Flammarion

  • Le feu

    Henri Barbusse

    Pour les hommes du 231e régiment d'infanterie, les différences d'âge et de condition sociale n'importent plus. Tous sont venus s'enterrer dans les tranchées boueuses de Crouy, sous la pluie et le feu de la mitraille allemande. Leur seule certitude face aux armées ennemies : "I' faut t'nir".
    Barbusse fut l'un des leurs. Tiré de ses carnets de guerre, ce roman, prix Goncourt 1916, révéla à ceux de l'arrière le quotidien des poilus : leur courage, leur camaraderie, leur argot, mais aussi la saleté, l'attente et l'ennui. Cette guerre, l'état-major, le gouvernement et la presse patriotique la censurent. Il faudra un roman comme Le Feu pour en dire toute la barbarie mécanique, mais aussi l'espoir : celui d'en sortir vivant...
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    Dossier :
    1. Propagandistes et bourreurs de crâne
    2. Dire la "vérité" de la guerre
    3. La réception du Feu (1916-1919)
    4. Oublier, condamner, commémorer.

  • Ce roman est le compte rendu à la fois nostalgique et espiègle de la randonnée qu'effectua Stevenson avec une ânesse obstinée dans les Cévennes en 1878. Tandis que l'animal réinvente, à mesure de sa fantaisie, le chemin du voyage, son maître se prend peu à peu aux joies de l'errance. Éloge de la lenteur et du goût pour l'inutile, Voyage avec un âne dans les Cévennes nous invite « à voir le monde comme une bohème non pas vraiment raffinée, mais glorifiée et pacifiée » (Henry James).

  • « J'ai découvert l'inconnu d'un monde, étrange dépaysement, à mon arrivée sur la rivière de Saigon après cinquante-cinq jours de traversée ; je n'avais d'yeux que pour les centaines de paillottes sur pilotis, tout au long des berges, l'avancée lente, cérémonieuse, des buffles de la rizière, retenus à la corde par des paysans à chapeaux coniques, pantalons retroussés. J'ai entendu les premières rafales de la guerre à la Pointe des Flâneurs. Des miliciens viets isolés, cachés dans les hautes herbes, tiraient sur le bateau et nous étions sur le pont, comme au spectacle, déjà perdus par cette inconscience qui allait être ma sauvegarde. »
    Pour la première fois, Jacques Chancel revient sur son itinéraire dans les désordres de l'Indochine.

  • Cahiers de paris

    Petr Král

    Petr Král est un poète-piéton. Il marche et repère ce que, dans la bousculade moderne, on n'aperçoit pas, une bouche de femme qui avive la marge de la ville, la feuille morte qui aiguillonne une voiture en glissant sur son toit, la mystérieuse zone du plafond qu'on désigne quand on enfile son manteau; il voit la viande qui tourne sur une broche « au milieu du cosmos ».
    Ces carnets qui parcourent quarante ans, de 1968 à 2006, rendent nostalgique d'un Paris qui disparaît progressivement comme la neige qui fond au soleil. Mais ils sont écrits avec un ton réjouissant et irrévérencieux où l'humour le dispute à la poésie. Un livre rare.

  • Décembre 1937. Alors que l'armée japonaise se répand furieusement à travers Nankin, massacrant, violant, pillant tout sur son passage, un groupe d'écolières terrifiées se réfugie dans l'église Sainte Marie Madeleine dirigée par le père Engelmann. C'est un territoire officiellement neutre dans la guerre qui oppose la Chine au Japon, mais les soldats ennemis ne semblent pas disposés à respecter les règles du droit international. Les jeunes filles courent un terrible danger, et leur survie devient encore plus incertaine avec l'arrivée de treize prostituées venues du bordel flottant sur la rivière Qinhuai qui cherchent à leur tour refuge dans l'église... Ce beau roman transporte le lecteur dans la Chine des années 30. Habité par de magnifiques personnages, du prêtre austère aux prostituées irrévérencieuses, Fleurs de guerre montre comment la guerre met à l'épreuve nos préjugés et comment l'amour peut naître parmi les décombres.

  • « À bien y réfléchir, je pense que mon baby blues a commencé avant même la naissance de ma fille.
    Devant un étalage de pommes très exactement.
    À un moment, tu ne sais pas pourquoi, tu commences à te prendre la tête pour des trucs complètement débiles.
    Ce jour-là, on était au supermarché et mon homme n'avait pas choisi les bonnes pommes. Ce n'était pas les pommes que je voulais. Et je me suis mise à pleurer comme une madeleine.
    Mais après l'accouchement, en retrouvant le sommeil et ma ligne, enfin familiarisée avec les gestes et toute cette logistique compliquée de la parfaite jeune maman, je pensais le baby blues chassé à jamais. Je me disais que voilà, ça avait été un moment difficile à passer et qu'à présent, j'allais à nouveau croquer la vie à pleines dents.
    Tu parles ! »

  • Centrafrique, 1962. Un cyclone s'abat sur la capitale, Bangui. Éclairs, trombes d'eau : c'est dans ce déchaînement des éléments que naît Isabelle Roumeguère. Ce qui lui vaudra le nom de Chipo (« Don du Ciel » en bantou).
    Son père, psychanalyste et confident de Dali, est consul de France ; sa mère, Jacqueline Roumeguère-Eberhardt, est ethnologue. Bercée depuis son plus jeune âge par les tambours gbaya, fiancée à un prince de quatorze ans en Zambie, la fillette va grandir en Afrique. Alors qu'elle n'a que quatre ans, sa mère est adoptée avec ses trois enfants par les Maasai du Kenya. Un peuple aux traditions séculaires, pratiquant la polygamie et l'excision. La fusion est totale. Le couple n'y survivra pas et sa mère tombera amoureuse d'Oka, l'ami de son frère maasai.
    La jeunesse d'Isabelle est alors rythmée par les cérémonies d'initiation et les razzias mortelles. Elle habite dans des cases enfumées et surpeuplées, surveille les troupeaux, apprend à éviter les fauves, jusqu'à ce jour de 1980 où elle rentre en France...

    Couverture : © Picture Contact / akg-images - 4e de couverture : © Patrick Wallet / Le Figaro Magazine

  • 5 septembre 2010 : Sylvia blêmit. Elle apprend l'assassinat sauvage de Natacha, une jeune femme qu'elle ne connaît pas mais qui lui ressemble beaucoup. L'homme accusé du meurtre, en revanche, elle le connaît. Le jeudi 20 mai 2004, il l'a agressée en plein jour dans le parc de Suresnes alors qu'elle faisait son jogging. Jetée au fond d'un ravin, violée pendant deux heures, Sylvia a cru qu'elle allait mourir. Pourtant, poussée par un instinct de survie exceptionnel, elle est parvenue à s'en sortir... À peu près. Neuf ans se sont écoulés depuis le drame et Sylvia se demande souvent si, finalement, elle n'est pas morte ce jour-là. Mais aujourd'hui, elle a décidé de faire entendre sa voix et de se battre pour toutes celles qui ont traversé les mêmes épreuves.

    Création Studio Flammarion En couverture : Photo de David Ignaszewski / Koboy © Flammarion

  • « D'abord, il y a cette main qui me touche, ces bras qui m'enlacent de force, puis cette main, encore, qui se pose, s'immisce sur ma cuisse. Mon corps se met en mode défense. Puis vient le verbe : "Mais monsieur, je ne couche pas !" Monsieur feint de ne rien entendre, cela s'arrête là. Pour cette fois. Monsieur, c'est mon supérieur hiérarchique.

    Malgré les cauchemars, le dégoût, j'ai trouvé la force de me battre, de porter plainte, et d'attaquer en justice l'inattaquable : un notable puissant. Moi, la femme victime de harcèlement sexuel.

    Monsieur a été condamné. Puis, la loi sur le harcèlement sexuel a été abrogée. Le chasseur fut blanchi, son ardoise effacée. Une nouvelle loi, plus dure, mais non rétroactive, a été promulguée. Elle ne peut s'appliquer à son cas... Alors j'ai décidé de continuer le combat pour toutes celles dont les droits ont été bafoués. Pour pouvoir relever la tête et clamer : "Je ne suis plus une victime invisible, je suis une femme libre." »


    Création Studio Flammarion En couverture : © Image Source / Corbis

  • Que s'est-il passé au sein de France Télécom Orange, fleuron de la technologie française, pour que des dizaines de ses salariés choisissent de mourir ?

    Vincent Talaouit peut répondre à cette question. Durant treize ans, il a travaillé au sein de cette grande entreprise. Jeune ingénieur, il intègre une filiale du groupe en 1996 et vit avec passion cette entrée dans le monde du travail. Il se dit qu'il va pouvoir assouvir son appétit de connaître et d'inventer. Mais, en 2004, tout bascule. Vincent voit peu à peu fondre les effectifs de son service sans comprendre, puisque la hiérarchie ne donne aucune explication. Il saura plus tard que, dans une stratégie purement financière, usant de méthodes de management d'une dureté rare, les responsables de France Télécom Orange ont planifié la suppression de 22 000 emplois en trois ans.

    Parce qu'il a failli mourir, Vincent Talaouit raconte ce qu'il a subi des années durant dans une entreprise à laquelle il était si fier d'appartenir.

  • J'écris toujours devant une fenêtre et, depuis quelque temps, quand je travaille sur un livre politique, j'ai de plus en plus de mal à résister à son appel : dehors, mes oliviers me réclament pour que je les taille ou les arrose.
    Il fallait en tirer les conséquences : ceci est mon dernier livre politique au sens strict. Mon testament. Mes adieux à la scène de vieux chroniqueur ronchon. Pour raconter la dernière campagne à un moment crucial pour la France, j'ai vidé les carnets à spirale sur lesquels je note tout, depuis les années quatre-vingt, en convoquant les protagonistes de 2012, comme Hollande ou Sarkozy, ou les grands acteurs d'antan, comme Chirac ou Mitterrand. Tous si romanesques qu'avec eux, l'Histoire en devient presque picaresque...
    F.-O.G.

  • "« Quand on est dans la m... jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à chanter », disait Beckett. J'ai donc écouté son conseil.
    Au début de cette campagne électorale de 2012, qui promettait d'être dure, j'ai décidé de tenir un journal qui me permettrait de prendre la bonne distance avec une course à la présidentielle s'annonçant sombre et violente.
    Notre pays a traversé une série de crises inédites qui nous a laissés anéantis au terme d'un quinquennat troublé. Mais les protagonistes de cet incroyable roman m'ont offert, malgré eux, des anecdotes surréalistes qu'il serait dommage d'oublier, des motifs de colère qu'il serait malhonnête de taire, et aussi de bons fous rires...
    Au détour des chemins de cette dernière campagne, me revient aussi en mémoire ce que j'ai vécu, plus tôt, sous l'ère Chirac. Souvenirs, souvenirs...
    Je ne cache donc rien de ce qui peut se dire, ou pas. Hélas, comme ce qu'elle décrit, ma plume était à feu et à sang."
    Roselyne Bachelot

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