Sciences humaines & sociales

  • Ce sont les victoires d'Italie et d'Égypte qui ont porté le général Bonaparte au pouvoir et c'est une défaite en Belgique qui l'en a chassé définitivement. Autant dire que le génie politique est chez lui inséparable du génie militaire.
    Celui-ci fascine le monde depuis deux siècles et a inspiré d'innombrables études, depuis les essais de haute stratégie jusqu'aux travaux pointus sur les unités ou les héros oubliés. Mais personne n'a jusqu'à présent cerné avec rigueur et hauteur de vue ce qu'implique une évocation totale de Napoléon chef de guerre : comment a-t-il appris son métier, qui l'a formé, quelles ont été ses lectures ? Comment a-t-il remporté ses premières victoires, par quels moyens a-t-il organisé sa propagande, comment savait-il se faire aimer et craindre à la fois par ses hommes, maréchaux comme simples grognards ? Quelle part prenait-il à l'organisation de l'armée, comment finançait-il la guerre ? Était-il indifférent aux souffrances des autres et à l'hécatombe de morts et de blessés ? Comment s'informait-il sur l'état de ses forces et sur les dispositifs de l'ennemi ? Pourquoi a-t-il mal compris la guerre navale et surtout la « petite guerre », c'est-à-dire la guerre de partisans (Espagne, Russie) ?
    En répondant à ces questions, et à bien d'autres, Jean Tulard dévoile les traits d'un Napoléon finalement peu ou mal connu. Il montre brillamment qu'en dépit de faiblesses Napoléon figure bien parmi les plus grands capitaines de l'histoire, les Alexandre et les César.

  • Plus que d'autres grands personnages, Franklin Delano Roosevelt occupe une place centrale dans l'histoire du XXe siècle : les fonctions qui furent les siennes, il les a exercées à la tête d'un pays en voie d'accéder au rang de première puissance mondiale. Et il a tenu un rôle essentiel dans cette accession. A travers deux crises majeures, la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale, il a profondément modifié l'exercice du pouvoir exécutif aux Etats-Unis. Sa présidence demeure une référence pour ses successeurs, républicains aussi bien que démocrates.

    L'homme, pourtant, demeure une énigme, aux Etats-Unis aussi bien que dans le reste du monde : aristocrate qualifié de populiste par ses pairs, artisan d'un New Deal dont on conteste à posteriori qu'il ait sorti l'Amérique de la crise, " war president " ayant exigé la reddition sans condition de l'Allemagne mais soupçonné d'avoir ignoré la Shoah, leader du monde libre accusé de complaisance envers Staline à Yalta, etc. Aux yeux des Français, il n'est pas seulement l'homme du New Deal et de la grande coalition contre Hitler, mais encore celui d'une querelle mal avisée et mesquine contre le héros national, Charles de Gaulle. La mort brutale de Roosevelt ne lui a pas permis de parachever son oeuvre par la rédaction de ses mémoires, laissant à d'autres, collaborateurs ou historiens, la tâche de justifier, ou du moins, d'expliquer, sa politique.

    La figure de Roosevelt est toujours objet de controverses : le " war president " demeure un modèle pour ses successeurs engagés, tel George W. Bush, dans les guerres lointaines ; la crise économique actuelle est constamment comparée à la Grande Dépression et les débuts de la présidence de Barak Obama aux mythiques 100 premiers jours de son prédécesseur. 25 ans après la biographie d'André Kaspi, Yves-Marie Pereon s'appuie sur les travaux et les découvertes les plus récents pour donner un nouvel éclairage à ce personnage incontournable du XXe siècle.

  • 6 juin 1944. On l'oublie trop souvent, cent soixante-dix-sept jeunes volontaires, avec à leur tête le commandant Kieffer, sont les premiers et les seuls français à fouler les plages de Normandie. Rattachés à la première brigade spéciale britannique, ses hommes entraînés durement depuis des mois en Grande-Bretagne s'emparent du casino et du port de Ouistreham. Ces « Frenchies » font la jonction avec les parachutistes britanniques à Pegasus Bridge, fait d'armes immortalisé par le fi lm Le Jour le plus long.
    Si cette troupe de choc est célèbre, on connaît moins l'homme qui lui a donné son nom. Rien ne le prédestine à devenir militaire à 42 ans. Né à Port-au-Prince à Haïti, de père alsacien et de mère haïtienne, il est banquier, marié et a deux enfants. Le 1er juillet 1940, il rejoint les forces navales françaises libres en Angleterre. Sa vie bascule. Il y découvre les méthodes et les succès des commandos britanniques. Dès le printemps 1942, il rassemble sous ses ordres une vingtaine de volontaires dans les environs de Portsmouth pour fonder une unité française. Loin de la légende, on découvre, à travers un récit haletant, la trajectoire incroyable d'un « civil en uniforme », militaire atypique, un brin marginal, et véritable héros du D-Day.
    « Jamais il ne réclama de ses hommes quelque chose qu'il n'eût pu accomplir lui-même, et on l'aimait pour cela. » Cornelius Ryan

  • Depuis juillet 1953, après trois années d'un conflit dévastateur et sanglant, il y a deux Corées. Celle du Nord, où règne une dictature héréditaire et ubuesque qui condamne ses vingt-deux millions d'habitants à la misère et à l'isolement. Et celle du Sud, qui s'est hissée au 12e rang des économies les plus développées de la planète et constitue désormais un des pôles les plus actifs de la démocratie numérique et de la mondialisation culturelle. Endoctrinement fanatique à Pyongyang, libéralisme triomphant à séoul ; aujourd'hui, on ne parle plus de la Corée qu'au superlatif : modèle ou repoussoir, miracle ou tragédie.
    Mais si la Corée d'aujourd'hui fait de plus en plus parler d'elle, celle d'hier, avant la guerre (1950-1953) et la colonisation japo-naise (1910-1945), demeure largement méconnue. On ignore que la péninsule fut un creuset d'innovation scientifique et technique, un centre intellectuel et religieux, auquel on doit aussi bien la mystique bouddhiste que la pâte à papier, l'imprimerie sur caractères mobiles ou la céramique céladon. Régulièrement ravagée par les invasions et par les guerres, constamment menacée par ses deux puissants voisins, la chine et le Japon, qui ont cherché à l'asservir ou à la coloniser, la Corée a su s'adapter pour préserver son identité culturelle et imposer son autonomie politique.
    Du premier royaume de Joseon fondé, selon la légende, en 2333 avant Jésus-Christ aux deux États qui se partagent aujourd'hui la péninsule, en passant par l'âge d'or du roi Sejong (XVe siècle) et l'invention de l'alphabet coréen, toujours en usage, l'histoire de la Corée est une épopée, qu'il reste à découvrir. elle en vaut la peine.

  • 22 juin 1941. Hitler lance l'opération Barbarossa contre l'union soviétique. Dix jours plus tard, Alexander Werth, correspondant de la BBC, arrive à Moscou. Jusqu'à octobre 1941, il partage le quotidien des Moscovites durant ce terrible été marqué par l'effondrement de l'Armée rouge. Le récit qu'il en a tiré est un témoignage unique sur un moment crucial de l'histoire de la guerre à l'est, celui où l'Allemagne nazie semble invincible.
    Ne disposant que des informations officielles, qui toutes minimisent systé-matiquement les reculs et les défaites de l'Armée rouge, tout en majorant les pertes de la Wehrmacht, Alexander Werth saisit toutes les occasions pour tenter de « prendre le pouls » de la vie réelle. Malgré les contraintes - espionite ambiante, méfiance et peur de l'étranger -, il rend compte avec brio de l'atmosphère à Moscou au cours des premières semaines de la grande guerre patriotique, à un moment où la menace ennemie se rapproche de la capitale soviétique, soumise aux premiers raids aériens. Alexander Werth quitte la ville alors que les détachements avancés de la Wehrmacht ne sont plus qu'à une trentaine de kilomètres de la capitale soviétique. À ce moment-là, la prise de Moscou semble inéluctable.

  • « Ces hommes combattaient sans aide ni de l'intérieur, ni de l'extérieur. Ils ont souvent été déchirés par le trouble de leur conscience [...]. Ces morts ne peuvent pas racheter tout ce qui s'est produit en Allemagne. Mais leurs actes et leurs sacrifices

  • Dans la mémoire collective, Louis XIV est une figure convenue, figée dans la pose majestueuse qu'adopte le célèbre portrait peint par Hyacinthe Rigaud. On oublie que Louis n'est pas resté identique pendant sept décennies, qu'il y a peu de choses en commun entre l'adolescent de la Fronde, le monarque rayonnant de 1661, le souverain impérieux de 1685 et le vieillard affaibli des dernières années.
    Les historiens de Louis XIV reprennent souvent à leur compte le discours officiel du Grand Siècle, qui absorbe l'homme dans le roi, qui fait de Louis une pure et simple incarnation de l'État. À y regarder de plus près, théorie et pratique n'ont pas toujours concordé : derrière le monarque guerrier de la propagande se cache un roi-bureaucrate ; le prince qui « gouverne par lui-même » sait aussi composer pour accommoder ses devoirs et ses plaisirs.
    Pour comprendre l'homme et son « art de régner », témoignages et souvenirs des contemporains sont précieux, mais rien ne vaut les écrits de l'intéressé et de ses grands serviteurs, où l'on voit, au jour le jour, comment le roi actionne la complexe machinerie de l'État, où l'on lit la joie des succès faciles, l'impatience à obtenir des nouvelles, les hésitations devant les décisions à prendre, les repentirs après l'échec.
    À l'aide de nouvelles sources, ce nouveau Louis XIV fait redécouvrir le prince véritable, trop longtemps caché derrière les éloges de ses flatteurs comme derrière les caricatures de ses ennemis.

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