• Ces « je me souviens » ne sont pas exactement des souvenirs, et surtout pas des souvenirs personnels, mais des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées : elles ne valaient pas la peine d'être mémorisées, elles ne méritaient pas de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'Etat, des alpinistes et des monstres sacrés. Il arrive pourtant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées un soir, entre amis : c'était une chose qu'on avait apprise à l'école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de le porter, un geste, ou quelque chose d'encore plus mince, d'inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie. G.P.

  • Pourquoi l'Oulipo ?

    Marc Lapprand

    • Hermann
    • 24 Juin 2020

    L'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo) est né en 1960 et demeure aujourd'hui bien vivace. En dialogue avec un certain Xanthiphas, nous proposons de renouveler la critique oulipienne de manière ontologique et ludique. L'Oulipo est analysé au regard de passages clés du passé, tels que l'ère des Grands Rhétoriqueurs et le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, sans oublier l'influence des surréalistes et de Bourbaki. L'apport pataphysique est nuancé car la généalogie préoulipienne remonte chez ses deux fondateurs, François Le Lionnais et Raymond Queneau, aux années 1930. Sera posée également la question de l'intégration assez tardive des femmes en son sein. Enfin, des informations inédites provenant des archives de l'Oulipo offriront une meilleure contextualisation de l'évolution du groupe.

  • Se remettre à l'écriture sonne parfois comme une renaissance ; les quatrains, rimes croisées et autres strophes isométriques révèlent chez Clément David 40 années de poésie. À la fois poète et musicien autodidacte, il nous livre un recueil personnel, où les vers et les portées sont autant de déclarations d'amour à sa fille, Milena. Surprenant exercice de style, il remet au goût du jour sonnets, rondeaux et pantoums dont la qualité n'aurait pas déplu à Perec et Baudelaire.

  • "Compositeur de poésie, de mathématique et de littérature" : c'est ainsi qu'aime à se définir Jacques Roubaud, né en 1932. Son oeuvre est un continent complexe, où la prose se mêle à la poésie, les Troubadours aux poètes du Japon ancien, l'humour à la gravité. À l'impermanence des choses et des êtres, Roubaud oppose la cohérence d'une création suprêmement ordonnée, dont le temps, l'amour, le deuil et la mémoire sont les fondements. L'amour du nombre permet la création ou la restauration de formes exigeantes, ordonnant à la fois la parole et l'image qu'elle renvoie du monde. Cet ouvrage offre pour la première fois une vue globale et panoramique de l'oeuvre, tout en ouvrant des pistes de lecture jusqu'ici peu explorées : Roubaud et la musique, la mathématique, la théorie du rythme abstrait, la photographie, l'art contemporain.

  • Douze heures de la vie d'un homme dans Paris, le 21 septembre 1991.

  • Tantôt échafaudage, tantôt squelette, parfois patron de couturière, la contrainte est un réglage intentionnel et ad hoc servant à la confection d'un texte. Fer de lance des membres de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo), cette pratique d'écriture peut se concevoir dans toutes les langues, à toutes les époques. Le Québec ne fait pas exception, avec des oeuvres aussi diverses et originales que celles de Nicole Brossard, Raôul Duguay, Guy Delahaye ou Anne Archet.

    La 'Pataphysique, le formalisme et les machines - trois points d'ancrage de la littérature à contraintes -sont ici envisagés à même un corpus exclusivement québécois, composé d'une centaine d'oeuvres publiées entre 1910 et 2019. L'autrice en profite pour réfléchir aux enjeux qui émergent d'une analyse inédite et audacieuse : l'alliance du rire et de la science, le féminisme, la potentialité. Elle fait ressortir un aspect méconnu de la littérature québécoise, tout en soulignant l'influence littéraire et la puissance théorique de cette écriture pour le moins singulière.

  • Dans la singulière lignée de Nulla dies sine Milena, Clément David poursuit son introspection poétique, sous une forme plus thématique. De l'ombre à la lumière en s'attardant sur le clair-obscur, cette articulation en triptyque brosse le chemin parcouru entre la douleur infinie du départ de sa fille et la reconstruction de sa vie ces dernières années.

  • Cet ouvrage propose une réflexion unique sur la genèse des romans de Raymond Queneau, écrivain et poète français, qui a donné naissance à de nombreuses oeuvres burlesques et expérimentales. Les multiples brouillons, précieusement conservés et classés par Queneau lui-même, représentent une véritable richesse littéraire. Proposant une nouvelle méthode d'analyse, à la fois critique et génétique, par l'étude des avant-textes de Pierrot mon ami, des Fleurs bleues et du Vol d'Icare, cet ouvrage nous invite à découvrir les coulisses de la création quénienne et nous propose des images inédites de brouillons de manuscrits. C'est la première fois qu'une telle étude est menée sur ce corpus.

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