagne rouge fait la part belle à l'humain broyé par les rouages sanglants de l'histoire et les mécanismes de la domination politique.
    Né en 1907, Ksawery Pruszy´nski devient un reporter reconnu en Pologne en chroniquant de façon pertinente la montée des périls au cours des années 1930. Durant la Seconde Guerre mondiale, il combat au sein des forces polonaises sur le front ouest. Après la guerre, il entame une carrière de diplomate et meurt en 1950 dans un accident de la route aux circonstances troubles.

  • Dans la foulée de la première vague punk, à la toute fin des années 1970 c'est toute une génération qui tente au travers de réseaux d'autoproduction, de concerts sauvages, d'alliances de circonstances avec la mouvance autonome ou les squatters des quartiers déshérités, de construire une contre-culture vivante et radicale basée sur un rock violent et en rupture avec le modèle dominant.
    Rémi Pépin est lié aux mouvements punk, bassiste pour le groupe Guernica, membre du collectif d'artistes et plasticiens Abattoir et auteur du livre Rebelles : une histoire du rock alternatif (Archives De La Zone Mondiale, 2019).
    Il se consacre également au graphisme et exerce en free-lance dans le secteur de l'édition. Depuis, 2015, il est le directeur artistique d'Inculte.

  • Une histoire-monde illustrée, des communismes de la fondation de la IIIe Internationale à la chute du mur de Berlin. " Le grand livre rouge ".Né avec la révolution d'Octobre, mort avec la fin de l'URSS, le communisme a connu la durée de vie classique d'un être humain, soit trois quarts de siècle (1919-1991) ; mais trois quarts de siècle qui ont bouleversé la planète, débordant largement la matrice politique pour " révolutionner " les sphères économiques, sociales et culturelles. Touchant tous les continents et presque tous les pays, son idéologie, son action, les artistes et grands écrivains mobilisés en sa faveur durant trois générations, ses nombreuses guerres (civiles et extérieures) comme ses leaders charismatiques (Lénine, Mao, Staline, Castro...), ses victoires, son déclin puis sa chute n'ont jamais été explorés dans leur globalité au moyen d'un grand récit chronologique à la fois accessible, documenté aux meilleures sources et richement illustré.
    Tel est le pari relevé de main de maître par Jean-Christophe Buisson, dans la lignée de son magistral
    1917, l'année qui a changé le monde. Les entrées sélectives, très écrites et toujours contextualisées, s'appuient sur de nombreuses cartes et illustrations souvent spectaculaires. Elles reflètent les espoirs, les combats, les divisions et les drames de millions d'êtres portés par leur croyance dans une idéologie dont ils furent les militants avant, pour la plupart, d'en devenir les victimes.
    Une union idéale entre la clarté du texte et la puissance des images, indispensable pour comprendre et connaître le XXe siècle.

  • Crise d'hystérie chez les Mira Brossa.
    Doña Lena enferme son mari Erasmo dans la salle de bains pour l'empêcher de se rendre au mariage de leur fille Teti avec Clemente, vingt-cinq ans de plus qu'elle, communiste, salvadorien, mariage qui conduit tout droit selon elle à la destruction de leur famille, de leur réputation et peut-être même du pays tout entier dévoré par la fureur nationaliste.

    Castellanos Moya excelle dans toutes les formes de la rage et de la colère, on le lit avec une joie méchante qui donne de l'énergie.

  • Dostoïevski

    Julia Kristeva

    Dans la vie d'un lecteur, certains auteurs occupent une place à part : lectures inaugurales, compagnons de tous les jours, sources auxquelles on revient. La collection « Les auteurs de ma vie » invite de grands écrivains d'aujourd'hui à partager leur admiration pour un classique, dont la lecture a particulièrement compté pour eux.
    « Les yeux rivés sur L'Idiot, mon père m'en déconseillait sévèrement la lecture : ''Destructeur, démoniaque et collant, trop c'est trop, tu n'aimeras pas du tout, laisse tomber !'' Il rêvait de me voir quitter ''l'intestin de l'enfer'', désignant ainsi notre Bulgarie natale. Pour réaliser ce projet désespéré, je n'avais rien de mieux à faire que de développer mon goût inné pour la clarté et la liberté, en français, cela va sans dire, puisqu'il m'avait fait découvrir la langue de La Fontaine et de Voltaire. Évidemment, comme d'habitude, j'ai désobéi aux consignes paternelles et j'ai plongé dans Dostoïevski. Éblouie, débordée, engloutie. »
    Julia Kristeva

  • Mémoires d'un rouge

    Fast A/Chaix E

    • Agone
    • 21 Juin 2018



    « Je ne pourrais en aucun cas raconter la curieuse existence qu'il m'a été donné de vivre sans aborder cette longue période pendant laquelle j'ai été ce que cette vieille brute de sénateur McCarthy se délectait à appeler "un porteur de la carte du Parti communiste". Lors de mon unique confrontation avec lui, je tentai vainement de lui enseigner quelques-unes des vérités les plus évidentes de l'histoire américaine. Il se mit dans une colère noire et rugit que je n'avais qu'à en faire un livre. »
    Né dans une famille pauvre d'origine ukrainienne, Howard Fast (1914-2003) devient écrivain à l'âge de dix-huit ans. Il adhère au parti communiste à la fin de la Seconde Guerre mondiale - et le quitte en 1956, après la dénonciation des crimes de Staline, sans renier aucune de ses convictions. En 1950, alors qu'il compte parmi les auteurs américains les plus estimés, il est victime du maccarthysme et interdit de publication. Il dit à ce sujet : « Je suppose que c'est en soi une sorte de distinction. » Il passe trois mois en prison, où il commence l'écriture de Spartacus, son oeuvre la plus célèbre. Mémoires d'un rouge est le récit intime d'une période tourmentée de l'histoire américaine et de la trajectoire d'un écrivain prolifique, toujours soucieux de raconter le destin des humbles et des opprimés.

  • Septembre 1919.
    L'Europe respire à nouveau l'air pur de la paix. Alors que les armes se taisent et que ses frontières sont redessinées par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, en Italie on crie à l'injustice. Un Dandy Poète Soldat, Gabriele D'Annunzio dénonce la « Victoire mutilée » de son pays qui espérait obtenir bien plus de l'effondrement de l'Autriche-Hongrie.
    Engagé volontaire, le héraut du nationalisme italien est également un héros de guerre par ses actions d'éclat. Il met sa verve, son charisme et sa gloire au service de la cause de Fiume. Ce port de la côte Dalmate, peuplé d'Italiens et entouré de Slaves, devient la pierre d'achoppement entre l'Italie et le futur royaume de Yougoslavie.
    Les grandes puissances refusent de prendre partie et veulent en faire une « ville libre », Gabriele D'Annunzio va la libérer. À la tête d'une poignée de conjurés, de vétérans et de troupes de choc il s'empare de Fiume le 12 septembre 1919. Pas un coup de feu n'a été tiré ni une goutte de sang n'a été versée.
    C'est le début d'une épopée politique et artistique qui va durer quinze mois. La liste de ceux qui accourent pour y participer ne cesse de s'allonger : futuristes, anarchistes, syndicalistes révolutionnaires, artistes, aventuriers en tout genre. On y parle libération des peuples opprimés et on y vit la libération sexuelle, on pratique le végétarisme et le naturisme en consommant des narcotiques... Le laboratoire du XXe siècle avec ses passions et ses utopies.
    Sexe, Drogues et Fox Trot.
    Les années folles commencent à Fiume.
    Olivier Tosseri est journaliste à Rome. Il est correspondant du quotidien Les Échos, du Journal des Arts et collabore avec Radio France. Il est l'auteur - avec Arnaud Gonzague - d'un roman noir Le Bal des hommes (Robert Laffont, 2014).

  • En France, la révolution russe est devenue un repoussoir, le moment fondateur d'un totalitarisme aussi terrifiant que le nazisme. Elle n'est plus envisagée que sous l'angle de ses victimes, aussi bien dans le discours public que dans les manuels scolaires. Éric Aunoble retrace la réception de l'événement en France depuis 1917 - comment L'Humanité, aux mains des socialistes d'Union sacrée, vilipende la révolution bolchevique ; comment le Parti communiste, créé dans la foulée d'Octobre, impose une lecture de plus en plus stalinienne, se mariant après la Seconde Guerre mondiale avec le discours déterministe de l'Université. Ainsi sont étouffées les voix dissidentes, celles des premiers communistes français, familiers de Lénine et Trotsky. L'usage politique de 1917 se dessèche et Mai 68 ne voit réémerger que des clichés du bolchevisme (qui témoignent toutefois de l'importance de l'événement dans la culture populaire). Au long d'un siècle, la révolution russe a été lue en fonction du contexte politique français. Ainsi s'explique le retournement qui s'est joué, de l'engouement au dénigrement et à l'effacement d'aujourd'hui, quand triomphe le conservatisme et son rejet de toute « culture révolutionnaire ».

  • Qui n'a jamais lu, sur une plaque de rue ou au fronton d'une école, le nom de « Marcel Paul » ? Partout en France, édiles et élues ont depuis longtemps marqué l'espace public de ce patronyme. Pourtant, que sait-on aujourd'hui de l'homme que fut Marcel Paul et de sa vie ?
    Né en 1900 à Paris, placé dès son plus jeune âge à l'Assistance publique, Marcel Paul devient pupille de la Nation après le premier conflit mondial. Ouvrier électricien, il adhère à la CGTU et au Parti communiste où il milite durant l'entre-deux-guerres, s'imposant comme un militant de premier plan.
    Durant la Seconde Guerre mondiale, son engagement dans la Résistance lui vaut l'internement puis la déportation. Matricule 53057 à Buchenwald, Marcel Paul participe activement à la mise sur pied d'un réseau d'entraide parmi les prisonniers. À la Libération, cet ancien ouvrier et militant CGT des industries électriques et gazières intègre le gouvernement du général de Gaulle comme ministre de la Production industrielle. C'est alors qu'il mène le combat de sa vie, obtenant la nationalisation de l'énergie et créant ainsi EDF-GDF.
    En retraçant l'itinéraire méconnu de celui qui a rendu possible l'un des fleurons de l'industrie française, les auteurs donnent tout son sens à l'action de Marcel Paul, à l'heure où les privatisations vont croissantes.

  • Trotski

    Robert Service

    La biographie de référence de Léon Trotski (1879-1940), élu " meilleur livre d'histoire 2011 " par le magazine Lire.Révolutionnaire, chef de guerre, mais aussi écrivain brillant, amoureux des femmes, juif en conflit avec ses racines, icône puis bouc émissaire et victime traquée, Léon Trotski a vécu l'une des vies les plus extraordinaires qui soient. Fondateur de l'Armée rouge, opposant à son rival Staline qui le pourchasse, à partir de 1929, en Turquie, en France puis au Mexique, sa vie s'achève dans un apogée de violence, à l'image de son existence tourmentée. Théoricien " pur " d'apparence, célébré de son vivant et jusqu'aux années 2000 comme un archange de la " bonne " révolution, cet homme aussi monstrueux que génial fut habité par l'obsession du pouvoir, sans jamais parvenir à le conserver.

  • Marx

    Léon Trotsky

    Dans la vie d'un lecteur, certains auteurs occupent une place à part : lectures inaugurales, compagnons de tous les jours ou sources auxquelles on revient. La collection « Les Auteurs de ma vie » invite de grands écrivains d'aujourd'hui à partager leur admiration pour un auteur classique. Elle reprend le principe des « Pages immortelles », publiées dans les années trente et quarante chez Corrêa/Buchet Chastel : chaque volume se compose d'une présentation de l'auteur choisi ainsi que d'une anthologie personnelle. Ces rencontres extraordinaires, ici partagées, sont pour le lecteur de belles occasions de relectures ou de découvertes.
    1939. Leon Trotsky vient de fonder la Quatrième Internationale, mais le fascisme triomphe et il sera bientôt minuit dans le siècle. Réfugié au Mexique où il sera assassiné par les agents de Staline l'année suivante, Trotsky livre avec cet essai sur l'actualité de la pensée de Marx l'un de ses derniers textes.


  • Dans le numéro de mars 1973 de Rosso, le journal du groupe Gramsci de Milan, les ouvriers des ateliers Mirafiori (Fiat) à Turin racontent que "tout commence le jour où ils font une assemblée sans les bonzes du syndicat". Les défilés dans les usines vont bientôt se faire avec de jeunes ouvriers à leur tête, le visage masqué par un foulard rouge, qui punissent les chefs, les gardiens, les jaunes et les indics, cassent les machines, sabotent les produits finis.

    C'est le début d'une période où le langage, les comportements politiques, les formes de vie même sont bouleversés par le mouvement autonome, du nord au sud de l'Italie. L'Autonomie, écrit Tari, n'est pas le nom d'une organisation : il désigne un communisme "impur, qui réunit Marx et l'antipsychiatrie, la Commune de Paris et la contre-culture américaine, le dadaïsme et l'insurrectionnalisme, l'opéraïsme et le féminisme". Et il faudrait toujours se référer aux autonomies, celles des ouvriers, des étudiants, des femmes, des homosexuels, des prisonniers, des enfants, "de quiconque aurait choisi la voie de la lutte contre le travail et contre l'Etat, de la sécession avec le fantasme de la société civile et de la subversion de la vie ensemble avec d'autres".
    Si le mouvement finit par succomber sous les forces conjuguées de la machine étatique et du Parti communiste, son histoire est celle d'une aventure révolutionnaire dont l'incandescence est plus que jamais actuelle.
    Marcello Tari est chercheur indépendant, spécialisé dans l'histoire de l'Italie des années 1970. Il a récemment publié Movimenti dell'Ingorvernabile. Dai controvertici alle lotte metropolitane (2007) et a contribué à Gli autonomi. Le teorie, le lotte, la storia (2007).

  • De 1936 à 1944, Friedrich Reck-Malleczewen a couché dans son journal la haine que lui inspiraient les nazis et la honte ressentie devant ce qu'ils faisaient de l'Allemagne et des Allemands.Fervent nationaliste, conservateur convaincu, nostalgique de la monarchie, Reck-Malleczewen s'est insurgé par amour de l'Allemagne contre Hitler, ce « raté » rencontré à plusieurs reprises. Son témoignage aussi précis qu'implacable est porté par une écriture sans pareille où la colère le dispute à la révolte.Véritable réquisitoire contre le IIIe Reich, document majeur oublié depuis des décennies, La Haine et la honte se révèle ainsi d'une lucidité et d'une prescience troublantes.Une lecture indispensable pour comprendre le nazisme et ceux qui lui ont cédé.

  • Poursuivant le travail d'édition des manuscrits inédits de Louis Althusser, entamé avec succès par Initiation à la philosophie pour les non-philosophes et Être marxiste en philosophie, tous deux traduits dans plus de dix langues, les Presses universitaires de France publient Les Vaches noires, une auto-interview polémique rédigée en 1976, dans laquelle le philosophe revient sur sa relation chahutée avec le Parti communiste français, dont il fut longtemps un pilier intellectuel, quoique contesté. Mêlant considérations théoriques, polémiques politiques, observations de coulisses et confessions personnelles, cette réflexion sur les suites à donner au 22e congrès du Parti communiste français est l'un des textes les plus singuliers d'Althusser - et aussi, à de très nombreux égards, un de ceux dans lesquels il se met le plus à nu. À la fois critique sévère du Parti et défense inconditionnelle des idéaux qui y président, c'est surtout un texte qui dresse un programme d'une actualité surprenante quant à l'organisation de la lutte révolutionnaire au moment de son reflux. Tout ensemble document historique, politique, philosophique et biographique, Les Vaches noires mettent en pièces l'image, encore tenace, d'un Althusser dogmatique, pour restituer toute la souplesse, la complexité et l'inquiétude de sa pensée - celle d'un marxiste pour temps de crise, à l'instar du nôtre.

  • L'auteur de ce Journal, sans doute « le seul à avoir été tenu en Russie durant ces années mémorables (1920-1922) », n'est ni un réactionnaire, ni un conservateur, ni un libéral, mais un révolutionnaire communiste anarchiste, un enthousiaste de la Révolution. Comme il l'écrit, Octobre 1917 a été pour lui le plus grand événement de sa vie, le moment inouï où toutes ses aspirations à l'émancipation humaine étaient soudain susceptibles de s'accomplir, d'être enfin satisfaites. D'où la question : comment, par quelles voies un enthousiaste de la révolution de 1917 a-t-il pu écrire un livre qui a pour titre : Le Mythe bolchevik, et pour visée une démystification informée et impitoyable de cet événement qui a constitué jusqu'en 1989 un des piliers de notre monde, de notre horizon historique ?
    C'est qu'en dépit de son enthousiasme pour Octobre, Alexandre Berkman n'accepta pas davantage une soumission sans réserve au bolchevisme. Il choisit le rôle de collaborateur et d'observateur critique qui, au fil des mois et des événements, se transforma peu à peu en une position plus en retrait, celle d'un guetteur averti, inquiet, soucieux de percevoir le ou les moments où l'événement révolutionnaire s'exposait à basculer soudain en son contraire, quand une forme d'opposition à la révolution naît de l'intérieur de la Révolution (Karl Korsch).
    Historiquement, la particularité du bolchevisme est d'être contemporain de la forme institutionnelle inédite qui le nie, à savoir les Soviets contre l'État qui prétend à tort s'identifier à la Révolution. Le Journal de Berkman fait apparaître le sans-précédent du bolchevisme : comment la contrerévolution s'exerce contre une inventivité révolutionnaire nouvelle, les conseils d'ouvriers et de paysans, et à Cronstadt, en 1921, le Comité révolutionnaire de marins et de soldats, écrasé au moment même où l'on célébrait l'anniversaire de la Commune de Paris.
    Voilà pourquoi le livre que vous tenez entre les mains est exceptionnel. Il porte, au-delà d'Octobre, une autre vision de l'histoire du vingtième siècle et, du même coup, une autre appréhension du présent.

  • Jérôme Bertin, un père de famille sexagénaire, est abattu un soir devant chez lui près de Strasbourg.

    Quelques jours auparavant deux ex-membres comme lui d'un groupe de sympathisants communistes, ont également été assassinés.
    Un séjour de l'autre côté du rideau de fer, durant la guerre froide, semble avoir durablement perturbés ces militants d'un autre âge. Qu'ont-ils vu ? qu'ont-ils fait ? à quoi ont-ils assisté lors de ces années de plomb ?
    C'est en Lituanie que l'inspecteur Marie Sevran et une jeune criminologue espèrent trouver quelques réponses. Leur voyage les plonge dans un passé sulfureux et fait ressurgir un certain Markus sanguinaire patron de la police secrète...
    Le capitaine Marie Sevran nous entraîne avec ses acolytes dans une enquête chargée d'histoire, de non-dits et de renoncement. Communisme, rideau de fer, police secrète, argent, amitié, amours et meurtres sont les maître-mots de cette originale et historique descente aux enfers.

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