Policier & Thriller

  • Quel livre ! Et probablement le meilleur moyen d'entrer dans l'oeuvre à la fois douce et caustique d'Eugène Dabit : chargé d'humanité jusqu'à la gueule, la douceur jusque dans la crapule, et pourtant qui vous décortique tout ça à l'acide...
    Construction imparable : quatre journées, presque un timing en temps réel. Ouverture : on apprend qu'Albert est mort (rappelez-vous le destin célèbre phrase de Molière : "le petit chat est mort"), deuxième jour, la famille s'organise et le veille, troisième jour ce sont les formalités, quatrième jour on l'enterre.
    On ne vous fera grâce de rien, avec passage régulier au Bar du Télégraphe qui est la plaque tournante de ce petit monde. Des passages d'anthologie, lorsqu'on visite l'appartement du mort, et qu'on décortique ses papiers, actions, rencontres amoureuses, carnet de bord de sa voiture et de la société de pêche. Non, "Albert n'avait pas une vie aventureuse", mais c'est bien ce qui fait l'aventure de Dabit : cette masse de petits secrets qui nous explose à la figure, alors c'est l'inconscient de toute une société, ce Paris populaire de 1934, un peu moins miséreux que dans "L'hôtel du Nord", mais avec la même gouaille, la même verve.
    Alors on fait quoi et comment, chacun de nous, quand on apprend que l'oncle Albert est mort ? Ici commence la prouesse, mais nous on n'a qu'à suivre et rire. Pas très à l'aise, bien sûr, sinon le roman ne serait pas autant une réussite. Puis quand même : il n'est pas mort chez lui, Albert, il est mort chez une dame...
    FB


  • Docteur Descartes contre les néo-nazis, ou Mister Grabuge.
    Descartes est un escroc à la petite semaine. Grand Maître des Sciences médiumniques, il vous aide à résoudre tous problèmes, travail, amour, sexualité, etc. Résultats garantis. Jusqu'au jour où une lettre d'un groupuscule néo-nazi tombe par erreur (?) dans sa boîte aux lettres. Ce jour-là marque la fin des amuse-gogos et le début d'une affaire bien trouble. Le petit joueur se retrouve dans la cour des Super-Vilains.
    Ça flingue, ça cogne, ça balance comme du rock, c'est drôle, ça remue, ça fait drôlement de bien.
    « La relève de Queneau, version Saint Glinglin est assurée. Enfin. » - Jean-Bernard Pouy
    « Un souffle de vie qui vous met un soufflet, pamphlet sur la folie d'aujourd'hui, si vous avez pas saisi, lisez ! » - Mallaury Nataf

    (Précédemment publié aux Éditions Florent Massot)

  • Un vrai roman policier. En fait, non. Plein de romans policiers - des rêves ou des cauchemars pire que des romans policiers.
    Tous les codes, hémoglobine, marques de chaussures, coprophagie même, ça décape.
    Et parmi les personnages de passage, pas moins que Jésus, King Kong ou la poésie lettriste elle-même. Ou faire un best-seller avec un livre sur la vie des têtards composé via Internet, vous sauriez, vous ?
    Dès lancé le projet publie.net, j'avais sollicité Antoine Boute : présence forte de la scène bruxelloise, performeur proche des chemins de Charles Pennequin, lisant et intervenant aussi bien en langue française que flamande. Je ne savais pas qu'il me répondrait avec deux envois presque antagonistes : un travail de fond sur Guyotat et le toucher constamment téléchargé depuis lors, et cette suite de neuf brefs polars, classés par saison.
    Sous la grande farce cruelle des scènes, dans ces polars avec pelleteuses, avec chiens, ou l'ultime variation pour un roman inerte, le poète traîne toujours des pieds dans un coin. Et c'est un poète lettriste, qui s'active dans l'intérieur même des romans à en déconstruire ou démonter les mots.
    Le lien avec Antoine Boute performeur, avec Antoine Boute décortiquant le corps écrit de Guyotat, n'est donc pas si ténu.
    C'est bien un seul polar géant et malsain de 150 pages qu'on propose d'avaler - ça secoue la réalité.

    FB

  • "Le soleil blafard se lève péniblement derrière les collines escarpées.
    Là-bas, sur Tauroentum, les lourds nuages de l'orage s'éloignent, irisés par les premières lueurs de l'astre.
    La mer est d'huile.
    Plus un souffle d'air, pas la moindre brise pour pousser cette barque sans voile ni rame perdue au milieu des eaux désormais calmées.
    Mare Nostrum...
    Une frêle silhouette se tient debout, à la proue de ce navire à la dérive.
    L'homme, vêtu d'une simple toge, le visage émacié, regarde s'éloigner la famille de dauphins qui les a accompagnés tout au long de leur périple, depuis leur départ de Césarée, il y a déjà trois mois.
    Ses compagnons de voyage, épuisés par cette errance, se sont regroupés à l'arrière de l'embarcation, protégés du froid par une simple toile de lin usée et maculée. Une douce mélopée s'élève. Le clair clapotis de l'eau sur la coque l'accompagne. Quelques mouettes surprises par cette apparition viennent tournoyer autour de cet équipage curieux.
    Un corps se déplie lentement de dessous la toile, et apparaît une femme d'une grande beauté, le visage pur, les traits sereins. Son enfant se tient à ses côtés, blond comme les blés, ses yeux bleus reflètent toute la générosité du monde. Le jeune garçon assis en tailleur souffle délicatement dans ce pipeau de bois sculpté par les mains expertes de quelque charpentier talentueux. L'homme, le visage tourné vers le ciel, lève ses bras en croix et fait exploser un cri.
    - Ta gueule, Manu !

    - Ho ! Joseph ! Tu les as à l'envers, ce matin ? C'est la flûte à son père !"

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