Publie.net

  • Guantanamo

    Frank Smith

    Ce qu´il y avait de disproportionné dans le camp de Guantanamo, c´était la convocation symbolique : hommes mis en cage à ciel ouvert (au début du moins) dans une île, à l´opposé géographique du terrain de guerre où s´en était saisi, et soumis à une relation du type bourreau-esclave, s´il s´agissait pour les militaires de George Bush de faire payer à ceux-là un autre crime, à la fois réel et symbolique, celui du 11 septembre.
    Ainsi se reconduisait, mais en se revendiquant d´une démocratie, une relation homme à homme que nous n´avions appris à envisager, même innommable que sous la botte nazie.
    Début 2009, Obama, et c´est à son honneur, dès son 1er jour d´exercice, a prononcé la fermeture de Guantanamo : ce début 2010, le camp existe toujours.
    Mais aucun de nous nulle part pour être indemne de Guantanamo : ce que nous avons appris à lire dans Les jours de notre mort de David Rousset, dans L´Espèce humaine de Robert Antelme, qu´est-ce que cela nous enseigne de ce qui s´accomplissait là-bas, sous les chapes de silence du secret militaire ?
    La littérature permet d´entrer là. On se souvient de L´Inquisitoire de Robert Pinget.
    Frank Smith se saisit des documents accessibles et publiés lors des premières commissions d´enquête. Il en fait une suite de récitatifs : contraindre la langue à marcher sur ces cailloux bruts, faire que chacun dessine un de ces captifs en situation d´interrogatoire (il y a l´interprète, il y a les bribes de rapports, il y a les réponses - au jour le jour, la guerre, et qui elle mobilisait).

    Ça se lit comme une enquête. Mais cela donne à réfléchir l´extrême, par les seuls moyens de la langue. Particulièrement fier de proposer ce texte en ligne aujourd´hui : faites lui bon accueil, c´est un texte nécessaire.

    FB

empty