Littérature traduite

  • À la mort de leur père, énigmatique milliardaire qui les a adoptées aux quatre coins du monde lorsqu'elles étaient bébés, Maia d'Aplièse et ses soeurs se retrouvent dans la maison de leur enfance, Atlantis, un magnifique château sur les bords du lac de Genève. Pour héritage, elles reçoivent chacune un mystérieux indice qui leur permettra peut-être de percer le secret de leurs origines. La piste de Maia la conduit au-delà des océans, dans un manoir en ruines sur les collines de Rio de Janeiro, au Brésil. C'est là que son histoire a commencé...
    Dans ce récit épique qui mêle amour et tragédie, premier volet d'une série de sept volumes inspirée des légendes de la constellation des Sept Soeurs, Lucinda Riley prouve comme jamais son merveilleux talent de conteuse.
    Lucinda Riley est née en Irlande. Après une carrière d'actrice au théâtre, au cinéma et à la télévision, elle écrit son premier roman à 24 ans. Ses livres ont depuis été traduits dans plus de trente langues et se sont vendus à quinze millions d'exemplaires dans le monde entier. Elle figure fréquemment en tête de liste des auteurs best-sellers du New York et du Sunday.
    Les quatre premiers tomes de sa série Les Sept soeurs se sont hissés en tête des meilleures ventes dans toute l'Europe.

  • 1947. A peine sortie de la guerre, la Grèce est tombée dans le chaos. La droite, installée au pouvoir par les Anglais, et les forces de gauche s'entre-tuent dans un pays dévasté. Chrònis Mìssios, 17 ans, résistant communiste, est arrêté puis condamné à mort. Gracié de justesse, torturé plusieurs fois, ballotté de prison en déportation, il va devenir, selon ses termes, un « prisonnier professionnel » : à sa libération définitive, en 1973, il aura passé en tout vingt et un ans de sa vie en détention.
    Cette histoire du prisonnier Mìssios, c'est lui-même qui la raconte, pendant toute une nuit, dans un déferlement de mémoire où les époques se bousculent, à l'un de ses camarades qui, lui, par chance, est « mort avant » - avant d'avoir connu la prison, mais aussi le pire : le naufrage de l'idéal communiste. C'est la première fois que la guerre civile grecque est racontée ainsi. D'autres ont déjà décrit ses horreurs, mais Mìssios est le premier ex-communiste à oser montrer le Parti tout nu : ses martyrs admirables, d'un dévouement total, mais aussi ses dirigeants, rendus souvent aveugles et sourds par l'égoïsme et la bêtise, plus dangereux pour leur cause que l'ennemi lui-même. Si les Grecs se sont rués sur ce livre - il s'est vendu à plus de cent mille exemplaires, événement rarissime là-bas -, c'est d'abord qu'il a brisé un tabou, rouvert la vieille plaie infectée.
    Toi au moins... date de 1985. Depuis, le communisme a pris d'autres coups, et on se dira peut-être, à quoi bon remuer encore le cadavre ? Mais ce serait prendre un tel livre pour ce qu'il n'est pas : une étude historique ou un pamphlet politique. Si les grands événements y sont évoqués, c'est de façon allusive ; malgré la foule de personnages qu'elle fait revivre, et le rôle important qu'y jouent l'amitié, la solidarité, cette histoire n'est pas essentiellement collective : c'est avant tout le récit d'une expérience intérieure. D'une descente en enfer. Cet enfer ; les matons sadiques et les petits chefs du Parti n'en sont que les deux premiers cercles, éternels comme l'oppression, terribles sans doute, mais moins que le troisième, qui passe à l'intérieur du prisonnier : c'est surtout contre lui-même qu'il se bat, contre la folie qui l'assiège, cette folie qui rôde ici partout, chez les victimes et les bourreaux, comme une obsession. On pourrait trouver ; dans d'autres temps, d'autres lieux, des enfers plus affreux encore que celui-ci ; mais ce qui fascine dans Toi au moins..., c'est justement que son héros, toujours près de sombrer ; ne sombre pas, qu'il demeure dans cette zone crépusculaire entre espoir et désespoir ; raison et démence, entre l'humain et l'inhumain ; c'est l'histoire d'un homme qui lutte pour rester un homme, à l'extrême limite de ce qu'il peut subir sans être détruit.
    Tu hésites peut-être, lecteur, à plonger dans la nuit de ces prisons, toi pour qui la Grèce est d'abord une belle image pleine de soleil. Rassure-toi. L'amertume du début du livre - et de la fin - n'est pas son dernier mot. Après la mort du rêve, l'ancien rêveur est encore là, fragile, meurtri, mais porté par cet amour forcené de la vie, cet humour chevillé au corps, qui l'ont maintenu vivant. Toi au moins... en arrive ainsi, malgré son sujet, à être souvent drôle et même réconfortant. On n'y trouve qu'une seule évasion, qui échoue de façon lamentable, et pourtant c'est avant tout l'histoire d'un homme qui se libère : de ses illusions, de sa peur, de sa haine.
    Les pages les plus émouvantes, justement, sont peut-être celles où les pantins cruels deviennent fugitivement humains ; où les humbles combattants des deux bords se découvrent un instant bien proches, pauvres jouets dans les mains indifférentes de leurs chefs ; où le héros distingue des salauds dans son camp et des braves types en face. Car ce qui le libère mieux que tout, c'est de comprendre peu à peu que le fanatisme, la haine sont sans doute la pire des prisons.
    Libre, Mìssios l'est aussi - logiquement - jusque dans l'écriture, le vocabulaire, la syntaxe, l'agencement du livre entier. Tu vas rencontrer quelques phrases tordues, des passages obscurs, des dialogues où tu ne sais pas toujours qui dit quoi... Sache que le lecteur grec n'est pas mieux loti. En traduisant, je n'ai pas voulu adoucir, affaiblir. Je voudrais que tu reçoives ce livre en pleine figure comme je l'ai reçu. Laisse-toi emporter par ce torrent d'histoires et de mots. Avant tout, écoute. Comme beaucoup d'auteurs grecs, Mìssios est un superbe conteur. Comme Taktsis, Kavvadìas, Hadzis ou Cheimonas (tous traduits chez nous désormais), il a su rester proche des racines populaires de la langue, et faire passer dans l'écriture toute la force de la parole.
    La prose grecque moderne est née avec les Mémoires de Makriyànnis, ce général de la guerre d'indépendance qui à trente ans ne savait pas écrire. Un siècle et demi plus tard, avec Mìssios, qui apprit à lire en prison à seize ans, c'est un peu la même voix qui retentit, venue des profondeurs du peuple, clamant ce que les puissants, les doctes et les malins ne veulent ou ne peuvent pas dire. C'est la même sainte fureur, la même passion, qui éclaire ces pages où tu t'apprêtes à entrer - lueur ténue, mais tenace, à l'image de ce pays toujours blessé, qui jamais ne meurt.
    MV

  • Addie pensait tout savoir de sa mère, Elizabeth, tout juste disparue. Mais le jour où une jeune femme surgit sur le pas de sa porte, prétendant être sa soeur, Addie vacille.
    Tout ce qu'elle a toujours cru n'était donc que mensonges ?
    Et que s'est-il passé, au cours de ce bel été de l'année 1958 qu'Elizabeth a passé avec la richissime famille Shaw dans leur manoir de Hartland, sur la côte sauvage du sud-ouest de l'Angleterre ?

  • UN MERVEILLEUX ROMAN SUR LA PERSÉVÉRANCE ET LA CONFIANCEUN MERVEILLEUX ROMAN SUR LA PERSÉVÉRANCE ET LA CONFIANCE
    En grandissant, Cassie Carter et ses soeurs, Karen et Nichole, étaient extrêmement proches. Jusqu'à ce qu'un événement les sépare...
    Après l'université, Cassie a fui sa maison pour épouser un homme mauvais, jetant aux orties ses études et brisant le coeur de ses parents. Cassie avait toujours été la préférée de son père, un sentiment qui pesait beaucoup sur ses soeurs et a rendu sa décision encore plus incompréhensible. À maintenant 31 ans, Cassie est de retour à Washington, après avoir quitté Seattle avec sa fille, espérant laisser son passée derrière elle. Après avoir mis fin à un mariage compliqué, elle tente de reconstruire le puzzle de sa vie. Malgré ses tentatives, elle n'a jamais réussi à faire la paix avec ses soeurs. Karen, la plus âgée, est une femme et une mère occupée, entre sa carrière et l'éducation de ses deux enfants. Et Nichole, la plus jeune, est une mère au foyer dont le mari passe tous les caprices.
    Mais un jour, Cassie reçoit une lettre de Karen, qui lui offre ce que la jeune femme pense être une chance de se réconcilier. Et alors que Cassie se permet de croire à l'avenir, en s'excusant auprès de ses soeurs et en trouvant l'amour, elle réalise le pouvoir de la compassion, et la possibilité d'un nouveau départ...
    UNE AUTEURE STAR DES ÉDITIONS CHARLESTON
    Avec plus de 200 millions de livres vendus, traduits dans 23 langues, Debbie Macomber est l'une des romancières les plus populaires du monde. Elle a reçu de nombreux prix, dont le prestigieux RITA et le RT Book Reviews Awards. Elle est l'auteure de plusieurs titres aux éditions Charleston et Diva Romance. Son livre La Maison d'hôtes s'est vendu à 25 000 ex.

  • Walter Nowak, est étendu sur le carrelage de sa salle de bains, blessé à la tête, incapable de se relever. À terre, il réfléchit.
    Dans un état de confusion à la fois comique et inquiétant, sa mémoire repasse dans le désordre les événements de sa vie qui l'ont mené jusqu'à cette situation.
    Finaliste du presitiguex German Booker Prize en 2017 pour ce titre, Julia Wolf est l'un des grands espoirs de la nouvelle génération de romanciers allemands.

  • Yòrgos Ioànnou, Douleur du Vendredi saint | présentation par Michel Volkovitch
    Yòrgos Ioànnou n'ayant jamais écrit que sur lui-même, de façon souvent très allusive, quelques indications sur sa vie ne feront pas de mal au lecteur. Ioànnou naît à Thessalonique en 1927 de parents réfugiés, chassés de Turquie un peu plus tôt. Le père est cheminot, le fils devient professeur de lettres classiques. Il exerce un peu partout en province, et même en Libye pendant deux ans - son seul voyage hors de Grèce. Il publie deux minces recueils de poèmes et un de prose. En 1971, à quarante-quatre ans, quand paraît Le sarcophage, il est encore pratiquement inconnu.
    Le sarcophage est l'histoire d'un couple. Elle, c'est Thessalonique, ville d'enfance et d'adolescence, mère détestée autant qu'aimée. Lui, c'est l'auteur lui-même. Ces 29 textes brefs forment une autobiographie à peine transposée. Ioànnou n'invente pas ses histoires : on n'écrit bien, dit-il, que sur ce qu'on a soi-même vécu. Plutôt que des nouvelles, ces textes sont des « proses », comme il les appelle, à mi-chemin entre l'autobiographie, la fiction et l'essai. Ajoutons-y la chronique : Ioànnou ne cesse d'entrelacer drames personnels et collectifs. Le charme et la force de ce livre, et des suivants, viennent en partie de là, de cet équilibre entre le je et le nous. En fait, mine de rien, par petites touches, brefs coups de projecteur, c'est l'âme grecque tout entière que capte Ioànnou. Tout est là, senti, vécu : l'héritage antique, la religion byzantine, les traditions populaires - la « Grèce éternelle », encore vivante alors, survivante aujourd'hui. Il fallait, pour la rejoindre ainsi, un homme à la fois savant et simple, comme Ioànnou ; un homme que sa culture a mené vers ses racines lointaines sans l'éloigner de ses origines populaires, non moins précieuses pour lui.
    Mais si les récits de Ioànnou fascinent à ce point, c'est qu'à travers la chronique son auteur va plus loin, plus profond - ses écrits tournent toujours autour de la grande révélation de sa jeunesse : la force d'Éros, de Thanatos, et surtout les liens secrets qui les unissent.
    Éros, pour Ioànnou, est une blessure perpétuelle. Il désire les hommes, dans un temps et un lieu où la chose n'est plus permise, ou pas encore. L'écriture chez lui naît en grande partie d'un besoin lancinant de se confier, d'avouer une douleur inavouable, de vaincre une solitude infernale, de se libérer d'une masse de culpabilités ; écrire est une confession. Ou plutôt (et le lecteur y gagne) une demi-confession : ce qui donne à ces pages cette tension, cette urgence, c'est la lutte intérieure - et les ruses infinies - de quelqu'un qui crève à la fois d'envie de tout dire et d'angoisse d'avoir tant à cacher. D'autant qu'au tourment intime s'en est joint un autre, collectif, pendant toutes les années de la dictature des Colonels, avec tous ses interdits, ses répressions cruelles et les prudences verbales qu'elle impose.
    Après Le sarcophage, Ioànnou quittera pour toujours sa ville natale où il étouffe. Devenu athénien, il écrira encore deux livres d'essais sur Thessalonique et d'autres recueils de proses, dont Le dernier héritage, digne prolongement du Sarcophage, et surtout, publié en 1980, le flamboyant Douleur du Vendredi saint.
    Que s'est-il passé ? Voici le livre le plus étonnant de Ioànnou. On reconnaît bien son monde et pourtant tout a changé. L'auteur est toujours là, au coeur de ces récits composites, inclassables - même si, à vrai dire, la part de fiction semble ici plus grande, même si l'auteur-protagoniste se dissimule à moitié parfois, passant du je au il - et même, une fois, sans doute, au elle... On reconnaît aussi les thèmes - solitude, amours impossibles, union de l'amour et de la mort, du sexe et du sacré, du désespoir et de l'espérance. Il est vrai que cette fois le narrateur s'enhardit, l'autocensure se relâche, l'aveu se fait nettement plus explicite. Mais la grande nouveauté, c'est un spectaculaire changement de voix. L'écriture ancienne de Ioànnou, brève, ramassée, à la fois dense et trouée de silences - du court qui en dit long - est soudain balayée par un grand souffle, comme si une digue cédait soudain, et un torrent de mots déboule tout au long de paragraphes immenses, de phrases qui n'en finissent pas, dans des histoires qui sentent l'insomnie et la fièvre, hallucinées, égarées, où les lieux et les temps parfois se mêlent, brûlantes, où parfois l'on se perd.
    Le sommet de cette vague - ou le fond de ce tourbillon -, c'est sans doute la nouvelle éponyme, aux phrases débordantes, grouillantes comme la foule, étouffantes comme le parfum des fleurs, obsédantes comme des chants d'église, scandées par des citations des Écritures à la fin des paragraphes - « comme des points d'orgue ou des stations sur le chemin de croix », m'écrit l'auteur dans une lettre en 1982. Toute la sensualité que les Grecs ont mise dans la religion, cet étonnant mélange de Jésus et de grand Pan toujours vivant, aucun texte ne l'a aussi bien montré, je crois, que ces dix pages illuminées. Elles resteront ce que Ioànnou a écrit de plus fort et de plus fou, mais les douze autres nouvelles du recueil sont à peine moins frappantes, par l'étrangeté des situations, leur érotisme imprégné d'angoisse, l'accord entre héritages païen et byzantin, et par l'audace exacerbée d'une écriture aventureuse, tâtonnante par instants, excessive, mais dont les excès eux-mêmes sont nécessaires.
    Ioànnou n'ira pas plus loin. Il reviendra plutôt en arrière dans ses derniers textes. Il meurt prématurément, en 1985, à cinquante-sept ans, laissant d'autres proses, des traductions du grec ancien et du latin, des recueils de contes, de chants populaires, de pièces pour le théâtre d'ombres. Il m'a donc laissé seul au moment où je m'apprêtais à m'occuper de lui. Le traduire a toujours été pour moi une obsession. J'ai à peine connu l'homme, je ne partage pas ses choix amoureux, mais ses choix d'écriture sont tout proches des miens. Ses écrits ne sont pas seulement parmi mes préférés, toutes langues confondues ; si je me suis mis à écrire, c'est en partie grâce à eux ; ce sont eux surtout qui m'imprègnent et que j'imite sans le savoir quand je délaisse les Grecs pour l'écriture en solo.
    Entre mes premières traductions de Ioànnou et celles que j'achève aujourd'hui, vingt ans ont passé. M'ont freiné divers obstacles matériels, éditoriaux par exemple. J'ai eu la chance de caser dans une revue le texte initial, mais quel éditeur français, avant publie.net, aurait osé publier l'ensemble ? Une splendeur si insolite ! Des nouvelles en plus, genre méprisé chez nous !
    La présente édition propose onze textes sur treize. Certains passages, obscurs pour les Grecs eux-mêmes - y compris parfois pour les familiers de l'écrivain - reçoivent une tentative d'explication dans les notes. Ma traduction arrondit un peu certains angles, mais j'aurais dénaturé le texte en y versant trop de lumière. Un grand merci à Ghislaine Glasson-Deschaumes qui accueillit Ioànnou jadis dans la revue Lettre internationale, ainsi qu'à Dìmitra et Mihàlis Milaràkis, soeur et beau-frère de l'écrivain, et Orsalìa Synteli, qui m'ont patiemment guidé dans certains passages obscurs.

    MV

  • L'attente

    Jerry Wilson

    Swiveller est Park Ranger dans un parc national de l'Idaho. Il côtoie une colonie de SDF dont un, Weatherby, est devenu son ami. À travers des scènes oscillant entre minimalisme Zen et réalisme Bukowskien, Jerry Wilson nous dresse un portrait de l'autre Amérique, celle des laissés pour compte, et se révèle une des plus grandes voix contemporaines.

    Swiveller is a park Ranger in one of Idaho's national parks. He meets daily with a colony of homeless. One of them, Weatherby, has become a friend. With scenes navigating from Zen minimalism to Bukowskian crudity, Jerry Wilson paints the portrait of the other America, home of its forgotten citizens, and proves that he is one of the most important voices in contemporary fiction.

  • Un village en Grèce du Nord, vers 1960 - mais le décor est à peine esquissé, sans la moindre couleur locale. Une petite fille de huit ans, qui de nouvelle en nouvelle va grandir, devenir adolescente, puis femme, quitter le pays pour d'autres aventures - mais on ne sait pas, et peu importe, ce qui relève ici de l'autobiographie ou du rêve.
    Quand parut La fiancée de l'an passé, il y a près de vingt ans, le lecteur grec découvrit un monde à part, que l'auteure allait explorer plus avant dans un second recueil d'histoires puis dans ses grands romans. Un monde profondément zatélien, c'est-à-dire à la fois étrange et familier : on y retrouve celui de nos ancêtres, qui disparaît aujourd'hui sous nos yeux avec ses villages, ses superstitions, ses rituels, ses conteurs, un monde où l'homme et les éléments se tutoient encore, où magie et réalité se donnent encore la main, et dont la génération de Zyrànna Zatèli aura été le témoin ultime.
    Une magicienne, cette Zyrànna. Il faut l'être pour avoir si peu oublié l'enfant qu'elle fut ; pour peindre le monde avec un tel mélange d'innocence et de sensualité, de cruauté et de tendresse, d'horreur et d'émerveillement ; pour transfigurer ainsi, mais sans les déformer, les événements les plus quotidiens, les personnages les plus humbles ; pour donner à son récit, en même temps, le charme de la nostalgie et la fraîcheur du neuf, comme un vieux film en noir et blanc qui serait aussi en couleurs.
    Ici la violence est plus douce qu'ailleurs, et la douceur plus violente. Ces histoires qu'on dirait à la fois totalement imaginées et totalement vraies, décrivent avec beaucoup d'acuité, mine de rien, le grand bouleversement des années 60, mais paraissent évoluer aussi au-delà du temps. Elles plongent tout droit vers l'essentiel, à savoir l'amour et la mort, également présents, obsédants, au long de ces pages où sans fin ils s'entrelacent.
    Ce livre, dès sa sortie, a rencontré un public fervent, charmé par le regard magique de l'auteure, cette façon si naturelle de voir le merveilleux, de mêler visions terribles et humour, désolation et légèreté ; charmé aussi par cette voix souple, limpide, musicale, jouant sur les rythmes et les sonorités avec, déjà, une belle maîtrise. Mais ce qui a touché tant de lecteurs, sans doute, c'est aussi l'audace tranquille, toute simple, de cette parole de femme affirmant sa liberté amoureuse, balayant quelques tabous d'un revers de main négligent.
    L'aversion (réelle ou supposée) du public français vis-à-vis du genre de la nouvelle a empêché pendant quinze ans La fiancée de l'an passé de venir se raconter aux lecteurs francophones. Elle fut d'abord accueillie, en 2002, par les éditions du Passeur à Nantes, annexe d'une formation aux métiers de l'édition, le CECOFOP, entreprise exemplaire. Bravo encore à Yves Douet, Patrice Viart et leurs étudiants pour leur compétence et leur gentillesse. Ce fut un travail passionnant, sympathique et le résultat ne m'a pas déçu. CECOFOP et Passeur n'existent plus, hélas, les livres sont partis au pilon, et c'est publie.net qui prend le relais.
    Les neuf courtes histoires que voici sont l'introduction, le passeur idéal vers les grandes fictions zatéliennes qui suivent, Le crépuscule des loups et La mort en habits de fête, toutes les deux publiées au Seuil ; mais cette Fiancée-là mérite amplement d'être lue et aimée tendrement pour elle-même.
    J'avais traduit certaines de ces nouvelles il y a vingt ans en compagnie de Noëlle Bertin et Jasmine Pipart. Reprenant ces versions anciennes, je tiens à remercier ces deux amies, et leur dire combien le souvenir est vif en moi de ces belles heures passées ensemble au Zatèliland.
    M.V.
    Ce livre est disponible en numérique et en papier > http://www.publie.net/livre/la-fiancee-de-lan-passe/

  • Mìltos Sakhtoùris (1919-2005) n'a jamais voyagé, n'a jamais eu de métier. Son seul travail, sa seule aventure a été la poésie.
    Issu du surréalisme, comme bien des jeunes poètes grecs de l'époque, Sakhtoùris a bientôt - non moins normalement - acquis son indépendance. Quelque chose, pourtant, lui est resté des Surréalistes : son oeuvre, d'une rare continuité, est toute entière envahie par les images. Leur déchaînement continu, leur violence, installent dans ses poèmes un climat de cauchemar. La poésie de Sakhtoùris est en même temps orgie et ascèse. Ses images obsessionnelles, cruelles, atteignent au plus grand dépouillement. Peu de couleurs : avant tout, le blanc, le noir, le rouge. Peu de motifs, passant par d'infinies métamorphoses.
    « Ma poésie, dit Sakhtoùris, est une incessante autobiographie, elle ressemble - et c'est ainsi qu'elle doit se lire - à une sorte de journal inconscient de ma vie... » Mais on aurait tort de voir dans ce poète un créateur autiste, muré dans ses visions. La souffrance qui sourd de ses premiers recueils est aussi, pour une bonne part, historique : la Grèce connut alors une guerre mondiale et surtout une guerre civile, plus atroce encore.
    On peut s'étonner de ce que cette poésie si noire soit si peu déprimante au fond. « Mes poèmes ne sont pas pessimistes dit Sakhtoùris. Au contraire ils sont comme les exorcismes. Ils exorcisent le mal. Ils ressemblent à des masques africains. Des masques d'animaux et d'ancêtres pour exorciser la mort. »
    Ces poèmes ont la force élémentaire, la rudesse des rituels archaïques. Il suffit d'entendre le poète les lire, les marteler d'une voix impassible, pour éprouver toute leur magie.
    Sakhtoùris le sorcier manie les substances à l'état pur, actives, dangereuses, mais parfaitement dosées. Si cette poésie soigne et console, c'est qu'elle sait plonger jusqu'au fond de la douleur de vivre pour en extraire l'un des vaccins poétiques les plus forts.
    Sakhtoùris est reconnu, dans son pays du moins, comme l'un des très grands. Demandez à un jeune poète grec lequel de ses compatriotes vivants l'a davantage influencé : ce sera souvent - plus encore qu'Elytis, poète solaire - le sombre et solitaire Sakhtoùris.

    MV

  • Hàkkas en aura bavé toute sa vie. Né en 1931 dans une famille pauvre, il grandit sous l'Occupation, puis la Guerre Civile. Devenu communiste, il est persécuté en même temps par la droite au pouvoir, qui l'envoie en prison pour quatre ans, et par le Parti, que sa franchise indispose. Il vit de petits boulots, représentant, artisan, consacrant tout son temps libre à l'association culturelle qu'il a fondée avec des amis. A trente-huit ans il attrape le cancer et meurt trois ans plus tard.
    Ses écrits : quelques poèmes, trois pièces en un acte, trois recueils de nouvelles. C'est tout. Une oeuvre en miettes, comme sa vie. Des pages volées à cette vie trop dure, puis à la mort ; les unes griffonnées en hâte sur des paquets de cigarettes, les autres dictées sur des lits d'hôpital. Au fond, vu les circonstances, Hàkkas n'a pas peu écrit, mais beaucoup...
    Comme tout ce qu'il a laissé, Le bidet (1970) et Les cénobites (1972), ses deux grands recueils, sont d'abord une chronique : l'histoire d'une vie, la sienne, à peine teintée de fiction ; et en même temps, celle de sa génération. Une autobiographie collective.
    Ils étaient jeunes, idéalistes, et la plupart ont héroïquement résisté à la répression. Vingt ans plus tard, on les retrouve embourgeoisés, avachis, vaincus par le confort moderne. (Enfin, tout est relatif : ce que l'auteur reproche à ses compatriotes, c'est de se faire installer... un bidet.) Triste Grèce des années 60, encore secouée par son passé, déjà bousculée par le futur. Le bidet, ricanant requiem pour une génération foutue, festival de sarcasmes et de provocations diverses, en trace un portrait plein de rage, d'humour, de féroce lucidité.
    Mais Hàkkas n'est pas seulement un virtuose de la satire. Il a beau râler, sa tendresse affleure à toutes les pages ; il n'y a qu'à l'entendre évoquer Kessariani, le faubourg populaire d'Athènes où il passa toute sa vie, où se déroulent ses histoires, et les petites gens qui l'habitent. Et puis Hàkkas n'a pas l'esprit sectaire, le monde pour lui n'a pas cette allure bien carrée, les bons ici les méchants là-bas, si rassurante pour les naïfs. Il sait voir les pailles et les poutres dans tous les yeux - y compris dans les siens. Où a-t-il donc appris ça, en ce temps-là ?
    En plus il est maladivement honnête. Il dit tout, c'est plus fort que lui. Voilà ce qui l'a perdu - et sauvé. Hàkkas est grand pour avoir vécu, pensé, écrit, non comme on le lui disait, mais comme il le sentait ; pour avoir été libre, de plus en plus. Et Dieu sait combien c'est difficile - surtout quand à vingt ans on était à genoux devant la statue de Staline. Les livres de Hàkkas (c'est là un de leurs points communs avec l'impressionnant Toi au moins tu es mort avant de Chrònis Mìssios), sont l'histoire d'un homme qui peu à peu, à travers mille épreuves, se libère des autres et de lui-même.
    Mais justement, si Hàkkas est devenu un écrivain majeur, c'est que cette liberté conquise, il sait aussi, comme Mìssios, la faire passer dans les mots. Dès les premières nouvelles du Bidet, il a trouvé sa voix, ce ton à la fois désinvolte et brûlant, tout en ruptures, dérapages, télescopages, bouffées de fantastique et d'absurde... Mais c'est le cancer qui va le mener plus loin encore.
    Sans doute, la maladie n'a pas bouleversé sa trajectoire d'écrivain : en découvrant le mal dans son corps, Hàkkas a dû y voir une confirmation, une cristallisation en lui du mal qui l'entourait ; dans ce qui lui reste à écrire, déchéance physique et décomposition sociale serviront de métaphore l'une à l'autre. Le cancer a surtout joué un rôle d'accélérateur : des derniers textes du Bidet, oeuvre d'un condamné à mort, aux Cénobites écrits par un mourant, on voit l'homme et l'écrivain mûrir à toute allure, jusqu'aux trente pages hallucinées qui viennent clore ce volume et sa vie. Une débâcle et une envolée, la narration qui part en tous sens, rêves, souvenirs, visions, monologues à plusieurs voix, phrases explosées, mots qui éclatent en assonances, en calembours - le bouquet final.
    L'étonnant, c'est que malgré douleur et désespoir Hàkkas n'ait jamais cessé d'écrire, de lutter, avec l'allègre furie de celui qui donne tout ce qu'il a. Contrairement au Mars de Fritz Zorn, autre grand livre inspiré par le cancer - et dont la seule lecture a de quoi le donner -, Le bidet et Les cénobites ne sombrent pas dans la déprime. Ces pages dilatent le coeur en même temps qu'elles le serrent ; entre angoisse de mourir et jubilation d'écrire, elles émettent jusqu'au bout une lueur qui réchauffe, intermittente et obstinée comme un clignotement d'étoile. Des médecins grecs les ont fait lire à leurs patients condamnés, pour les aider à mieux mourir ; quant à nous autres, les sursitaires, comment ne pas être fiers de lui, de cet homme seul et minuscule dans la nuit éternelle, ce nargueur de néant, lançant jusqu'à la fin ses fusées - si vivant jusque dans la mort ?
    M.V.
    - Illustration de couverture par Tàkis Sidèris

  • La patrie de Mihàlis Ganas, c'est l'Épire, au nord-ouest du pays, près de la frontière albanaise : une Grèce pauvre et pour nous insolite, montagneuse, pluvieuse, neigeuse. Il en fut chassé tout jeune enfant, pendant sept ans, avec ses parents exilés pour cause de guerre civile. Plus tard il dut, comme tant de provinciaux, s'installer à Athènes pour gagner sa vie.
    La poésie de Ganas est hantée par son enfance et ses montagnes, ce rude paradis perdu. Personnages principaux : lui-même, ses proches, ses ancêtres. Il ne cesse d'évoquer les morts - qui sont chez lui aussi vivants que les vivants. En cela il est on ne peut plus grec. Tout un monde ancien parle à travers lui. Sa parole simple, dense, ferme et en même temps subtile, ses poèmes droits et rugueux comme des arbres, qui sentent la pierre et la terre humide, sont le précieux dernier écho d'un monde paysan, mi-chrétien mi-païen qui se meurt, dont sa génération aura été le témoin ultime. De même, on sent ces poèmes irrigués par le passé poétique grec le plus originel et substantiel : Ganas est l'héritier direct, le continuateur des merveilleux chants populaires et de Solomos, père fondateur de la poésie grecque moderne au XIXe siècle.
    Mais notre poète des racines est en même temps branché sur son époque. Il nous décrit aussi, plus d'une fois, le monde urbain qui l'entoure. Il ne cesse de monter et descendre l'échelle du temps, dans ses thèmes comme dans ses formes, passant tout naturellement du vers libre et du poème en prose, l'idiome dominant d'aujourd'hui, à la versification traditionnelle. Pierres noires, par exemple, contient trois sonnets réguliers. Dans Bouquet, recueil collectif entièrement versifié, Ganas déploie une réjouissante virtuosité - ainsi que dans ses chansons, genre où il est passé maître.
    Voilà donc une poésie profondément polyphonique : elle ne cesse d'entrecroiser, de faire dialoguer le poète et ses morts bien-aimés, les époques, les traditions et genres poétiques, mais aussi le réel et le rêve : la nature chez Ganas apparaît comme hantée, le fantastique affleure un peu partout.
    On trouvera ici les trois premiers recueils : Cène d'angoisse (1978), Pierres noires (1980) et Yànnena la neige (1989). J'avais traduit et publié autrefois, dans mes Cahiers grecs ou en revue, six poèmes du premier, le deuxième intégralement et sept poèmes du troisième. Pour la présente édition je me suis remis au travail, si bien qu'on pourra lire ici une bonne moitié de Cène d'angoisse (la suite viendra un jour) et la totalité des deux suivants.
    J'avais également traduit, il y a douze ans, le quatrième opus, Ballade, pour les Cahiers grecs coédités avec la librairie hellénique Desmos (14, rue Vandamme, près de Montparnasse à Paris). Je serais étonné qu'on ait déjà tout vendu.
    La suite ? Encore un grand recueil, Le sommeil du fumeur (2003), Les petits (2000) qui rassemble des poèmes très courts dont certains repris des oeuvres précédentes, les seize poèmes en vers de Bouquet (1993) et les chansons, une bonne centaine, dans Paroles : Mihàlis Ganas (2002) - de quoi faire un nouveau volume. Textes passionnants et difficiles à plus d'un titre, aubaine et défi pour le traducteur. On verra plus tard, pour l'instant j'ai le trac. Je tente d'expliquer pourquoi dans le Carnet du traducteur.

    M.V.

  • Christophoros Liondàkis, présentation par Michel Volkovitch
    Christòphoros Liondàkis, originaire de Crète, appartient à ce qu'on appelait naguère la « génération de 70 », dont les membres n'ont plus grand-chose en commun désormais, si ce n'est d'être apparus en poésie ensemble, pendant ou juste après la Dictature.
    Cette génération est la dernière en Grèce à être née dans un monde encore tout imprégné des moeurs et modes de pensée traditionnels, monde aujourd'hui pratiquement disparu. Liondàkis, parmi ces poètes, est l'un de ceux qui habitent le plus intensément leur enfance. Il a aimé, il aime encore avec passion la nature - son « premier refuge », « un aimant qui m'attirait et que je suivais fasciné » - ainsi que la ville d'Héraklion, carrefour entre Occident, Afrique et Asie, « ville palimpseste » où l'on retrouve sous le présent tous les étages du passé ; « une ville qui nourrit le mythe, elle-même nourrie par lui ».
    Dès ses trois premiers recueils, La fin du paysage, Mutation et Garage souterrain, le poète a trouvé sa voix, mélange de clair et d'obscur. Tout ici est moins dit que suggéré, avec une fulgurante concision, comme chez Mallarmé, ou Bonnefoy, ou le dernier Sefèris, le plus troublant, celui des Trois poèmes secrets. Liondàkis est de ceux pour qui la vérité ne peut être saisie de face, en pleine lumière, mais par coups d'oeil obliques, dans une suite d'éclairs et d'éclats.
    Vient ensuite Le minotaure déménage, que le poète considère comme le premier recueil de la maturité. Il y raconte une histoire d'adolescence, de culpabilité, d'exil - sa propre histoire de Crétois quittant son île pour Athènes. Il y joue tous les rôles : Thésée, Ariane, le Minotaure et même le labyrinthe. C'est en même temps l'histoire de tout homme qui s'efforce, y compris contre lui-même, de n'être plus le « figurant » de « sa propre cérémonie ». Mais Le minotaure déménage est aussi un art poétique, comme le suggère, de façon évidemment voilée, la toute fin : pour dire les choses, les « résumer », les capter « dans les miroirs » du poème, il faut ne les dire qu'à « moitié ».
    La roseraie aux gendarmes, publié peu après, est lui aussi fondé sur le va-et-vient entre le présent de l'exil et un double passé : celui du poète (enfance, adolescence) et celui de sa patrie, la Crète. Dans ces trente-neuf poèmes, qui forment un seul long poème narratif, « la sève des siècles circule », rapprochant souvenirs mythifiés et mythes anciens revécus. Plusieurs thèmes s'entrelacent au long de ce labyrinthe, signalés par les fils d'Ariane de certains mots ou images-leitmotive : printemps, miroir, semblable, barrière, inscription, graver, fissure, taureau, oracle, beauté...
    Le thème principal étant l'affrontement entre la loi, le dogme, la culpabilité d'une part, et d'autre part l'infraction, l'hérésie, l'innocence - entre les gendarmes et la roseraie.
    Dans Avec la lumière, dernier recueil paru à ce jour, le cheminement se poursuit, dans le même paysage-palimpseste où s'entrelacent mémoire personnelle et mémoire collective, texte présent et fragments de textes passés, avec peut-être une présence plus affirmée des personnages urbains d'aujourd'hui et un peu plus de lumière dans l'obscur.
    La valeur de cette oeuvre rare, exigeante a été très tôt reconnue dans son pays, puis hors de Grèce. Liondàkis fait partie des poètes grecs régulièrement invités à l'étranger. L'ensemble que voici propose quelques extraits des trois premiers recueils, tout le Minotaure, toute la Roseraie et quatre poèmes seulement d'Avec la lumière, ce dernier recueil étant actuellement disponible sur papier, aux éditions Desmos.
    MV

empty