La découverte

  • Aucun ouvrage n'avait jusqu'à présent réussi à restituer toute la profondeur et l'extension universelle des dynamiques indissociablement écologiques et anthropologiques qui se sont déployées au cours des dix millénaires ayant précédé notre ère, de l'émergence de l'agriculture à la formation des premiers centres urbains, puis des premiers États.
    C'est ce tour de force que réalise avec un brio extraordinaire
    Homo domesticus. Servi par une érudition étourdissante, une plume agile et un sens aigu de la formule, ce livre démonte implacablement le grand récit de la naissance de l'État antique comme étape cruciale de la " civilisation " humaine.
    Ce faisant, il nous offre une véritable écologie politique des formes primitives d'aménagement du territoire, de l'" auto-domestication " paradoxale de l'animal humain, des dynamiques démographiques et épidémiologiques de la sédentarisation et des logiques de la servitude et de la guerre dans le monde antique.
    Cette fresque omnivore et iconoclaste révolutionne nos connaissances sur l'évolution de l'humanité et sur ce que Rousseau appelait " l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes ".

  • Il est courant de déplorer le déclin de la souveraineté de l'État-nation, qui semble devoir être aujourd'hui supplantée par la puissance du capital mondial. Restaurer la verticalité de l'État et son autorité serait ainsi la seule voie pour contester le globalisme néolibéral. C'est contre cette illusion, encore trop répandue à gauche, que Pierre Dardot et Christian Laval ont entamé ce long parcours dans l'histoire complexe et singulière de l'État occidental moderne, depuis sa naissance à partir du modèle de l'Église médiévale jusqu'à son rôle actuel d'État-stratège dans la concurrence mondiale.
    Comprendre les aléas et les détours de cette construction, c'est mettre à nu les ressorts d'une domination sur la société et sur chacun de ses membres qui est fondamentalement de l'ordre de la croyance : les " mystères de l'État ", le culte de sa continuité qui oblige ses représentants par-delà leur succession, la sacralité dont ces derniers aiment à s'entourer dans l'exercice de leurs fonctions, autant d'éléments qui ont pu changer de forme, mais qui demeurent au principe de sa puissance. En retraçant cette généalogie, il s'agit pour les auteurs de montrer que l'on ne peut répondre aux défis de la mondialisation capitaliste et du changement climatique sans remettre en cause cet héritage. Car l'invocation de la souveraineté " nationale " est devenue l'alibi de l'inaction climatique et de la perpétration des écocides.
    Pour affronter ces enjeux globaux, il est indispensable de s'attaquer à un tel régime d'irresponsabilité politique qui dispense les gouvernants de rendre des comptes aux citoyens. C'est dire qu'il faut ouvrir la voie à un au-delà de la souveraineté étatique.

  • Dans la crise écologique que nous traversons, la dimension politique est à la fois un problème et une solution. Un problème : nos idées et nos institutions ne sont pas à la mesure des défis actuels. Une solution : ni la morale ni la technique ne nous sauveront seules, faute d'une transformation des façons d'agir en commun pour les affaires communes.
    Ce livre entend contribuer au renouvellement de la politique écologique, en montrant que nous ne partons pas de rien. Et c'est tant mieux : nous disposons d'un patrimoine théorique et pratique qui, depuis l'Antiquité, n'a cessé de chercher les voies d'un " bien commun " et d'un " pouvoir de tous ". Le républicanisme et le socialisme démocratiques, en particulier, ont exploré les moyens d'articuler les exigences de liberté, d'égalité et de solidarité. Il est urgent de les actualiser, tant il est clair que la question écologique est aussi une question sociale et démocratique, et que les inégalités sont un facteur décisif de blocage de toute mutation.
    Ces idéaux d'émancipation prennent une portée inédite, à l'heure où l'horizon de la responsabilité s'étend dans l'espace et dans le temps, et où l'on réapprend que le monde commun n'est pas constitué que d'humains. La cité écologique que défend l'auteur implique de refonder la vie démocratique et l'économie dans cette perspective élargie.

  • Depuis 1945, les États ont multiplié les organisations internationales (ONU, Banque mondiale, OMS, OMC, etc.). Aucun enjeu des relations internationales n'échappe désormais à la compétence de ces organisations.
    Comment interpréter leur prolifération avec le temps ? Comment s'adaptent-elles aux changements du système international ? Quelles fonctions exercent-elles ? De quel pouvoir disposent-elles face aux États ? Comment se construit leur légitimité ? Quelle est leur contribution aux grands enjeux des relations internationales (paix et sécurité, droits humains, globalisation, environnement) ?
    Alors que le multilatéralisme est aujourd'hui mis à l'épreuve par le " retour " de l'État souverain et les rivalités entre grandes puissances, ce livre donne les clefs d'une mise en perspective historique, sociologique et théorique de la centralité des organisations internationales dans le monde globalisé.

  • Cette introduction aux philosophies de la politique analyse les réponses aux grandes questions qui sont posées aux corps politiques, et qui sont abordées l'une après l'autre dans chacun des chapitres : Quelle unité de la cité ? Quelle place pour le religieux ? Faut-il fonder l'État sur une nature humaine ? Comment lier politique et histoire ? Tout est-il politique ?
    Les réponses mettent l'accent sur les clivages, les tensions entre les philosophies. Bien qu'elles soient apparues à des époques et dans des contextes différents, elles continuent à éclairer les interrogations majeures du monde contemporain.

  • En 1976, la première édition de ce livre dans la " Petite collection Maspero " fit grand bruit. Il faut dire que le géographe Yves Lacoste y proposait une analyse iconoclaste : il fustigeait la " géographie des professeurs ", apparue au xixe siècle et progressivement devenue un discours idéologique masquant l'importance politique de toute réflexion sur l'espace - tandis que sa variante scolaire a longtemps été vue comme l'un des enseignements les plus rébarbatifs. Mais, surtout, il montrait qu'existait aussi une autre géographie, plus ancienne et toujours actuelle, la " géographie des états-majors ", ensemble de connaissances rapportées à l'espace et constituant un savoir stratégique utilisé par les dirigeants.À rebours de ces deux conceptions, Lacoste affirmait que les questions soulevées par la géographie concernent en réalité tous les citoyens : des questions multiformes, à la croisée de nombreuses disciplines. La pertinence de ce livre devenu culte reste entière, à une époque où la géopolitique défendue par Yves Lacoste est entrée dans les moeurs et où l'analyse des conflits régionaux et internationaux, toujours complexe, s'est imposée dans le débat public.

  • Journaliste et militant, Antonio Gramsci arrive à la tête du Parti communiste d'Italie dans les années 1920. Arrêté en 1926 et condamné à vingt ans de détention par le régime fasciste, il meurt en 1937 en laissant à la postérité ses
    Cahiers de prison, plus de 2 000 pages de réflexions aussi audacieuses que profondes sur l'histoire, la culture, la politique et la révolution.
    Cet ouvrage retrace la trajectoire biographique de Gramsci, avant d'aborder sa conception de la vie culturelle et des intellectuels, puis sa pensée du politique, avec les notions clés de société civile, de guerre de mouvement/position, de révolution passive, de transformisme et de césarisme. Des éléments de philosophie gramscienne sont présentés, dont l'affirmation selon laquelle " tout homme est un philosophe " et la reconstruction du marxisme en philosophie de la praxis. Ainsi sont posés les jalons essentiels qui conduisent l'idée-force d'hégémonie, qui contient et approfondit les autres apports majeurs de Gramsci.

  • La crise écologique actuelle prend ses racines dans une histoire faite de possibles, parfois aboutis, d'échecs et de renoncements. Près de deux siècles de politiques environnementales que Serge Audier synthétise ici à la lumière des entraves et des infléchissements qui les ont forgées, les empêchant encore aujourd'hui de répondre efficacement à l'urgence toujours plus criante.
    Depuis la fin du XXe siècle, des signaux d'alarme écologiques ne cessent de retentir : réchauffement climatique toujours plus incontrôlable, destruction exponentielle et dramatique de la biodiversité, déforestations accélérées, pollutions diverses, " plastification " des mers, etc. Pourtant, les défenseurs de la cause écologique peinent à véritablement convaincre l'ensemble de la société ainsi que les décideurs économiques et politiques de la nécessité d'un changement urgent de modèle. Pourquoi les forces politiques, de droite mais aussi de gauche, n'ont-elles pas su ou voulu prendre en charge le défi écologique ?
    C'est à cette question que s'intéresse ce livre de Serge Audier, qui offre une ample fresque inédite sur les racines philosophiques, idéologiques et politiques de la crise actuelle. Au croisement de l'histoire et de la philosophie, cette généalogie intellectuelle examine les logiques doctrinales et politiques qui, depuis près de deux siècles, ont présidé aux prises de position et aux programmes en matière environnementale, à leurs réussites comme à leurs nombreux échecs. L'auteur montre notamment pourquoi, dans de nombreuses régions du monde, la logique socio-économique, politique et culturelle dominante est allée dans le sens d'un modèle productiviste qui a provoqué une destruction accélérée et sans précédent du milieu naturel.
    Parallèlement, il soulève la question des " possibles " non aboutis ou non réalisés, et invite à (re)découvrir des voies alternatives - entre anarchisme et socialisme - qui ont cherché à articuler critique sociale et critique écologique du capitalisme, dans l'horizon d'une " cité écologique " à venir.

  • Ce livre original, écrit par un sociologue et une philosophe, analyse le sens politique de la désobéissance, en l'articulant à une analyse approfondie des actes de désobéissance civile qui prolifèrent dans la France d'aujourd'hui
    Les raisons de se révolter ne manquent pas. Mais en démocratie, s'engager dans un combat contre l'injustice, l'inégalité ou la domination est un geste qui doit s'exprimer sous une forme d'action politique acceptable. Parmi ces formes se trouve la désobéissance civile : elle consiste, pour le citoyen, à refuser, de façon non-violente, collective et publique, de remplir une obligation légale ou réglementaire parce qu'il la juge indigne ou illégitime, et parce qu'il ne s'y reconnaît pas. Cette forme d'action est souvent considérée avec méfiance : pour certains, elle ne serait que la réaction d'une conscience froissée, puisqu'elle n'est pas articulée à un projet de changement politique ; pour d'autres, elle mettrait la démocratie en danger en rendant légitime un type d'action dont l'objet pourrait être d'en finir avec l'État de droit. Ce livre original, écrit par un sociologue et une philosophe, analyse le sens politique de la désobéissance, en l'articulant à une analyse approfondie des actes de désobéissance civile qui prolifèrent dans la France d'aujourd'hui - à l'école, à l'hôpital, à l'université, dans des entreprises, etc. Il montre comment ces actes s'ancrent avant tout dans un refus de la logique du résultat et de la performance qui s'impose aujourd'hui comme un mode de gouvernement. À la dépossession qui le menace - de son métier, de sa langue, de sa voix -, le citoyen ne peut alors répondre que par la désobéissance, dont le sens politique doit être pensé.

  • Comment penser un au-delà de la propriété, notamment dans sa forme collective ? S'appuyant sur l'étude des mouvements collectivistes les plus notables, cet essai ambitieux se concentre sur les innovations sociales propres à accélérer la disparition de la propriété productive, par exemple au profit de communs articulés entre eux.
    À partir d'une enquête sur le mouvement coopératif, les diverses approches de la propriété collective au XIXe siècle, l'étatisation soviétique, la socialisation espagnole de 1936 et la tentative de correction autogestionnaire des communistes yougoslaves, ce livre propose de penser un au-delà à la propriété productive, qu'elle soit privée/capitaliste ou collective. Il montre que, jusqu'ici, deux grandes formes de propriété collective ont été expérimentées : la coopérative et l'étatisation des moyens de production. Dans la première, le capital, même second, tend à reprendre le dessus en cas de succès de l'entreprise. Dans la seconde, elle induit une concentration du pouvoir excluant ceux au nom de qui elle a été réalisée. Ces échecs sont inhérents à la notion même de propriété : excluante et centralisatrice par nature. Même collective, une propriété reste un instrument d'oppression.
    Le XXe siècle a été porteur d'innovations qui permettent d'envisager la disparition de la notion de propriété productive : les cotisations sociales, car elles contestent le régime de la propriété par l'imposition de règles de distribution des revenus, et le financement des actifs des entreprises par endettement, car il ouvre la voie à la disparition des fonds propres. Le prolongement de ces innovations permet de relativiser la notion même de propriété et d'envisager que travailleurs et usagers d'une unité de production puissent avoir sur elle un droit de codirection. L'unité productive devient ainsi un commun à côté d'autres communs assurant des tâches de financement des actifs, de mutualisation des investissements, de redistribution et de péréquation des revenus. C'est l'articulation de ces différents communs qui permet d'envisager la disparition totale de la propriété productive.

  • En suivant l'idée que le monde est autre chose qu'un simple agglomérat de nations, l'histoire de la mondialisation prend une autre tournure. Empruntant aussi bien à Braudel qu'à Mauss, François Fourquet livre ici un essai original qui invite à penser cet instant de la mondialisation dans la longue durée.
    Depuis les années 1980, le phénomène de la mondialisation a été tellement commenté qu'il semble impossible qu'une vision nouvelle puisse se faire jour. C'est pourtant ce défi que François Fourquet a brillamment relevé dans cet ouvrage posthume, présentant les outils d'analyse des étapes de l'unification du monde. Empruntant aussi bien aux économistes et aux philosophes qu'aux historiens ou aux psychanalystes, il y révèle une pensée originale permettant de remettre en perspective le moment actuel de la mondialisation par rapport à l'évolution du monde sur la longue durée.
    À la suite des thèses de Fernand Braudel sur l'économie monde, François Fourquet analyse l'évolution de l'" écomonde ". Il se démarque ainsi radicalement des économistes qui voient le monde comme une agrégation de nations : s'inspirant de Marcel Mauss, il le considère comme un phénomène social total, dont les nations ne sont que des parties, échouant souvent à maîtriser des flux qui les traversent. Fourquet montre enfin que si les hommes " accumulent la richesse et la puissance pour eux-mêmes ou pour leur nation, c'est le monde qui s'enrichit et devient puissant, dense, unifié et mondialisé.
    L'humanité semble poursuivre un but commun à travers ses divisions et ses guerres : son unification, la mondialisation du monde ". D'où sa conclusion optimiste sur l'unification du monde, avec le triomphe possible de la " religion de la démocratie et des droits de l'homme ". Outre la préface de Christian Chavagneux, qui montre l'importance de la " méthode Fourquet ", cet essai est utilement complété par un article de l'auteur, " Le rapport international est toujours dominant ", adressé à l'économiste Robert Boyer, et par la réponse de celui-ci : un échange illustrant superbement la passion du dialogue avec ses pairs qui animait François Fourquet.

  • Ce vaste ouvrage se propose de donner des instruments factuels et conceptuels pour comprendre notre présent. Il peut être considéré comme l'autobiographie des générations actuelles, depuis les plus anciennes, qui ont vécu toute la séquence envisagée, jusqu'aux plus jeunes, qui vivent le présent, qui hérite aussi des schèmes et des mémoires de leurs aînés. Un ouvrage de référence indispensable.
    Alain Garrigou retrace ici l'histoire politique récente de la France selon une vision globale de notre temps, saturé par les médias et pourtant souvent dominé par l'amnésie. Il se propose d'en donner des instruments factuels et conceptuels. Il a pour ambition de réaliser une autobiographie collective des générations d'aujourd'hui, des plus anciennes qui ont vécu toute la séquence envisagée (1940 à nos jours) jusqu'aux plus jeunes qui vivent dans le présent, avec les schèmes et souvenirs de leurs aînés. En ce sens, la réflexion s'attache à ce monde que nous habitons, mais qui tout aussi bien nous habite.
    L'ouvrage est organisé selon un ordre chronologique nécessaire à des étudiants et à tous les lecteurs soucieux de situer les noms et les faits qui ont marqué l'histoire du pays depuis trois quarts de siècle, une histoire riche, mouvementée, scandée par une succession de " crises ". Toutefois, le récit rompt avec les façons classiques et commodes de découper le temps politique, mêmes justifiées comme 1945, 1958 ou 1981, afin de mieux mettre en perspective les enchaînements et les causes.

  • Des sciences humaines à la vie interne des partis politiques, des avant-gardes artistiques au monde colonial francophone, de l'extrême-gauche à la droite aronienne, un regard singulier qui permet de comprendre les multiples usages et déformations d'une oeuvre qui reste parmi les plus importantes de l'époque contemporaine.
    En octobre 2017, une enquête montrait qu'un jeune Français sur deux rejetait l'idée selon laquelle " le mot communisme fait ancien, dépassé ". Plus d'un quart des sondés exprimait une opinion positive sur la " pensée de Karl Marx ".
    Malgré la disparition de l'URSS, l'effondrement du Parti communiste, les séquelles laissées par le stalinisme et la doxa affirmant qu'" il n'y a pas d'alternative ", le spectre de Marx hante toujours l'imaginaire français. Nul hasard à cela : la vie intellectuelle comme l'histoire politique de la France ont été durablement marquées par les présences multiples de Marx.
    Deux siècles après la naissance de ce dernier, en 1818, cet ouvrage offre un éclairage historique et sociologique sur la façon dont la pensée de Marx a été reçue dans le contexte français, du XIXe siècle jusqu'à nos jours. Il propose non pas une nouvelle interprétation de Marx, mais un décryptage des formes complexes qu'y a prises son oeuvre.
    Analysant la place et l'influence de Marx dans le débat intellectuel, politique et artistique français, de l'extrême gauche à la droite aronienne, et jusque dans le monde colonial francophone, les contributeurs de cet ouvrage proposent un regard singulier qui permet de comprendre les usages - et mésusages - d'une oeuvre qui reste parmi les plus importantes de l'époque contemporaine.

  • " Cet essai passionnant, remarquablement écrit et foisonnant de références d'auteurs connus et moins connus, ouvre non seulement les portes des rêves qui ont nourri notre imaginaire collectif mais invite aussi à une prise de conscience lucide et citoyenne. " LE MONDE DIPLOMATIQUE
    " Le marché est en passe de réussir là où ont échoué les grands empires et les gran-des religions : fusionner l'ensemble des êtres humains dans une communauté globale " : ce leitmotiv a pendant près d'un quart de siècle nourri les discours des nouvelles élites de l'économie mondialisée. Sans le dire, elles ont habillé leur projet de totalité mercantile d'images puisées dans la longue tradition de l'imaginaire du rassemble-ment du genre humain qui a accompagné l'expansion du capitalisme occidental depuis le XVIe siècle. La crise contemporaine du modèle libre-échangiste d'ordonnancement de la planète repousse les bornes de l'horizon indépassable qu'il fixait à l'humanité et ravive la mémoire des utopies planétaires enfouies. De la " citoyenneté du monde " au gouvernement mondial, de la " République mercantile universelle " de Adam Smith aux multiples versions des " États-Unis du monde " et de l'" Association universelle ", Armand Mattelart analyse les espoirs et les illusions nourris par les rêves d'une unité du monde sous le signe d'une religion, d'un empire, d'un modèle économique ou du droit des peuples à s'émanciper. En mettant aussi au jour les ambiguïtés et les faux-semblants dont ils sont souvent porteurs - y compris dans leurs avatars communicationnels les plus contemporains -, l'auteur propose un tableau sans équivalent de l'imaginaire de notre modernité.

  • Le politique garantit l'ordre social en assurant son possible renouvellement. Cet ouvrage a pour intention d'affirmer la place incontournable du politique contre les visions désenchantées des politiques publiques.
    Les politiques publiques sont au centre de la vie démocratique. Mais que nous apprennent-elles sur son fonctionnement ? Pour le savoir, il faut comprendre comment la fonction essentielle du politique - intégrer des intérêts sociaux contradictoires - opère dans la production même des politiques publiques. Cet ouvrage présente donc les éléments d'analyse permettant de les saisir pour ce qu'elles sont, à savoir une pragmatique de la démocratie. Cette présentation générale s'écarte volontairement de l'approche managériale visant à décrire les produits des politiques publiques (élaboration de règles juridiques ou administratives, allocations de moyens, décisions de programmes d'équipement, etc.). Les auteurs montrent en quoi les politiques publiques constituent l'outil privilégié du politique pour défendre la société contre ses courants centrifuges. En montrant pourquoi et comment elles organisent sans cesse les intérêts sociaux, ils expliquent à partir d'un grand nombre d'illustrations de quelles façons le politique garantit l'ordre social en assurant son possible renouvellement. Destiné aussi bien aux étudiants en sciences politiques qu'aux acteurs publics, cet ouvrage a pour intention d'affirmer la place incontournable du politique contre les visions désenchantées des politiques publiques. Cette prise de position réunit certains des meilleurs spécialistes français et internationaux de ces questions.

  • Ce volume propose d'entrer dans le " Meccano " des politiques régionales, qui ont profondément évolué depuis trente ans, et d'en dresser une sociologie, en décryptant leurs modes de construction collective et leurs domaines de compétences.
    Trente ans après la décentralisation du début des années 1980 et alors qu'est mise en oeuvre une nouvelle réforme territoriale, où en sont les politiques régionales en France ? Si les régions ont su se constituer au fil du temps de véritables capacités d'action, leur avenir apparaît aujourd'hui entouré d'incertitudes, que celles-ci concernent leurs ressources financières, l'étendue de leurs compétences, leurs rapports avec les autres collectivités locales ou avec leur propre espace. S'appuyant sur des enquêtes de terrain approfondies, cet ouvrage propose d'entrer dans le Meccano des politiques régionales et d'en dresser une sociologie, en décryptant leurs modes de fabrication collective et leurs évolutions. Cette sociologie se veut particulièrement attentive à la manière dont ces politiques, où les conseils régionaux ne jouent parfois qu'un rôle mineur, sont formatées par des régulations sectorielles impulsées au niveau national et/ou européen et sont gérées de manière parfois extrêmement différenciée selon les domaines. Elle prend également au sérieux l'influence de la compétition électorale et de la vie politique locale sur leur construction. Au final, loin du mythe désormais largement écorné d'une " Europe des régions ", ce volume explore à travers le prisme de l'action publique la réalité de la régionalisation à la française.

  • À la lumière d'une analyse critique de l'oeuvre des deux théoriciens, Yves Sintomer s'efforce d'éclairer les controverses actuelles sur la crise de l'État social et de l'État-nation, le multiculturalisme, la parité, le droit à l'avortement ou la désobéissance civile.

    Dans les sociétés modernes, rationalité et démocratie seraient-elles incompatibles ? C'est ce que soutient le grand théoricien de la modernité, Max Weber. Pour le fondateur de la sociologie allemande, le peuple ne peut que subir la domination des élites. Tout au plus les citoyens peuvent-ils désigner les individus d'exception qui seront des chefs véritables. L'approche élitiste de Weber constitue ainsi un formidable défi pour tous ceux qui sont attachés à la perspective démocratique. Dans ce livre ambitieux, Yves Sintomer entend montrer que la théorie de Jürgen Habermas peut constituer un point d'appui pour répondre à ce défi : les citoyens des sociétés modernes sont capables de produire un ordre démocratique stable à travers leurs discussions sur l'espace public. Habermas s'efforce de redonner toute sa place à l'idée d'une solidarité et d'une démocratie venues d'en bas, que l'argent ou le pouvoir bureaucratique ne sauraient remplacer sans provoquer une crise du lien social. Sa notion d'État de droit démocratique et social dépasse libéralisme et républicanisme et démontre que droits de l'homme et souveraineté populaire s'impliquent mutuellement. En mettant l'accent sur les procédures qui structurent la discussion publique, Habermas fait de la démocratie un idéal, partiellement incarné aujourd'hui, qui constitue la ligne d'horizon de la modernité. Habermas apporte-t-il une réponse convaincante au défi wébérien ? Son approche est-elle suffisamment réaliste, en particulier face à la question des inégalités sociales, politiques et culturelles ? À la lumière d'une analyse critique de l'oeuvre des deux théoriciens, Yves Sintomer s'efforce d'éclairer les controverses actuelles sur la crise de l'État social et de l'État-nation, le multiculturalisme, la parité, le droit à l'avortement ou la désobéissance civile.

  • En puisant à la fois dans les débats du passé et dans les événements du présent, l'auteur développe sa conception originale de la nation.
    L'État national, forme moderne d'organisation de l'humanité, est né des contradictions internes du droit naturel des XVIe-XVIIIe siècles. Le pacte conclu entre les individus, qui était constitutif de la société, n'avait de sens que dans l'ordre du droit civil ou privé, mais laissait un vide dans celui du droit public. Ce vide est occupé par l'État, qui est donnée de l'histoire, et non le résultat d'un pacte, fiction produite par la raison. Jusqu'au XVIIIe siècle, la nation ne désignait q'une réalité ethnique et culturelle ; par sa jonction avec l'État qu'elle légitime, elle entre dans l'ordre politique. Ainsi l'État monarchique d'ancien régime, dynastie et territorial, devient, avec la Révolution française, l'État national. La subversion de l'État dynastique et territorial, aboutissement de la critique menée par l'école moderne du droit naturel, consacrait le triomphe du principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ; l'entrée de la nation dans l'ordre politique relève quant à elle d'un tout autre principe : celui des nationalités. Aux contradictions héritées du droit moderne, la forme État national ajoute celles nées des relations conflictuelles entre ces deux principes. Cet essai, qui rassemble et confronte les apports de l'histoire du droit, de la philosophie politique et de l'histoire du droit, de la philosophie politique et de l'histoire des sociétés, analyse ce double conflit. En puisant à la fois dans les débats du passé et dans les événements du présent, l'auteur développe sa conception originale de la nation.

  • Les bouleversements qui affectent la société mondiale depuis la fin de la guerre froide défient souvent l'analyse. L'approche juridique est très rare, et c'est ce qui fait tout le prix de ce livre majeur, où l'auteur propose une vaste fresque de l'histoire contemporaine au regard du droit international, qui est aussi une histoire de cette discipline encore incertaine.
    Les bouleversements qui affectent la société mondiale depuis la fin de la guerre froide défient souvent l'analyse. Histoire, sciences politiques et géopolitique sont appelées à la rescousse pour éclairer cette sombre scène, sans toujours y parvenir. L'approche juridique est beaucoup plus rare, et c'est ce qui fait tout le prix de ce livre majeur, où l'auteur propose une vaste fresque de l'histoire contemporaine au regard du droit international, qui est aussi une histoire de cette discipline encore incertaine. Elle rappelle en effet que les relations entre les acteurs de la scène mondiale sont aujourd'hui sous-tendues par un droit dont les faiblesses et les impuissances sont souvent dénoncées, mais dont le renforcement est sans doute aucun le défi majeur de la période actuelle. Car c'est du droit que sortiront clarifiées les notions d'humanité et de souveraineté, placées au coeur des conflits modernes. Il importe donc, comme le fait ici Monique Chemillier-Gendreau, de s'interroger sur les racines historiques du droit international, forgé au départ avec l'expansion impériale des puissances occidentales, transformé ensuite par des résistances diverses, celles du camp socialiste et celles du tiers monde décolonisé. Cet éclairage lui permet de repenser les questions essentielles de cette fin de siècle : face à la mondialisation, la souveraineté des États a-t-elle encore un sens ? Quelles doivent être les rapports entre l'économique et le politique, les rôles du marché et de l'État ? Comment faire évoluer cette " société " internationale encore primitive, où les contrats (entre États ou entre firmes) ne connaissent l'armature d'aucune loi ? Quelles valeurs pourraient fonder cette nécessaire mutation ? Un ouvrage de référence, utile aussi bien aux étudiants en droit et en sciences politiques qu'à tous ceux qui souhaitent disposer d'un cadre d'analyse cohérent de l'actualité internationale.

  • Pour mieux comprendre le droit de la nationalité de chacun des pays de l'Union européenne et leur récente évolution, Patrick Weil et Randall Hansen ont fait appel aux meilleurs spécialistes de chaque pays.

    À travers toute l'Europe, les politiques de l'immigration sont devenues aussi des politiques de la nationalité. Inchangé depuis des décennies, fortement inspiré par des conceptions et des histoires nationales très différentes d'un pays à l'autre, le droit de la nationalité a récemment été révisé dans chacun des États-membres de l'Union européenne. Il a quitté le domaine du consensus pour devenir un sujet extrêmement politisé et une ligne de fracture politique majeure dans de nombreux pays. Si les traités de Maastricht et d'Amsterdam ont créé les fondements d'une citoyenneté européenne, ils ont laissé à chaque État la responsabilité du droit de la nationalité, comme si dans ce domaine, les modèles nationaux étaient trop différents, voire opposés. Or, en dépit de l'histoire, de l'extrême politisation de ses enjeux et de l'absence de volonté européenne en la matière, on peut constater la convergence des législations des pays de l'Union européenne. C'est la conséquence de la présence sur le sol de chacun d'eux d'une population d'étrangers résidents qu'ils se doivent aujourd'hui d'intégrer en faisant évoluer leur droit. Pour mieux comprendre le droit de la nationalité de chacun des pays de l'Union européenne et leur récente évolution, Patrick Weil et Randall Hansen ont fait appel aux meilleurs spécialistes de chaque pays. Soucieux d'étudier leur législation dans une perspective à la fois historique et sociologique, ils essaient d'éclairer ce droit complexe en pleine mutation qui porte en creux une interrogation fondamentale sur l'avenir des identités nationales en Europe.

  • Ancêtre de l'actuel Conseil économique et social, le Conseil national économique, créé en 1925 et supprimé en 1940, est une réponse spécifique aux débats sur le corporatisme et sur la place des syndicats face aux pouvoirs législatif et exécutif. Fondé sur le dépouillement d'archives considérables, ce livre propose une histoire à la fois politique, sociale et économique de la France des années 1920 et 1930.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2003.)
    Société civile contre État jacobin semble être un résumé de l'histoire de France depuis deux siècles. Mais l'opposition n'est pas si simple et l'État a toujours développé des institutions pour servir d'interface avec les syndicats et les associations. Pour comprendre la voie française d'une démocratie sociale, l'étude de l'entre-deux-guerres est un terrain privilégié. Ancêtre de l'actuel Conseil économique et social, le Conseil national économique, institution créée en 1925 et supprimée en 1940, est une réponse spécifique aux débats sur le corporatisme et sur la place des syndicats face aux pouvoirs législatif et exécutif. Lieu de confrontations entre ouvriers, patrons, agriculteurs, artisans et ingénieurs, le CNE a été aussi un espace d'expression des transformations de la haute administration française qui se constitue alors une expertise économique nouvelle. Pris dans les débats liés à la crise économique des années trente, l'action du CNE a été liée à la remise en cause du libéralisme et au développement de l'économie dirigée. Enfin, le Conseil tient un rôle majeur dans l'application des lois sociales du Front populaire, et en particulier celle sur la réduction du temps de travail (la semaine de 40 heures). Fondé sur le dépouillement d'une masse d'archives considérables, souvent inédites, ce livre aide à mieux comprendre les confrontations entre partenaires sociaux et État et tente de " prendre l'institution au sérieux ", en dressant ainsi une histoire à la fois politique, sociale et économique de la France des années 1920 et 1930. Dans le contexte actuel de refondation sociale, des débats sur la représentativité syndicale et des développements d'une société civile internationale, le recours à l'histoire d'une institution originale permet de mieux comprendre des enjeux pour demain.

  • Un panorama historique et prospectif qui permet de penser la situation présente, à bien des égards vertigineuse, à laquelle sont confrontées toutes les parties prenantes de l'humanitaire. Dans un contexte international où conflictualités et risques climatiques, catastrophes et nouvelles pandémies surviennent sur une planète de plus en plus interconnectée, urbanisée et peuplée, le besoin d'humanitaire ne devrait dès lors pas décroître à l'avenir. Trop de visions segmentées occultent la réalité composite de l'humanitaire, facteur déterminant pourtant de la survie, du soin, du rétablissement des droits, ainsi que de la dignité de dizaines de millions de personnes, et espace d'engagement de centaines de milliers d'autres. Pour mieux en saisir les enjeux, spécificités et dynamiques, il faut revisiter d'abord sa généalogie. Puis en montrer les émergences successives, les principes fondateurs, la pluralité des acteurs, la continuité des mutations.
    La démarche se veut en miroir, afin de comprendre le présent en le reliant à son épaisseur historique. Dans un contexte international où conflictualités inédites, catastrophes et pandémies surviennent sur une planète interconnectée, urbanisée et peuplée, le besoin d'humanitaire ne devrait pas décroître de sitôt. En même temps, y répondre se révèle plus complexe, entre difficultés d'accès, insécurité, durcissement des souverainetés et retour d'idéologies excluantes, tandis que transitions organisationnelles et technologiques sont en cours.

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