La Gibecière à Mots

  • Le Horla

    Guy De Maupassant

    Guy de Maupassant (1850-1893)
    "Je deviens fou. On a encore bu toute ma carafe cette nuit."
    "Le horla" est le journal d'un homme dans lequel il raconte les phénomènes bizarres qui semblent envahir soudainement sa vie. Devient-il fou ou est-il vraiment la proie d'une entité ?
    Cette nouvelle est suivie de 15 autres nouvelles dont la première version du "horla" :
    "Amour" - "Le trou" - Sauvée" - "Clochette" - "Le marquis de Fumerol" - "Le signe" - "Le diable" - "Les rois" - "Au bois" - "Une famille" - "Joseph" - "L'auberge" - "Le vagabond" - "Le voyage du horla" - "Un fou ?" - "Le horla" (première version).

  • Louis Hémon (1880-1913)


    "Ite missa est.

    La porte de l'église de Péribonka s'ouvrit et les hommes commencèrent à sortir.


    Un instant plus tôt elle avait paru désolée, cette église, juchée au bord du chemin sur la berge haute au-dessus de la rivière Péribonka, dont la nappe glacée et couverte de neige était toute pareille à une plaine. La neige gisait épaisse sur le chemin aussi, et sur les champs, car le soleil d'avril n'envoyait entre les nuages gris que quelques rayons sans chaleur et les grandes pluies de printemps n'étaient pas encore venues. Toute cette blancheur froide, la petitesse de l'église de bois et des quelques maisons, de bois également, espacées le long du chemin, la lisière sombre de la forêt, si proche qu'elle semblait une menace, tout parlait d'une vie dure dans un pays austère. Mais voici que les hommes et les jeunes gens franchirent la porte de l'église, s'assemblèrent en groupes sur le large perron, et les salutations joviales, les appels moqueurs lancés d'un groupe à l'autre, l'entrecroisement constant des propos sérieux ou gais témoignèrent de suite que ces hommes appartenaient à une race pétrie d'invincible allégresse et que rien ne peut empêcher de rire."


    Maria Chapdelaine vit, entourée de sa famille, sur la rive nord du lac Saint-Jean (Québec). Elle aime François Paradis un bûcheron épris de liberté ; mais deux autres garçons la courtisent : Lorenzo Surprenant qui est parti aux Etats Unis vivre le rêve américain et Eutrope Gagnon, un colon amoureux de la terre. Quel sera le choix de Maria : la liberté, l'inconnu ou la résignation ?

  • Le bacille

    Arnould Galopin

    Arnould Galopin (1863-1934)





    "Il venait brusquement d'apparaître au coin de la rue et s'avançait d'un air las, le menton sur la poitrine, le visage enfoui dans un grand cache-nez de laine noire.


    Une femme qui faillit le heurter poussa un cri perçant et s'enfuit, affolée...


    Presque au même instant, de tous côtés, s'élevèrent des exclamations confuses :


    - Lui... encore lui !...


    - Oh ! l'horreur !...


    - Le monstre !...


    Il y eut une longue rumeur, un mouvement de recul et instinctivement tous les visages se détournèrent.


    Pendant quelques secondes, il demeura immobile, fixant sur ceux qui l'entouraient deux yeux jaunes, humides et luisants, puis il poussa un long soupir et se remit en marche lentement... sous les huées...


    Au moment où il passait près d'un hangar en démolition, quelqu'un lui lança un plâtras qui s'émietta sur ses talons en un nuage de poussière blanche, et un gamin s'enhardit jusqu'à lui tirer son pardessus.


    L'homme se retourna et regarda l'enfant qui, terrifié, resta cloué sur place, bouche bée, les doigts ouverts.


    La foule s'était amassée, surexcitée, tumultueuse."





    Martial Procas est un scientifique reconnu. Victime d'une cyanose due à un rétrécissement de l'artère pulmonaire, il devient bleu et doit se cacher. Il est alors victime de la peur des habitants du quartier qui voient en lui un monstre et même un assassin et qui le pourchassent...

  • Emmanuel Bove
    (1898-1945)


    "Nous venions de passer douze jours entassés dans des wagons à bestiaux. Des journées entières s'étaient écoulées sans que le train bougeât. Puis, tout à coup, il s'emballait. Le vent nous glaçait alors. Une poudre grise tombait des parois, s'élevait du plancher, nous raclant la gorge, nous desséchant les narines. À un arrêt, nous avions obtenu l'autorisation de ramasser un peu de paille, mais c'était une paille morte qui, en quelques heures, s'était réduite en poussière. Mes camarades se serraient les uns contre les autres. Moi, je préférais avoir froid. Quand le train roulait à toute vitesse et que l'un de nous fumait, nous pensions tous à l'incendie possible.
    /> Il faisait nuit quand nous arrivâmes au camp de Biberach. De la gare nous avions parcouru vingt-trois kilomètres à pied. Il fallait nous répartir à présent. Nous attendions, assis sur la terre gelée, que les formalités prissent fin. Les Allemands, malgré leur fameux esprit d'organisation, ne s'en sortaient pas. Nous changions à chaque instant de place. Tout se passait dans un ordre parfait. Mais nous restions, en attendant, toujours dehors.
    Pelet se rasseyait chaque fois. Je m'étais accroché à lui dès le départ. Au moment de monter dans le train, on l'avait poussé d'un côté, moi d'un autre. Je l'avais suivi quand même. On avait essayé de me repousser à coups de pied, mais un remous s'était produit et j'avais pu me faufiler.
    Qu'allait-il se passer maintenant ? Pelet ne bougeait pas. Il était recroquevillé sur lui-même comme un malheureux abandonné. Sa tête touchait presque ses genoux. Je le frappai dans le dos. Il se redressa, me regarda tristement. Je lui dis :
    - Surtout reste à côté de moi.
    Je ne le connaissais pas, mais j'avais peur qu'on ne nous séparât.
    Depuis cinq mois et demi que j'étais prisonnier, je ne songeais qu'à m'évader."

    Le devoir d'un prisonnier de guerre n'est-il pas de s'évader ? C'est l'obsession du narrateur ... rejoindre la France. Mais peut-il avoir confiance en ses camarades de stalag ?
    A suivre : "Non-lieu".

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