• La littérature garde-t-elle encore pertinence pour dire ce qui conditionne notre vie au présent ?
    Et, quand nous nous saisissons de ce qui conditionne l´activité et l´échange, dans ses hiérarchies, dans ses symboliques, dans ses loisirs et ses conditionnements (du maître-nageur au rédacteur funéraire, du libraire à l´alpiniste, en passant par le notaire et le directeur des ressources humaines), gardons-nous prérogative du rire, de la critique, de la tendresse aussi (est-elle possible quand on accueille ici son boucher) ?
    J´étais très fier, en lançant ce projet publie.net, qu´Eric Chevillard veuille bien me confier ces trois textes de fiction, qui sont chacun comme des incises ou développement d´univers développés dans ses romans, et jouant par exemple de la forme radiophonique, « l´entretien avec l´auteur », pour ouvrir un nouvel espace entre l´invention du roman et ses arcanes ou ses caves.
    Depuis l´installation sur publie.net de Si la main droite de l´écrivain était un crabe, il s´est passé un événement de taille : l´autofictif, le blog qu´entretient quotidiennement Eric Chevillard, est devenu une référence de l´écriture de fiction sur le Net. Une forme fixe, en triptyque. Une mise en abîme de l´écriture elle-même. Une convocation du concret, et, dans la politesse du texte, qui se contente de sourire, en arrière donc, un rire immense, sardonique, presque L´homme qui rit de Victor Hugo, douleur comprise. Je ne sais pas ce que pourra devenir l´autofictif, s´il pourra se rassembler, se réorganiser en livre. Ou seulement continuer de nous accompagner, à notre porte virtuelle, comme labyrinthe offert. Mais c´est la preuve, et une seule est suffisante, de la pertinence d´Internet aussi pour l´imaginaire. L´écran comme lieu de fiction, mais fiction en mouvement, en développement permanent, inarrêtable.
    Alors non pas 36 métiers, comme dans l´expression populaire il a fait 36 métiers, mais 28 exactement. Sauf que choisis dans les noeuds les plus névralgiques de ce qui fait la ville, et nous dedans.
    Dans la zone d´activité, à ma connaissance, est le dernier texte publié par Eric Chevillard avant la naissance du blog. Alors le fantastique est tout près, et cet étrange sourire qui déstabilise le plus élémentaire, le plus familier. Il s´agit d´une commande venue d´abord de gens de la typographie, de la réalisation d´objets livres. La preuve du succès, c´est qu´il n´est déjà plus disponible. Conservez le vôtre, si vous avez la chance (on est quelques-uns comme ça), à avoir pu se le procurer. Un bravo spécial à Fanette Mellier, et que la mise en ligne de ce texte soit une invitation à tous pour suivre la suite, de son côté...
    Et merci, Eric, d´autoriser ici cette déstabilisation douce du familier à se prolonger sur Internet.
    On trouvera ici, et ici, et ici, et ici,, et ici, et icides extraits : partez en chasse. Pour cela, et comme cela, via le buzz Internet, que les 1000 exemplaires se sont envolés si vite. Sinon, vous imprimez le feuilletoir ci-dessus, et vous remplissez les pages blanches (solution fournie via téléchargement intégral).
    Il y a le mathématicien, l´homme des ressources humaines, l´ophtalmologue, le brancardier, le chargé de communication, le maître-nageur. Le notaire, la caissière, l´huissier, le pape. C´est toute la ville qui devient page fantastique, mouvante.
    Et tout le reste de ce qui concerne Eric sur Chevillard, le site (webmaster Even Doualin), et sur le site des Editions Argol.
    Et que la littérature soit aussi pur plaisir, champions ceux qui y arrivent. Avec petite fierté aussi que, certainement, ce texte n´aurait pu être écrit par quelqu´un qui ne vit pas en province !

    FB

  • Cent pages, un seul récit, mais se saisissant des signes multiples de la ville, de ses noms, de scènes parfois brutales ou seulement quotidiennes ou abstraites, pour autant de textes brefs, comme des plaques liquides, chacune liée à un point précis de la ville et qui seraient notre appréhension intérieure de l´hyper-métropole. Le narrateur (parce qu´un récit s´ébauche, se centre autour de la notion de colporteur) est continuellement en mouvement dans la ville, un trajet comme cette ville qui n´a pas de centre, une ville qui ne se reconnaît plus d´un nom à l´autre nom, et qui exige l´habitat provisoire de la voiture comme seul trait commun.
    De quelle façon aborder la complexité de Los Angeles, avec quels mouvements, quels arrêts, quel travail sur l´image, quelle saisie des silhouettes, visages, noms, enseignes, et quelles permanences au contraire ?
    Et que bien sûr, à cette mise à l´épreuve, c´est le récit en prose qu´on interroge.
    Lire aussi, de Frank Smith sur publie.net, Guantanamo 2006.

    Frank Smith est né en 1968. Producteur-coordonnateur de l´Atelier de Création Radiophonique de France Culture, il est l´auteur de plusieurs documentaires radiophoniques, dont Un barrage contre le Golfe du Mexique (Grand Prix 2004 de l´Université Radiophonique et Télévisuelle Internationale). Avec Christophe Fauchon, il a dirigé deux anthologies, parues chez Autrement : une de poésie, Poé/tri , 40 voix de poésie contemporaine (2001), et une de réflexions critiques sur la poésie contemporaine, Zigzag Poésie, formes et mouvements : l´effervescence (2001). Frank Smith a publié deux ouvrages : Pas, sur des photographies d´Anne-Marie Filaire (Éd. Créaphis, 1998) et Je pense @ toi (Éd. Olbia, 2202, réédité par les Éd. du Cygne, mai 2004).
    Après Le cas de le dire, éditions Créaphis, 2007, Frank Smith vient de publier Guantanamo au Seuil, Fiction & Cie, en avril 2010.
    A visiter : Le site de Frank Smith.

  • Revue poétique semestrielle dirigée par François Rannou et l'éditeur Gwen Catalá, Babel Heureuse se veut un carrefour des langues et des arts, du mouvant, écho de la parole dite.
    Elle ambitionne de devenir une référence de la création poétique contemporaine, donnant voix aux jeunes pousses autant qu'aux incontournables, et ouverte sur le monde, aux traductions et créations bilingues. La revue paraît en édition papier, numérique enrichie et expérience web innovante.


    Être en avant sur la parole en avant, faire entendre/voir/lire l'élémentaire, ce qui a l'opacité du réel, dans les langues et les arts.





    La revue hors-vue, numéro 1, printemps 2017


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    Contributeurs, auteurs, traducteurs (dont auteurs traduits) & artistes :

    Nathalie Brillant o André Markowicz o Julia Hartwig o Myriam Nowicka o Ewa Sonnenberg o Isabelle Macor o Elena Truusts o Denise Le Dantec o Françoise Morvan o Adèle Nègre o Roja Chamankar o Sylvie Durbec o Laurent Margantin o Raluca Maria Hanea o Carolyne Cannella o Laure Gauthier o Léopoldo Maria Panero o Victor Martinez o Frédérick Martin-Kojevnikov o Thierry Le Saëc o François Rannou o Marie-Hélène Gauthier

  • Récit de la déchéance d'une star du cinéma muet, fragments d'une confession de la "plus sublime des flappers" (une flapper étant une "garçonne un peu provocatrice des années 1920"), Louise Brooks... Mais récit inventé, dont le départ est un projet de conférence sur Louise Brooks : la vie de l'actrice, les sentiments qu'elle inspire à l'auteur, la fascination et même l'emprise qu'elle exerce sur lui, à tel point qu'il la considère comme la figure la plus accomplie du nihilisme érotique. A travers son égérie, R. Jaccard "se raconte", dans un style élégant, léger, mais toujours teinté d'un soupçon de distance au monde et à soi-même.

  • Cela commence par un hommage à la danse.

    Puis par une traversée d'un centre-ville, et des lumières qui le traversent.

    Puis une réflexion sur les choses, celle qu'on agrde, celles qu'on jette.

    "Et voilà la terre autour. Tout autour, d'elles, et d'eux, on peut la sentir souffrir, la terre, endurer. Terre on dirait lointaine, mais comme une mémoire profonde, une musique triste, originelle. Et persistante, malgré son air de vision, vraiment tenace. Et d'un coup on reconnait tout, y compris soi. Dans le fait même de ne plus rien reconnaître, s'y reconnaître." Jacques Serena est un de nos plus singuliers explorateurs du récit : il l'a appliqué à un objet unique, jalousie, destin en rade, et a pris pour territoire ces villes du sud qu'il connaît si bien.

    Ici il prend écart : la même prose, la même puissance narrative qu'on connaît, mais devenue poème, avec montée progressive de l'intensité de parole, comme un ligne tendue enflant, concise, percutante.

    Un hommage donc à « celles courant en échappant aux balles (.) à ces assises, ces danseuses (.) avec des éternités dans le moindre regard. » Et malgré tout, dire, l'oser, comme dans un abandon.

    FB _ FG

  • Yòrgos Ioànnou, Douleur du Vendredi saint | présentation par Michel Volkovitch Yòrgos Ioànnou n´ayant jamais écrit que sur lui-même, de façon souvent très allusive, quelques indications sur sa vie ne feront pas de mal au lecteur. Ioànnou naît à Thessalonique en 1927 de parents réfugiés, chassés de Turquie un peu plus tôt. Le père est cheminot, le fils devient professeur de lettres classiques. Il exerce un peu partout en province, et même en Libye pendant deux ans - son seul voyage hors de Grèce. Il publie deux minces recueils de poèmes et un de prose. En 1971, à quarante-quatre ans, quand paraît Le sarcophage, il est encore pratiquement inconnu.
    Le sarcophage est l´histoire d´un couple. Elle, c´est Thessalonique, ville d´enfance et d´adolescence, mère détestée autant qu´aimée. Lui, c´est l´auteur lui-même. Ces 29 textes brefs forment une autobiographie à peine transposée. Ioànnou n´invente pas ses histoires : on n´écrit bien, dit-il, que sur ce qu´on a soi-même vécu. Plutôt que des nouvelles, ces textes sont des « proses », comme il les appelle, à mi-chemin entre l´autobiographie, la fiction et l´essai. Ajoutons-y la chronique : Ioànnou ne cesse d´entrelacer drames personnels et collectifs. Le charme et la force de ce livre, et des suivants, viennent en partie de là, de cet équilibre entre le je et le nous.
    En fait, mine de rien, par petites touches, brefs coups de projecteur, c´est l´âme grecque tout entière que capte Ioànnou.
    Tout est là, senti, vécu : l´héritage antique, la religion byzantine, les traditions populaires - la « Grèce éternelle », encore vivante alors, survivante aujourd´hui. Il fallait, pour la rejoindre ainsi, un homme à la fois savant et simple, comme Ioànnou ; un homme que sa culture a mené vers ses racines lointaines sans l´éloigner de ses origines populaires, non moins précieuses pour lui.
    Mais si les récits de Ioànnou fascinent à ce point, c´est qu´à travers la chronique son auteur va plus loin, plus profond - ses écrits tournent toujours autour de la grande révélation de sa jeunesse : la force d´Éros, de Thanatos, et surtout les liens secrets qui les unissent.
    Éros, pour Ioànnou, est une blessure perpétuelle. Il désire les hommes, dans un temps et un lieu où la chose n´est plus permise, ou pas encore. L´écriture chez lui naît en grande partie d´un besoin lancinant de se confier, d´avouer une douleur inavouable, de vaincre une solitude infernale, de se libérer d´une masse de culpabilités ; écrire est une confession. Ou plutôt (et le lecteur y gagne) une demi-confession : ce qui donne à ces pages cette tension, cette urgence, c´est la lutte intérieure - et les ruses infinies - de quelqu´un qui crève à la fois d´envie de tout dire et d´angoisse d´avoir tant à cacher. D´autant qu´au tourment intime s´en est joint un autre, collectif, pendant toutes les années de la dictature des Colonels, avec tous ses interdits, ses répressions cruelles et les prudences verbales qu´elle impose.
    Après Le sarcophage, Ioànnou quittera pour toujours sa ville natale où il étouffe. Devenu athénien, il écrira encore deux livres d´essais sur Thessalonique et d´autres recueils de proses, dont Le dernier héritage, digne prolongement du Sarcophage, et surtout, publié en 1980, le flamboyant Douleur du Vendredi saint.
    Que s´est-il passé ? Voici le livre le plus étonnant de Ioànnou. On reconnaît bien son monde et pourtant tout a changé.
    L´auteur est toujours là, au coeur de ces récits composites, inclassables - même si, à vrai dire, la part de fiction semble ici plus grande, même si l´auteur-protagoniste se dissimule à moitié parfois, passant du je au il - et même, une fois, sans doute, au elle... On reconnaît aussi les thèmes - solitude, amours impossibles, union de l´amour et de la mort, du sexe et du sacré, du désespoir et de l´espérance. Il est vrai que cette fois le narrateur s´enhardit, l´autocensure se relâche, l´aveu se fait nettement plus explicite. Mais la grande nouveauté, c´est un spectaculaire changement de voix. L´écriture ancienne de Ioànnou, brève, ramassée, à la fois dense et trouée de silences - du court qui en

  • Particulièrement fier de mettre en ligne L´enfer est vert.
    C´est un texte neuf et audacieux. Comme chaque auteur, passée la grande vague d´un livre, se remet au laboratoire, et qu´une piste de recherche peut l´emmener soudain dans une zone neuve, et du territoire découvert s´amorcera une autre conquête.
    La zone neuve et le territoire découvert, c´est l´arrivée décrite, dès le départ du texte, dans le "nordeste" brésilien, où Leslie Kaplan et Heitor de Macedo se sont souvent impliqués. L´autre conquête, c´est peut-être (elle ne sera probablement pas d´accord) dans le livre récemment paru chez POL : Mon Amérique commence en Pologne.
    Ce qui est fascinant, dans L´enfer est vert, c´est comment la récurrence de cette phrase très simple, pure perception à l´arrivée au Brésil, parce qu´elle met tout de suite en vis-à-vis de l´exploitation, de la misère, des grandes lois naturelles tellement plus fortes que le destin humain, aussi, va inclure par boucles successives tout ce que ces problématiques convoquent dans le présent immédiat de l´auteur.
    Ainsi, du même geste, parce qu´il y a violence, parce qu´on traque la parole, la proche banlieue parisienne (Les Lilas), ou l´actualité de notre côté du monde. Mais aussi les lectures, et les figures qui les incarnent (même Bob Dylan et Rimbaud, eux-mêmes opposés comme les étranges saltimbanques de Balad of a thin man) : Leslie Kaplan a écrit (voir Les outils sur Marguerite Duras, sur Maurice Blanchot avec lequel elle a longtemps et densément correspondu, mais, derrière, sont des figures plus tutélaires, emblématiques, Franz Kafka et Hannah Arendt, qui revient toujours, comme si l´hommage ne valait qu´à être mis à l´épreuve, recreusé, dans les textes de Leslie.
    Et s´amorce un autre glissement : la littérature l´autorise par une autre figure, cette fois-ci originelle : Alice au pays des merveilles, dans la langue anglaise, c´est l´apprentissage d´enfance entre réalité et fiction, et que cette frontière est mouvante, active, joue à la fois sur le réel où on coupe les têtes, et sur le rêve qui y mène. Alors - la première fois ? - la langue anglaise vient travailler le corps du récit, le dédoublant en voix off, mais ce dédoublement est aussi dédoublement d´instance : la façon dont on convoque êtres et lieux n´est pas la même.
    C´est à ce voyage qu´on vous convie. Leslie Kaplan avait d´abord confié ce texte à la collection Inventaire/Invention de Patrick Cahuzac, et c´est lui rendre hommage que de vouloir, dès maintenant, assurer la continuité d´existence d´un texte nécessaire.
    Ne vous privez pas de ce voyage. Pour une fois, on insiste.

    FB

  • Coeur nègre

    Franck Laroze

    .

  • Minable

    Mark Safranko

    .

  • Le spectacle, la foule, la révolte ou pas : un questionnement à rebours de la Révolution française comme show télévisé, et en quoi ça nous en dit pas mal sur aujourd´hui...
    Véronique Pittolo, c´est rare parmi notre tribu des auteurs d´aujourd´hui, ne laboure qu´un seul champ. Il faut dire qu´elle a établi son champ de fouille dans un terrain de vaste horizon, sans barbelés autour, et où on ne se risque guère à venir lui faire concurrence.
    Chaque civilisation, depuis son origine, s´invente des mythes.
    Ils se ressemblent, diffusent de l´une à l´autre, ainsi le déluge, ainsi l´idée du sacrifice, ou des conjurations de la peur.
    Ces mythes, les fables les incarnent tour à tour en dieux, en personnages, mais, quand ils nous rejoignent, c´est que ces personnages viennent traverser de plain pied notre histoire, sont là tout auprès de nous pour nous guider dans ce que le présent a d´opaque, où on ne sait rien. Et pas sûr que cette main qui nous guide nous apprenne autre chose que l´abîme.
    Mais si ça suffisait à définir l´étrange suite de textes brefs que Véronique Pittolo a publié jusqu´à aujourd´hui, on la manquerait certainement. Ce territoire où elle campe, elle l´a installé carrément du côté des personnages, des mythes, et c´est depuis eux qu´elle nous convoque nous, et notre petite société, ses peurs, son présent incertain.
    Ce qui fait une oeuvre, ce n´est pas forcément la réussite isolée, le texte qui tranche : c´est plutôt cette obstination de quelques-uns à rester là, au même endroit, pour leur pioche ou leur sillon.
    Et ceci dès Héros (Al Dante, 1999), par lequel la plupart d´entre nous ont croisé pour la première fois son écriture (ou voir extrait).
    Mais c´est aussi Opéra isotherme (ne manquez pas cette lecture de Nathalie Quintane), entre Siegfried, Mélisande et la Callas, et une focalisation sur le féminin, ce qu´elle dit une autre vision du monde.
    Et Véronique Pittolo renouvelle aujourd´hui son pacte avec Laurent Cauwet en proposant chez Al Dante, ce printemps 2008, Hélène mode d´emploi :
    Dire qu´Hélène ressemble à toutes les femmes qui ont vécu, vivront, c´est dire que la Terre est plate.

    Avec une voix de speakerine.

    Je ne sais pas ce qui m´a pris dira la femme chamboulée qui retrouve une prime jeunesse.
    J´ajoute que, si j´ai sollicité Véronique Pittolo pour un texte sur publie.net, c´est que nous sommes aussi dans un autre partage : depuis 2 ans, à l´institut Gustave-Roussy de Villejuif, elle accomplit un impressionnant travail d´écriture et art plastique avec les enfants hospitalisés. Mais avec eux aussi, cette confrontation des routes, du destin, et des personnages qui nous y aident, ou les symbolise, est central.
    Qu´on ne se méprenne pas sur La Révolution dans la poche, 1er texte non engagé sur la Révolution française : si c´est Internet qui l´accueille, c´est parce que la teneur politique de tels textes appelle à ce qu´ils soient mobiles (comme les gendarmes du même nom). Texte à faire circuler. A embarquer pour lecture sur vos téléphones, vos ordis de bureau ou planter plein écran, comme si vous aviez oublié de le fermer, sur l´ordi de la salle des profs ou de la bibliothèque.
    Une partie des travaux de la littérature d´aujourd´hui, pour cogner fort, éprouve le besoin de textes courts qui l´éloigne de la distribution imprimée, et de la diffusion en cartons : et alors ? Voici de quoi les alimenter, les ordis et les téléphones. On pourrait pirater avec ces textes les caméras de surveillance, les messages dans les halls de gare, les publicités sur écran plat au fronton des immeubles : d´ailleurs, on y travaille.
    Qu´on ne se méprenne pas : ce n´est pas la Révolution française, que Véronique Pittolo ici interroge, mais bien la phrase de Walter Benjamin - pourquoi ne se révoltent-ils pas ?
    Ou la formulation qu´en donne Véronique Pittolo ci-dessous : Peut-il exister un imaginaire de la contestation aujourd´hui ?
    Vous verrez : l"interrogation est contemporaine. Le spectacle, la peur, la foule, la révolte, la responsabilité et la décision, et Saint-Just, ou Danton, et des portraits qui surgissent, sculptés en quinze

  • Au modèle du premier volume de ce "journal étrange" (Avec des "si"), 81 chapitres traitent de sujets divers, réflexions de l'auteur sur la vie quotidienne, les événements mais aussi des thèmes comme la solitude, l'amitié, la fuite du temps, l'amour et ses échecs, la foi, l'approche de la mort... Un livre à lire, à poser, à reprendre au fil de ses réflexions... et de celles de l'auteur.

  • "Le temps d'une vie, avez-vous fait bon voyage ? -- Moins pire que je ne l'imaginais. -- A quoi l'attribuez-vous ? -- A l'amitié que Cioran m'a portée, à l'audace que ses livres m'ont donnée. Et à la compagnie de quelques jeunes filles venues d'Extrême-Orient pour adoucir l'amertume des jours et donner un peu plus d'intensité à la volupté de l'éphémère. -- Qu'attendez-vous encore ? -- Que vous me laissiez en paix." Voici en quelques lignes le ton général de ces pages désenchantées sur la vie, comment affronter la mort puisqu'il faut en finir avec la vie ? Une écriture en apparence frivole et indifférente, profondément grave.

  • Quel plaisir d´accueillir sur publie.net André Markowicz.
    Quiconque l´a entendu sait ce dont il est dépositaire. Une énigme, évidemment et c´est ce qui rend ceux-là si rares. Et beaucoup de travail, évidemment aussi : une vie à traduire.
    André a toujours refusé de s´expliquer par écrit sur son métier de traducteur, rien qui corresponde chez lui aux conférences de Claro que nous diffusons. Mystère aussi, malgré son bilinguisme russe, c´est par le grec et le latin qu´il commence ses traductions. Et puis il y a cette curieuse vie, où on va jusqu´au bout d´un continent sauvage de prose, Dostoiekski qui n´est jamais fini, qu´il remanie et aiguise à mesure des rééditions, nous réapprenant un Dostoievski glissant, tranchant, rapide, avec des fulgurations mystiques que les traductions d´autrefois ne laissaient pas prévoir. Mais, dans ses journées de travail, il y a ces moments où il s´éclipse, et oublie la traduction... en s´affrontant aux poètes.
    Il a mis des années avant d´oser publier cson Eugène Onéguine de Pouchkine, oeuvre que tous les Russes savent par coeur. Il a publié des traductions de Mandesltam, Lermontov, il a retraduit Tchekhov avec sa compagne, Françoise Morvan, mais c´était toujours comme la partie émergée d´un affrontement souterrain plus vaste.
    Et, pour lui, cela passe, depuis des années, par des séances orales. André est là devant vous, assis, un texte sur les genoux qu´il ne regarde même pas, parce qu´il le sait par coeur. Et il vous embarque pendant une heure, deux heures, dans le fond d´un vers, et tout ce qui lui il y entend. Les rythmes, prosodies, l´héritage, les allusions, le paratexte, et puis qui était celui qui écrit, quelles conditions biographiques. Alors, tout au bout, qu´importe le texte français, qui n´aura duré que le temps de cette séance, et n´aura pas laissé de trace : la lecture est avant tout du temps, et ce temps où Markowicz nous a promenés dans la langue, c´est la poésie elle-même, la poésie comme expérience.
    Dans le grand respect d´André pour les poètes qu´il nous rend proches, il y acette part d´incommensurable due à l´histoire. La mort atroce de Mandesltam ou celle de Daniil Harms.
    C´est dans ce contexte qu´il faut appréhender l´oeuvre d´André Markowicz écrivain. La tâche du traducteur ne saurait être une finalité : il y a écrire. Et pas possible de transmettre ceux-ci sans se porter soi-même à cette frontière devant le vide.
    Alors, à cette frontière, il y a cette mise en travail de soi-même, et cela s´appelle encore poème. Nous sommes mus, à cet endroit où cela tremble, par ces lectures que nous portons. Mais, justement, nous avons appris à reconnaître, dans ce texte de Kafka, ce poème de Pasternak, à ce qu´eux-mêmes, en ce même lieu, devaient à telle autre lecture.
    Et André Markowicz présente ici ce double travail. Voici les poèmes : travail de langue à la frontière. Mais voici, en seconde partie du livre, ce qui est bien plus qu´un appareil de notes : et l´histoire russe, et l´histoire des Juifs dite par un vers de Guennadi Aïgui, et Virgile ou Sophocle en amont de Shakespeare, et, pour l´air et les ciels où on travaille, les mots de la langue bretonne, le pays où il vit.
    Mais, avant tout, les grandes ombres de Paul Celan, d´André Mandelstam (ou Agamben commentant Mandelstam, André s´inscrivant dans toute une suite de ces prismes où nous-mêmes nous sommes...).
    La question de la folie, souvent tangente sous les phrases.
    Merci à André de nous confier ce travail à vif, son devant de langue.
    Merci à François Rannou et Mathieu Brosseau d´avoir travaillé à cette mise en page pour lecture numérique (version eBook incluse).
    Internet, par de tels textes, s´affirme comme un média majeur : capable d´affronter les plus hautes ombres, et que c´est encore pays de langue.

    FB Les Gens de cendre est le second ouvrage de « poésie non traduite » d´André Markowicz. Ses poèmes sont datés, ils évoquent un disparu qui lui est cher (proche, écrivain lu et/ou traduit), ils disent le nécessaire lien de vie entre le réel, la lecture, la traduction, l´écriture. Pour chaque texte, une note en fin de livr

  • « Des heures interminables se sont écoulées. Je ne saurais dire combien. Les regards, dans ces quelques mètres carrés saturés d´angoisse, n´osaient pas se croiser, rebondissaient d´un mur à l´autre, se posaient sur les pieds, les mains, le néon blême au plafond. On ne voulait pas se voir, entre clandestins. »

  • La première partie de cet essai fut publié il y a une vingtaine d'années, il est repris augmenté d'une deuxième partie relatant sur le mode humoristique et désabusé, son expérience dans les couloirs feutrés de la Banque mondiale à Washington. A-t-il réellement "trahi" la cause de ses origines ainsi que l'accusent un peu vite certains journalistes ? Ou bien à sa manière essaie-t-il de conserver et transmettre ce pourquoi il travaille dans ces milieux financiers ? " Ce que je valorise dans mon séjour américain, c'est l'opportunité de m'être réconcilié avec moi-même, d'apprendre à mieux aimer cette Arfique qui m'exaspérait lorsque j'avais 27 ans. Sur un plan plus superficiel, la vie sereine et aseptisée de Washington m'a révélé comme un miroir grossissant tout ce qui me manque... Il y a le sentiment de culpabilité qui habite tous les Africains en exil qui croient pouvoir contribuer plus efficacement aux nombreux combats en cours sur le terrain..."

  • Un livre plaisant à lire, une suite de "réflexions qui me venaient à l'esprit certains jours, sans préméditation ni suite, comme Montaigne lui-même avait fait dans ses premiers essais".... Avec des "si" l'auteur revisite sa vie, ses souvenirs, ses réflexions.....

  • Georges Bataille, la terreur et les lettres met en cause la vulgate critique qui, à la suite de Tel Quel, continue à donner la faveur à une lecture « terroriste » de l'oeuvre bataillienne. On lit toujours Bataille pour le sublime de son abjection et la passion indicible de ses textes. On retient encore de son oeuvre ce moment initial où la révolte contre le surréalisme contribue à proposer l'image durable d'une « écriture » antirhétorique, sacrificielle et pulsionnelle. Or, cette approche est aussi historiquement limitée qu'elle est textuellement problématique. Elle ne permet pas de prendre en compte l'ensemble d'une réflexion littéraire qui, dans les années quarante, revient sur ses textes et repense leur relation au sacrifice et à l'indicible. C'est donc à partir d'une relecture générale de l'oeuvre et plus particulièrement de certains textes charnières des années quarante (le Coupable, L'expérience intérieure, L'impossible) que le présent ouvrage remet en question le « terrorisme » de Bataille. Il réévalue son approche littéraire dans le contexte critique des oeuvres contemporaines pour montrer que l'appel paulhanien à un « retour à la rhétorique » trouve alors davantage d'échos dans l'écriture bataillienne que la terreur anti-poétique. L'expérience intérieure de Bataille, son « impossibilité », n'y perdent pas leur tension vers l'indicible. Elles y gagnent une conscience de leurs clichés et le savoir très sûr de leur littérarité.

  • « Je me demande s´il existe un dieu. Pas forcément un vieux mecton qui s´insurge au moindre pet de travers, mais quelqu´un, quelque chose au-dessus de nous, une force obscure qui nous observe et s´amuse à triturer les fils de nos existences. J´espère que oui. J´espère au moins que quelqu´un prend son pied à voir nos genoux s´écorcher, à regarder s´effacer les mirages, à écouter crever les espoirs, à mater les déchéances et les dégringolades, j´espère que nos maux servent au moins à divertir un vieux type qui s´emmerde tout seul sur son nuage. Parce que si la douleur existe pour la douleur, la souffrance pour la souffrance, la mort pour le simple plaisir de gonfler le bide des vers un beau jour, s´il n´y a personne pour donner un tout petit moignon de sens au truc qui chaque jour pompe un morceau de notre moelle épinière, se faire sauter le crâne dans les hortensias reste encore le comportement le plus sensé de tous. » Léonard Baudry a vingt-quatre ans. Enfant, il perdait sa mère. Plus tard, il a coupé les ponts avec son père. Il perd son job. Puis son appartement. Il trouve un banc. Il perd sa dignité. Il tombe amoureux. Il perd la tête. Il rencontre Robert, une vieille cocaïnomane cinglée au coeur tendre. Ils volent une voiture. Et ainsi de suite.
      On s´attache à ce dur à cuire très fleur bleue qui perd tout ce qu'il aime, et même ce qu'il n'aime pas, qui traîne son cafard gouailleur de piètres élans en échecs célestes.




      Sonia Guillemet a 23 ans et vit à Bordeaux. Après avoir aiguisé sa plume en écrivant des nouvelles littéraires, que l'on peut découvrir publiées dans les recueils de « Brouillon d'écriture », elle s'essaye à un premier roman. Celui-ci est sur votre écran.





        Conception graphique : Christian Kirk-Jensen / Danish Pastry Design, Paris.

        Photographie de couverture : Vanessa Gustaw.

        http://www.bleupetrole-editions.com          

  • Il y a quelques mois, nous publions à peu près simultanément Le livre, l´immeuble, le tableau de Jérémy Liron, journal de travail d´un jeune plasticien, et le premier noyau d´Anticipations d´Arnaud Maïsetti, oeuvre qui se complète et se développe en ligne (les lecteurs qui la téléchargent sont automatiquement prévenus des mises à jour.
    Présentant dans la galerie qui propose son travail une lecture à voix haute de son texte, Jérémy Liron l´accompagne d´un film. La ville, expérience noir et blanc, repères, déformations, stéréotypes et brouillages.
    Arnaud Maïsetti transmet alors à Jérémy Liron une suite de notes, issues de son rapport à Deleuze, Rimbaud, Koltès. Comment interroger le regard, le cadre, les cinétiques ?
    Leur collaboration a donc commencé sous les auspices de cette première publication sur notre site.
    Les Lillois connaissent bien Dimitri Vazemsky, et sa maison d´édition Nuit myrtide, travail ouvert en permanence au défrichage, aux expérimentations et nouvelles formes : il vient de publier La Mancha, 48 pages, format carré 155 x 155, croisant les photogrammes de Jérémy Liron et le texte d´Arnaud Maïsetti.
    Pour 10 euros, vous vous procurerez l´édition papier du livre, via son site.
    Sur publie.net, nous vous proposons l´édition numérique exclusivement, mais augmentée des notes préparatoires d´Arnaud Maïsetti. Mais quiconque nous enverra petite preuve matérielle de l´achat du livre se la verra délivrer gratuitement.
    J´ajoute que la démarche de Liron comme celle de Maïsetti recoupent mes chantiers personnels, là où je les considère des plus importants : la ville, la représentation, le mouvement, l´image. Il est troublant pour moi de voir ces chantiers maintenant relayés, développés. Ce texte est important, le dialogue qui s´instaure entre les deux démarches est vital : soutenez-les.

    FB

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