Bibebook

  • Après le noir 813, Maurice Leblanc revint aux nouvelles plus légères, dans le style de celles de son premier recueil, Arsène Lupin gentleman cambrioleur. Elles ont paru dans Je sais tout à partir d'avril 1911. Les trois dernières nouvelles, lors de leur publication initiale, ne portaient pas le sur-titre Les Confidences d'Arsène Lupin. On y retrouve le Lupin des débuts, charmeur, à qui tout réussit, dans les situations perdues. Les Jeux du soleil, publication initiale in Je sais tout n° 75, 15 avril 1911, sous le titre Les Confidences d'Arsène Lupin : Les Jeux du soleil -- L'Anneau nuptial, publication initiale in Je sais tout n° 76, 15 mai 1911, sous le titre Les Confidences d'Arsène Lupin : L'Anneau nuptial -- Le Signe de l'ombre, publication initiale in Je sais tout n° 77, 15 juin 1911, sous le titre Les Confidences d'Arsène Lupin : Le Signe de l'ombre -- Le Piège infernal, publication initiale in Je sais tout n° 78, 15 juillet 1911, sous le titre Les Confidences d'Arsène Lupin : Le Piège infernal -- L'Écharpe de soie rouge, publication initiale in Je sais tout n° 79, 15 août 1911, sous le titre Les Confidences d'Arsène Lupin : L'Écharpe de soie rouge -- La Mort qui rôde, publication initiale in Je sais tout n° 80, 15 septembre 1911, sous le titre Les Confidences d'Arsène Lupin : La Mort qui rôde -- Le Mariage d'Arsène Lupin, publication initiale in Je sais tout n° 94, 15 novembre 1912 -- Le Fétu de paille, publication initiale in Je sais tout n° 96, 15 janvier 1913 -- Édith au cou de cygne, publication initiale in Je sais tout n° 97, 15 février 1913 -- Extrait : Sans en dire davantage, Lupin m'entraîna de nouveau, redescendit et, une fois dans la rue, tourna sur la droite, ce qui nous fit passer devant mon appartement. Quatre numéros plus loin, il s'arrêtait en face du 92, petite maison basse dont le rez-de-chaussée était occupé par un marchand de vins qui, justement, fumait sur le pas de sa porte, auprès du couloir d'entrée. Lupin s'informa si M. Dulâtre se trouvait chez lui. - M. Dulâtre est parti, répondit le marchand... voilà peut-être une demi-heure... Il semblait très agité, et il a pris une automobile, ce qui n'est pas son habitude.

  • Ubu roi

    Alfred Jarry

    Jarry entre en rhétorique au lycée de Rennes (actuel Lycée Émile-Zola de Rennes) en octobre 1888. Là, M. Hébert, professeur de physique, incarne aux yeux de ses élèves « tout le grotesque qui est au monde ». L'enseignant devient le héros d'une littérature scolaire abondante, dont un texte intitulé Les Polonais que Jarry, en classe de première, va mettre en forme de comédie : c'est la plus ancienne version d'Ubu roi. Extrait : Témoin monsieur notre noble et infortuné cheval à Phynances, qui, n'étant pas nourri depuis trois mois, a dû faire la campagne entière traîné par la bride à travers l'Ukraine. Aussi est-il mort à la tâche, la pauvre bête ! - Tout ceci sont des mensonges, votre femme est un modèle et vous quel monstre vous faites ! - Tout ceci sont des vérités. Ma femme est une coquine et vous quelle andouille vous faites !

  • Ce recueil de nouvelles ( ou lettres) d'Alphonse Daudet a été publié chez Hetzel en 1869 . Ces lettres ont été rédigées en partie avec Paul Arène entre 1866 et 1869 et publiées tout d'abord dans la presse ( Le Figaro, L'Evènement, Le Bien Public). L'édition originale ne comportait que 19 lettres. Celle de 1879, chez le même éditeur en comporte 24. Le premier charme de ce recueil est de restituer les odeurs de la Provence et d'y camper des personnages pittoresques : le curé gourmand, l'amoureux, le poète, le berger, le joueur de fifre, les voyageurs de la diligence... Dans ce recueil Daudet parvient aussi à allier tendresse et malice. Il se moque avec gentillesse des manies d'un pape avignonnais, des douaniers paresseux , d'un prêtre épicurien, ou d'une femme légère ... Les Lettres de mon Moulin est aujourd'hui l'oeuvre de Daudet la plus connue . Pourtant à la parution, elle passa quasiment inaperçue. C'est Daudet lui même qui raconte : « Le volume parut chez Hetzel en 1869 , se vendit péniblement à deux mille exemplaires, attendant comme les autres oeuvres à mes débuts , que la vogue des romans leur fit un regain de vente et de publicité . N'importe ! C'est encore là mon livre préféré , non pas au point de vue littéraire , mais parce qu'il me rappelle les plus belles heures de ma jeunesse, rires fous, ivresses sans remords , des visages et des aspects amis que je ne reverrai plus jamais ».

  • La Guerre des boutons, roman de ma douzième année (titre complet) est un roman français écrit par Louis Pergaud, écrivain franc-comtois, et publié en 1912. Il décrit la « guerre » que se livrent les bandes d'enfants de deux villages rivaux, Longeverne et Velrans, dans la campagne franc-comtoise de la fin du xixe siècle. L'auteur s'est inspiré de la vie dans le village de Landresse, dans le département du Doubs, où il a enseigné deux ans. Extrait : Les quatre guerriers et le chef se déchaussèrent et mirent leurs bas dans leurs chaussures ; puis ils s'assurèrent qu'ils n'avaient pas perdu leur morceau de craie et, l'un derrière l'autre, le chef en tête, la pupille dilatée, l'oreille tendue, le nez frémissant, ils s'engagèrent sur le sentier de la guerre pour gagner le plus directement possible l'église du village ennemi, but de leur entreprise nocturne. Attentifs au moindre bruit, s'aplatissant au fond des fossés, se collant aux murs ou se noyant dans l'obscurité des haies, ils se glissaient, ils s'avançaient comme des ombres, craignant seulement l'apparition insolite d'une lanterne portée par un indigène se rendant à la veillée ou la présence d'un voyageur attardé menant boire son carcan. Mais rien ne les ennuya que l'aboi du chien de Jean des Gués, un salopiot qui gueulait continuellement. Enfin ils parvinrent sur la place du moutier et ils s'avancèrent sous les cloches. Tout était désert et silencieux.

  • Le neveu de Rameau

    Denis Diderot

    Le Neveu de Rameau ou La Satire seconde est un dialogue écrit par Denis Diderot sans doute entre 1762 et 1773. Il s'agit d'une discussion à bâtons rompus entre Moi, le narrateur, philosophe, et Lui, Jean-François Rameau, neveu du célèbre compositeur Jean-Philippe Rameau. L'épigraphe du livre, « Vertumnis, quotquot sunt, natus iniquis » (« né sous l'influence maligne de tous les Vertumnes réunis ») est à rapprocher du sous-titre de satire seconde, du latin satura (mélange). Au décès de Diderot, un exemplaire manuscrit part en Russie et un ou deux autres restent en France, dans la famille du philosophe. Quinze ou vingt ans après, un Russe, qui a lu et apprécié le livre, le fait découvrir à Schiller, qui le présente à son tour à Goethe. Ce dernier, admiratif, traduit le texte en allemand et le publie en 1805. Il est traduit en français en 1821. En 1891, Georges Monval trouve par hasard, dans un lot de documents acheté chez un bouquiniste parisien, un autre exemplaire du Neveu, manuscrit et autographe de Diderot qui constitue depuis lors le texte de référence des éditions récentes. Extrait : C'est un philosophe dans son espèce. Il ne pense qu'à lui ; le reste de l'univers lui est comme d'un clou à soufflet. Sa fille et sa femme n'ont qu'à mourir, quand elles voudront ; pourvu que les cloches de la paroisse, qu'on sonnera pour elles, continuent de résonner la douzième et la dix-septième tout sera bien. Cela est heureux pour lui. Et c'est ce que je prise particulièrement dans les gens de génie. Ils ne sont bons qu'à une chose. Passé cela, rien. Ils ne savent ce que c'est d'être citoyens, pères, mères, frères, parents, amis. Entre nous, il faut leur ressembler de tout point ; mais ne pas désirer que la graine en soit commune. Il faut des hommes ; mais pour des hommes de génie ; point. Non, ma foi, il n'en faut point. Ce sont eux qui changent la face du globe ; et dans les plus petites choses, la sottise est si commune et si puissante qu'on ne la réforme pas sans charivari.

  • Arsène Lupin, jeune amant de Clarisse d'Étigues, sauve une certaine Joséphine Balsamo que le père et le cousin de Clarisse ont tenté de tuer sur ordre de leur maître chanteur, Beaumagnan. Beaumagnan et ses amis étaient des royalistes engagés. Joséphine Pellegrini-Balsamo était comtesse de Cagliostro, née à Palerme le 29 juillet 1788 d'une liaison de Joseph Balsamo et de Joséphine de la Pagerie. Âgée de quelque 106 ans mais en paraissant 30, elle serait une espionne, traîtresse, voleuse et meurtrière, qui aurait profité du secret de longue vie et de jeunesse de Cagliostro. Extrait : Le plan de Raoul, -- laissons dans l'ombre le nom d'Arsène Lupin puisque, à cette époque, ignorant sa destinée, lui-même le tenait en quelque mépris -- le plan de Raoul était fort simple. Parmi les arbres du verger, à gauche du château, et s'appuyant contre le mur d'enceinte dont elle formait jadis l'un des bastions, il y avait une tour tronquée, très basse, recouverte d'un toit et qui disparaissait sous des vagues de lierre. Or, Raoul ne doutait point que la réunion de quatre heures n'eût lieu dans la grande salle intérieure où le baron recevait ses fermiers. Et Raoul avait remarqué qu'une ouverture, ancienne fenêtre ou prise d'air, donnait sur la campagne. Escalade facile pour un garçon aussi adroit ! Sortant du château et rampant sous le lierre, il se hissa, grâce aux énormes racines, jusqu'à l'ouverture pratiquée dans l'épaisse muraille, et qui était assez profonde pour qu'il pût s'y étendre tout de son long. Ainsi, placé à cinq mètres du sol, la tête masquée par du feuillage, il ne pouvait être vu, et voyait toute la salle, grande pièce meublée d'une vingtaine de chaises, d'une table et d'un large banc d'église. Quarante minutes plus tard, le baron y pénétrait avec un de ses amis, Raoul ne s'était pas trompé dans ses prévisions.

  • Deux histoires parallèles: celle de l'auteur et de ses amis artistes (vie de bohème où les animaux occupent une part importante en tant que membres à part entière de la collectivité) et celle du Capitaine Pamphile (où tout est lié à l'argent, au profit, sans aucun sens moral et où les animaux occupent une place importante en tant que source de profit) Extrait : Notre chasseur se précipita sur le malheureux chien avec les imprécations les plus terribles, le saisit à la gorge et la lui serra avec tant de force, qu'il le força d'ouvrir la gueule, quelque envie qu'il eût de n'en rien faire. Le chasseur y plongea frénétiquement la main jusqu'au gosier, et en tira trois plumes de la queue de l'alouette. Quant au corps, il n'y fallait plus penser. Le propriétaire de l'alouette chercha dans sa poche un couteau pour éventrer Love, et rentrer par ce moyen en possession de son gibier ; mais, malheureusement pour lui, et heureusement pour Love, il avait prêté le sien, la veille au soir, à sa femme pour tailler d'avance les brochettes qui devaient enfiler ses perdrix, et sa femme avait oublié de le lui rendre. Forcé, en conséquence, de recourir à des moyens de punition moins violents, il donna à Love un coup de pied à enfoncer une porte cochère, mit soigneusement dans sa carnassière les trois plumes qu'il avait sauvées...

  • 813

    Maurice Leblanc

    Le ton de ce roman est assez différent des trois premiers : on a affaire à un Arsène Lupin complexe, inquiétant, dont l'objectif n'est ni plus ni moins que de dominer l'Europe. 813 contient aussi un nombre assez grand de morts très violentes, et un ennemi redoutable, invisible et particulièrement inquiétant. Extrait : - écoute, Kesselbach, je vais te faire une proposition. Si riche, si gros monsieur que tu sois, il n'y a pas entre toi et moi tant de différence. Le fils du chaudronnier d'Augsbourg et Arsène Lupin, prince des cambrioleurs, peuvent s'accorder sans honte ni pour l'un ni pour l'autre. Moi, je vole en appartement ; toi, tu voles en Bourse. Tout ça, c'est kif-kif. Donc, voilà, Kesselbach. Associons-nous pour cette affaire. J'ai besoin de toi puisque je l'ignore. Tu as besoin de moi parce que, tout seul, tu n'en sortiras pas. Barbareux est un niais. Moi, je suis Lupin. Ça colle ? Un silence. Lupin insista, d'une voix qui tremblait : - Réponds, Kesselbach, ça colle ? Si oui, en quarante-huit heures, je te le retrouve, ton Pierre Leduc. Car il s'agit bien de lui, hein ? C'est ça, l'affaire ? Mais réponds donc ! Qu'est-ce que c'est que cet individu ? Pourquoi le cherches-tu ? Que sais-tu de lui ? Je veux savoir.

  • Ce récit de forme autobiographique raconte les arrêts d'un jeune officier, contraint à rester dans sa chambre pendant quarante-deux jours. Il détourne le genre du récit de voyage, ce qui donne à ce roman une dimension clairement parodique, mais annonce aussi les bouleversements du romantisme, avec l'intérêt constant apporté au moi.

  • Belphégor

    Arthur Bernede

    Tandis que la rumeur de la présence d'un fantôme circule au musée du Louvres, un gardien du musée y est retrouvé mort. L'enquête est confiée à l'inspecteur Ménardier. Le jeune journaliste Jacques Bellegarde, pressentant une affaire complexe et retentissante, décide se lance à son tour dans l'enquête en marge de la police. Ce roman est le plus célèbre d'Arthur Bernède (1871-1937) qui en écrivit plus de 200, parus en feuilletons, mettant en scène des personnages comme Vidocq, Judex ou Mandrin. Mais surtout, Belphégor a été l'objet d'un feuilleton TV qui, par son retentissement à sa sortie en 1965, est passé dans l'histoire de la télévision française.

  • Vive la vie !

    Alphonse Allais

    Extrait : Bois-Lamothe ne s'y trompa pas une seconde. Il reconnut ses haricots blancs, ses noirs, ses bleus, ses rouges, ses violets. Il reconnut ses haricots jaune et violet, bleu et orange, rouge et vert. Le marquis se leva tout droit, battit l'air de ses grands bras secs et s'effondra en arrière sur une vieille pendule Louis XIII, qui n'avait sûrement pas marqué vingt minutes depuis Henri IV. Il était mort.

  • Raymond Roussel (1877-1933) avait un peu plus de trente ans et aspirait encore à la gloire littéraire lorsqu'il publia ces Impressions d'Afrique. En particulier le rôle des Nouvelles Impressions d'Afrique, méritent mieux leur nom qu'il n'y paraît. Ces longues énumérations de courts fragments occupant tout ou partie de un, deux ou trois vers ont au moins une fonction identifiable : elles contiennent des allusions aux oeuvres de Roussel, ou plus précisément à leur texte sous-jacent. De Raymond Roussel le grand public, qui ne l'a pas lu, ne connaît vaguement que la légende pittoresque : sa richesse immense (mais il meurt ruiné) ; ses manies étranges (tous les repas quotidiens pris en un seul, ses chemises portées une seule fois) ; ses caprices (la première roulotte automobile de grand luxe) ; ses dépenses énormes pour se faire imprimer ou pour faire jouer ses pièces ; sa dernière passion : les échecs, sa mort mystérieuse.

  • De quoi s'agit-il sinon d'arracher la langue aux imbéciles, aux redoutables et définitifs idiots de ce siècle, comme saint Jérôme réduisit au silence les Pélagiens de son temps ? Obtenir enfin le mutisme du Bourgeois, quel rêve ! L'entreprise, je le sais bien, doit paraître fort insensée. Cependant je ne désespère pas de la démontrer d'une exécution facile et même agréable. Le vrai Bourgeois, c'est-à-dire, dans un sens moderne et aussi général que possible, l'homme qui ne fait aucun usage de la faculté de penser et qui vit ou paraît vivre sans avoir sollicité, un seul jour, par le besoin de comprendre quoi que ce soit, est nécessairement borné dans son langage à un très petit nombre de formules. Le répertoire des locutions patrimoniales qui lui suffisent est extrêmement exigu et ne va guère au delà de quelques centaines. Ah ! si on était assez béni pour lui ravir cet humble trésor, un paradisiaque silence tomberait aussitôt sur notre globe consolé ! » ( Léon Bloy)

  • Un mort tout neuf

    Eugene Dabit

    Eugène Dabit est un écrivain français né le 21 septembre 1898 à Mers-les-Bains et mort le 21 août 1936 à Sébastopol. Extrait : Et il lui paraît que la vie la quitte, elle aussi. Une forme humaine chancelle, tombe dans les bras du médecin en gémissant. Paula s'approche de Lucienne Dieulet ; sur ce visage crispé, elle reconnaît sa propre douleur, elle tend les mains, comme à une amie. -- Mon frère, balbutie Lucienne, où est mon frère ?

  • Un beau condensé des idées de Monsieur Tout le Monde au XIXe. A lire...

  • à se tordre

    Alphonse Allais

    Des nouvelles pleines d'humour, pour se tordre... Extrait : Quand j'ai épousé ma femme, elle était bonne chez le sous-inspecteur des douanes. C'est même lui qui m'a engagé à l'épouser. Il savait bien ce qu'il faisait, le bougre, car six mois après elle accouchait de notre aîné, celui que j'appelle le Sous-inspecteur, comme de juste. L'année suivante, ma femme avait une petite fille qui ressemblait tellement à un grand jeune homme norvégien dont elle faisait le ménage, que je n'eus pas une minute de doute. Celle-là, c'est la Norvégienne. Et puis, tous les ans, ça a continué. Non pas que ma femme soit plus dévergondée qu'une autre, mais elle a trop bon coeur. Des natures comme ça, ça ne sait pas refuser. Bref, j'ai sept enfants, et il n'y a que le dernier qui soit de moi.

  • Victor Hautin, « Inspecteur Victor » de la Brigade mondaine, fils d'un ancien procureur toulousain, a passé une bonne partie de sa carrière aux colonies. Il est apprécié de sa hiérarchie en dépit d'un esprit assez indépendant, d'une humeur capricieuse, et d'une manière de procéder un peu trop fantaisiste. De plus, incorrigible suborneur de femmes mariées et de filles à marier, il a vu sa promotion pour le poste d'inspecteur de la Sûreté compromise par des scandales. Aujourd'hui, plus calme et plus sage, sa renommée va bientôt atteindre le public au cours d'une affaire retentissante. Ses antécédents, sa perspicacité, sa ténacité et sa facilité au déguisement auraient pu faire penser à un des avatars de Lupin si ce récit ne l'amenait à lutter contre le célèbre aventurier qui justement recommence à faire parler de lui dans l'est du pays. Extrait : On découvrit bien l'endroit où la femme avait franchi la haie pour gagner la ruelle parallèle à la route. Et l'on découvrit aussi les empreintes laissées par les montants de l'échelle au-dessous du premier étage. Mais l'échelle, qui devait être en fer, pliante et portative, demeura introuvable. Et l'on ne sut pas comment les deux complices s'étaient rejoints et comment ils avaient quitté la région. Tout au plus put-on établir qu'une automobile avait stationné, à partir de minuit, trois cents mètres plus loin, le long du Haras de La Celle-Saint-Cloud, et qu'elle s'était remise en marche à une heure et quart, évidemment pour retourner à Paris par Bougival et les bords de la Seine. Le chien du père Lescot fut retrouvé dans sa niche, mort, empoisonné. Aucune trace de pas sur le gravier du jardin.

  • Jacques le fataliste et son maître est un roman de Denis Diderot dont l'écriture s'étend de 1765 jusqu'à la mort de ce dernier en 1784. L'oeuvre paraît initialement en feuilleton dans la Correspondance littéraire de Melchior Grimm entre 1778 et 1780. Jacques, qui voyage en compagnie de son maître, possède une personnalité plus complexe que celle d'un valet de comédie : il est bavard mais aussi quelque peu philosophe (« une espèce de philosophe ») et c'est à son fatalisme qu'il doit son surnom. Pour combler l'ennui, il promet à son maître de lui raconter la suite de ses aventures amoureuses. Mais ce récit est sans cesse interrompu soit par son maître, soit par des interventions ou incidents extérieurs, soit par des « histoires » autonomes venant se substituer au récit initial, soit par des discussions entre le narrateur et le lecteur. Extrait : Jacques s'échappe des mains de son maître, entre dans la chambre de ces coupe-jarrets, un pistolet armé dans chaque main. « Vite, qu'on se couche, leur dit-il, le premier qui remue je lui brûle la cervelle... » Jacques avait l'air et le ton si vrais, que ces coquins, qui prisaient autant la vie que d'honnêtes gens, se lèvent de table sans souffler mot, se déshabillent et se couchent. Son maître, incertain sur la manière dont cette aventure finirait, l'attendait en tremblant. Jacques rentra chargé des dépouilles de ces gens ; il s'en était emparé pour qu'ils ne fussent pas tentés de se relever ; il avait éteint leur lumière et fermé à double tour leur porte, dont il tenait la clef avec un de ses pistolets.

  • Jonathan Smith, le «roi de l'huile», est immensément riche. Mary, enfant de rien, du hasard, de la misère, qu'il a ramassée, un jour de promenade, avec sa mère, va devenir son centre du monde, ses beaux grands yeux clairs l'ayant séduit tout de suite. Mais Mary en aime un autre et va être amenée à «tuer» Jonathan. Celui-ci, laissé pour mort, en réchappe par miracle et après vingt ans de préparatifs, il lance sa «terrible» vengeance, corrompant et achetant tous ceux qui lui permettront d'atteindre le but qu'il s'est fixé...

  • Maurin des Maures

    Jean Aicard

    Comme Alphonse Daudet ou Paul Arène, Jean Aicard chante la Provence en narrant des histoires merveilleuses et drôles, pittoresques et savoureuses. Frère cadet de Tartarin de Tarascon, dont les Aventures prodigieuses parurent en 1872, Maurin est le «prince des braconniers, duc des maires, empereur des gendarmes, roi des Maures». Grand chasseur devant l'Éternel, grand coureur de filles, l'histoire de ce don Juan des bois est surtout prétexte à anecdotes, histoires de chasse et galéjades dans une langue colorée, relevée de provençalismes.

  • Qui ne connait pas l'illustrissime Tartarin ? Tartarin possède un jardin exotique où il entretient un baobab dans un pot de réséda, de nombreuses armes et quantité de livres d'aventures. À Tarascon, les chasseurs sans gibier tirent sur leur casquette, après l'avoir lancée en l'air. Chacun dans le voisinage reconnaît que Tartarin est un vrai caractère, prêt à repousser toutes les attaques (qui ne viennent pas...). Il n'a jamais quitté Tarascon, mais l'arrivée d'une ménagerie et d'un lion en cage l'incite à partir pour l'Atlas... Extrait : Comme chasseur de casquettes, Tartarin de Tarascon n'avait pas son pareil. Tous les dimanches matin, il partait avec une casquette neuve ; tous les dimanches soir, il revenait avec une loque. Dans la petite maison du baobab, les greniers étaient pleins de ces glorieux trophées. Aussi, tous les Tarasconnais le reconnaissaient-ils pour leur maître, et comme Tartarin savait à fond le code du chasseur, qu'il avait lu tous les traités, tous les manuels de toutes les chasses possibles, depuis la chasse à la casquette jusqu'à la chasse au tigre birman, ces messieurs en avaient fait leur grand justicier cynégétique et le prenaient pour arbitre dans toutes leurs discussions.

  • Assassin ! Assassin ! répéta-t-il comme si la réitération de l'accusation pouvait obscurcir le sens du mot. Le son de sa propre voix le fit frissonner et, pourtant, il souhaitait presque que l'écho l'entendît et réveillât de ses rêves la cité endormie. Il sentait un désir d'arrêter le passant de hasard et de tout lui dire.

  • Déjà forcé par les circonstances, j'avais depuis quelque temps abandonné ma chambre et transporté mes pénates ailleurs. Le malheur n'est pas grand, dira-t-on. Mais comment remplacer Joannetti et Rosine ? Ah ! cela n'est pas possible. Joannetti m'était devenu si nécessaire que sa perte ne sera jamais réparée pour moi. Qui peut, au reste, se flatter de vivre toujours avec les personnes qu'il chérit ? Semblable à ces essaims de moucherons que l'on voit tourbillonner dans les airs pendant les belles soirées d'été, les hommes se rencontrent par hasard et pour bien peu de temps. Heureux encore si, dans leur mouvement rapide, aussi adroits que les moucherons, ils ne se rompent pas la tête les uns contre les autres !

  • Le nez d'un notaire

    Edmond About

    C'est une bien terrible aventure que va vivre Alfred L'Ambert : perdre son nez pour les beaux yeux d'une demoiselle. Ne pouvant se résoudre à voir Victorine Tompain, courtisée par Ayvaz-Bey, le jeune notaire frappe son rival au nez. Le Turc, atteint au plus profond de son amour propre, n'a plus désormais qu'une seule idée : couper le nez de maître L'Ambert durant le duel qui aura lieu le lendemain matin, à dix heures, au petit village de Parthenay... Et ce qui devait arriver arriva, Alfred L'Ambert perdit son nez et pour toujours. Il était prêt à tout pour retrouver un nez digne de ce nom, à tout sauf à souffrir. Aussi eut-il une idée lumineuse...Extrait : Le notaire se suspendit une sangsue au bout du nez. Lorsqu'elle tomba, gorgée de sang, on la remplaça par une autre et ainsi de suite, durant deux jours et deux nuits. L'enflure et la coloration disparurent pour un temps~; mais ce mieux ne fut pas de longue durée. Il fallut chercher autre chose. M. Bernier demanda vingt-quatre heures de réflexion, et en prit quarante-huit.

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