Littérature traduite

  • Aucun ouvrage n'avait jusqu'à présent réussi à restituer toute la profondeur et l'extension universelle des dynamiques indissociablement écologiques et anthropologiques qui se sont déployées au cours des dix millénaires ayant précédé notre ère, de l'émergence de l'agriculture à la formation des premiers centres urbains, puis des premiers États.
    C'est ce tour de force que réalise avec un brio extraordinaire
    Homo domesticus. Servi par une érudition étourdissante, une plume agile et un sens aigu de la formule, ce livre démonte implacablement le grand récit de la naissance de l'État antique comme étape cruciale de la " civilisation " humaine.
    Ce faisant, il nous offre une véritable écologie politique des formes primitives d'aménagement du territoire, de l'" auto-domestication " paradoxale de l'animal humain, des dynamiques démographiques et épidémiologiques de la sédentarisation et des logiques de la servitude et de la guerre dans le monde antique.
    Cette fresque omnivore et iconoclaste révolutionne nos connaissances sur l'évolution de l'humanité et sur ce que Rousseau appelait " l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes ".

  • Le 23 novembre 1932, quelques semaines avant l'accession de Hitler au pouvoir, le philosophe Carl Schmitt prononce un discours devant le patronat allemand. Sur fond de crise économique, son titre annonce le programme : " État fort et économie saine ".
    Mobilisant des " moyens de puissance inouïs ", le nouvel État fort, promet-il, ne tolérera plus l'" émergence en son sein de forces subversives ". Ce pouvoir autoritaire musèlera les revendications sociales et verticalisera la présidence en arguant d'un " état d'urgence économique ".
    Lorsqu'il lit ce texte de Schmitt, son adversaire de toujours, le juriste antifasciste Hermann Heller, ne saisit que trop bien de quoi il s'agit. Peu avant de prendre le chemin de l'exil (il mourra en Espagne l'année suivante), il laisse un court article qui compte parmi les plus clairvoyants de la période. Nous assistons là, analyse-t-il, à l'invention d'une nouvelle catégorie, un " libéralisme autoritaire ".
    Ce recueil rassemble ces deux textes majeurs de la pensée politique, encore inédits en français, assortis d'une présentation qui éclaire les rapports méconnus entre Schmitt et les pères fondateurs du néolibéralisme.

  • Après les attentats du 11 Septembre, l'administration Bush déclare une guerre totale au terrorisme, par tous les moyens. Au coeur du dispositif : la CIA qui s'arroge des pouvoirs encore inconnus, même au plus fort de la guerre froide. Dotée de moyens importants, s'estimant au-dessus des obligations légales et bénéficiant d'une tradition de secret, la CIA capture, séquestre et torture des suspects, au nom de la recherche d'informations. Toutes les dérogations à la loi commune sont permises : geôles secrètes dans des pays étrangers, tortures sophistiquées élaborées par des psychologues / consultants de la CIA, qui gagnent au passage des millions de dollars, etc.
    Au Sénat américain, la commission sur le renseignement décide en 2009 d'enquêter sur les méthodes de détention et d'interrogatoire de la CIA. Après des mois de lutte d'influence au sein de l'administration Obama pour déclassifier le rapport, les États-Unis annoncent sa publication le 9 décembre 2014. Il révèle que 119 détenus ont été capturés et séquestrés dans des sites dits " noirs " - la Thaïlande, l'Afghanistan, la Roumanie, la Pologne et la Lituanie - entre 2002 et 2008. La commission accuse l'agence d'avoir soumis 39 détenus à des techniques d'interrogatoire plus poussées, parfois non approuvées par l'exécutif. Au moins 26 hommes ont été détenus dans les centres de détention secrets alors qu'ils ne posaient pas de réelle menace. L'un d'entre eux est mort en détention. L'une de ces geôles secrètes est qualifiée de " donjon ".
    C'est ce rapport qui est présenté intégralement aux lecteurs français dans le livre. Il enferme le pire et le meilleur des USA : le pire ce sont la torture et les criminels de bureau, le meilleur les moyens d'enquêtes dévolus aux parlementaires et la publication du rapport. Aucun pays - et notamment la France hier en Algérie et aujourd'hui en Afrique - , ne peut se dire à l'abri de tels agissements de la part de services disposant de pouvoirs immenses et sans contrôle et menant des objectifs louables, mais potentiellement contraires aux valeurs démocratiques.

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