Sciences & Techniques

  • Si l'astronomie se pratique depuis la plus Haute Antiquité, l'astronome contemporain ne ressemble en rien à l'astronome de Babylone, ni à celui de la Chine médiévale, bien qu'ils partagent une même fascination pour le cosmos. Jadis mage ou prêtre, observant le ciel à l'œil nu, puis à la lunette, afin d'y lire les intentions des dieux ou d'établir les calendriers, l'astronome devient géographe et utilise les étoiles pour dessiner les cartes de navigation. Il prend ensuite goût aux voyages maritimes et se fait astronome aventurier : dans l'adversité des longues expéditions scientifiques affrétées par les États, il cherche à déterminer précisément la rotondité de la Terre ou observer des événements rares (éclipses, transits de planètes...). Enfin, laissant les pendules aux horlogers et les cartes aux géographes, l'astronomie se singularise et s'affirme en tant que science rationnelle. Parce qu'elle est une science d'observation, elle dépend de manière cruciale des technologies. Aussi, l'astronome perfectionne ses outils. De succès en succès, l'astronomie entre dans le cadre des recherches fondamentales et se fait astrophysique. Au XXe¿siècle, la discipline connaît une accélération telle que l'astronome des années 1960 a plus de points communs avec son homologue du XVIIIe¿siècle qu'avec celui d'aujourd'hui. Son œil a délaissé le télescope pour se river sur un écran d'ordinateur. Longtemps solitaire, il a dû apprendre à composer en équipe. S'il existe de très nombreuses histoires de l'astronomie, aucune d'entre elles ne s'intéresse à cette discipline en tant que pratique en proposant une vision incarnée du métier d'astronome. L'ouvrage de Laurent Vigroux vient utilement combler ce vide.

  • Une tradition bien ancrée en histoire des mathématiques présente le passage du XVIIIe au XIXe siècle comme une rupture radicale et globale, en liaison avec les bouleversements sociopolitiques induits par la Révolution française. Fruit du travail d'un groupe composé de nombreux historiens des sciences, cet ouvrage se propose de discuter cette présentation standard liée à la périodisation classique établissant vers 1800 l'entrée dans l'ère de la " modernité " mathématique. Dans cette perspective, les contributions rassemblées ici abordent le développement de diverses sciences mathématiques, pures ou appliquées, entre le milieu du XVIIIe siècle et celui du XIXe, à la fois en France, lieu scientifique essentiel pour la période considérée, et dans d'autres pays, en particulier l'Allemagne et la Grande-Bretagne. Elles considèrent tout aussi bien les contenus des textes scientifiques que leurs contextes institutionnels, sociaux, culturels ou politiques. Centrée sur l'analyse des continuités et des discontinuités sur le temps long de la période 1750-1850, cette étude met en évidence une complexité de dynamiques historiques et de temporalités bien éloignée de la dichotomie supposée entre les deux siècles.

  • Astres, villes, vivant, robots : quatre objets d'études apparemment profondément différents les uns des autres. Et pourtant, les analogies sont nombreuses. Tous ont un rapport très fort à la simplicité – la Nature, comme les hommes, choisit les procédés les plus simples possibles –, à la symétrie, à la cohérence. Tous sont soumis à l'entropie – le désordre les gagne –, tous ont une complexité qui s'accroît selon une évolution tout à la fois darwinienne – qui conduit, par sélection, à une meilleure adaptation – et en mosaïque – juxtaposition d'entités de même ordre de complexité qui, tout en conservant une autonomie certaine, sont intégrées dans des structures plus vastes, où le tout est supérieur à la partie. L'architecture des astres, des villes, des robots, est donc éminemment semblable à celle des systèmes les plus complexes qu'il nous soit donné d'appréhender : les organismes vivants. Dire que la complexité du vivant mime celle du monde matériel revient à constater que le cerveau, construit sur les mêmes bases que le reste de l'Univers, peut intégrer les lois du monde, et ainsi créer des villes ou de l'intelligence artificielle fondées sur ces mêmes lois. Un dialogue entre quatre disciplines en apparence étrangères les unes aux autres, riche d'enseignements et propre à susciter les questionnements et les débats.

  • Il y a cent ans, Jean Perrin, physicien et chimiste de génie, publiait son ouvrage majeur Les atomes. Il y exposait, dans un style rarement égalé associant rigueur scientifique et clarté didactique, les lois atomiques, la structure moléculaire, le mouvement brownien, les problèmes de la lumière et des quanta. Ce livre fit date en France comme à l'étranger car il était le premier à donner une valeur précise au nombre d'Avogadro et à apporter la confirmation de l'existence des atomes. Les atomes n'a rien perdu, aujourd'hui, de sa pertinence. Il mérite d'être lu dans sa version originale, rééditée ici à l'occasion du centenaire de sa parution et augmentée des contributions d'éminents scientifiques, parmi lesquels le président du CNRS Alain Fuchs et le mathématicien Cédric Villani. Tous ont souhaité rendre hommage à l'esprit visionnaire d'un savant qui fut récompensé par le Prix Nobel de physique en 1926, devint sous-secrétaire d'Etat à la recherche dans le gouvernement Léon Blum, créa le Palais de la Découverte en 1937 et le CNRS en 1939.

  • Ces trente dernières années, l'organisation et la pratique de la recherche ont subi de profondes transformations. Selon les périodes, l'attitude du gouvernement envers l'enseignement supérieur et la recherche a alterné entre mépris et priorité proclamée pour " accélérer la sortie de crise ". À l'heure où des budgets raréfiés sont de plus en plus ciblés sur une prétendue excellence, quelle politique faudrait-il mener pour répondre aux demandes légitimes du terrain et hisser le pays à la hauteur des exigences du XXIe siècle ? Echaudée par l'accident nucléaire de Fukushima comme par les affaires du " sang contaminé " ou du Mediator, l'opinion publique, quant à elle, n'est plus disposée à adopter toutes les technologies dérivées des avancées scientifiques. Comment se pourvoir alors de méthodologies et d'instances appropriées pour revisiter les rapports entre le monde des sciences et la société ? L'auteur avance des propositions concrètes de réformes qui permettront " de soutenir la recherche, d'encourager la coopération entre acteurs et d'impliquer les citoyens ".

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