Perrin

  • Richard Wagner (1813-1883) fut écrivain autant que compositeur. Non seulement, comme aucun autre avant lui, il fut l´auteur exclusif de tous les textes de ses opéras, ainsi que d´une littérature théorique autour de son oeuvre musicale, mais il a aussi pris soin de se raconter lui-même. Comme le Nietzsche de Ecce Homo, il aurait pu intituler son autobiographie : « Pourquoi je suis un destin ».

    Dans Ma Vie, Wagner cherche autant à se justifier - aux yeux de son épouse, de sa maîtresse, de son roi, si généreux à son égard, de ses amis et de ses ennemis, qu´à bâtir son image pour la postérité. Son épouse Cosima et le roi Louis II sont ses deux lecteurs immédiats. La rédaction prendra un temps considérable souvent interrompue par diverses circonstances personnelles. En janvier 1870, Wagner décide de financer lui-même une édition privée , et une douzaine d´exemplaires qui seront distribués à quelques amis choisis, parmi lesquels le roi, son futur beau-père Liszt, mais aussi Nietzsche, qui fait partie du cercle intime de Wagner..

    C´est que tout au long de cette écriture, il aura fallu ménager lecteurs et réputation : la relation adultère de Cosima et de Richard sous les yeux de Bülow ; les liaisons de Wagner sous les yeux de Cosima ou l´épineux passé révolutionnaire de l´artiste, désormais chantre de la monarchie bavaroise. À la mort de Wagner, en 1883, Cosima durcira le secret qui devait entourer Ma Vie : elle exige de ses amis qu´ils lui retournent leurs exemplaires et en détruit la plupart. Même le roi doit se défaire de ses quatre volumes. C´est en 1963 seulement que parait une édition fiable, « texte complet établi sur la base de la copie dictée conservée aux Archives Wagner de Bayreuth ».

    En France, la traduction de Mein Leben avait paru à la Librairie Plon-Nourrit et Cie dès 1911, sur la base de l´édition tronquée, publiée la même année en Allemagne. Il faut attendre 1978 pour qu´un autre éditeur fît paraître une nouvelle traduction, malheureusement imparfaite. C´est pourquoi la présente édition est un événement, que le bicentenaire de la naissance de Wagner rend plus que jamais nécessaire.

  • Giuseppe Verdi n'est pas seulement l'un des maîtres de l'opéra mondial. Il fut aussi, au même titre que Garibaldi et Cavour, l'un des héros du Risorgimento italien, l'homme dont l'image s'est identifiée pour les Italiens avec celles de la liberté et de la nation.Comment ce fils du peuple, né en 1813 sujet de la France napoléonienne, est-il devenu trente ans plus tard le porte-parole d'un patriotisme italien dressé contre la domination autrichienne ? Dans une Italie où règnent l'analphabétisme et le pluralisme des idiomes, nombreux sont ceux qui, bourgeois ou représentants du peuple citadin, vont trouver dans la musique du maître de Busseto le moyen d'exprimer leur désir de vivre libres.Cette communion patriotique suscitée par l'opéra verdien ne saurait faire oublier que ses oeuvres sont acclamées de Paris à Londres et Saint-Pétersbourg. Verdi est bien le " patron " de la seconde moitié du XIXe siècle par l'ampleur et le renouvellement de ses créations. Et jusqu'à sa mort, en 1901, il tient en respect la jeune génération italienne comme l'astre montant de la musique européenne : Richard Wagner.Mais l'homme Verdi ne se réduit ni à sa production dramaturgique ni même au rôle mobilisateur qui fut le sien. Propriétaire terrien bâtissant, arpent après arpent, son domaine sur les rives du Pô, ce philanthrope se montre ami fidèle, époux et père brisé par la disparition des siens, puis compagnon de vie d'une autre victime du destin, la cantatrice Giuseppina Strepponi, qu'il lui faudra imposer face aux préjugés du temps. Tels sont, continûment mêlés, les traits d'un personnage qui, à l'instar en France de Victor Hugo, a mis son génie au service de la liberté.

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