Publie.net

  • La littérature garde-t-elle encore pertinence pour dire ce qui
    conditionne notre vie au présent ?
    Et, quand nous nous saisissons de ce qui conditionne l'activité
    et l'échange, dans ses hiérarchies, dans ses symboliques, dans ses
    loisirs et ses conditionnements (du maître-nageur au rédacteur
    funéraire, du libraire à l'alpiniste, en passant par le notaire et
    le directeur des ressources humaines), gardons-nous prérogative du
    rire, de la critique, de la tendresse aussi (est-elle possible
    quand on accueille ici son boucher) ?
    J'étais très fier, en lançant ce projet publie.net, qu'Eric
    Chevillard veuille bien me confier ces trois textes de fiction, qui sont chacun
    comme des incises ou développement d'univers développés dans ses
    romans, et jouant par exemple de la forme radiophonique,
    « l'entretien avec l'auteur », pour ouvrir un nouvel
    espace entre l'invention du roman et ses arcanes ou ses caves.
    Depuis l'installation sur publie.net de Si la main droite de
    l'écrivain était un crabe, il s'est passé un événement de
    taille : l'autofictif, le blog qu'entretient
    quotidiennement Eric Chevillard, est devenu une référence de
    l'écriture de fiction sur le Net. Une forme fixe, en triptyque. Une
    mise en abîme de l'écriture elle-même. Une convocation du concret,
    et, dans la politesse du texte, qui se contente de sourire, en
    arrière donc, un rire immense, sardonique, presque L'homme qui
    rit de Victor Hugo, douleur comprise. Je ne sais pas ce que
    pourra devenir l'autofictif, s'il pourra se rassembler, se
    réorganiser en livre. Ou seulement continuer de nous accompagner, à
    notre porte virtuelle, comme labyrinthe offert. Mais c'est la
    preuve, et une seule est suffisante, de la pertinence d'Internet
    aussi pour l'imaginaire. L'écran comme lieu de fiction, mais
    fiction en mouvement, en développement permanent, inarrêtable.
    Alors non pas 36 métiers, comme dans l'expression populaire
    il a fait 36 métiers, mais 28 exactement. Sauf que choisis
    dans les noeuds les plus névralgiques de ce qui fait la ville, et
    nous dedans.
    Dans la zone d'activité, à ma connaissance, est le
    dernier texte publié par Eric Chevillard avant la naissance du
    blog. Alors le fantastique est tout près, et cet étrange sourire
    qui déstabilise le plus élémentaire, le plus familier. Il s'agit
    d'une commande venue d'abord de gens de la typographie, de la
    réalisation d'objets livres. La preuve du succès, c'est qu'il n'est
    déjà plus disponible. Conservez le vôtre, si vous avez la chance
    (on est quelques-uns comme ça), à avoir pu se le procurer. Un bravo
    spécial à Fanette Mellier, et que la mise en ligne de ce
    texte soit une invitation à tous pour suivre la suite, de son
    côté...
    Et merci, Eric, d'autoriser ici cette déstabilisation douce du
    familier à se prolonger sur Internet.
    On trouvera ici, et ici, et ici, et ici,, et ici, et icides extraits : partez
    en chasse. Pour cela, et comme cela, via le buzz Internet,
    que les 1000 exemplaires se sont envolés si vite. Sinon, vous
    imprimez le feuilletoir ci-dessus, et vous remplissez les pages
    blanches (solution fournie via téléchargement intégral).
    Il y a le mathématicien, l'homme des ressources humaines,
    l'ophtalmologue, le brancardier, le chargé de communication, le
    maître-nageur. Le notaire, la caissière, l'huissier, le pape. C'est
    toute la ville qui devient page fantastique, mouvante.
    Et tout le reste de ce qui concerne Eric sur Chevillard, le site (webmaster Even Doualin), et sur
    le site des Editions Argol.
    Et que la littérature soit aussi pur plaisir, champions
    ceux qui y arrivent. Avec petite fierté aussi que, certainement, ce
    texte n'aurait pu être écrit par quelqu'un qui ne vit pas en
    province !

    FB

  • Un seul récit, pour se saisissant des signes multiples de la ville éclatée, de ses noms, de scènes parfois brutales ou seulement quotidiennes ou abstraites, pour autant de textes brefs, comme des plaques liquides, chacune liée à un point précis de la ville et qui seraient notre appréhension intérieure de l'hyper-métropole. Le narrateur (parce qu'un récit s'ébauche, se centre autour de la notion de colporteur) est continuellement en mouvement dans la ville, un trajet comme cette ville qui n'a pas de centre, une ville qui ne se reconnaît plus d'un nom à l'autre nom, et qui exige l'habitat provisoire de la voiture comme seul trait commun.
    De quelle façon aborder la complexité de Los Angeles, avec quels mouvements, quels arrêts, quel travail sur l'image, quelle saisie des silhouettes, visages, noms, enseignes, et quelles permanences au contraire ?
    Et que bien sûr, à cette mise à l'épreuve, c'est le récit en prose qu'on interroge : le présent du monde, dans la ville qui l'incarne dans sa plus haute déréliction, son plus haut risque.

  • Yòrgos Ioànnou, Douleur du Vendredi saint | présentation par Michel Volkovitch
    Yòrgos Ioànnou n'ayant jamais écrit que sur lui-même, de façon souvent très allusive, quelques indications sur sa vie ne feront pas de mal au lecteur. Ioànnou naît à Thessalonique en 1927 de parents réfugiés, chassés de Turquie un peu plus tôt. Le père est cheminot, le fils devient professeur de lettres classiques. Il exerce un peu partout en province, et même en Libye pendant deux ans - son seul voyage hors de Grèce. Il publie deux minces recueils de poèmes et un de prose. En 1971, à quarante-quatre ans, quand paraît Le sarcophage, il est encore pratiquement inconnu.
    Le sarcophage est l'histoire d'un couple. Elle, c'est Thessalonique, ville d'enfance et d'adolescence, mère détestée autant qu'aimée. Lui, c'est l'auteur lui-même. Ces 29 textes brefs forment une autobiographie à peine transposée. Ioànnou n'invente pas ses histoires : on n'écrit bien, dit-il, que sur ce qu'on a soi-même vécu. Plutôt que des nouvelles, ces textes sont des « proses », comme il les appelle, à mi-chemin entre l'autobiographie, la fiction et l'essai. Ajoutons-y la chronique : Ioànnou ne cesse d'entrelacer drames personnels et collectifs. Le charme et la force de ce livre, et des suivants, viennent en partie de là, de cet équilibre entre le je et le nous. En fait, mine de rien, par petites touches, brefs coups de projecteur, c'est l'âme grecque tout entière que capte Ioànnou. Tout est là, senti, vécu : l'héritage antique, la religion byzantine, les traditions populaires - la « Grèce éternelle », encore vivante alors, survivante aujourd'hui. Il fallait, pour la rejoindre ainsi, un homme à la fois savant et simple, comme Ioànnou ; un homme que sa culture a mené vers ses racines lointaines sans l'éloigner de ses origines populaires, non moins précieuses pour lui.
    Mais si les récits de Ioànnou fascinent à ce point, c'est qu'à travers la chronique son auteur va plus loin, plus profond - ses écrits tournent toujours autour de la grande révélation de sa jeunesse : la force d'Éros, de Thanatos, et surtout les liens secrets qui les unissent.
    Éros, pour Ioànnou, est une blessure perpétuelle. Il désire les hommes, dans un temps et un lieu où la chose n'est plus permise, ou pas encore. L'écriture chez lui naît en grande partie d'un besoin lancinant de se confier, d'avouer une douleur inavouable, de vaincre une solitude infernale, de se libérer d'une masse de culpabilités ; écrire est une confession. Ou plutôt (et le lecteur y gagne) une demi-confession : ce qui donne à ces pages cette tension, cette urgence, c'est la lutte intérieure - et les ruses infinies - de quelqu'un qui crève à la fois d'envie de tout dire et d'angoisse d'avoir tant à cacher. D'autant qu'au tourment intime s'en est joint un autre, collectif, pendant toutes les années de la dictature des Colonels, avec tous ses interdits, ses répressions cruelles et les prudences verbales qu'elle impose.
    Après Le sarcophage, Ioànnou quittera pour toujours sa ville natale où il étouffe. Devenu athénien, il écrira encore deux livres d'essais sur Thessalonique et d'autres recueils de proses, dont Le dernier héritage, digne prolongement du Sarcophage, et surtout, publié en 1980, le flamboyant Douleur du Vendredi saint.
    Que s'est-il passé ? Voici le livre le plus étonnant de Ioànnou. On reconnaît bien son monde et pourtant tout a changé. L'auteur est toujours là, au coeur de ces récits composites, inclassables - même si, à vrai dire, la part de fiction semble ici plus grande, même si l'auteur-protagoniste se dissimule à moitié parfois, passant du je au il - et même, une fois, sans doute, au elle... On reconnaît aussi les thèmes - solitude, amours impossibles, union de l'amour et de la mort, du sexe et du sacré, du désespoir et de l'espérance. Il est vrai que cette fois le narrateur s'enhardit, l'autocensure se relâche, l'aveu se fait nettement plus explicite. Mais la grande nouveauté, c'est un spectaculaire changement de voix. L'écriture ancienne de Ioànnou, brève, ramassée, à la fois dense et trouée de silences - du court qui en dit long - est soudain balayée par un grand souffle, comme si une digue cédait soudain, et un torrent de mots déboule tout au long de paragraphes immenses, de phrases qui n'en finissent pas, dans des histoires qui sentent l'insomnie et la fièvre, hallucinées, égarées, où les lieux et les temps parfois se mêlent, brûlantes, où parfois l'on se perd.
    Le sommet de cette vague - ou le fond de ce tourbillon -, c'est sans doute la nouvelle éponyme, aux phrases débordantes, grouillantes comme la foule, étouffantes comme le parfum des fleurs, obsédantes comme des chants d'église, scandées par des citations des Écritures à la fin des paragraphes - « comme des points d'orgue ou des stations sur le chemin de croix », m'écrit l'auteur dans une lettre en 1982. Toute la sensualité que les Grecs ont mise dans la religion, cet étonnant mélange de Jésus et de grand Pan toujours vivant, aucun texte ne l'a aussi bien montré, je crois, que ces dix pages illuminées. Elles resteront ce que Ioànnou a écrit de plus fort et de plus fou, mais les douze autres nouvelles du recueil sont à peine moins frappantes, par l'étrangeté des situations, leur érotisme imprégné d'angoisse, l'accord entre héritages païen et byzantin, et par l'audace exacerbée d'une écriture aventureuse, tâtonnante par instants, excessive, mais dont les excès eux-mêmes sont nécessaires.
    Ioànnou n'ira pas plus loin. Il reviendra plutôt en arrière dans ses derniers textes. Il meurt prématurément, en 1985, à cinquante-sept ans, laissant d'autres proses, des traductions du grec ancien et du latin, des recueils de contes, de chants populaires, de pièces pour le théâtre d'ombres. Il m'a donc laissé seul au moment où je m'apprêtais à m'occuper de lui. Le traduire a toujours été pour moi une obsession. J'ai à peine connu l'homme, je ne partage pas ses choix amoureux, mais ses choix d'écriture sont tout proches des miens. Ses écrits ne sont pas seulement parmi mes préférés, toutes langues confondues ; si je me suis mis à écrire, c'est en partie grâce à eux ; ce sont eux surtout qui m'imprègnent et que j'imite sans le savoir quand je délaisse les Grecs pour l'écriture en solo.
    Entre mes premières traductions de Ioànnou et celles que j'achève aujourd'hui, vingt ans ont passé. M'ont freiné divers obstacles matériels, éditoriaux par exemple. J'ai eu la chance de caser dans une revue le texte initial, mais quel éditeur français, avant publie.net, aurait osé publier l'ensemble ? Une splendeur si insolite ! Des nouvelles en plus, genre méprisé chez nous !
    La présente édition propose onze textes sur treize. Certains passages, obscurs pour les Grecs eux-mêmes - y compris parfois pour les familiers de l'écrivain - reçoivent une tentative d'explication dans les notes. Ma traduction arrondit un peu certains angles, mais j'aurais dénaturé le texte en y versant trop de lumière. Un grand merci à Ghislaine Glasson-Deschaumes qui accueillit Ioànnou jadis dans la revue Lettre internationale, ainsi qu'à Dìmitra et Mihàlis Milaràkis, soeur et beau-frère de l'écrivain, et Orsalìa Synteli, qui m'ont patiemment guidé dans certains passages obscurs.

    MV

  • Pourquoi revisiter la Révolution française aujourd'hui ?

    Comment la fiction, la littérature, peuvent-elles s'autoriser à contourner la chronique et le commentaire historiographique ?
    Je propose une simulation de la Révolution, en associant détournement, humour et politique. En procédant à une réincarnation aléatoire de personnages historiques, je réactualise la mémoire collective : le regard contemporain se déplace, des grands hommes du passé vers les anonymes d'aujourd'hui (citoyens, électeurs, grévistes), des événements fondateurs aux exigences toujours actuelles (les droits de l'homme, le bien-être individuel et collectif).
    L'humour consiste à « revoir 89 » avec les expressions du marketing et du capitalisme (briefer, vendre, gagner), à délester le lexique de la communication de sa charge pernicieuse, montrer comment, aujourd'hui, la com. et le marketing sont la politique. Ce tour de passe-passe me permet de dénoncer un monde où le succès, les médias et l'argent justifient tout.
    Un narrateur multifonction, polyvalent, journaliste, poète, scénographe, consultant, conseil en communication, expose sa vision de l'histoire et de l'actualité, par des allers et retours entre le monde actuel et 1789, interrogeant les notions d'aliénation et d'émancipation, de citoyenneté, dans un processus d'adresse au lecteur, pour tenter de répondre aux questions suivantes :
    Est-il possible d'inventer une poétique du monde social et politique ?
    De pointer, par le medium littéraire, les défaillances du système actuel (la raison cynique, l'impuissance face à l'hypercapitalisme) ?
    La Révolution française est-elle un capital ? Si oui, comment le transformer ?
    Peut-il exister un imaginaire de la contestation ?
    VP

    Et voilà le versant sérieux des questions que se pose l'auteur, Véronique Pittolo, avant cette descente au milieu de Robespierre, Marat et les autres.
    Mais cela change quoi, si on y amène les caméras de télévision et les usages publicitaires d'aujourd'hui ? Si on fait monter Lénine sur un tonneau, et qu'on scrute aussi l'envers de tous ces vieux mots, quand tous les problèmes de domination et d'exploitation demeurent ?
    Alors dire que La Révolution dans la poche, c'est comme un hymne à l'envers, un opéra de poche, mais traité presque comme une farce - pourtant, au plus juste de l'humain, sur eux, les hommes de la "terreur", comme sur notre présent...
    Particulièrement fiers donc d'accueillir ce texte important, disponible en version imprimée chez Al Dante.

    FB

  • Ce recueil articule entre elles quatre formes brèves, Elles en premier toujours, Wagon, Artisans et Musaraignes. Le lecteur y croise des personnages en marge de toute norme, tous plus pathétiques les uns que les autres, aux trajectoires et aux projets sans avenir encore plus improbables qu'eux-mêmes, et pourtant. D'avoir trébuché, un jour que l'on ignore, ils ne se relèveront pas, ou alors d'une manière si imprévue que chacune de leurs heures est matière à fiction, comme une histoire condensant en soi tout le drame qu'il y a à être eux. Sans jamais trop désespérer, chacun trouve la grâce de l'abîme, continuera ses acrobaties en cours de chute.

    ***
    Cela commence par un hommage à la danse.
    Puis par cette errance dans la nuit d'une ville, et les lumières qui la trouent.
    Puis une réflexion sur les choses, celles qu'on garde, celles qu'on jette."Et voilà la terre autour. Tout autour, d'elles, et d'eux, on peut la sentir souffrir, la terre, endurer. Terre on dirait lointaine, mais comme une mémoire profonde, une musique triste, originelle. Et persistante, malgré son air de vision, vraiment tenace. Et d'un coup on reconnait tout, y compris soi. Dans le fait même de ne plus rien reconnaître, s'y reconnaître."
    Jacques Serena est un de nos plus singuliers explorateurs du récit : il l'a appliqué à un objet unique, jalousie, destin en rade, et a pris pour territoire ces villes du sud qu'il connaît si bien.
    Ici il prend écart : la même prose, la même puissance narrative qu'on connaît, mais devenue poème, avec montée progressive de l'intensité de parole, comme un ligne tendue enflant, concise, percutante.
    Un hommage donc à « celles courant en échappant aux balles (...) à ces assises, ces danseuses (...) avec des éternités dans le moindre regard. »
    Et malgré tout, dire, l'oser, comme dans un abandon.
    FB _ FG
    Ce livre est disponible en papier et numérique > http://www.publie.net/livre/elles-en-premier-toujours/

  • Particulièrement fier de mettre en ligne L'enfer est vert.
    C'est un texte neuf et audacieux. Comme chaque auteur, passée la grande vague d'un livre, se remet au laboratoire, et qu'une piste de recherche peut l'emmener soudain dans une zone neuve, et du territoire découvert s'amorcera une autre conquête.
    La zone neuve et le territoire découvert, c'est l'arrivée décrite, dès le départ du texte, dans le "nordeste" brésilien, où Leslie Kaplan et Heitor de Macedo se sont souvent impliqués. L'autre conquête, c'est peut-être (elle ne sera probablement pas d'accord) dans le livre récemment paru chez POL : Mon Amérique commence en Pologne.
    Ce qui est fascinant, dans L'enfer est vert, c'est comment la récurrence de cette phrase très simple, pure perception à l'arrivée au Brésil, parce qu'elle met tout de suite en vis-à-vis de l'exploitation, de la misère, des grandes lois naturelles tellement plus fortes que le destin humain, aussi, va inclure par boucles successives tout ce que ces problématiques convoquent dans le présent immédiat de l'auteur.
    Ainsi, du même geste, parce qu'il y a violence, parce qu'on traque la parole, la proche banlieue parisienne (Les Lilas), ou l'actualité de notre côté du monde. Mais aussi les lectures, et les figures qui les incarnent (même Bob Dylan et Rimbaud, eux-mêmes opposés comme les étranges saltimbanques de Balad of a thin man) : Leslie Kaplan a écrit (voir Les outils sur Marguerite Duras, sur Maurice Blanchot avec lequel elle a longtemps et densément correspondu, mais, derrière, sont des figures plus tutélaires, emblématiques, Franz Kafka et Hannah Arendt, qui revient toujours, comme si l'hommage ne valait qu'à être mis à l'épreuve, recreusé, dans les textes de Leslie.
    Et s'amorce un autre glissement : la littérature l'autorise par une autre figure, cette fois-ci originelle : Alice au pays des merveilles, dans la langue anglaise, c'est l'apprentissage d'enfance entre réalité et fiction, et que cette frontière est mouvante, active, joue à la fois sur le réel où on coupe les têtes, et sur le rêve qui y mène. Alors - la première fois ? - la langue anglaise vient travailler le corps du récit, le dédoublant en voix off, mais ce dédoublement est aussi dédoublement d'instance : la façon dont on convoque êtres et lieux n'est pas la même.
    C'est à ce voyage qu'on vous convie. Leslie Kaplan avait d'abord confié ce texte à la collection Inventaire/Invention de Patrick Cahuzac, et c'est lui rendre hommage que de vouloir, dès maintenant, assurer la continuité d'existence d'un texte nécessaire.
    Ne vous privez pas de ce voyage. Pour une fois, on insiste.

    FB

  • « J'ai rêvé que Jean Paulhan avouait sur un plateau télévisé qu'il avait créé de toutes pièces le personnage de Maurice Blanchot comme incarnation de tout ce que représentait la littérature d'après-guerre : personnage kafkaïen, ubiquiste et cantonné en permanence à une chambre d'écriture/ lecture ("une espèce de chambre d'écho", disait-il). Oui c'était lui, et un petit comité d'écrivains triés sur le volet, qui avaient rédigé L'entretien infini, L'attente l'oubli ou La folie du jour. Si au départ il était quasiment seul, l'écriture est devenu de plus en plus collective au fil du temps, ce qui rendait la syntaxe (notamment) si singulière et l'emprise si importante. Nous étions dans le bureau de la rue ex-Sébastien Bottin. Il avait un gecko sur le revers de costume et trempait de temps en temps le bout de ses doigts dans un bocal d'eau verte. »
    Livre hybride, entre lecture et écriture, essai osant parfois sa part de fiction, l'enquête de Benoît Vincent vise à sonder l'incertitude voire l'ambivalence dans la production contemporaine de ces dernières décennies. En un mot, l'inquiétude. Car la littérature inquiète, dans toutes les porosités des deux versants d'une même pièce : lire et écrire.
    En marge des éclaircissements académiques généralement propres à la critique, La littérature inquiète se plonge dans les eaux profondes, supposément obscures, des écritures d'aujourd'hui, en traversant entre autres les territoires d'Arno Bertina, François Bon, Nicole Caligaris, Italo Calvino, Patrick Chatelier, Claro, Emmanuel Delaplanche, Régis Jauffret, Pierre Senges, Enrique Vila-Matas, Guillaume Vissac ou Antoine Volodine. Le tout sous les figures tutélaires que sont Paulhan, Blanchot, des Forêts et Quignard.


  • Toute une vie à traduire. Mais André Markowicz a toujours refusé de s'expliquer par écrit sur son métier de traducteur.

    Bilingue entre le français et le russe, c'est par le grec et le latin qu'il commence ses traductions. Et puis il y a ce fabuleux continent sauvage de prose qu'il revisite et dénude, un Dostoievski jamais fini, qu'il remanie et aiguise à mesure des rééditions, nous réapprenant un Dostoievski glissant, tranchant, rapide, avec des fulgurations mystiques que les traductions d'autrefois ne laissaient pas prévoir.
    André Markowicz a fasciné des centaines et des centaines d'auditeurs : il est là devant vous, un texte sur les genoux qu'il ne regarde même pas, parce qu'il le sait par coeur. Et il vous embarque pendant une heure, deux heures, dans le fond d'un vers, et tout ce qui lui il y entend. Les rythmes, prosodies, l'héritage, les allusions,et puis qui était celui qui écrit, quelles conditions biographiques. Alors, tout au bout, qu'importe le texte français, qui n'aura duré que le temps de cette séance, et n'aura pas laissé de trace : la lecture est avant tout du temps, et ce temps où Markowicz nous a promenés dans la langue, c'est la poésie elle-même, la poésie comme expérience.
    C'est dans ce contexte qu'il faut lire ces Gens de cendre, poèmes écrits en traduisant, lisant crayon en main.
    Travail de la langue à ses frontière, dont l'appareil de notes donne les sources et les clés. Croisant alors l'histoire russe, l'histoire des Juifs dite par un vers de Guennadi Aïgui, et Virgile ou Sophocle en amont de Shakespeare, et, pour l'air et les ciels où on travaille, les mots de la langue bretonne, le pays où il vit. Mais, avant tout, les grandes ombres de Paul Celan, d'André Mandelstam (ou Agamben commentant Mandelstam, André s'inscrivant dans toute une suite de ces prismes où nous-mêmes nous sommes...). La question de la folie, souvent tangente sous les phrases.

    Ce livre est disponible en papier et numérique >

    http://www.publie.net/livre/les-gens-de-cendre-andre-markowicz/

  • Il y a quelques mois, nous publions à peu près simultanément Le livre, l'immeuble, le tableau de Jérémy Liron, journal de travail d'un jeune plasticien, et le premier noyau d'Anticipations d'Arnaud Maïsetti, oeuvre qui se complète et se développe en ligne (les lecteurs qui la téléchargent sont automatiquement prévenus des mises à jour.
    Présentant dans la galerie qui propose son travail une lecture à voix haute de son texte, Jérémy Liron l'accompagne d'un film. La ville, expérience noir et blanc, repères, déformations, stéréotypes et brouillages.
    Arnaud Maïsetti transmet alors à Jérémy Liron une suite de notes, issues de son rapport à Deleuze, Rimbaud, Koltès. Comment interroger le regard, le cadre, les cinétiques ?
    Leur collaboration a donc commencé sous les auspices de cette première publication sur notre site.
    Les Lillois connaissent bien Dimitri Vazemsky, et sa maison d'édition Nuit myrtide, travail ouvert en permanence au défrichage, aux expérimentations et nouvelles formes : il vient de publier La Mancha, 48 pages, format carré 155 x 155, croisant les photogrammes de Jérémy Liron et le texte d'Arnaud Maïsetti.
    Pour 10 euros, vous vous procurerez l'édition papier du livre, via son site.
    Sur publie.net, nous vous proposons l'édition numérique exclusivement, mais augmentée des notes préparatoires d'Arnaud Maïsetti. Mais quiconque nous enverra petite preuve matérielle de l'achat du livre se la verra délivrer gratuitement.
    J'ajoute que la démarche de Liron comme celle de Maïsetti recoupent mes chantiers personnels, là où je les considère des plus importants : la ville, la représentation, le mouvement, l'image. Il est troublant pour moi de voir ces chantiers maintenant relayés, développés. Ce texte est important, le dialogue qui s'instaure entre les deux démarches est vital : soutenez-les.

    FB

  • À l'instigation de François Bon qui venait de fonder la maison Publie.net, j'ai réuni plusieurs textes consacrés au long des années à Paul Gauguin, à la croisée de sa vie et d'une oeuvre qui est aussi littéraire : outre son abondante correspondance, Gauguin est un mémorialiste et un pamphlétaire remarquable, dont l'écriture âpre et rugueuse danse face au lecteur comme les jambes du boxeur sur le ring.
    Le titre donné à cet ensemble de textes relevant de genres différents (la fiction biographique à travers un feuilleton radiophonique, l'essai critique ou la « lecture d'image ») est une invitation à le lire comme un chantier destiné à rester ouvert. L'oeuvre du peintre qui revendiquait « le droit de tout oser » et affirmait avoir « voulu vouloir » est suffisamment entêtante pour qu'on y revienne sans cesse. Elle est de celles où l'on puise énergie et lumière, cette lumière si particulière qui faisait dire à Mallarmé, face aux premières toiles tahitiennes, qu'il est extraordinaire de générer « tant de mystère dans tant d'éclat ».
    BERTRAND LECLAIR

  • Une lave sans ponctuation, avec voyages par routes et trains, et se jeter aussi dans la langue des autres, mais où toute l'histoire et la violence du présent bruissent.
    Une colère et une rage qui viennent s'incarner par le chant et le rythme, que ça s'appelle beauté, mais inclut à égale surface les villes, les voyages, la folie.
    Un poème d'une seule filée de prose, 4 parties violentes, brutales même. La vie y est parfois arrêtée : le narrateur parle de la mort traversée, de la plaie des jours, des attentes, du corps.
    Mais que c'est tout le destin et le plus obscur d'un présent en vertige dont alors l'écriture peut se saisir.
    Les vieux prophètes de la Bible le savaient. Ici, on ne quitte pas l'expérience quotidienne, on s'en va voir ce qui traîne sur le sol de la gare de Maubeuge, s'il faut conjurer tout lyrisme vide. Mais c'est bien ce vieux fil de la voix dressée qu'une fois dans sa vie il est bon de pousser à l'excès jusqu'où il nous devient chose commune.
    Michaël Glück est né en 1946, il vit à Montpellier. C'est un de nos grands poètes.

    FB

    Ce livre est disponible en numérique et en papier > http://www.publie.net/livre/proferations-de-la-viande/

  • Sur ces feuilles arrachées d'un cahier d'écolier se trouvent des « lignes d'une écriture serrée » qui vont bouleverser les esprits.


    Nous sommes dans un paysage rural de l'Est, encore marqué par les traces d'une guerre qui reste dans les esprits. Se pose la question de ces lignes et de ce qu'il convient d'en faire. Et c'est un « nous » qui parle, un « nous » communautaire, la voix des habitants de ce village portée par la voix de l'auteur.

    L'indicible de cette « confession » est au coeur d'Incipit, mais ce roman n'est pas qu'une avancée vers une révélation sur ce que contiendrait le texte retrouvé.

    Plus largement, c'est la peinture d'un paysage, à travers les portraits des hommes et des femmes qui l'habitent.

    Portraits de soldats d'abord, visages d'hommes plus ou moins jeunes, happés par la guerre. Portraits de gestes ancestraux, réminiscences, habitudes, instants précis.

    L'écriture de Daniel Bourrion est large. Elle laisse la phrase s'installer dans toute son ampleur, lui donne la place de s'échapper vers un aparté, un ajout qui lui vient à mesure qu'elle se forme, et fait confiance au lecteur qui reprendra le fil. Ce rythme étiré possède une grande puissance évocatrice.


    Autour de thèmes comme la mémoire, la filiation, la mort, le récit avance jusqu'à l'arrivée du "je", narrateur, rapporteur, témoin.


    L'écriture de Daniel Bourrion est singulière, et son souffle rare. À visiter, son atelier en ligne, Face-Ecran.

    CJ, dans Pages à Pages.

    Ce livre est disponible en numérique et en papier >

    http://www.publie.net/livre/incipit-daniel-bourrion/

  • Frédéric Dumond | We are under attack
    Cela commencerait (ou presque) ainsi :
    le monde est sale
    tous les jours
    le monde est sale dangereux laid
    aujourd'hui
    le monde est encore plus laid, encore plus sale
    tellement sale tellement laid
    et, demain, le monde est encore plus sale
    encore plus
    c'est terrible
    c'est terrifiant
    c'est horrible
    on ne peut pas y échapper
    on ne doit pas y échapper
    il ne faut pas l'oublier
    on n'a pas le droit
    on n'a pas le droit
    le monde est méchant méchant
    le monde est laid
    on n'a pas le droit de l'oublier
    jamais

    C'est probablement dit très vite, les occurrences reviennent par série, un changement impalpable, mais chaque thème vient à son tour émerger sans casser le flux rythmique :
    ce qui arrive est terrible
    ce qui arrive c'est terrifiant
    partout, tout autour
    c'est comme ça
    c'est ce qui arrive
    c'est terrible
    on n'a pas le choix
    il faut changer d'homme, de femme, de chien
    de vêtements, de lunettes
    bien sûr
    on n'a aucun choix
    on ne peut rien y faire
    rien y faire
    non, rien
    évidemment, il n'y a rien à faire
    rien
    on ne peut pas y échapper
    on ne peut pas
    c'est comme ça
    comme ça
    il faut bouger, bouger
    on n'y échappe pas
    il n'y a rien à faire
    rien d'autre
    rien du tout
    we are under attack
    emergency response
    move
    move
    bouge

    C'est la qualité concrète qui détermine la prise du texte sur le monde. Dans cette énergie, ce qui en lui nous parasite s'éloigne un instant à distance, presque par l'incantation. Alors cette insolence est salutaire. On dirait presque : hygiénique. Dans la masse de ce qui pèse, comme dans le fameux je rame de Michaux, c'est de nommer qui peut se charger du pouvoir d'éloigner.
    C'est la force de ces formes brèves qui sont déjà les pages les plus visitées de ce site : on peut essayer, se donner le plaisir de crier un bon coup, de boxer si on veut.
    Mais c'est sans doute plus au fond aussi : ils sont nombreux, les auteurs de la génération de Frédéric Dumond, à travailler dans ces formes où la performance orale, les lois scéniques conditionnent la forme. Qui requiert la profération, la prise de parole, mais lui permettent l'adresse, la renverse sur le monde. J'aurais un stage théâtre à mener, je leur donnerais ce texte et on irait le donner dans une galerie commerciale, un samedi après-midi.
    Je souhaite que ce site, publie.net, témoigne de la santé de cette langue d'aujourd'hui, et qu'elle ne craint pas le vieux monde. Qu'elle s'en moque. Qu'elle en jongle.
    Voici donc quarante pages de Frédéric Dumond, une seule variation, avec temps fort. Et que ça fait du bien à l'ensemble des autres textes, ça nous détermine un terrain.

    FB


    Un autre texte de Frédéric Dumond sur publie.net : Ad hominem. On trouvera sur cette page des précisions supplémentaires sur l'auteur et son parcours, avec liens.
    sur we are under attack
    Ce texte a été créé au Quai, à Angers, en novembre 2007 pour Doggy Bag, spectacle de cirque contemporain, monté par la compagnie Non Nova de Philippe Ménard (dans une coproduction Le Quai Angers, et le CRAC Cherbourg-Octeville)

    description salutaire du monde vrai 2008-04-28 résumé court de l'ouvrage
    publienet_DUMOND01 publie.net

  • En ce soir

    Daniel Bourrion

    Depuis Répons, La Dragonne, 2003, et Chemins du
    vagabond, L'Arbre, 2004, l'écriture de Daniel Bourrion fixe un
    territoire où on dirait qu'il s'agit d'épurer, faire marcher vers
    le dépouillement la relation qu'on a aux éléments primordiaux, ceux
    où s'organisent à la fois le conflit et la fusion de l'homme avec
    sa propre identité et son devenir.
    L'atelier de Daniel Bourrion est à ciel ouvert : c'est une
    écriture en ligne, Terres regroupant tentatives et
    expériences, mais gardant ce découpage spatial qui est sa
    marque : routes, villes, ou bien cette très belle série des
    Immobiles.
    Ainsi, ce que nous apprennent, ou ce que déplacent, les auteurs
    de la génération de Daniel Bourrion, ce n'est pas un avalement de
    la littérature par le numérique. Son chemin d'écriture il
    l'accomplit comme n'importe quel écrivain des décennies précédentes
    l'a accompli, publications en revues, tentatives qui
    progressivement prennent de l'ampleur, et un travail universitaire
    préalable en chemin parallèle, comme par hasard sur ce grand
    lyrique des éléments et de la violence des hommes qu'est Claude
    Simon.
    La bascule générationnelle, si elle nous offre au quotidien
    l'atelier de l'auteur via le numérique, ne détourne pas ou ne
    dispense pas de l'affrontement plus large, où c'est seulement de
    phrase qu'il s'agit, et ce qu'on demande au poème, au récit. Ou à
    la façon dont les deux se combinent dans l'élan qui les
    rassemble.
    Ainsi, ces schémas récurrents d'attaque, un simple jusqu'à ce
    que, en incipit des quinze chants de ce texte, simplement
    signalés premier, deuxième..., et qui suffisent à ce que le
    temps en soit le matériau principal. Ainsi la récurrence des
    thèmes, ce dépouillement de l'homme dans sa relation aux plus
    proches, corps contre souffrance, corps contre pauvreté, ou
    travail, ou l'animalité du corps, ou parole, voix, silence.
    Si la vieille terre lorraine ici résonne, dans des schémas
    d'affrontement des hommes qui ne sont pas si loin des Vies
    minuscules de Pierre Michon, ce qu'on écrit n'a pas d'autre
    lieu que notre mémoire commune.
    Les temps changent : les formes qu'on peut avoir avec un
    auteur changent. L'exercice reste le même. Ici il ne s'agit plus de
    l'expérience poétique que le numérique permet de partager
    avec l'auteur en temps réel. C'est le mouvement par quoi un texte,
    arrivé à sa maturation, ayant gagné sa forme, son épaisseur, se
    détache de son auteur et devient parole de tous.

    FB

    A lire aussi, de Danier Bourrion, sur publie.net : Incipit.

  • Ce qui serait la preuve que publie.net rentre dans une phase adulte du site, c'est ce texte : Distances.
    Ecrit par un poète lyonnais, il suppose - parce que poésie en acte, en travail, renvoi des mots vers le monde, retour du monde sur la langue, qui se disloque, se recompose, assaille - une mise en page qui intègre l'écran, la tourne, qui interroge le temps où soi-même on est happé à ces mots, et par où ils vous emportent au travers même de l'interface technique (ce que le livre était aussi) : travail dans les deux sens, du texte vers l'intérieur de soi-même, et le silence, et le chuchotement ou le cri, travail de soi vers ce que le texte montre, le monde inatteint, inatteignable.
    Âge adulte pour publie.net, parce qu'il s'agit d'un auteur lui-même tenant sur Internet un blog : tessons, où la langue se risque au quotidien, aux images, à la lecture critique. Et qu'on peut sur le blog d'Armand Dupuy accéder directement à ses textes sur publie.net : le choix pour nous tous de travailler en équipe, de constituer avec chaque auteur un parcours.
    Âge neuf puisque la mise en page (est-ce que le mot est pertinent ? j'aurais presque dit l'activité lecture) est proposée pour publie.net par Fred Griot, non seulement ils ont travaillé en binôme, celui qui écrit et celui qui met en page, mais ont repris le premier texte en ligne d'Armand Dupuy, dehors / hors de / horde, qui nous faisait entrer dans les prisons de Lyon, où la langue qui s'y joue.
    Âge neuf, puisque le travail du poète et le travail des peintres ont toujours interféré. Et que l'outil numérique permet, en très grande simplicité, de porter ce même risque à la surface du texte - qui ici est accompagné, ou se rejoue, avec des peintures de Barbara Schroeder, Anne Slacik et Aurélie Noël. Avec des liens interactifs dans le PDF qui vous emmèneront du texte vers les univers des artistes.
    Un grand merci donc à Armand Dupuy et Fred Griot : on l'impression que l'importance de certains textes, en dehors de leur propre démarche et conquête de langue, c'est ce qu'ils déportent ou multiplient pour l'ensemble des autres, et le support par quoi ils nous adviennent...

    FB

  • Faux airs

    Michel Falempin

    J'avais découvert la langue de Michel Falempin, son souci du continu (expression de Jean-Paul Goux, qui publierait bientôt dans la même collection) dans L'Ecrit fait masse, collection Digraphe, en 1976.
    Pas seulement la hauteur de prise d'une grande langue, d'une pâte lourde, d'une syntaxe tirant de tous les outils de la langue, mais le souci (ce mot me semble rapprocher ces auteurs) de porter la langue au contact du monde, quand bien même elle risquait de s'y disloquer, d'avoir à lever des figures, des objets (Ponge aussi publierait dans Digraphe : Une figue de paroles et pourquoi) a priori hétérogènes à l'expérience littéraire.
    Ce son particulier de voix, une raucité, un élan, je le retrouverais dans La légende travestie en 1987. Michel Falempin a continué, l'actualité littéraire n'a pas forcément précaution de ces veines sourdes, où pourtant elle se renouvelle, Jacques Ancet, Jacques Abeille Jean-Paul Goux ne démentiront pas.
    D'autres livres chez Ivrea, Exeat à paraître prochainement chez Ecbolade : je tiens à ce que publie.net soit pour moi une affirmation. Ce souci de la langue. Et la dette : ceux qui vous ont appris à se charger de la matière lyrique pour la porter à sa juste épreuve.
    De Faux airs, voici l'incipit :
    Une relation comme ancillaire unit la littérature au doute : tout château qu'elle invente, ne le place-t-elle pas sur le chemin de ce maître invisible pour qu'il le dévaste de ses soupçons, qu'il souffle sur les mystères qu'elle entretient, qu'il en disperse les prestiges et règne enfin sur ses ruines supposées ?
    Et puis un exercice funambule : l'apostrophe adressée à un personnage qui entre dans la pièce où écrit le narrateur, une simple phrase, l'adresse faite à l'autre. C'est un récit de 40 pages, voici l'incipit de la IVème partie :
    Le réel existe par imitation : il n'est pas jusqu'aux syllabes de celle qui n'a pas parlé qu'il ne propage. Il excède son existence muette. Il peut bien interpoler : quiconque s'estime en vie est tenu de croire à ses tours. Mieux, il doit en donner la preuve en en reproduisant, pour sa part, les prestiges : cela conforte la foi en les battements du coeur.
    Que cette mise en ligne contribue à renforcer l'accueil que nous devrons à Exeat, et c'est aussi la tâche, ici. Et si vous trouvez chez un bouquiniste deux exemplaires de L'Ecrit fait masse, ne les manquez pas, et réservez m'en un !

    FB

  • 666, quatre études sur le rock'n roll
    Claude Chastagner est le premier à avoir développé dans un département universitaire (le département d'anglais de Montpellier 3), dès 1994-1995, un fonds de ressource et une approche spécifique du rock'n roll (voir notamment La loi du rock, éditions Climats, 1998). De l'autre côté de l'Atlantique, et on l'a sur par Greil Marcus ou bien d'autres, longtemps qu'on sait que cette explosion des rituels, ce qu'ils sous-tendent pour les moeurs, l'idée de la musique, le comportement des foules, ou tout simplement l'instance symbolique des mutations sourdes ou violents d'une société, est une tâche urgente et nécessaire.
    Et certainement, même, nous ne sommes qu'à la frontière de cette compréhension où cheminer du fait culturel lui-même, dans son ampleur, et en quoi il recouvre, à échelle mondialisée, des enjeux profonds concernant les équilibres civilisationnels.
    Récemment, à Nîmes, de part et d'autre de l'écran d'un ciné-club, Claude Chastagner et moi-même présentions One + One de Godard. Mon approche était plus biographique, j'essayais de comprendre ce qui avait pu se passer entre Godard et les musiciens. Claude Chastagner replaçait le film dans son contexte, les luttes et discours de l'époque, les affrontements théoriques : mais rien de ce positionnement n'aurait été possible sans la pleine estime ou passion musicale (la veille, dans un atelier de traduction Dylan avec quelques-uns de ses étudiants, je l'avais vu empoigner lui-même la guitare...).
    Ce sont ici quatre mouvements : d'un vieux morceau, 666, d'Aphrodite Childs, dégager justement ces pistes, miroirs, enjeux, discours. Et réflexion ensuite, qu'on propose à feuiller ci-dessous, sur autre point crucial : il y aurait un art noble, et un qui ne le serait pas ? Lien scandaleux entre la Watermusic de Haendel et le easy-listening qui nous encombre ?
    La troisième étude s'intitule sobrement Pourquoi la guitare ?. Elle accompagnait l'exposition Guitare et émancipation à la cité de la Musique, il y a 2 ans.
    Enfin, ce qui nous soude tous dans le même étonnement : le lien entre l'esthétique et la rage, le rock'n roll et la colère. Personnellement, je ne me suis jamais encore frotté au continent Zappa : c'est par la figure considérable de celui qui est peut-être le plus hénaurme (mot flaubertien) musicien que les dernières décennies aient porté que Claude Chastagner interroge « la fonction de résistance qu'à partir des années soixante-dix la critique a attribuée aux pratiques culturelles, musicales en particulier, de la jeunesse occidentale ». Resistance through music : le cas Zappa...
    FB

  • Le projet publie.net a vocation non pas seulement à accueillir les textes, mais à déplacer notre rapport à l'atelier, au chantier, à la notion même de frontière ou de contour d'oeuvre, dans le basculement que permet le numérique, et que nous commençons tout juste à explorer.
    Ainsi, seront au premier plan ici des auteurs dont la démarche, parce que d'emblée liée à la diversité des medias, images et voix, et à l'intervention même de l'auteur, expérimentant la performance, l'intervention avec plasticiens ou musiciens.
    Refonder, après la plui (à paraître finalement entre temps en édition traditionnelle chez dernier Télégramme), et le carnet de voyage Visions, plus un texte sur sa démarche, plateau en formes brèves, est le coeur vivant du travail de Fred Griot : voir notamment dans ses cartons son labo.
    Je souhaite donc qu'accueillir ici Refonder, travail de notes ouvert, en lien avec les expériences développées sur scène ou sur le Net, soit une invitation à d'autres auteurs pour aborder le chantier en mouvement des écritures.

    FB

  • Le premier numéro de la revue d'ici là est consacré à notre rapport au quotidien, au banal :

    Nous dormons notre vie d'un sommeil sans rêves.

    « Interroger l'habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l'interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s'il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s'il n'était porteur d'aucune information. Ce n'est même plus du conditionnement, c'est de l'anesthésie. Nous dormons notre vie d'un sommeil sans rêves. Mais où est-elle notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ? »
    Georges Perec, L'Infra-ordinaire, Seuil, 1989.

    Sommaire du numéro :
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    Gilles Amalvi, Félicia Atkinson, Ludovic Bablon, Isabelle Boinot, Raymond Bozier, Mathieu Brosseau, Michel Brosseau, Philippe Cou, Pierre Coutelle, Philippe De Jonckheere, Caroline Diaz, Armand Dupuy, Stéphane Dussel, Pierre Escot, Guillaume Fayard, Pierre-Yves Freund, Rémi Froger, Olivier Guéry, Déborah Heissler, Amande In, Anne Kawala, Frédéric Lavignette, David Lespiau, Arnaud Maïsetti, Xavier Makowski, François Matton, Pierre Ménard, Matthieu Mével, Grégory Noirot, Lolita Picco, Philippe Rahmy, Hubert Renard, Esther Salmona, Anne Savelli, Joachim Séné, Thibault de Vivies.
    36 auteurs / 90 pages

    Présentation des auteurs :

    Gilles Amalvi est écrivain. Né à Paris en 1979. Il vit à Nantes. Il a publié Une fable humaine au Quartanier (coll. « Phacochères », 2005). Ses poèmes sont parus dans diverses revues, dont Grèges, Moriturus, Le Quartanier et La mer gelée. Il a complété une maîtrise sur Henri Michaux et Paul Celan. Conférencier au musée des Beaux-arts de Nantes, il collabore également avec le festival des Rencontres Chorégraphiques de Seine-Saint-Denis.
    Félicia Atkinson est dessinatrice et musicienne. Elle collabore régulièrement avec le musicien Sylvain Chauveau ou la danseuse Élise Ladoue (stretchandrelax) et a fait des performances à la Fondation Cartier pour l'Art Contemporain, au Plateau Frac Île de France, au Point Éphémère, à la Knitting Factory, à l'Empty Bottle. Elle a exposé à la galerie Yukiko Kawase et réalisé deux albums avec stretchandrelax chez nowaki et rainmusic.
    Ludovic Bablon est écrivain. Né en 1977 à Chaumont. Ludovic Bablon vit à Marseille. Il a fait des études d'histoire et de documentation. Ses premiers livres sont parus chez L'Amourier (Perfection, 2000. Tandis qu'Il serait sans parfum, 2002) et Hache (Histoire du jeune homme bouleversé en marche vers la totalité du réel, 2003). Il a collaboré au Matricule des Anges.
    Isabelle Boinot est dessinatrice. Née en 1976, Isabelle Boinot est parisienne. Elle officie également au sein du collectif Frédéric Magazine. Elle a publié entre autres Montre tout (Arts Factory) et Nicoptine (En marge). Elle fait partie du collectif Frédéric Magazine.
    Raymond Bozier est écrivain. Il né à Chauvigny dans le département de la Vienne. Il vit actuellement à La Rochelle. Il a écrit plusieurs ouvrages : Lieu-dit, roman, livre de poche, 14595. Bords de mer, Flammarion, 1998. Abattoirs 26, Pauvert, 1999. Rocade, roman, Pauvert, 2000. Les soldats somnambules, roman, Fayard, 2002.
    Mathieu Brosseau est écrivain. Né à Lannion dans les Côtes d'Armor en 1977. Il a publié plusieurs recueils de poésie : De L'Aquatone (La Bartavelle éditeur, 2001). Surfaces, journal perpétuel (Editions Caractères, 2004). La nuit d'un seul, texte à paraître en 2009 dans la collection La Rivière échappée. Et même dans la disparition, à paraître aux éditions Wigwam en 2010. Créateur de Plexus-s.net. Il anime avec François Rannou la collection "L'inadvertance" pour "Publie.net" et collabore également à la revue "L'étrangère".
    Michel Brosseau Il vit à Orléans, on peut visiter son blog : À chat perché. Il vient par ailleurs de publier La Bac d'abord, aux éditions du barbu.
    Philippe Cou est écrivain. Né en 1967 à Concarneau (Finistère). Participations à Marelle, Sitaudis, fil AFP et les cahiers de Benjy et la revue X et le Dernier Télégramme et Plexus-s.net.
    Pierre Coutelle lit et écrit. Il est né en 1976. Il vit à l'extrême-orient de Paris, anime le site Commettre et prépare un texte sur un supermarché.
    Philippe De Jonckheere est photographe, graphiste, écrivain. Il est né à Paris en 1964. Il vit encore. Ce dont il conserve des traces quotidiennes dans un bloc-notes. Il a publié deux ouvrages chez Publie.net, en 2008 : Désordre, un journal. Robert Frank photographe.
    Caroline Diaz est illustratrice. Née en 1970 à Alger. Après des études à l'Ecole des Arts Appliqués Duperré, elle crée avec Céline Héno et Sophie Adary la société Mini labo, une marque d'objets et d'images dessinés. Elle a publié avec Pierre Ménard un livre édité par Actes Sud Junior en 2008 : Quand tu t'endors.
    Armand Dupuy est écrivain. Né en février 1979. Il vit à Saint-Jean-la-Bussière, près de Lyon. Il a publié deux ouvrages chez Publie.net en 2008 : Distances. dehors / hors de / horde.
    Stéphane Dussel est peintre. Il vit à Lyon. On peut découvrir sontravail plastique sur son blog. Il écrit également sur un autre blog Automaton.
    Pierre Escot est écrivain et vidéaste. Il co-dirige avec Guillaume Goutal les éditions PEGG, livres d'artistes en noir et blanc. Il a publié Orbe 20 : Trilogie de la main droite et Raison Basse, collectif aux éditions Caméras Animales. Planning aux éditions PPT. Occiput, éditions Derrière La Salle De Bains.
    Guillaume Fayard est écrivain. Né à Lyon en 1975, vit à Marseille. A participé aux Inédits 2004 du cipM, puis co-fondé la revue en ligne peauneuve.net. Il dirige aujourd'hui la revue en ligne Myopies. Aux éditions du Quartanier, participe dans la foulée de la publication de Sombre les détails en octobre 2005 au comité éditorial de la revue et co-dirige la collection Phacochères. Fait occasionnellement de la critique (Revue Le Quartanier, Sitaudis, CCP, La Voix du Regard), et de la traduction.
    Pierre-Yves Freund est artiste. Né en 1951. Il vit à Augerans, dans le Jura. Pierre-Yves Freund travaille depuis les années 1990 sur les notions de trace, mémoire et empreinte à travers des oeuvres reliant sculpture et installation. Il a exposé son travail dans de nombreuses galeries. Vol d'image, distribution sélective d'images photographiques, action en cours depuis 1997.
    Rémi Froger est écrivain. Né en 1956. Il vit et travaille en bibliothèque à Cahors. Il a publié deux ouvrages chez P.O.L. : Chutes, essais, trafics (2003) et Des prises de vue (2008). Il a publié Peintures et revêtements, Carte Blanche, 1999. Chez Publie.net : Routes, repérages. Il a notamment coordonné le numéro de la revue Fusées consacré à Bernard Noël, ainsi que celui consacré à Gherasim Luca.
    Olivier Guéry est masseur-kinésithérapeute. Né en février 1977. Il vit à Paris. Il tient le blog Une voix parvient à quelqu'un dans le noir.
    Déborah Heissler est écrivain. Née le 5 mai 1976 à Mulhouse (Alsace). Doctorat soutenue en Littérature Française et intégration du Centre de Recherches sur l'Europe Littéraire de l'Université de Haute Alsace. Elle a publié plusieurs ouvrages de prose et de poésie : Près d'eux, la nuit sous la neige, éd. Cheyne, , 2005 (Prix de Poésie pour la Vocation, Fondation Bleustein), Sur l'arbre de Judée, Cahiers slaves, Paris IV - Sorbonne, 2005, Hors série n°7, L'adieu au tilleul, illustrations de Yannick Leider et Hanna Chroboczek, Bacchanales 34, Revue de la Maison de la poésie Rhône-Alpes, 2004. A paraitre : Scherzando, Cahiers slaves, Paris IV - Sorbonne, Hors série. L'orientale, Cahiers slaves, Paris IV - Sorbonne, Hors série (Prix Henry Durand 2008).
    Amande In est artiste. Née en 1981 aux Lilas. Elle vit et travaille à Paris et à Prague. Après avoir fait l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris (atelier Jean-Luc Vilmouth), entre 2003-2006, elle a montré son travail dans de nombreuses expositions.
    Anne Kawala est artiste. Des études au DNSEP aux Beaux-Arts de Lyon et à la Lousiana Tech University de Lousiane, aux Etats-Unis. Anne Kawala pratique la poésie visuelle (sous forme de cartons d'invitations, ou d'objets adressés) et la poésie sonore écrite pour des lectures / performances dans des cadres spécifiques, liés en particulier à des expositions d'art contemporain. F.aire L.a F.eui||e avec une préface de Patrick Beurard-Valdoye, est paru aux éditions du Clou dans le Fer (collection expériences poétiques, dirigée par M. Batalla, en 2008.
    Frédéric Lavignette est journaliste depuis 1994, après un DEA en Sociologie des mass-medias. Il vit et travaille à Paris. Il a participé à la collection d'images de Château-Landon initiée par Hubert Renard. Il est l'auteur de La bande à Bonnot : A travers la presse de l'époque, paru chez Fage éditions en 2008.
    David Lespiau est poète. Né en 1969 à Bayonne, vit et travaille à Marseille. Co-fondateur de la revue ISSUE avec Éric Giraud et Éric Pesty (cinq numéros parus, 2002-2005). Interventions régulières pour CCP cahier critique de poésie (cipM). Derniers livres parus : De l'électricité comme moteur, éditions de l'Attente, 2006. Réduction de la révolution la nuit, Contrat Maint, 2005. Quatre morcellements ou l'affaire du volume restitué, Le Bleu du ciel, 2006. [or est un mot minuscule], éditions de l'Attente, H.C. 2006. La Fille du département Fiction : carnet Hawaï, éd. de l'Attente, 2008.
    Arnaud Maïsetti est écrivain. Né en 1983, Arnaud Maisetti est agrégé de lettres modernes et termine actuellement ses études de lettres à Paris. Où que je sois encore, son premier livre, est paru dans la Collection déplacements, aux éditions du Seuil, en 2008. Depuis juillet 2006 intervient régulièrement sur son blog Contretemps / Journal. Il participe également au site collectif persona.
    Xavier Makowski est artiste. Né en 1976, vit et travaille à Sainte-Cécile-les-vignes dans le Vaucluse. Depuis plusieurs années, Xavier Makowski explore le thème des « ruralités contemporaines ». Avec Aurélie Peyron ils créent « Les Nouveaux Ruralistes » en 2001. Ses travaux et projets en cours « Travaux saisonniers » sont visibles sur son site personnel.
    François Matton est dessinateur, écrivain. Né à Paris en mars 1969. Après avoir effectué ses études à l'École d'Art et de Design de Reims, François Matton oriente progressivement sa pratique artistique vers le dessin et vers la narration. Il est l'auteur de livres mêlant textes et dessins, publiés pour la plupart aux Editions P.O.L. Il vit et travaille actuellement à Paris. Parutions aux éditions P.O.L. : J'ai tout mon temps (2004). De pièces en pièces (2007). Sous tes yeux (2008). Chez d'autres éditeurs : Lignes de fuites, éditions Dumerchez, 1999. Comment j'ai cassé mes jouets, petit POL, 2005. Crabe sur son île, petit POL, 2006.
    Pierre Ménard est écrivain. Né en 1969. Il vit à Paris. Présent au travers d'interventions en revues, ainsi que sur supports sonores et sur internet, il anime depuis 2004 la Zone d'Activités Poétiques Marelle ainsi que deux podcasts audios : Marelle Radio et Page 48. Il tient également au quotidien un bloc-notes poétique sur internet. L'ensemble de ces travaux est disponible sur son site : Liminaire. Dernières parutions : "Le spectre des armatures" éditions Le Quartanier, 2007. En avant marge, Publie.net, 2008. En un jour (avec Esther Salmona), Publie.net, 2008. Il me sera difficile de venir te voir (ouvrage collectif), Vents d'ailleurs, 2008. Quand tu t'endors, éditions Actes Sud Junior, 2008.
    Matthieu Mével est auteur et metteur en scène. Il vit à Rome. Il donne un cours sur les écritures contemporaines à l'université d'Evry Val d'Essonne et s'intéresse particulièrement au théâtre et à la poésie. Il a travaillé depuis 1998 dans des théâtres (théâtre de La Main d'or, Paris, théâtre des Amandiers, Nanterre, théâtre Kleist Forum, Frankfurt/Oder), des galeries (Galerie Mercer Union, Toronto, Galerie Italienne, Paris, Casa Vecina, Mexico) et réalisé des performances à Copenhague, Bruxelles, Rome, Toronto, Paris, Dieppe, Mexico.
    Grégory Noirot est écrivain. Il a publié en 2005, chez Melville/Leo Scheer, un ouvrage intitulé Dictionnaire zéro (coécrit avec Nicolas Boissier).
    Lolita Picco est graphiste. Née en septembre 1986. Vit et travaille à Marseille.
    Hubert Renard est artiste. Né le 12 janvier 1965 à Lyon. Diplôme National Supérieur d'Expression Plastique (Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon) en 1989. Il vit et travaille à Paris. Dernières publications : Des Illusions ou l'invention de l'art un livre d'Alain Farfall - Editions Incertain Sens, Rennes, 2008. Catalogue - Editions PEGG, Coffret n°2, La Rochelle, 2008. De nombreuses expositions.
    Philippe Rahmy est écrivain et vidéaste. Né à Genève en 1965. Il est atteint de la maladie des os de verre. Philosophe de formation, égyptologue de prédilection, il vit à Lausanne et fait partie des membres fondateurs de remue.net créé par François Bon. A publié : Mouvement par la fin, un portrait de la douleur, Cheyne Editeur, collection Grands Fonds, 2005 et Demeure le corps, chant d'exécration, et Architecture nuit, Cheyne Editeur, collection Grands Fonds, 2007. Ainsi que deux textes, aux éditions Publie.net : Architecture nuit et SMS de la cloison.
    Esther Salmona est artiste. Diplômée de l'École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles et du Centre de recherche en art audio Locus Sonus (Beaux-Arts Aix-en-Provence / Nice-Villa Arson). Elle travaille actuellement avec des artistes sonores, philosophes, écrivains, fait des lectures et continue d'écrire (elle tient notamment un journal irrégulier d'écoute de flux sonores en temps réel : carpophores.blogspot.com). Une partie de son travail est disponible sur le site Hyphes. Elle a publié en collaboration avec Pierre Ménard : En un jour, chez Publie.net.
    Anne Savelli est écrivain. Née en 1967 à Paris, où elle vit et travaille actuellement. Elle est l'auteur de Fenêtres/Open space, écrit en 2007, et de Cowboy Junkies / The Trinity Session écrit en 2008, deux livres parus aux éditions Le mot et le reste.
    Joachim Séné est écrivain. Né en 1975 à Amiens, Joachim Séné vit et travaille en région parisienne. En 1999, en refermant Écrire de Jean Guenot et le Verbier de Michel Volkovitch, il court s'inscrire à l'atelier « Tisserands des Mots » de Pierrette Epsztein. Soirées lectures, publications dans la revue Filigranes et Le Monde Informatique. Il tient un blog (Journal Ecrit) depuis 2004. En septembre 2008, il a publié Hapax chez Publie.net.
    Thibault de Vivies est écrivain. Né en 1970. Il a publié quelques textes courts dans plusieurs revues dont La revue des ressource. Certains de ses textes ont été adaptés au théâtre par Maryline Klein et Françoua Garrigue et au cinéma par Derek Lepape. Son premier roman intitulé Me suis fait tout seul a été publié en 2002 par les éditions Pétrelle et l'est à nouveau en 2007 par les éditions Jets d'encre. Son deuxième texte long Tentative de pourquoi j'ai toujours si mal à la tête a été diffusé en 2008 par Publie.net.

    Direction artistique : Pierre Ménard


    A noter :

    Vous pouvez lire la revue en la feuilletant de façon classique, comme une revue ou un livre classique, de gauche à droite, et de la première à la dernière page. Mais vous pouvez aussi naviguer grâce aux liens hypertextes (laissés volontairement invisibles pour renforcer leur aléatoire découverte) qui enrichissent l'édition de cette revue. À partir du sommaire, page 3 (nuages des auteurs) ou pages 4 et 5 (vignettes des pages), en cliquant sur les noms des auteurs. Sur la page de destination, vous pouvez à tout moment revenir au sommaire de la revue en cliquant sur le nom de l'auteur figurant sur la page.

    PM


    Courrier : directement à Pierre Ménard, merci.
    Sites des auteurs présents dans ce numéro : [1]
    revue trimestrielle de création numérique 2008-12-21 revue trimestrielle de création numérique et littéraire 978-2-8145-0183-6 publienet_DICILA01
    [1]


    Gilles Amalvi


    Low Fi : Felicia Atkinson


    Ludovic Bablon


    Isabelle Boinot


    Mathieu Brosseau


    À chat perché : Michel Brosseau


    Junte : Philippe Cou


    Commettre : Pierre Coutelle


    Bloc-notes du désordre : Philippe De Jonckheere


    Mini labo : Caroline Diaz


    Tessons : Armand Dupuy


    Stéphane Dussel


    Revue Myopies : Guillaume Fayard


    Pierre-Yves Freund


    Ralentis, de Rémi Froger


    Olivier Guéry


    Déborah Heissler


    Amande In


    Anne Kawala


    cipM : David Lespiau


    Contretemps : Arnaud Maïsetti


    Ornière : Xavier Makowski


    François Matton


    Liminaire : Pierre Ménard


    Grégory Noirot (gr.0)


    Philippe Rahmy


    Hubert Renard


    Hyphes : Esther Salmona


    Fenêtres / Open Space : Anne Savelli


    Journal Écrit : Joachim Séné


    Tentative de journal de bord : Thibault de Vivies

  • J'ai mené des ateliers d'écritures dans au moins 6 établissements pénitentiaires, entre 1988 et 2001, dont un hiver entier d'intervention hebdomadaire au Centre de jeunes détenus de Gradignan : jamais il ne m'a été possible d'entrer sans gêne, sans une émotion particulière, dans aucun de ces établissements, pour aucune des rencontres.
    La densité de ce qui se passe pour un intervenant, artiste, écrivain, enseignant, et probablement aussi pour les autres accompagnants, est terriblement complexe, parce qu'elle nous dérange dans notre corps, son territoire, ses repères temporels, son rapport aux autres évidemment, et encore plus, sur le fond, la question morale.
    On doit intérieurement affronter ce qui tient à la violence, à la culpabilité, et à ce qui nous fonde comme communauté parce que nous partageons le monde : ici on a été mis à l'écart du monde. Et, pour l'intervenant, le temps de la séance, même s'il y a une sonnette d'appel au secours (magnifique 6ème chapitre du texte de Cathie Barreau, lorsque la tension dégénère en violence), on est soi-même enfermé à clé sans recours.
    Alors, ces dernières années, s'est prolongée, ou est née, une littérature particulière : celle qui fait trace ou exploration de cette confrontation. Vous avez peut-être lu Le bruit des trousseaux de Philippe Claudel, La grande maison de Michèle Sales, Fragmentation d'un lieu commun de Jane Sautière... Pour ma part, l'écriture de Prison (verdier, 1998), quoi qui ait pu en résulter, était une explication nécessaire avec ce qui avait été hors toute commune mesure, et notamment le décès d'un jeune détenu qui avait fréquenté plusieurs mois mon atelier, Frédéric Hurlin (dans le livre, Brulin).
    Cathie Barreau prend une autre piste, parce qu'elle affronte, dans ce texte, peut-être moins la condition pénitentiaire elle-même (omniprésente, évidemment), que ses fantasmatiques, ou ses instances symboliques. Parce que ce sont 2 femmes qui interviennent dans la réclusion des hommes, et que la question du rapport aux corps est sans cesse posée, jusqu'au danger ou à la bascule. Parce que l'atelier d'écriture fait partie du récit, et que ce qu'on interroge, c'est ce que déplace la langue quand on la convoque volontairement.
    Cathie Barreau se saisit donc de la fiction, et la construit en 7 figures. À chacune, magistralement, correspondra une figure de l'atelier d'écriture ou sa restitution. On retrouvera, dessiné de tout près, les personnages dont chacun d'entre nous a eu à négocier : le gardien, l'instituteur, chacun avec sa logique propre.
    Mais elle affronte, avec l'outil de la fiction, la question qu'on nous demande précisément de taire : travailler ou échanger avec, toucher qui violé ou tué, quelle est part obligée de compromis avec soi-même, et quel rapport avec l'instance même qui nous amène ici, à savoir qu'on écrit, qu'on peint ? Le récit s'étend sur la durée d'une année d'intervention en prison, avec le passage des saisons, et sans cela il ne serait pas littérature.

    FB

    Cathie Barreau est l'auteur d'une dizaine de livres dont : Trois jardins ; Journal secret de Natalia Gontcharova ; Ecoute s'il neige ; Visites aux vivants aux éditions Laurence Teper ; Comment fait-on l'amour pendant la guerre aux éditions Buchet-Chastel ; Solstice et au-delà aux éditions Tarabuste... et 2 livres chez publie.net et papier.

    Elle a fondé et dirigé pendant 12 ans, à La Roche-sur-Yon, un lieu consacré à la pratique de l'écriture créative, devenu résidence d'écrivains, de lectures et d'exposition, la Maison Gueffier. Elle est aujourd'hui directrice de la Maison Julien Gracq.

  • postérité de Francis Ponge quant à la présence du monde

  • Je m'appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Je le dis, le redis, sans cesse partout l'affirme. Je m'écris dans des livres, des textes, des pièces sonores. J'ai décidé de devenir personnage de fiction quand j'ai réalisé que j'en étais déjà un. A cette différence près que je ne m'écrivais pas. D'autres s'en occupaient. Personnage secondaire d'une fiction familiale et figurante passive de la fiction collective. J'ai choisi l'écriture pour me réapproprier mon corps, mes faits et gestes, et mon identité.
    S'écrire mode d'emploi, début.


    Écrire, pourquoi. On connaît les réponses célèbres. Mais, ici, justement : pas de réponse.
    On revient creuser en arrière les livres déjà écrits. Il s'y jouait quoi, de soi ? On s'y est pris comment, on a buté sur quelle part d'abîme ? On en a pris quoi pour le livre suivant ?
    Des questions posées ici chaque paragraphe après chaque paragraphe, nul de nous n'est indemne. A preuve la référence Artaud. A preuve le questionnement renvoyé au monde, le réel dans sa profusion d'image, le réel comme seul terrain du risque, et comment assumer ce risque.
    Sauf que. Modestement, ici, on met en page, on propose des formats, et on met en circulation. D'un texte discret, on souhaite seulement que la question résonne. Auteur c'est un travail, il faut du temps, du désarroi, il faut savoir progressivement rejoindre ces limites de soi-même.

    s'écrire, non pas à nu, mais parfaitement à vif

    Et la suite :

    sans le tissu soyeux de la fiction classique, sans les transferts, les masques

    Pour rebondir :

    et tous les ornements qui rendent plus confortables tant le pacte d'écriture que celui de lecture

    Importe de comment et d'où cela parle. Des livres et de la théorie sur l'autofiction, il n'en manque pas (ce texte est l'intervention préparée par Chloé Delaume pour un colloque à Cerisy, qui se termine aujourd'hui même). Mais ce qui s'énonce ne part pas de ce qu'on sait, ce qui s'énonce part de l'inconnu où la suite successive des livres, où chaque livre l'un après l'autre, nous a emportés.
    Ainsi, s'écrit une autobiographie, l'auteur revenant à rebours sur chaque tentative, depuis l'autonomie de ces tentatives. Mais précisément, son histoire alors devient cette construction par l'inconnu, pan à pan.
    Chloé Delaume n'a pas beaucoup varié de chemin depuis ses Mouflettes d'Athropos. Son chemin s'est élargi, densifié, compliqué : les performances peuvent valoir à égalité des livres, en particulier depuis les « Sims » (Corpus Simsi. Le personnage même de l'auteur a pu devenir en partie indépendant de ce qui reste, à elle comme aux autres, le lot ordinaire de la lecture qu'on affronte, du temps à la table, des traversées de silence - voir, dans ses Remarques, ce qui transparaît du livre en préparation pour Fiction & Cie au Seuil. Son chemin est une exploration mentale, là où cela suppose d'affronter, démonter, pousser, représenter les obstacles matériels et concrets qui sont la seule et fine tension du monde et du langage, où précisément se retourne cette expérience du mental mis en écriture.
    Ainsi, ce texte met à mal la façon dont a été reçue la trilogie « télévision » de Chloé Delaume (Les Sims, J'habite la télévision, La nuit je suis Buffy Summers) : la mise en expérience est volontaire (« 22 mois de flux télévisé continuel »), et l'outil qu'on affronte mêle les forces financières, les bulldozers d'affadissement culturel (citation de patrick Le Lay, ex manager de TF1 aux ordres du groupe de béton Bouygues), et la façon dont le monde est pour nous, même si Schopenhauer nous en avait prévenu, représentation dans sa façon même de nous englober.
    La fin de Buffy Summers renvoie à une fiction tout entière contenue dans l'expérience psychique d'une narratrice en hôpital psychiatrique : boucle parfaite avec un des livres les plus dangereux de Chloé Delaume : Certainement pas.
    Il n'y a pas, chez Chloé Delaume, refus de la théorie. On passe par Debord, Stiegler ou Benassayag. Mais : Autofiction : comme en physique quantique le fait d'observer change l'état de ce qui est observé. Autofiction : le sujet n'observe pas seulement ce qu'il vit, le sujet vit ce qu'il observe. Et c'est cela qu'il nous faut comprendre, chemin en 14 stations parce qu'autant sont les phases d'écriture successives qu'a traversées Chloé Delaume. La vie, pas l'écriture. Accepter qu'il y ait une limite, valider la notion de limite. Faire le deuil de l'immersion totale.
    Ce qui est dangereux, c'est de faire de l'autofiction une catégorie reconnaissable, une spécialité dans le rayon littérature. C'est bien commode, justement pour les colloques, les unités de valeur ou même la courbe des ventes. Ça peut rater aussi.
    Si ce texte est important, c'est qu'il nie cette possibilité de frontière close : c'est la notion de fiction que dès le premier paragraphe on décortique, et auquel on rend sa complexité, dans cette tension entre Je et monde, ou ce que Chloé Delaume assigne comme Je-monde.
    Il y a la littérature, et comme elle nous place en bascule devant ce qui ne se nomme pas, mais exige qu'on se nomme soi pour un instant y tenir. Et ce qu'on nomme, alors, n'est pas l'habitat social ordinaire du je. Pour Chloé Delaume, dès le départ, c'était en s'assignant un nom qui soit fiction, un personnage qui puisse se traverser par l'ampliation qui commence.
    Respect.

    FB


  • Il faudrait que notre coeur nous survive, non comme celui de
    Louis XVII dans un globe de verre, mais continuant sans fin ses
    battements. Chacun de nous doit se préparer à la mort et nous
    devons dès aujourd'hui l'enregistrer, conserver ses précieux
    battements, les dupliquer en de nombreux exemplaires, les offrir à
    nos proches pour que plus tard pendant les longues soirées ils
    puissent nous faire revivre, nous écouter encore une fois.
    Christian Boltanski

    D'où naît aujourd'hui la littérature ? Et qu'emporte-t-elle
    dans la démarche silencieuse du texte, de la totalité de
    l'expérience qui nous constitue ?
    Ainsi, le cahier avec ses dessins sur le motif, les marches dans
    la ville avec ce cahier dans le sac, l'atelier de l'artiste
    plasticienne, et tout aussi bien son blog sont, pour celles et ceux
    qui arrivent aujourd'hui à la littérature, un tout organique.
    J'ai rencontré d'abord Béatrice Rilos à l'école des Beaux-Arts
    de Paris : elle y présentait, dans les journées portes
    ouvertes, des performances, où la rencontre des dessins et des
    objets était liée à la séance d'écoute individuelle proposée.
    Elle a aussi construit, en 2007, une performance complexe à
    partir du code de l'esclavage, texte souvent sous-jacent dans les
    morts qui hantent son livre publié au Seuil quand j'ai contribué à
    lancer la collection Déplacements. Quatre jours à
    recopier lentement au stylo noir les 60 articles du code
    noir, qu'elle lisait à mesure au même rythme : Et il versait des larmes en
    regardant son nègre., inclut téléchargement pdf texte et
    images.
    Dans ce déplacement du mode d'exercer la littérature, et
    ce que nous demandons à l'inscription radicale, réflexive,
    silencieuse et autonome du texte (parce qu'on ne triche pas avec
    les lectures, avec la discipline, avec la totalité
    écriture), les formats et les modes de narration changent : le
    texte est intervention. Béatrice Rilos n'est certes pas la première
    à se risquer là, voir le catalogue Al Dante pour d'autres...
    Mais il y a toujours, en amont, l'énigme : ce qui vous
    pousse à ce travail. Ce qui vous contraint à écrire là.
    Ainsi, peu après la parution de Enfin. on fera silence,
    Béatrice Rilos m'avait montré un ensemble de textes et dessins qui
    étaient le chemin, dans la ville contemporaine, puis dans le dédale
    hospitalier, de son lieu de vie actuel jusqu'à l'hôpital où elle
    était née. Cet ensemble, peut-être qu'elle nous
    accordera de le présenter ici... Mais il me semble faire lien avec
    Coeurs mis à nus.
    Le pluriel, d'abord : distance prise à Baudelaire, en son
    lieu même. L'impératif du travail sur soi, mais rejeté dans la
    foule plurielle, anonyme. Puis la beauté même de l'objet,
    définissant la vie par excellence. Muscle battant, lieu
    d'organisation du souffle, de l'énergie et du mouvement.
    C'est pour cela que nous tenons à présenter l'objet
    virtuel de Béatrice Rilos dans sa complexité : il inclut
    une brève préface de Christian Boltanski. Il inclut des documents
    historiques de l'hôptial Dupuytren, qui accueille l'exposition. Et
    le texte, dans sa double existence poétique et narrative, reste
    associé au travail graphique de l'auteur.
    C'est une nouvelle expérience pour publie.net, et merci à
    Béatrice Rilos de nous la permettre. On peut voir l'exposition
    jusqu'au 27 juin au Musée Dupuytren, 15, rue de l'Ecole
    de Médecine, Paris Odéon.
    Visiter erratique, le site de Béatrice
    Rilos.

    FB

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