La Louve

  • De victoires en défaites, trois années durant, de 1798 à 1801, le capitaine Thurman, officier du génie à l'armée d'Orient, fut de tous les combats, dans les sables du désert, sur les rives du Nil, dans les fortins des côtes du Delta, « entre l'Arabe, l'Anglais et la peste », d'Alexandrie aux Pyramides, au Caire, à Gizeh, Aboukir...
    Ces Chroniques portent un regard rare sur un métier que les guerres de la Révolution et de l'Empire ont porté au sommet de son art. Emploi obscur que celui de la poignée d'hommes chargés de creuser les sables brûlants des déserts, de dresser les cartes, de partir en éclaireurs vers les oasis propices aux embuscades et de ponter la multitude de canaux du delta du Nil que les cavaliers de Murat et les fantassins de Desaix avaient pour mission de conquérir. Mais sans eux, bien des victoires n'auraient pas été possibles. Dans ce style presque intime propre aux correspondances et dans cette belle langue du XIXe siècle, c'est toute la campagne d'Égypte que raconte Louis Thurman, entre fortifications, charges de cavalerie et tonnerre du canon. Par l'emploi qu'il occupait, c'est un visage peu connu de cette guerre qu'il montre ici avec précision et clarté.

  • Alger, Blida, Oran, Milan, Magenta, Solférino, le Maroc, Tanger, Gibraltar, Séville, la Martinique, Vera Cruz, Puebla, San Pablo del Monte : autant de pays, autant de lieux traversés parfois à la pointe du sabre. L'itinéraire de cet officier de cavalerie permet d'assister aux premières années de la colonisation de l'Algérie puis aux guerres incessantes qui émaillèrent l'histoire du Second Empire, jusqu'à l'intervention militaire au Mexique, déclenchée par Napoléon III. Né en 1824 dans une famille de tradition militaire, Saint-Cyrien, formé au sein de la prestigieuse École de cavalerie de Saumur, Hussard puis Chasseur d'Afrique, le commandant Aymard de Foucauld meurt en 1863 au Mexique, au combat de San Pablo del Monte, atteint par un coup de lance à la poitrine tandis qu'il charge à la tête d'un détachement du 1er régiment de Chasseurs d'Afrique.
    En s'appuyant notamment sur la correspondance inédite d'Aymard de Foucauld et sur les Journaux de marche des régiments, Emmanuel Dufour nous invite à relire, au bruit du canon, dans le grondement et la poussière des charges de cavalerie, toute l'histoire militaire d'une partie du XIXe siècle.

  • Frédéric Guillaume de Vaudoncourt fut l'un des généraux de Napoléon. Publiés en 1835, ses Mémoires d'un proscrit n'ont étonnamment jamais été réédités, bien qu'ils constituent un témoignage précieux, de grande valeur historique et littéraire. C'est donc chose faite.
    Dans ce premier volume, qui couvre les années 1812 à 1815, le général Frédéric Guillaume de Vaudoncourt retrace brillamment les dernières années de l'Empire : engagé volontaire dans les armées de la République, puis appartenant à l'élite militaire de Napoléon Ier, il s'avère fin connaisseur des hommes et des idées de son temps. Avec un véritable talent d'homme de lettres, il mêle dans son récit l'épopée impériale à sa propre histoire : le désastre de Russie (1812), le retour des Bourbons (1814) et l'aventure des Cent-Jours (1815) sont aussi des expériences personnelles, racontées avec sobriété. Rédigés peu après les faits, ces Mémoires livrent une autre vision des événements épiques qui ont bouleversé la France et l'Europe au début du XIXe siècle, et c'est donc un regard rare, dénué du voile de la nostalgie napoléonienne, qu'ils proposent aux lecteurs d'aujourd'hui.

  • Dans ce second volume des Mémoires d'un proscrit, couvrant les années 1816 à 1834, Frédéric Guillaume de Vaudoncourt, qui fut un général de la Grande Armée napoléonienne, raconte son expérience de révolutionnaire et d'ardent activiste de la liberté. Après sa condamnation à mort lors de la Terreur Blanche, il sillonne l'Europe à la recherche d'appuis pour renverser la dynastie des Bourbons, installée en France après Waterloo. Il entre en relation avec les exilés bonapartistes ou républicains qui partagent ses espérances. Alors que sur tout le continent des monarchies sont rétablies, et afin de mieux les combattre, le général rêve d'unir les patriotes européens dans une "Sainte-Alliance des peuples". Ainsi, quand les Espagnols, puis les Piémontais se soulèvent contre leur roi, le général se place aussitôt à leur côté. Aucun homme du temps n'a laissé pareil témoignage sur ces événements : il permet de mieux saisir l'intensité des luttes entre partisans de la liberté et partisans de la contre-révolution en France et en Europe. À la lecture de ce passionnant récit, une certaine image de la Restauration se modifie et on comprend que le vent de la Révolution de 1789 n'a jamais cessé de souffler.

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