Publications de l'École française de Rome

  • La statue de Giordano Bruno dressée sur le Campo de Fiori, le procès de Galilée dont la mémoire est toujours présente à travers le théâtre ou les débats de l'Académie pontificale des sciences disent assez combien le destin de la Rome des XVIIe et XVIIIe siècles a été négativement associé à celui de la science moderne et de son avènement conflictuel. Les études réunies dans ce volume, résultat d'un programme collectif de recherche sur la genèse de la culture scientifique européenne, entendent apporter une nouvelle contribution non seulement au dossier de la révolution scientifique en milieu catholique, mais plus largement à celui des relations que chaque société entretient avec les acteurs et la production du savoir et de la science. La focale mise sur Rome, comme milieu social spécifique, comme capitale de la catholicité et comme centre d'une monarchie pontificale en profond renouvellement entre XVIe et XVIIIe siècle, permet de discuter les paradigmes classiques d'une historiographie qui a trop hâtivement relégué le milieu romain à la marge de toute forme d'innovation savante. Il s'agit aussi d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexions et de nouveaux chantiers sur les diverses configurations socio-intellectuelles au sein desquelles le travail savant a continué à faire de Rome un centre actif de travail et de production de savoirs.

  • Les notions de conquête ou d'acculturation constituent-elles des concepts opératoires capables de dégager la signification historique du parc balnéaire africain ? Ou faut-il repenser les processus d'hellénisation et de romanisation, notamment pour établir une périodisation de l'histoire maghrébine dans laquelle les thermes peuvent s'intégrer, mais qu'ils contribuent aussi à définir ? N'y a-t-il pas là matière à réfléchir sur la « crise du IIIe siècle » ou à remettre en cause l'idée d'une rupture liée à la « conquête vandale » ? Comment interpréter la typologie des édifices ? Que révèlent les nombreux bains asymétriques ou l'équipement des sources thermales et des demeures ? Quelle corrélation établir entre les monuments les plus prestigieux, de plan symétrique, et le dynamisme relatif des différents pôles économiques et politiques de l'Empire ? En quoi les thermes de plan semi-symétrique sont-ils symptomatiques des relations entre l'Afrique et l'Italie et en quoi rendent-ils compte des mécanismes de l'évergétisme et de la construction privée ? Quel est le rôle des thermes dans la cité ? Comment s'insèrent-ils dans l'urbanisme et dans la vie politique, en tant que lieux de rassemblement et de propagande ? Qu'en est-il de la permanence des activités sportives ? Comment s'organisent les chantiers, véritables laboratoires de formes architecturales, qui procèdent à l'érection des grands thermes ? Dans quelle mesure les thermes, microcosmes et scènes du pouvoir, offrent-ils aux luttes idéologiques un terrain de prédilection pour s'exprimer ? Telles sont les questions fondamentales et variées auxquelles la présente étude fournit des réponses qui outrepassent son strict cadre géographique et chronologique en s'appuyant en outre sur un catalogue archéologique et un corpus épigraphique rassemblés et harmonisés pour la première fois. Les notices des bains publics et privés, fondées sur une définition rigoureuse du vocabulaire, et les planches, réalisées selon un jeu d'échelles cohérent (1 : 500 ou 1 : 250), débouchent systématiquement sur un schéma qui résume une proposition de lecture de l'édifice.

  • La papauté connaît, entre XIVe et XVIIe siècle, des évolutions remarquables qui coïncident avec l'affirmation de l'État en Europe occidentale. La recherche collective internationale dont le présent volume se veut l'écho, aspire à renouveler ce sujet historiographique déjà amplement labouré. Elle tente tout d'abord d'être un pont dressé entre les continents médiévaux et modernes, trop souvent isolés. Elle s'efforce ensuite d'enrayer une tendance traditionnelle à l'analyse distincte que l'on fait de la Curie et de l'État, de la ville de Rome, d'Avignon et des territoires placés sous la souveraineté temporelle du souverain pontife. Le thème retenu a été celui de la difficile et complexe notion de charge publique et d'office, du service du prince au service de l'État et de l'Église. Cette approche ciblée repose sur des études institutionnelles, biographiques ou prosopographiques et permet d'approfondir de manière inédite et originale nos connaissances de cette forme de pouvoir unique qu'est la papauté médiévale et de l'âge moderne.

  • De l histoire de Rome au XIXe siècle, on ne retient souvent que la prise de la ville en 1870 par les troupes italiennes et la construction controversée du Vittoriano, en hommage au roi Victor-Emmanuel II. L objet de ce livre est d étudier sous un angle différent la manière avec laquelle la ville a été intégrée, politiquement et dans sa forme de capitale, au royaume d Italie. Au lieu de se concentrer sur l affrontement des symboles du monde national et de la sphère catholique, la démarche ici est tournée vers l étude de chantiers de travaux publics et d aménagement urbain souvent moins exposés à la dimension symbolique, mais dont l étude est révélatrice des mécanismes à l oeuvre entre municipalité, État et monde catholique. Dans un contexte où la municipalité romaine a été tour à tour lieu de confluence entre noblesse locale et intérêt national puis laboratoire de la gauche garibaldienne et enfin bastion de la droite conservatrice catholique, des projets tels que la canalisation du cours du Tibre ou l extension de la ville en direction des quartiers adjacents au Vatican ont été l objet de vifs débats entre les années 1870 et la fin du siècle. Au tournant du XXe siècle, c est l extension de la ville hors de ses murs antiques qui suscite rivalités et convoitises, par l étude desquelles on voit combien la dimension technicienne a été à Rome soumise pendant de longues décennies à un biais politique et institutionnel. Égouts bouchés à dessein, projets bloqués, mauvaise foi technique contre mauvaise foi politique, rien n est épargné à la ville à cette époque. Mais c est également sur le terrain de ces conflits que se sont construites les modalités d un rapprochement entre camps antagonistes et que c est édifiée une véritable culture civique citadine nouvelle, en rupture avec l ancien régime romain et reflet tant des convergences de fait entre Monarchie savoyarde et noblesse catholique pour le camp conservateur qu à gauche des tournants pris par les héritiers de Garibaldi. C est sur cette base qu entre 1922 et 1925 les fascistes assoient leur emprise sur la ville, en liant discours nationaliste post-garibaldien sur le développement de la capitale et négociation avec la noblesse propriétaire héritière de l Ancien Régime pour la réalisation de leur programme.

  • La papauté connaît, entre XIIIe et XVIIe siècle, des évolutions remarquables qui coïncident avec l'affirmation de l'État en Europe occidentale. L'écrit, qui permet à toute autorité politique d'immuniser, de statuer, d'informer, de conserver, est un des principaux instruments de sa construction. Ce volume, second écho d'une recherche collective internationale, tente de croiser les questionnements diffus portant sur ces deux objets historiographiques. Sans prétendre offrir une analyse globale de la culture écrite des organes du pouvoir, dans et hors de la curie, ni proposer une véritable histoire documentaire de l'institution pontificale, les études présentées ici permettent de cerner les structures d'évolution de la documentation dans divers secteurs d'intervention de la papauté. Elles appréhendent les interrogations que les mécanismes de rédaction, de transmission et de conservation des informations suscitent. Elles soulèvent avec acuité des questions économiques fondamentales que les registres occultent, voire tentent de celer. De Rome en Avignon, par Pérouse, Bologne et la Savoie, des cours provinciales aux familles cardinalices, de l'armée à la Pénitencerie, du maçon à l'artiste, des premières ébauches de l'écrit à l'évasion du secret d'archives, la richesse des thèmes étudiés, des analyses apportées et des interprétations historiques parcourues approfondissent de manière déterminante nos connaissances de cette forme de pouvoir unique qu'est la papauté médiévale et de l'âge moderne.

  • Les archives ont permis de prendre une mesure globale des pèlerins dont les foules confluaient à Rome. Mais il est exceptionnel de pouvoir saisir l'expérience intime qu'a été, pour celui qui l'entreprenait, l'épreuve au jour le jour du long voyage vers la Ville éternelle. Les Mémoires de Gilles Caillotin, artisan sergier à Reims dans la première moitié du XVIIIe siècle, nous livrent la chronique quotidienne de son retour de Rome : parti le 1er septembre 1724, il rentre dans sa ville natale le 17 octobre après une marche de plus de 1600 kilomètres. Le narrateur décrit les « curiosités » des villes traversées, compare la qualité de l'accueil reçu dans les hospices, évoque ses rencontres avec d'autres marcheurs, tantôt bons compagnons, tantôt francs filous. Les émotions ressenties, les souffrances endurées remontent à sa mémoire. Par la précision de son récit, tout un univers surgit, placé sous le signe de l`éphémère : le pèlerin ne fait que passer.

  • En partant du rôle-clé joué par Appius Claudius Caecus, cette étude renouvelle la vision de l'histoire sociale, institutionnelle et culturelle de la Rome médio-républicaine (fin IVe - début IIIe siècle av. J.-C.). L'époque à laquelle se situe l'activité publique de ce personnage correspond en effet à un moment essentiel de l'histoire de la Rome républicaine, lorsque le vieux conflit patricio-plébéien cède la place à une forme de consensus politique qui s'est constitué autour des valeurs communes d'une nouvelle noblesse, née du partage des magistratures entre le patriciat et l'élite de la plèbe, et qui s'est renforcé avec les premiers pas de l'expansion romaine en Italie, notamment en direction de la Campanie. Au cours de cette époque cruciale, encore souvent négligée dans les études récentes sur l'Antiquité romaine, la République romaine a connu d'immenses bouleversements à la fois internes et externes qui ont en grande partie jeté les bases de son avenir. Dans ce contexte se placent les réformes institutionnelles de la censure de 312, rendues si confuses par les multiples interprétations des Anciens et des Modernes. Cet ouvrage montre l'unité d'ensemble de ces réformes qui ont conduit à la réorganisation civique du peuple romain et de son aristocratie (équestre et sénatoriale) selon les principes de l'égalité géométrique. Depuis B. G. Niebuhr et Th. Mommsen, on considère généralement que le célèbre censeur a joué un rôle important dans l'introduction de l'hellénisme à Rome : dans quelle mesure la présence et l'influence de l'hellénisme en Italie ont-elles pu fournir des modèles culturels ou idéologiques aux réformes alors entreprises ? Appius Claudius Caecus peut ainsi devenir le point de départ d'une réflexion d'ensemble sur les institutions, la société et l'univers culturel de Rome à l'époque « médio-républicaine », et de cette manière fournir, entre les origines semi-légendaires du régime républicain et l'époque mieux connue de la République finissante, le « chaînon manquant » pour comprendre la mise en place, dans sa forme quasi définitive et accomplie, du système politique, institutionnel et idéologique de la République romaine.

  • Pourquoi faire de l'historiographie ? Aujourd'hui, alors que l'histoire affronte, comme d'autres sciences, des interrogations existentielles nées de la dilatation de son objet et de l'épuisement des grands paradigmes explicatifs, l'historiographie semble offrir un terrain de repli commode, une sorte d'îlot où attendre le reflux des vagues et prendre un peu de hauteur pendant le mauvais temps. Elle est en réalité autant un miroir offert aux historiens contemporains qu'une aide à la décision en matière de recherche et d'enseignement supérieur. Le présent volume souhaite apporter une contribution à une histoire faite dans le cadre d'institutions pensées pour et par des historiens. À cet égard, les temps de genèse et de jeunesse de l'École française de Rome, dans le dernier quart du XIXe siècle, souvent oubliés, constituent un terrain d'observation privilégié où la multiplication des points de vue des différents acteurs - hiérarchiques, savants, français, italiens - concourent à expliquer les raisons et les modalités d'un enracinement qui a façonné le caractère original d'une communauté scientifique et d'une institution de recherche.

  • Étape la plus emblématique du Grand Tour que les élites européennes accomplissaient au XVIIIe siècle, le voyage en Italie ne se réduit pas à une expérience de jeunes nobles complétant leur éducation. En temps de paix comme à la faveur des guerres, des Français de tous âges ont traversé les Alpes ou pris la mer avec les buts les plus variés. Riches ou pauvres, guidés par des modèles qui canalisaient leurs attentes, ils ont contribué à transformer le visage d'une terre engagée dans le processus unitaire en inventant des capitales, comme Milan, et en parcourant les Alpes ou le Sud marqué par les restes antiques. Terre des arts, de la culture classique et du catholicisme, l'Italie des Lumières est alors devenue le «laboratoire» d'une connaissance plus systématique de la nature, des hommes et de l'organisation des sociétés. Mais tandis que l'encyclopédisme fit place au seuil du XIXe siècle à des savoirs plus spécialisés, nobles et marchands, artistes et gens de lettres renouèrent avec un regard simplificateur et stéréotypé et le voyageur du XVIIIe siècle se mua en un touriste pressé et conquérant. C'est pour mieux comprendre le passage de ces formes complexes du voyage vers le tourisme que la présente enquête s'est attachée à dépouiller les guides, récits et journaux de voyage laissés par les Français sur l'Italie entre 1750 et 1815.

  • Les sources vaticanes sur la Révolution française méritent une étude méthodique, tout comme le travail des théologiens romains, dans la réponse aux courants réformistes qui agitaient alors l'Église. L'enjeu est de comprendre les réactions du pape Pie VI Braschi et de sa Curie à la Constitution civile du clergé et aux développements de la Révolution. La Curie étudie en parallèle les événements de France et les actes du synode diocésain de Pistoie (1786). C'est une théologie romaine de l'Église qui se construit face au gallicanisme, au joséphisme et au jansénisme : la situation particulière de l'épiscopat français en exil permet au Saint-Siège de valoriser sa primauté de juridiction. Après une présentation de Pie VI et de son pontificat, le travail des congrégations particulières pour les affaires de France est suivi pas à pas, dans la préparation des brefs, dans les conséquences du schisme, de la Terreur, de la campagne d'Italie, jusqu'à la mort du pape à Valence (1799). Le « martyre » du pape prépare-t-il aux yeux du futur Grégoire XVI « le triomphe » de l'Église ?

  • Among the imperial states of the ancient world, the Roman empire stands out for its geographical extent, its longevity and its might. This collective volume investigates how the many peoples inhabiting Rome's vast empire perceived, experienced, and reacted to both the concrete and the ideological aspects of Roman power. More precisely, it explores how they dealt with Roman might through their religious and political rituals; what they regarded as the empire's distinctive features, as well as its particular limitations and weaknesses; what forms of criticism they developed towards the way Romans exercised power; and what kind of impact the encounter with Roman power had upon the ways they defined themselves and reflected about power in general. This volume is unusual in bringing Jewish, and especially rabbinic, sources and perspectives together with Roman, Greek or Christian ones. This is the result of its being part of the research program "Judaism and Rome" (ERC Grant Agreement no. 614 424), dedicated to the study of the impact of the Roman empire upon ancient Judaism.

empty