• L'auteur présente ici une de ses conférences prononcées auprès de chefs d'entreprise sur l'efficacité. Il oppose la conception européenne de l'efficacité, liée à la modélisation comme à la finalité et une action se prolongeant en héroïsme, à la pensée chinoise de l'efficience, indirecte et discrète, qui prend appui sur le potentiel de situation et induit des transformations silencieuses. En résultent des effets de lecture portant sur l'histoire du XXe siècle et la géopolitique à venir.

  • Si le moment présent est le moment du soin, c´est-à-dire non pas seulement d´une vulnérabilité généralisée mais de l´activité humaine qui doit y répondre dans tous les domaines, il faut penser celle-ci dans sa spécificité, sa diversité et ses ruptures, de la technique à l´éthique, de la vie à la justice : c´est le but de ce livre qui en propose à la fois une étude synthétique et des applications ouvertes. Il fallait ressaisir l´unité du soin, ce par quoi il unifie non seulement un acte technique indispensable et une relation humaine fondamentale, et sa tension interne, la violation à laquelle il répond mais qui le menace aussi, et qui lui donne sa portée morale et politique. Il fallait ensuite approfondir cette étude sur des aspects précis qui posent chacun des problèmes singuliers et majeurs : la pandémie ou les soins palliatifs, les violations politiques et historiques. Il fallait enfin ouvrir les discussions sur les divers points et avec les diverses approches qui tissent conjointement le moment présent. C´est l'objet de ces chroniques, publiées deux années durant dans la revue Esprit, qui répondent à la question liant aujourd´hui notre fragilité et notre fermeté : à quoi tenons-nous ?

  • « Que pouvons-nous dire du monde ? La thèse critique que nous nous proposons de défendre tente d'éviter tant la réponse du dogmatisme métaphysique que celle du relativisme linguistique. Nous tenterons donc ici de passer de la question : Qu'est-ce qui constitue le monde ? à la question : Que doit être le monde pour que nous puissions le dire ? Et cette conversion d'une position métaphysique à une position critique, nous tâcherons de l'effectuer à propos de chaque trait du monde « apparent » que nous envisagerons. » Qu'est-ce qui, dans le monde, existe réellement ? Peut-on tout savoir du monde ? Peut-on agir librement dans le monde ? Telles sont quelques questions que pose la philosophie populaire et les réponses se doivent d'être éclairées par l'un des acquis de la philosophie savante : le langage. Lui seul permet de dire le monde avant de pouvoir parler du monde.

  • Ce texte, André Comte-Sponville l'a conçu quand il avait 26 ans et ne l'avait depuis jamais donné à publier. Il trouve donc seulement aujourd'hui la forme d'un livre, précédé d'une ample préface où l'auteur en restitue la génèse. L'oeuvre est une méditation de jeunesse. Elle se présente à bien des égards comme un exercice d'admiration (Montaigne et Pascal, Épicure et Lucrèce, Spinoza et Descartes, Marx et Freud...) mais relève aussi d'une déprise radicale d'avec la modernité littéraire et intellectuelle (Foucault, Deleuze, Barthes, Derrida...). Une douzaine de sections aborde quelques grands thèmes philosophiques, l'art, la liberté, la vérité, la religion..., dans un style libre et concis, proche de l'aphorisme qui fascinait déjà le jeune écrivain. Vingt-huit ans plus tard, l'auteur a à peine révisé son manuscrit. Il lui reconnaît un caractère certes juvénile et imparfait mais en endosse la paternité avec le regard mûr de l'homme accompli. "Il faut savoir penser contre son temps" : telle était déjà la ligne de conduite que s'était fixé l'écrivain au sortir de Normale Sup. En faisant paraître ce texte aujourd'hui, il n'y déroge pas.

  • "Il n'y a pas de philosophie de Wittgenstein. Il y a l'histoire d'un homme qui lutta pied à pied contre la folie et le suicide avec pour seules armes la logique et l'éthique. Cet homme , on l'a dépeint tantôt comme un monstre, tantôt comme un saint, tantôt comme un génie, tantôt comme un détraqué sexuel. A Vienne où il a passé sa jeunesse, comme à Cambridge où il a enseigné, il est vite devenu une légende. Les rumeurs les plus extravagantes ont circulé sur son compte : on prétendit même que sa grande oeuvre n'était pas le "Tractacus logico-philosophicus" mais le suicide de son ancien camarade de classe Adolf Hitler et de sa compagne, Eva Braun, dans leur bunker berlinois. Ce qui demeure certain, c'est qu'aucun philosophe n'aura mené avec un tel acharnement son enquête sur "le monde tel qu'il l'a trouvé", ni sur les fins ultimes de l'existence. Dans ce bref essai, R. J. tente "à la manière de Stefan Zweig parlant de Montaigne, de Nietzsche, de Freud, " de cerner la personnalité de Wittgenstein et de faire quelques pas en sa compagnie."

  • Cet ouvrage nous invite à découvrir et comprendre ces philosophes dont seuls des fragments d'oeuvre nous ont été transmis. Selon Nietzsche et Heidegger ces philosophies constitueraient la véritable tradition philosophique aujourd'hui perdue.

  • Alain Badiou revient ici sur les principaux éléments de sa philosophie de manière accessible et vivante, en la présentant dans l´horizon de la recherche du bonheur réel (comme effet que produit la vérité dans l´expérience d´un sujet). Dans la première partie, l´auteur explique pourquoi cette recherche, qui est le nom de toute vie philosophique, est aujourd´hui plus que jamais désirable. Analysant les contraintes contemporaines, il entend montrer que la situation de la philosophie est aujourd'hui défensive, et qu´il y a là une raison supplémentaire d´en soutenir le désir. Dans la seconde partie, il confronte cette vision à celle des grands « anti-philosophes » (Pascal, Rousseau, Kierkegaard, Nietzsche, Wittgenstein, Lacan), auprès desquels la philosophie trouve la dose de scepticisme et de provocation nécessaire pour ne pas sombrer dans l´académisme. Dans la troisième partie, il affronte une autre forme de critique, celle qui objecterait que la philosophie ne sert à rien quand c´est le monde qu´il s´agit d´abord de changer (pour que les conditions du vrai bonheur y soit enfin accessibles à tous). Enfin, dans une quatrième partie, il revient sur les éléments de sa propre réponse à la question de la « vraie vie », celle que la philosophie nous promet. Reprenant les acquis de L´Être et l´événement (1988) et de Logiques des mondes (2006), il dessine les contours des questions qu´il reste à aborder et qui feront la matière du troisième volet de ce magnum opus : L´immanence des vérités. Par là même, il est conduit à revenir à une question centrale et laissé de côté dans les précédents traités : celle des affects propres à la philosophie.

  • Constatant que l´anthropologie ne peut plus simplement prétendre reconstituer aussi « objectivement » que possible les cultures étrangères, puisqu´elle rencontre des cosmologies qui précisément excluent le partage entre nature et culture, Eduardo Viveiros de Castro propose d´y voir le lieu d´une expérimentation métaphysique où les « autres » sont non pas objets mais témoins de pensées et même d´images de la pensée alternatives. Montrant alors la complicité de cette anthropologie décolonisée avec la « métaphysique des devenirs » de Deleuze et Guattari, il en éclaire les enjeux dans le passage de l´Anti-OEdipe à Mille Plateaux, incompréhensible si on ne le replonge pas dans le savoir ethnologique qu´il charrie et à travers lui dans les ressources offertes par les pratiques conceptuelles de l´Afrique, puis de l´Amazonie. Il conclut par une relecture du structuralisme de Claude Lévi-Strauss qui dépasse l´opposition factice des pensées de la structure et de la différence, tout autant que de l´anthropologie et de la philosophie, du nous et des autres.

  • « J´aime les définitions. J´y vois davantage qu´un jeu ou qu´un exercice intellectuel : une exigence de la pensée. Pour ne pas se perdre dans la forêt des mots et des idées. Pour trouver son chemin, toujours singulier, vers l´universel.
    La philosophie a son vocabulaire propre : certains mots qui n´appartiennent qu´à elle, d´autres, plus nombreux, qu´elle emprunte au langage ordinaire, auxquels elle donne un sens plus précis ou plus profond. Cela fait une partie de sa difficulté comme de sa force. Un jargon ? Seulement pour ceux qui ne le connaissent pas ou qui s´en servent mal. Voltaire, à qui j´emprunte mon titre, a su montrer que la clarté, contre la folie des hommes, était plus efficace qu´un discours sibyllin ou abscons. Comment combattre l´obscurantisme par l´obscurité ? La peur, par le terrorisme ? La bêtise, par le snobisme ? Mieux vaut s´adresser à tous, pour aider chacun à penser. La philosophie n´appartient à personne. Qu´elle demande des efforts, du travail, de la réflexion, c´est une évidence. Mais elle ne vaut que par le plaisir qu´elle offre : celui de penser mieux, pour vivre mieux. C´est à quoi ces 1 654 définitions voudraient contribuer. »  

  • Le mythe est un outil puissant : là où la raison réclame du temps, de l'attention, une éducation, voire une méthode, le mythe ne demande rien ou presque. Il touche à l'imagination, joue sur la sensibilité, transmet avec simplicité et efficacité. Il est le vecteur idéal pour la propagation de ce que l'on juge universel.

  • « Avec Hume, l'empirisme ne se définit plus essentiellement par l'origine sensible des idées. Il développe trois problèmes, les relations, les cas, les illusions.
    D'une part, les relations sont toujours extérieures à leurs termes, et dépendent de principes d'association qui en déterminent l'établissement et l'exercice (croyance). D'autre part, ces principes d'association n'agissent qu'en fonction des passions, pour indiquer des "cas" dans un monde de la culture ou du droit : c'est tout l'associationnisme qui est au service d'une pratique du droit, de la politique et de l'économie (suffit-il, pour devenir propriétaire d'une cité abandonnée, de lancer un javelot sur la porte, ou faut-il toucher la porte du doigt ?). Enfin, de telles règles de légitimité des relations peuvent-elles être séparées des fictions, des croyances illégitimes qui les accompagnent ou les doublent ? Si bien que la philosophie est moins critique des erreurs que dénonciation des illusions inévitables.
    Dans tous ces domaines, l'empirisme opère la substitution de la croyance pratique au savoir, dans une entreprise athée qui consiste à naturaliser la croyance. » (G. Deleuze)

  • La publication de ce cours inédit de Bergson est un événement. Donné au Collège de France en 1902-1903, il a été intégralement pris en note, au mot près, par les sténographes de Charles Péguy. Il représente donc le trait d'union entre l'oeuvre écrite à laquelle le philosophe tenait exclusivement et l'enseignement oral d'où provient sa renommée, cette fameuse « gloire » de Bergson qui a si profondément marqué le premier XXe siècle. Au prisme de sa pensée de la durée, Bergson y revisite les philosophies de Platon, Aristote, Plotin, Descartes, Leibniz et Kant, et prépare là ce qui deviendra un chapitre majeur de L'Évolution créatrice.
    Édition établie, annotée et présentée par Camille Riquier, sous la direction scientifique de Frédéric Worms.

  • Gilles Deleuze le souligne lui-même : « les vies des professeurs sont rarement intéressantes ». Mais derrière un professeur se cache parfois un penseur, et Deleuze fut passionné par la vie des penseurs. Ses premiers textes, qu'ils s'intéressent à Hume, Nietzsche, Kant, Proust, Bergson ou encore Sacher-Masoch, en portent la trace. L'éclectisme apparent de ces objets d'étude ne doit néanmoins pas tromper : s'il avance masqué derrière les auteurs qu'il commente, Deleuze n'est pas un simple commentateur, mais propose déjà sa philosophie.
    Cet ouvrage présente l'oeuvre philosophique de Gilles Deleuze (1925-1995) en trois périodes consacrées successivement à l'histoire de la philosophie, à la philosophie politique et à l'expérience d'écriture avec Felix Guattari, à la création philosophique et artistique. Il montre ainsi comment, si chaque livre de Gilles Deleuze propose une nouvelle batterie de concepts pour traiter un problème original, se dégage de l'ensemble de l'oeuvre deleuzienne une philosophie étonnamment cohérente.

  • Le rire serait le propre de l´homme. À regarder les singes, on se prend à en douter. Il évoquerait la joie, une forme de légèreté. Mais ne parle-t-on pas de « rire nerveux » ? Il se déclencherait de manière impulsive, comme un réflexe ; pourtant, là encore, rien n´est moins sûr... Alors que l´on vante ses bienfaits - la valeur des thérapies par le rire, par exemple -, les préjugés attachés à cet acte essentiel semblent demeurer intacts.

    Qu´est-ce que le rire ? Pourquoi rit-on ? Et de quoi ? À travers la psychanalyse, la physiologie, l´éthologie, la littérature, la philosophie, l´anthropologie, cet ouvrage analyse toutes les facettes du rire. Pour rire en connaissance de cause !
     
    />

  • Comment saisir dans sa spécificité une pensée qui récuse les modes d´analyse de la tradition philosophique, et pour mieux défendre son absolue singularité va jusqu´à revendiquer l´incompréhensibilité ? Tel est le défi que Nietzsche lance à ses lecteurs. Comment comprendre la totalité de cette pensée déroutante, éclatée, en évitant la facilité d´une réduction unilatérale et négative : la critique de la morale, du christianisme, de la métaphysique ? À ce défi explicite répondent plus discrètement, dans le texte de Nietzsche, des indices permettant de rendre compte de la logique interne et de la rigoureuse cohérence de son expérience de pensée. Cette démarche neuve apparaît alors comme la conséquence d´un déplacement de l´interrogation philosophique : « Ma mission : comprendre la cohésion interne et la nécessité de toute civilisation véritable. »

  • Pourquoi redonner vie à ce Lucrèce, si longtemps après qu´il ait vu le jour, en 1967, aux éditions Seghers ? Après la cessation d´activité des éditions Fides, il était devenu introuvable. Or, il reste, de l´avis général, la meilleure introduction à Lucrèce. De plus, le poème de Lucrèce est sans doute la meilleure façon d´entrer de plain-pied dans la philosophie, si du moins la philosophie est la « vraie philosophie » (orthè philosophia) dont parle Épicure : méditation non pas sur les objets culturels, créations de l´esprit de l´homme, mais sur ce qui s´offre à nous, que l´on a sous les yeux, qui nous entoure et nous transit - la Nature (phusis) infinie, omnienglobante. J´ajoute que j´ai eu plaisir à ajouter un avant-propos, où je me figure l´effroi de Pascal découvrant Lucrèce.
    M. C.

  • La question du phénomène précède de beaucoup la phénoménologie, elle s'ouvre avec la philosophie et l'accompagne tout au long de son histoire. Mais ce préalable incontournable - car être veut dire apparaître - est surdéterminé par une présupposition irréfléchie. De la Grèce à Heidegger, dans les problématiques classsiques de la conscience et de la représentation, dans leurs critiques, dans la phénoménologie de l'intentionnalité et dans ses prolongements, « phénomène » désigne ce qui se montre à l'intérieur d'un horizon de visibilisation, l'Ek-stase d'un Dehors.
    La mise en cause de ce monisme ontologique établit que l'Ek-stase ne subsiste que sur le Fond de son anti-essence : immanence si radicale qu'elle ne se tient jamais à distance, incapable de se voir, âme sans Idée, vie dépourvue d'archétype mais liée à soi invinciblement, s'éprouvant dans le subir, le souffrir et le jouir de son propre pathos. Parce que, avant que ne se lève le monde, une Affectivité transcendantale accomplit en nous son Archi-Révélation en même temps qu'elle engendre notre ipséité, ce sont d'autres catégories, d'autres penseurs, une nouvelle phénoménologie qui sont requis si nous voulons parvenir, enfin, à l'intelligence de ce que nous sommes.

  • « Le pari majeur de ce livre est de lier le destin du rapport à établir entre l'éthique de la responsabilité et l'ontologie au destin du langage de l'une et de l'autre : le Dire du côté de l'éthique, le dit du côté de l'ontologie. (D'où) deux difficultés engendrées par la manière nouvelle de philosopher... Les deux difficultés sont indissociables et se condensent dans le mot, l'adverbe : autrement, autrement que... » (P. Ricoeur).

  • Quel rapport entre l'existence d'une oeuvre d'art et celle d'un être vivant ? Entre l'existence de l'atome et celle d'une valeur comme la solidarité ? Ces questions sont les nôtres à chaque fois qu'une réalité est instaurée, prend consistance et vient à compter dans nos vies, qu'il s'agisse d'un morceau de musique, d'un amour ou de Dieu en personne. Comme James ou Deleuze, Souriau défend méthodiquement la thèse d'un pluralisme existentiel. Il y a, en effet, différentes manières d'exister, et même différents degrés ou intensités d'existence : des purs phénomènes aux choses objectivées, en passant par le virtuel et le « sur-existant » dont témoignent les oeuvres de l'esprit ou de l'art, tout comme le fait même de la morale. L'existence est polyphonique, et le monde s'en trouve considérablement enrichi et élargi. Outre ce qui existe au sens ordinaire du terme, il faut compter avec toutes sortes d'états virtuels ou fugaces, de domaines transitionnels, de réalités ébauchées, en devenir, qui sont autant d'« intermondes ». Servi par une érudition stupéfiante qui lui permet de traverser d'un pas allègre toute l'histoire de la philosophie, Souriau donne les éléments d'une grammaire de l'existence. Mais son enquête se veut aussi une introduction à « la pratique de l'art d'exister ». À quoi nous attachons-nous précisément lorsque nous aimons un être ? À quoi nous engageons-nous lorsque nous nous identifions à un personnage de roman, lorsque nous valorisons une institution ou adhérons à une théorie ? Et finalement, quel(s) mode(s) d'existence(s) sommes-nous capables d'envisager et d'expérimenter pour nous-mêmes ? Questions métaphysiques, questions vitales. Cette nouvelle édition est précédée d'une présentation d'Isabelle Stengers et Bruno Latour intitulée « Le sphinx de l'oeuvre ». Elle inclut également un article d'Étienne Souriau, « Du mode d'existence de l'oeuvre à faire » (1956).

  • A la question d'un journaliste : Montaigne est-il le précurseur de l'amoralisme contemporain ?, Marcel Conche répond ainsi : "Il convient de distinguer trois choses, l'éthique, les morales collectives, la morale universelle. L'éthique, ou sagesse pratique, est l'art de vivre heureux. Les morales collectives sont aussi diverses que les collectivités. La morale universelle est celle des droits de l'homme. Montaigne en est le précurseur, l'anticipateur, le héraut. Il heurte de front la morale collective de son temps par son affirmation des droits universels de l'homme. La morale universelle fixe la limite, la borne qu'il met à son septicisme. Que l'homme doive respecter l'homme, cela ne se discute pas. La morale n'exige pas le sacrifice. L'homme a le droit de songer à soi, de vivre pour soi. L'éthique de Montaigne est une éthique du bonheur."

  • Après Initiation à la philosophie pour les non-philosophes (« Perspectives Critiques », 2014), les Presses universitaires de France, en collaboration avec l´Institut Mémoire de l´édition contemporaine, poursuivent le travail de publication des grands livres inédits de Louis Althusser. Être marxiste en philosophie, rédigé par Althusser en 1975, est constitué de vingt-six brefs chapitres, dans lesquels celui-ci tente de comprendre à nouveaux frais les liens qui existe entre la figure de Marx et la pratique de la philosophie. Qu´a à nous dire Marx sur cette pratique ? Est-il possible d´imaginer une philosophie qui soit purement marxiste ? Que signifie pratiquer la philosophie en tant que marxiste ? Quel horizon politique une philosophie marxiste peut-elle et doit-elle s´assigner ? Pourquoi se dire marxiste en philosophie aujourd´hui ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles Althusser tente d´apporter une réponse dans ce livre, au fil d´un texte à la limpidité cristalline, à l´impeccable précision et à l´élégance supérieure. Il est accompagné d´une introduction de G. M. Goshgarian, spécialiste international de l´oeuvre d´Althusser, ainsi que d´un petit texte inédit, « Chacun peut-il philosopher ? », écrit en 1958, en réaction à la publication d´un pamphlet de Jean-François Revel, Pourquoi des philosophes ?.
    À l´heure où la pensée de Marx, comme celles des élèves d´Althusser, bénéficie d´une audience toujours plus importante, la publication d´Être marxiste en philosophie s´impose avec plus d´urgence que jamais comme une contribution à la résistance face à l´obscénité politique et économique de notre temps.

  • L'analyse de l'auteur est que le « concept de Dionysos » selon Nietzsche, ne conduit ni à l'affirmation inconditionnelle de la vie, ni à celle des corps vivants que nous sommes, mais à leur critique, à la première tentative d'une critique de la chair. Cette critique ainsi engagée reprend celle de Kant et se déplace dans un autre domaine. Il s'agit de partir des exigences de l'excès du flux (Dionysos) qui réclame d'être délimité (Apollon) puis incorporé, organisé et aimé par une oreille en chair (Ariane). C'est la première histoire philosophique de l'amour (et du désamour) entre la chair et le flux.

  • "La réflexion sur la solitude me paraît liée à ce qu'il y a de plus profond dans le questionnement philosophique. C'est là que se nouent le problème du moi, de la personnalité, de la société, de la communion et de la connaissance. A ses confins, le thème de la solitude s'unit à celui de la mort." (Nicolas Berdiaeff, "Cinq méditations sur l'existence"). La solitude peut être vécue comme la condition d'une intégrité personnelle, la recherche de sa propre identité, la solitude est alors assimilée à la liberté. A l'inverse la solitude fait éprouver la vacuité et l'inanité de l'existence, on ne vit pas pour soi, on n'est pas à soi-même sa propre raison d'être. Etre seul c'est être exclu de la communauté.
    Une étude philosophique de la solitude nourrie de nombreuses références littéraires.

  • La philosophie du soin que ces journées voudraient esquisser ne vise ni à dénoncer la technique médicale pour elle-même, ni à attendre qu´elle résolve par son évolution les problèmes éthiques. Elle cherche à penser les manières dont les techniques peuvent, y compris dans leur matérialité, s´intégrer à la visée du soin. Elle ne vise pas à ajouter de l´extérieur une dimension soignante à la médecine technique existante, mais à penser le soin au coeur même de la technique et de la médecine.
    Contribuer à une philosophie du soin demande de faire converger différentes approches réflexives dans les divers champs de la médecine qui mobilisent de manière intense la question du soin. Ce projet rencontre aussi les problèmes soulevés par l´éthique du care. Il s´agit aussi de s´interroger sur la manière dont cette réflexion peut initier le soignant à se décentrer du point de vue de la technique médicale pour (re)connaître l'existence et la légitimité de celui du malade. Comment faire que la philosophie ne soit pas tant une initiation à l´éthique et à des principes fondamentaux extérieurs à la question du soin, qu'une formation éthique visant la rénovation du soin par l´attention au malade ?

empty