Presses de l'Ifpo

  • Âpre, gris et austère côté Léjà, rouge, vert et doré côté Nuqrah, noir, brillant et suave côté djebel, le Hauran est un pays de contrastes. De ceux-ci est né un patrimoine d'une exceptionnelle richesse : faut-il rappeler que le théâtre romain le mieux conservé se trouve à Bosra, qu'un empereur de Rome est originaire de Shahba, qu'un magnifique nymphée est blotti au creux du wadi de Qanawat, ou encore que le musée de Suweida' renferme des trésors ? Les vestiges archéologiques de ces villes relatent une histoire mouvementée, mais ne disent que peu de choses des plus de trois cents villages de la région, autres acteurs fondamentaux de cette épopée. Et pourtant, il suffit de se rendre dans leurs vieux quartiers, de suivre les ruelles, d'escalader les monticules de blocs de basalte ou de pénétrer dans des cours dont les entrées ont été condamnées : habitations petites et grandes, temples, églises, monastères, mosquées, birkeh, citernes, mastabas, bâtiments encore mystérieux, tous les éléments constitutifs des villages existent encore, souvent dissimulés sous des constructions plus récentes. Le présent ouvrage est entièrement consacré à cette région de la Syrie du Sud. Les contributions des auteurs témoignent de l'intérêt des récents travaux sur l'habitat villageois et son environnement. En fonction des compétences de chacun, les problématiques ont été traitées au moyen de prospections, d'études territoriales, architecturales ou d'analyses du décor sculpté, sans oublier la création et la mise au point de nouveaux outils à l'aide de logiciels SIG. D'une perception territoriale large à une approche plus serrée des techniques de construction, en passant par l'organisation des villages et des habitations qu'ils contiennent, cet ouvrage permet d'esquisser avec de plus en plus de précision l'aspect des campagnes, des agglomérations et des habitations rurales du Hauran aux périodes classique et médiévale. The Hawran is a land of contrasts : harsh, grey, and austere in the Laja ; red, green, and gold in Nuqrah ; black, soft, and shining in the Jabal. These contrasts have given birth to an exceptionally rich heritage : the best-preserved Roman theatre is found at Bosra, an emperor of Rome was born in Shahba, a magnificent nymphaeum nestles in the hollow of the wadi at Qanawat, and the museum of Suweida' holds many treasures. The archaeological remains of these towns tell a colourful story, but they say little about the more than three hundred villages of the region, the other fundamental actors of this epic. Yet one only has to visit their old quarters, follow their narrow streets, climb the mounds of basalt blocs, or penetrate courtyards whose entrances have been sealed : small and large residences, temples, churches, monasteries, mosques, birkeh, cisterns, mastabas, still-mysterious buildings-the elements of the villages still exist, often hidden under more recent constructions. The present work is devoted entirely to the region of Southern Syria. The authors' papers demonstrate the interest of recent studies on village habitat and its environment. According to each scholar's specific skills, problems have been addressed by means of surveys, architectural and territorial studies, or analyses of sculpted decorations-not forgetting the creation and refinement of new tools with the help of GIS programmes. From a broad territorial overview to a more focused approach to construction techniques, via the organisation of the villages and the dwellings they contain, this volume allows us to sketch with ever greater precision the features of the countryside, settlements, and rural dwellings of the Hawran in the classical and medieval periods.

  • Cet ouvrage présente l'histoire de l'urbanisme de Beyrouth entre la période de l'indépendance et le début de la guerre civile libanaise. Il met l'accent sur l'ambitieuse présidence réformiste de Fouad Chéhab, moment fondateur de la construction de l'État au Liban, souvent invoquée, admirée, regrettée, parfois aussi décriée pour ses échecs et ses ambitions déçues, notamment dans le domaine social et urbanistique. Cette période mérite d'être analysée pour elle-même plutôt que comme un âge d'or, une parenthèse ou la cause des malheurs qui l'ont suivi. L'urbanisme fut une des utopies de l'époque. Ce livre s'efforce de restituer l'originalité de cette période dans un cadre plus large, celui de l'urbanisme dans les pays arabes accédant à l'indépendance. Il insiste sur la dimension politique des projets urbains et sur leur contribution à la construction d'un État moderne, garant du développement. Ces plans firent face à l'opposition de forces sociales multiples, allant des habitants mal logés aux spéculateurs fonciers. Il en résulta de nombreux renoncements : Beyrouth est largement restée, à cette époque, une ville en plans. Une place privilégiée est accordée aux professionnels de l'urbanisme, architectes et ingénieurs, qui se reconnurent et s'investirent dans ce projet mais l'infléchirent aussi par leurs conceptions modernistes et élitistes. Face aux experts français, comme le Père Lebret ou Michel Écochard, les professionnels libanais s'imposèrent dans les administrations et les conseils et prirent en charge la conception des plans et leur réalisation. Ils construisirent un imaginaire aménageur qui perdura par delà le temps de la guerre pour hanter les projets et contre-projets de la reconstruction.

  • Les faubourgs historiques de Damas qui sont l'objet de cette étude ont été et demeurent depuis 1979 au coeur des recherches menées à l'Ifpo par le Programme du Vieux Damas. Ils ont été également à l'origine du travail d'analyse méticuleux et raisonné mené pendant plus de dix ans par Yves Roujon et Luc Vilan au cours de leur encadrement pédagogique de « l'Atelier de Damas » aux Écoles d'Architecture de Versailles et de Belleville. Ce long exercice de terrain a permis d'élaborer et de présenter dans cet ouvrage des propositions alternatives à la dégradation actuelle conduisant à la ruine des structures anciennes ; ces propositions sont mises à la disposition des autorités locales responsables de la protection du patrimoine urbain de Damas. Elles constituent une approche dynamique de la ville intégrant la prise en compte du patrimoine historique dans l'aménagement de Damas extra-muros. Ce travail est un modèle élaboré, mûrement réfléchi, qui peut être étendu (voire partiellement reproductible) à d'autres villes de la région.

  • Après une quinzaine d'années de reconstruction dans un climat de paix relative, de 1990 à 2004, le Liban a connu depuis 2005 une succession d'épisodes politiques violents mêlant de manière complexe enjeux internes et tensions régionales. Le déclenchement de la crise syrienne et ses retombées politiques, économiques et démographiques sur le Liban accentue cet état de fait. Cet ouvrage met en lumière ces nouveaux défis et complète en intégrant des volets différents l'analyse des transformations libanaises déjà entreprises dans l'Atlas du Liban. Territoires et société publié en 2007 par la même équipe. Outre la crise internationale et les mouvements de population, il prend en compte les dimensions socio-économiques à l'intérieur du Liban, les problématiques environnementales liées à l'urbanisation incontrôlée et aux risques, ainsi que la gestion territoriale et les conflits locaux qu'elle suscite. Cet atlas est le fruit d'une collaboration entre des chercheurs et universitaires français et libanais. Il utilise une approche géographique, plaçant au premier plan de l'analyse la spatialisation des faits sociaux et naturels. Les sources publiques sont limitées, notamment du point de vue de la finesse géographique, parfois peu fiables et difficiles d'accès. C'est particulièrement vrai pour les données sur la population libanaise, moins bien connue que la population réfugiée. Les données internationales permettent de situer le Liban par rapport à ses voisins. Des données thématiques, issues des ministères, offrent néanmoins une vision détaillée pour certains domaines. L'analyse d'images aériennes et de satellites fournit des données essentielles sur l'urbanisation et l'environnement. Des enquêtes de terrain localisées et thématiques complètent la panoplie des informations utilisées. L'ouvrage comprend six chapitres. Le premier porte sur la géopolitique régionale, les violences politiques internes et leurs effets locaux, à savoir l'installation des réfugiés syriens et la réémergence au grand jour des milices et groupes armés en conflit entre eux et avec l'armée libanaise. Le Liban apparaît de nouveau comme un territoire fragmenté entre de multiples allégeances. Le deuxième chapitre montre la fragilité du modèle économique libanais. Sa dépendance aux investissements extérieurs et aux remises de la diaspora, les blocages de l'industrie et de l'agriculture aggravent les déséquilibres sociaux. Le troisième chapitre est un bilan de l'urbanisation du pays, qui s'est accrue en superficie de 80% en vingt ans, au détriment des espaces naturels et de l'agriculture. Le littoral, objet d'intenses convoitises, est largement artificialisé et dégradé. De multiples signes de mutations et de dégradation de l'environnement sont observables sur le territoire libanais et sont l'objet du quatrième chapitre. Certains semblent annonciateurs du changement climatique global et de ses effets locaux. En outre, il existe un lien direct entre l'urbanisation massive et de nombreux risques mesurés et cartographiés de plus en plus clairement. Le chapitre cinq se concentre sur les dysfonctionnements de quelques services publics en lien avec l'exploitation des ressources naturelles : l'approvisionnement en eau, en énergie, tous deux marqués par la pénurie, et la gestion des déchets solides, qui traverse une crise profonde. Le sixième chapitre étudie les mutations dans la gestion du territoire libanais, marqué par le retrait voire la marginalisation de l'État et l'affirmation d'autres acteurs agissant sur le territoire, notamment les municipalités, les pouvoirs locaux mais aussi des associations de la société civile.

  • Cette étude sur le faubourg de Midan à Damas (Syrie) porte sur l'ensemble des quartiers situés au sud de Bab al-Mousalla avant l'explosion de la croissance urbaine. Jusqu'à la mise en application des plans d'urbanisme de Danger (1937), puis d'Ecochard et Benshoya (1968), le Midan évolue peu. Pendant les années 1990, l'ancien faubourg se transforme et cohabite avec les nouvelles extensions du Grand Damas. À l'aide de cartes, de plans, de coupes, de schémas et croquis, cet ouvrage vise donc à décrire l'ancienne structure du quartier, dresser le constat de son état et saisir les transformations en cours à cette époque. L'auteur analyse la centralité du Midan, la structure hiérarchisée de ces voies, la découpe générale du faubourg et ses relations avec le territoire damscène et la Ghouta.

  • Thèse de doctorat soutenue en décembre 1991, Les lois du bâtiment aborde le droit de la construction urbaine dans l'empire romain et la façon dont il s'est développé, appliqué, transformé en Italie, en Orient romain et en Afrique du Nord de la période impériale au règne de l'empereur Justinien. Son auteur, Catherine Saliou, en réussissant à faire dialoguer droit et archéologie, montre la manière dont les rapports de voisinage ou les décisions urbanistiques d'ensemble peuvent influencer les choix de construction de la maison et vice-versa. L'ouvrage choisit d'analyser, en se concentrant sur des exemples significatifs, quels problèmes se posaient de façon concrète dans les villes de l'empire romain, et sont maintenant perceptibles ou non par les archéologues. Les rapports qui se tissent aux frontières mêmes de la maison, à propos des murs de séparation, sont les enjeux les plus immédiatement perceptibles. L'approvisionnement et la formation de réserves en eau, l'évacuation des eaux usées, peuvent faire intervenir des rapports plus complexes, allant jusqu'à la formation de réseaux au niveau du quartier et de la ville. L'élévation de la maison, enfin, a également son importance car elle concerne à la fois les rapports entre voisins et la physionomie d'ensemble de la ville.

  • Offrir une vision nouvelle du territoire libanais et mettre en évidence ses transformations depuis une trentaine d'années : tel est le projet de cet atlas, produit d'une collaboration franco-libanaise. L'ouvrage repose sur une large collecte d'informations spatialisées à une échelle fine ; sa cartographie riche et inédite permet d'appréhender les dynamiques complexes à l'oeuvre dans un pays qui, souvent, semble défier la compréhension. C'est donc une lecture originale du territoire libanais qui est proposée, indissociable d'une réflexion sur l'insertion du Liban dans la mondialisation et l'évolution de son rôle dans l'ensemble moyen-oriental. Les troubles qui secouent le Liban depuis 2005 sont une nouvelle expression de sa situation de noeud des tensions régionales et des difficultés que rencontre sa construction nationale et étatique. La période de la guerre et celle de la reconstruction ont provoqué des mutations territoriales majeures : déplacements de population, urbanisation, dégradation de l'environnement, réorganisation de l'économie. Beyrouth, divisée et endommagée par la guerre civile, a été largement reconstruite et sa domination sur l'économie du pays s'est renforcée. Mais les clivages régionaux, signes de la différenciation socio-économique et des divisions confessionnelles, marquent toujours l'organisation du pays, constituant un facteur persistant de la fragmentation politique, que l'émergence récente de nouvelles collectivités territoriales n'a pas contrecarré. La guerre de l'été 2006, dont cet atlas présente un bilan cartographique, illustre la fragilité du pays, pris dans des calculs géopolitiques qui le dépassent et obligent ses gouvernants comme ses habitants à reconstruire sans cesse leurs territoires.

  • Quartiers « illégaux », « informels », « irréguliers » : les études sur l'urbanisme proche-oriental s'intéressent de plus en plus à ces lieux de la ville où l'habitat contrevient aux règles de la construction et de l'urbanisme. Ces désignations recouvrent en réalité une grande diversité dans les histoires et les enjeux socio-politiques présidant au développement de ces quartiers. Ce livre en étudie un exemple particulièrement révélateur. La banlieue sud-ouest de Beyrouth concentre la grande majorité des quartiers irréguliers du Liban : ceux-ci participent de la stigmatisation sociale de cette périphérie de la capitale, et les grands projets de reconstruction de l'après-guerre ont par ailleurs fait de l'irrégularité urbaine une question d'actualité. Les occupations de terrains pendant la guerre ou encore les extensions des camps de réfugiés sont liées à l'histoire récente du Liban. Mais en se plongeant dans l'histoire foncière des parcelles irrégulièrement construites et occupées, ce livre révèle que leur sort a également été marqué par des ambiguïtés juridiques remontant à l'époque ottomane ou au Mandat français. Cette profondeur historique remet en perspective le phénomène de l'irrégularité foncière. S'ajoutent des histoires particulières, celles de propriétaires plus ou moins bien placés pour protéger leur bien, qui montrent que les stratégies individuelles ou collectives sont souvent un facteur important pour expliquer la localisation et l'ampleur des irrégularités. Plan, réglementation, loi et norme sont des outils majeurs de l'urbanisme. lorsqu'il organise la ville. Aussi l'irrégularité, qu'elle soit définie en termes juridiques (illégalité) ou formels (désordre visible dans l'espace), fonctionne-t-elle comme un remarquable révélateur des tensions qui traversent l'aménagement urbain. Entretiens, enquêtes de terrain, travail sur des archives cartographiques et juridiques ou encore étude du cadastre mettent ici au jour les raisons qui rendent certains lieux plus vulnérables ou plus accueillants que d'autres à l'irrégularité.

  • Cet ouvrage fondé sur un matériel numismatique aussi complet que possible apporte une contribution majeure à l'histoire des cités de la Phénicie du Nord, traditionnellement servie par un nombre très limité de sources. De l'autonomie en 81/80 av. J.-C. à la fondation d'une colonie romaine en 15 av. J.-C. à Bérytos/Beyrouth et aux relations de cette dernière avec la colonie d'Héliopolis/Baalbek, l'étude des monnayages est étroitement liée au contexte événementiel de ces deux cités. De même, les émissions d'autres cités, telles Orthosia/Ard Artousi, Césarée du Liban/cArqa, Tripolis, Botrys/Batroun, Byblos, Sidon, Tyr et Chalcis du Liban, sont étudiées en contexte. Leur analyse permet de distinguer les caractères originaux de chaque cité et apporte des indications nouvelles sur plusieurs points controversés de l'histoire de la Phénicie hellénistique et romaine. Si le rythme des émissions monétaires atteste de la vitalité économique de la Bérytos romaine, les dénominations du système monétaire témoignent aussi d'une certaine continuité avec la période pré-coloniale. Le monnayage de la colonie d'Héliopolis ne commence que sous Septime Sévère, en 194, et s'arrête définitivement vers 256/257. Son étude confirme la thèse selon laquelle Héliopolis serait restée une dépendance de Bérytos jusqu'en 194. This book, based on a set of numismatic materials as complete as possible, brings a major contribution to the history of the Northern Phoenicia cities on which, traditionally, sources are scarce. From its autonomy by 81/80 b.c. to the foundation of a Roman colony in Berytos/Beirut in 15 b.c. and to the relations Berytos developed with the colony of Heliopolis/Baalbek, coinage study has always been closely linked to the context of events in those two cities. Similarly, coin issuing in other cities such as Orthosia/Ard Artousi, Caesarea of Lebanon/'Arqa, Tripolis, Botrys/Batrun, Byblos, Sidon, Tyr and Chalcis of Lebanon, is studied in the same context. The analysis of these coins allows the author to bring to light the specific characteristics of each city and to provide us with new information on several controversial points in the history of Hellenistic and Roman Phoenicia. While the pace of coin issuing gives evidence of the Roman Berytos economic dynamism, the denominations of the monetary system are also a testimony of the continuity with the pre-colonial period. The coinage in the Heliopolis colony starts with Septimius Severus in 194 and halts definitely around 256/257. The author's coinage study confirms the thesis according to which Heliopolis belonged to Berytos until 194.

  • En étudiant la ville et la femme dans l'oeuvre d'al-Ujaylî, la réflexion suit un double cheminement. La façon dont l'auteur a donné corps à son espace est, en effet, un premier fil conducteur. Cette démarche d'approche sociocritique conduit vers des considérations plus fondamentales touchant à la référence identitaire des espaces concernés. Aller à la rencontre de la femme et de la ville est le second fil d'Ariane, présenté d'abord comme une mise en relation des partenaires : le héros et la ville, le héros et la femme, celle-ci et celle-là. Cette conduite d'analyse s'est étoffée pour cernet les visées de l'auteur : quelles valeurs conférer à ce désir de ville, à ce désir de femme, à ce désir de femme en ville ? Ces deux grands mouvements de la réflexion se nouent dans l'appréciation du message qu'al-Ujaylî essaie de délivrer et, plus exactement, dans ce que l'on a pu en discerner. En mettant en scène la ville et la femme, ce ne sont pas deux aspirations parallèles qui sont évoquées mais, par leurs combinaisons, bien des espérances et bien des désenchantements de l'homme arabe, donc d'une société. C'est à proprement parler la thèse défendue tout au long de ces pages. La combinaison ville-femme a une vertu d'exemplarité des problèmes contemporains du monde arabe. En ce sens, Abd al-Salâm al-Ujaylî, écrivain néoclassique et réaliste, place au premier rang de son oeuvre l'homme dans la société.

  • Étoile du Croissant fertile située sur l'Euphrate à deux cents kilomètres à l'Est d'Alep, Raqqa est une ville de contact entre le monde des pasteurs nomades, le monde des sédentaires et celui des citadins. Sixième ville de Syrie en 2009, avec environ 250 000 habitants, son essor fut considérable au début des années 1970 en tant que centre administratif du Projet de l'Euphrate, qui fut le principal projet de développement de la Syrie baathiste pendant vingt ans. Trois barrages, une ville nouvelle et quinze fermes d'État furent construits, drainant vers le gouvernorat de Raqqa des milliers de fonctionnaires, d'ouvriers et d'ingénieurs, syriens et étrangers, qui y introduisirent de nouvelles pratiques sociales. Dans le même temps, Raqqa fut transformée en vitrine du développement urbain baathiste avec places de parades, jardins, bâtiments officiels, statues et rhétorique célébrant le renouveau de la gloire abbasside de cette ville qui fut la capitale éphémère du calife Haroun al-Rachid. Le double essor administratif et démographique de Raqqa a profondément modifié les rapports de pouvoir entre les membres des anciennes familles citadines, les fonctionnaires issus des anciennes tribus semi-nomades, et les groupes de migrants nouvellement installés dans la ville. Une véritable revanche sociale s'est produite au profit de petits propriétaires devenus membres du Parti Baath qui ont eu accès aux principaux postes administratifs du gouvernorat. Mais les anciens citadins ont pu conserver les bases de leur pouvoir économique, tout en déployant leurs propres discours identitaires autonomes et leurs pratiques de sociabilité spécifiques (réunion en madâfa, visite aux tombeaux des saints de la ville bien que ces derniers aient été transformés en mausolées chiites). Raqqa constitue ainsi un poste idéal d'observation des mutations de la Syrie contemporaine du fait de l'ampleur des bouleversements qu'elle a connus depuis un demi-siècle, et qui s'accélèrent avec les réformes introduites par le nouveau président syrien à partir de 2000 (démantèlement des fermes d'État, encouragement à l'investissement étranger), qui visent à faire du Nord-Est syrien un nouvel eldorado du développement privé.

  • Arados, Arwad en phénicien, est la principale cité de Phénicie du Nord. Elle est localisée sur un îlot doté d'un port bien abrité, à 2,5 kilomètres de la côte à la latitude de la ville moderne de Tartous. Elle nous est moins bien connue que ses voisines du sud, faute de sources littéraires et de fouilles archéologiques : le site a été occupé sans interruption par une agglomération depuis l'Antiquité. La seule source abondante est la monnaie, régulièrement frappée durant l'époque hellénistique. Le corpus rassemble plus de 5 000 pièces qui offrent l'intérêt d'être datées à partir de 243/2. Elles permettent une évaluation annuelle de la production de l'atelier. Confrontée aux événements politiques et militaires qui agitent le royaume séleucide, celle-ci conduit à retracer l'histoire de la cité hellénistique. On découvre alors une communauté habile à utiliser les faiblesses du royaume séleucide et une situation géographique favorable qui fait d'elle une alliée indispensable des rois de Syrie tant que la frontière avec les possessions lagides se situe sur l'Éleuthéros, au sud du domaine continental dominé par l'île. Fidèle aux rois séleucides, elle leur fournit régulièrement un soutien militaire, essentiellement naval, et reçoit en échange concession d'autonomie et alliance officielle, négociant parfois des avantages supplémentaires comme une exceptionnelle concession d'asylie durant les années 241-239. Avec le déclin de la dynastie, Arados accroît ses ambitions régionales, prend possession du territoire de sa rivale continentale, Marathos, voit passer les troupes de Tigrane d'Arménie et finit par choisir le camp de Pompée contre César puis Antoine. Arados subit alors un blocus naval de plusieurs mois. Elle finit par renoncer en 38, réduite à la misère par la famine et l'épidémie, et entre dans l'Empire romain. Sa soumission est reconnue officiellement par l'apposition d'un petit buste de l'empereur devant la représentation d'Astarté sur ses monnaies de bronze. Aradus, Arwad in Phoenician, is the main city in Northern Phoenicia. It is located on a tiny island with an excellent harbour, 2.5 km from the coast, opposite to modern Tartous. Compared to other Phoenician cities of the southern shore, we lack of literary sources and archaeological excavations to inform us about the history of the city. Yet, the preserved ruins show that it was inhabitated without interruption since Antiquity. Further, the city has monetary output from the 250's providing us with a corpus gathering more than 5,000 coins carrying a date since 243/2 BC. This study proposes to examine the annual output of the mint and compares it with political and military events disturbing the Seleucid kingdom. Taking into account both texts and archaeology will allow us to write the hellenistic history of the city. Aradians seem skilled at making the use of Seleucid kingdom weaknesses and of their privileged geographical location that makes them and their continental possessions an essential buffer state with the Lagids' territories of Syria and Phoenicia. During the 3rd and 2nd centuries, they show a constant fidelity to the Seleucids to whom they deliver military supplies, mainly naval, and from whom they receive autonomy, official alliance, and, sometimes, major concessions as asylia during the war between Seleucus II and Antiochus Hierax (241-239). After the turn of the 2nd century, while Seleucid dynasty is declining, Aradus' regional ambitions rise: the city takes the territory of its continental rival, Marathos, meets the army of Tigranus of Armenia crossing its peraia and gives help to Pompeius' camp against Caesar and Antonius. This choice explains the blockade the island had to be subjected to during several months, which led to starvation and disease and persuaded Aradians to surrender in 38. The submission of the city to the Roman Empire is officially engraved on its bronze coins showing Astarte with a small bust of the emperor in front of her.

  • Le présent recueil est le résultat d'une réflexion d'ensemble qui, au départ, a porté sur la mémoire et le développement de la ville de Beyrouth. En 2009, à l'occasion du projet de création d'un musée de la mémoire de la ville de Beyrouth - « Beit Beirut » - par la Municipalité de Beyrouth, en partenariat avec la Ville de Paris, le Centre culturel français (devenu Institut français du Liban), et l'Institut français du Proche-Orient, avaient suscité la formation d'un comité scientifique composé de représentants des mondes de la recherche, de l'université et des praticiens de la ville au Liban. Il s'agissait d'orienter le projet vers une institution dont la vocation irait au-delà de celle d'un musée de l'histoire de la ville de Beyrouth. Ce lieu unique au Liban proposerait en effet la mise en place d'une plate-forme publique d'échanges et de débats, ouverte aux publics s'intéressant à la mémoire de la ville et à celle de la guerre, mais aussi à l'évolution de son espace urbain, à la connaissance des différents quartiers de la ville, aux manières de voir, de penser et d'investir l'espace public enfin, à travers les approches d'artistes, de chercheurs, de militants associatifs ou de professionnels engagés. Organisé par l'Institut français et l'Ifpo, le colloque qui a eu lieu pendant le Salon du Livre francophone de Beyrouth en 2011 a permis de développer une réflexion avec leurs partenaires libanais sur les relations entre Beyrouth et ses banlieues, en confrontant les expériences d'agglomérations urbaines françaises, dont Lyon et la région Île-de-France. Ont ainsi été mises en évidence leurs spécificités, la diversité des réponses apportées par les acteurs locaux, publics (municipaux ou étatiques) associatifs ou privés, aux défis de l'aménagement de l'espace, des problèmes de logement, de transport ou d'assainissement, mais aussi le dynamisme des habitants et le rôle des acteurs culturels. Plutôt que d'adopter d'emblée une posture supposant a priori une dualité centre-périphérie, et considérant les banlieues comme l'espace de l'identitaire, l'ouvrage insiste sur les logiques, les outils et les méthodes d'actions des acteurs (municipalités, associations, habitants, commerçants...), leurs innovations et leurs limites. Faisant le point sur les grandes tendances, les nouvelles problématiques, entre géographie, urbanisme, sociologie et science politique, il traire de la relation entre l'action publique locale et les nouvelles centralités, des pratiques culturelles et des territoires urbains, des politiques d'agglomération et des synergies interurbaines. Il espère ainsi contribuer à un approfondissement de cette approche, en invitant universitaires, professionnels de l'aménagement et de l'urbanisme, acteurs locaux, élus, ou responsables d'associations, pour confronter, de manière féconde, leurs analyses et leurs expériences.

  • De nombreux monuments témoignent de la longue histoire de Bosra, successivement agglomération fortifiée de l'âge du Bronze, importante ville nabatéenne, capitale de la province romaine d'Arabie, florissante cité épiscopale à l'époque byzantine. L'éclat de la ville sainte musulmane ne fut guère atténué que par la dépopulation de la période ottomane, jusqu'au retour progressif d'une population villageoise au milieu du XIXe siècle. Taillées dans le basalte local, les pierres de Bosra, perpétuellement remployées pour ériger de nouveaux édifices, conservent la trace des époques antérieures. Les auteurs - archéologues, architectes, historiens, épigraphistes - ont souhaité offrir une vision aussi complète que possible de cette continuité, l'illustrant d'une abondante documentation iconographique. De l'urbanisme antique aux traditions contemporaines, c'est à un parcours historique et culturel, en même temps qu'à une visite détaillée des monuments de Bosra, qu'est convié le lecteur de ce guide.

  • Au Moyen-Orient, plus qu'ailleurs peut-être, architectures et espaces restent longtemps marqués par le passé. Pourtant, contrairement aux apparences, ils se transforment à des rythmes divers, conservant des vestiges visibles d'états anciens, tandis que des fonctions nouvelles s'installent dans les anciens espaces à peine modifiés, ou dans des architectures nouvelles, sans modifier profondément l'ordonnance de l'ensemble. Ces mouvements d'adaptation sont possibles parce que la ville est une combinaison de systèmes spatiaux, politiques, économiques, sociaux, communautaires, familiaux, qui se caractérisent par une très forte cohérence dans une période de temps et dans un espace : chacun peut évoluer sans affecter immédiatement les autres, donc sans risque de crise aiguë et généralisée, mais chacun doit tôt ou tard avoir un effet sur les autres. La Suwayqat 'Al, dont nous étudions l'évolution, est l'un des axes qui demeurent parmi les plus importants de la ville au cours d'une très longue période de temps. C'est un ensemble d'éléments qui s'organisent de part et d'autre d'une voie principale d'accès au centre depuis une porte de l'enceinte, Bb al-Nar, site défini par son accessibilité par opposition aux quartiers d'habitation auxquels il donne aussi accès. Au cours du temps, les limites des quartiers fermés sont progressivement repoussées par le développement de l'espace public, princier ou des notables, puis par l'espace commercial. La première partie de l'étude est consacrée à l'analyse spatiale et architecturale : la topographie générale, les systèmes d'accès et de circulation, l'eau, les monuments. La seconde partie, plus historique, traite de l'évolution de l'espace à travers un certain nombre de fonctions qui se combinent, se juxtaposent, se succèdent ou s'excluent dans la structuration du quartier : le pouvoir et la religion ; la fonction résidentielle, les notables, les grandes familles et leurs réseaux ; le commerce et les activités économiques spécialisées, le souk. La conclusion est une synthèse sur les mécanismes qui, dans l'interaction des systèmes socio-politiques et économiques avec les formes spatiales, permettent aux changements de s'inscrire dans une continuité.

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