Publie.net

  • C'est en 1993 qu'Éric Chevillard fait paraître sa Nébuleuse du crabe, un livre étape dans la construction de son fantastique. Crab, le personnage principal, est une forme, une durée, un système d'idée, une critique de Léonard de Vinci.
    Mais, avec Chevillard, les personnages de roman ne s'arrêtent pas au livre qui les fait naître.
    Ici, l'auteur inventeur de Crab est aux prises avec son propre personnage. Des voix contestent, assaillent, commentent. Une journaliste de radio veut à tout prix une réponse à des questions insolubles.
    Et tout d'un coup, nous voilà sur la piste vertigineuse d'une critique du roman...

    Manière de saluer ici la parution de Dino Egger, le nouveau livre d'Éric Chevillard chez Minuit (l'éditeur), ainsi que le 3ème tome annuel de son Autofictif, le célèbre triptyque lancé chaque minuit (l'heure).
    Qui a a dit que la littérature contemporaine n'autorise pas le rire ?
    Je remercie profondément Eric d´avoir bien voulu être présent avec nous dès le début de l´expérience publie.net... A lire aussi sur publie.net : Dans la zone d´activité. On peut visiter aussi sa page auteur sur le site des éditions de Minuit, mais surtout la vue d´ensemble que propose Even Doualin sur le site Eric-chevillard.net.


    FB

  • Koltès est mort en avril 1989. Plusieurs colloques et commémorations ont tenu à souligner comment, 20 ans plus tard, le bousculement qu´il inaugure est présent.
    Bousculement de la représentation, du rapport du texte littéraire au texte de théâtre, mais bousculement de contenus et de formes : toute une pièce dans un échange de regards, et la haute phrase des villes confiée à la nuit et à ceux qui la hantent.
    Nous sommes de plus en plus nombreux à suivre de près le travail d´Arnaud Maisetti, entre fiction et théorie, entre livre et web.
    Son site ArnaudMaisetti.net témoigne de ces pans différents de recherche, et comment ils se complètent. Koltès n´est pas là comme une visite accessoire : c´est le territoire ouvert où il a ancré son propre atelier, et le développement de son propre travail de prose (voir "Où que je sois encore... dans la collection Déplacements au Seuil, plus ici lecture par l´auteur, en décembre 2007).
    Seul, comme on ne peut pas le dire est la première monographie exclusivement consacrée à l´?

  • Voici comment Mathieu Mével se présente lui-même :
    Matthieu Mével est écrivain (poésie, théâtre) et metteur en scène. Il a travaillé depuis 1998 dans des théâtres (théâtre de La Main d´or, Paris, théâtre des Amandiers, Nanterre, théâtre Kleist Forum, Frankfort/Oder, Allemagne), des galeries (Galerie Mercer Union, Toronto, Galerie italienne, Paris, Casa Vecina, Mexico) et réalisé des performances dans les villes de Copenhague, Bruxelles, Rome, Toronto, Dieppe, Paris et Mexico. Il a publié une pièce de théâtre, Echantillons de l´homme de moins (Publie.net en numérique, L´Entretemps Editions pour la version imprimée) et des articles pour des revues (Action Poétique, Théâtre / Public, Registres). Son premier recueil de poésie, Mon beau brouillage, sera publié aux éditions Argol en septembre 2010. Il vit à Rome.
    Echantillons de l´homme de moins est un texte qui emprunte ses caractéristiques au dispositif technique du concert.
    Il repose sur l´échantillonnage numérique de la voix du protagoniste qui emporte avec lui les notions de narration, d´identité et de langue. La relation du motif et du contenu est rendue chaotique par la décomposition, la superposition ou l´interpénétration. L´échantillonnage met la répétition au coeur du texte, entraînant une perte de sens et en même temps la reconstitution de quelque chose qui aurait à voir avec du sens dans les trous de la langue, une langue qui se reconstitue en se déplaçant.

    L´outil qu´il utilise pour ses mises en page c´est le logiciel InDesign, d´Adobe (le créateur du PDF).
    Le livre n´est plus le chemin unique de l´écriture contemporaine. La performance, le plateau et la projection, la voix. Comme aussi ce texte est un défi aux nouvelles petites machines électroniques : je tiens le fichier source InDesign à disposition des amis chercheurs de CyBook, Ganax et autres...
    Toutes les recherches, toutes les inventions sont possibles.
    FB

  • La littérature garde-t-elle encore pertinence pour dire ce qui conditionne notre vie au présent ?
    Et, quand nous nous saisissons de ce qui conditionne l´activité et l´échange, dans ses hiérarchies, dans ses symboliques, dans ses loisirs et ses conditionnements (du maître-nageur au rédacteur funéraire, du libraire à l´alpiniste, en passant par le notaire et le directeur des ressources humaines), gardons-nous prérogative du rire, de la critique, de la tendresse aussi (est-elle possible quand on accueille ici son boucher) ?
    J´étais très fier, en lançant ce projet publie.net, qu´Eric Chevillard veuille bien me confier ces trois textes de fiction, qui sont chacun comme des incises ou développement d´univers développés dans ses romans, et jouant par exemple de la forme radiophonique, « l´entretien avec l´auteur », pour ouvrir un nouvel espace entre l´invention du roman et ses arcanes ou ses caves.
    Depuis l´installation sur publie.net de Si la main droite de l´écrivain était un crabe, il s´est passé un événement de taille : l´autofictif, le blog qu´entretient quotidiennement Eric Chevillard, est devenu une référence de l´écriture de fiction sur le Net. Une forme fixe, en triptyque. Une mise en abîme de l´écriture elle-même. Une convocation du concret, et, dans la politesse du texte, qui se contente de sourire, en arrière donc, un rire immense, sardonique, presque L´homme qui rit de Victor Hugo, douleur comprise. Je ne sais pas ce que pourra devenir l´autofictif, s´il pourra se rassembler, se réorganiser en livre. Ou seulement continuer de nous accompagner, à notre porte virtuelle, comme labyrinthe offert. Mais c´est la preuve, et une seule est suffisante, de la pertinence d´Internet aussi pour l´imaginaire. L´écran comme lieu de fiction, mais fiction en mouvement, en développement permanent, inarrêtable.
    Alors non pas 36 métiers, comme dans l´expression populaire il a fait 36 métiers, mais 28 exactement. Sauf que choisis dans les noeuds les plus névralgiques de ce qui fait la ville, et nous dedans.
    Dans la zone d´activité, à ma connaissance, est le dernier texte publié par Eric Chevillard avant la naissance du blog. Alors le fantastique est tout près, et cet étrange sourire qui déstabilise le plus élémentaire, le plus familier. Il s´agit d´une commande venue d´abord de gens de la typographie, de la réalisation d´objets livres. La preuve du succès, c´est qu´il n´est déjà plus disponible. Conservez le vôtre, si vous avez la chance (on est quelques-uns comme ça), à avoir pu se le procurer. Un bravo spécial à Fanette Mellier, et que la mise en ligne de ce texte soit une invitation à tous pour suivre la suite, de son côté...
    Et merci, Eric, d´autoriser ici cette déstabilisation douce du familier à se prolonger sur Internet.
    On trouvera ici, et ici, et ici, et ici,, et ici, et icides extraits : partez en chasse. Pour cela, et comme cela, via le buzz Internet, que les 1000 exemplaires se sont envolés si vite. Sinon, vous imprimez le feuilletoir ci-dessus, et vous remplissez les pages blanches (solution fournie via téléchargement intégral).
    Il y a le mathématicien, l´homme des ressources humaines, l´ophtalmologue, le brancardier, le chargé de communication, le maître-nageur. Le notaire, la caissière, l´huissier, le pape. C´est toute la ville qui devient page fantastique, mouvante.
    Et tout le reste de ce qui concerne Eric sur Chevillard, le site (webmaster Even Doualin), et sur le site des Editions Argol.
    Et que la littérature soit aussi pur plaisir, champions ceux qui y arrivent. Avec petite fierté aussi que, certainement, ce texte n´aurait pu être écrit par quelqu´un qui ne vit pas en province !

    FB

  • Le spectacle, la foule, la révolte ou pas : un questionnement à rebours de la Révolution française comme show télévisé, et en quoi ça nous en dit pas mal sur aujourd´hui...
    Véronique Pittolo, c´est rare parmi notre tribu des auteurs d´aujourd´hui, ne laboure qu´un seul champ. Il faut dire qu´elle a établi son champ de fouille dans un terrain de vaste horizon, sans barbelés autour, et où on ne se risque guère à venir lui faire concurrence.
    Chaque civilisation, depuis son origine, s´invente des mythes.
    Ils se ressemblent, diffusent de l´une à l´autre, ainsi le déluge, ainsi l´idée du sacrifice, ou des conjurations de la peur.
    Ces mythes, les fables les incarnent tour à tour en dieux, en personnages, mais, quand ils nous rejoignent, c´est que ces personnages viennent traverser de plain pied notre histoire, sont là tout auprès de nous pour nous guider dans ce que le présent a d´opaque, où on ne sait rien. Et pas sûr que cette main qui nous guide nous apprenne autre chose que l´abîme.
    Mais si ça suffisait à définir l´étrange suite de textes brefs que Véronique Pittolo a publié jusqu´à aujourd´hui, on la manquerait certainement. Ce territoire où elle campe, elle l´a installé carrément du côté des personnages, des mythes, et c´est depuis eux qu´elle nous convoque nous, et notre petite société, ses peurs, son présent incertain.
    Ce qui fait une oeuvre, ce n´est pas forcément la réussite isolée, le texte qui tranche : c´est plutôt cette obstination de quelques-uns à rester là, au même endroit, pour leur pioche ou leur sillon.
    Et ceci dès Héros (Al Dante, 1999), par lequel la plupart d´entre nous ont croisé pour la première fois son écriture (ou voir extrait).
    Mais c´est aussi Opéra isotherme (ne manquez pas cette lecture de Nathalie Quintane), entre Siegfried, Mélisande et la Callas, et une focalisation sur le féminin, ce qu´elle dit une autre vision du monde.
    Et Véronique Pittolo renouvelle aujourd´hui son pacte avec Laurent Cauwet en proposant chez Al Dante, ce printemps 2008, Hélène mode d´emploi :
    Dire qu´Hélène ressemble à toutes les femmes qui ont vécu, vivront, c´est dire que la Terre est plate.

    Avec une voix de speakerine.

    Je ne sais pas ce qui m´a pris dira la femme chamboulée qui retrouve une prime jeunesse.
    J´ajoute que, si j´ai sollicité Véronique Pittolo pour un texte sur publie.net, c´est que nous sommes aussi dans un autre partage : depuis 2 ans, à l´institut Gustave-Roussy de Villejuif, elle accomplit un impressionnant travail d´écriture et art plastique avec les enfants hospitalisés. Mais avec eux aussi, cette confrontation des routes, du destin, et des personnages qui nous y aident, ou les symbolise, est central.
    Qu´on ne se méprenne pas sur La Révolution dans la poche, 1er texte non engagé sur la Révolution française : si c´est Internet qui l´accueille, c´est parce que la teneur politique de tels textes appelle à ce qu´ils soient mobiles (comme les gendarmes du même nom). Texte à faire circuler. A embarquer pour lecture sur vos téléphones, vos ordis de bureau ou planter plein écran, comme si vous aviez oublié de le fermer, sur l´ordi de la salle des profs ou de la bibliothèque.
    Une partie des travaux de la littérature d´aujourd´hui, pour cogner fort, éprouve le besoin de textes courts qui l´éloigne de la distribution imprimée, et de la diffusion en cartons : et alors ? Voici de quoi les alimenter, les ordis et les téléphones. On pourrait pirater avec ces textes les caméras de surveillance, les messages dans les halls de gare, les publicités sur écran plat au fronton des immeubles : d´ailleurs, on y travaille.
    Qu´on ne se méprenne pas : ce n´est pas la Révolution française, que Véronique Pittolo ici interroge, mais bien la phrase de Walter Benjamin - pourquoi ne se révoltent-ils pas ?
    Ou la formulation qu´en donne Véronique Pittolo ci-dessous : Peut-il exister un imaginaire de la contestation aujourd´hui ?
    Vous verrez : l"interrogation est contemporaine. Le spectacle, la peur, la foule, la révolte, la responsabilité et la décision, et Saint-Just, ou Danton, et des portraits qui surgissent, sculptés en quinze

  • Wagon

    Jacques Serena

    Jacques Serena, c´est plus qu´une voix, et c´est peut-être cela qui dérange le plus : un territoire fait irruption dans la littérature.
    Celui des fonds de ville, des piaules en étage. Chômage et boulots précaires, hébergements de hasard, et l´intensité de la relation quand on sait, avant même qu´elle se tisse, qu´elle sera forcément provisoire et instable.
    La démarche de Serena, ce n´est pas faire exister littérairement un monde qui, sinon, n´apparaîtrait pas dans la mémoire écrite. Cela, ce n´est pas la tâche de la littérature.
    C´est de rester dans les fondamentaux du récit, produire du temps, organiser (au sens étymologique) la parole. La représentation de l´espace, les masques et les corps qui surgissent, dépendent d´abord de cette relation qui se tisse, qui mêle du temps et de la parole.
    Alors, oui, peut fasciner cette fragilité dite, et la noirceur où cela vous embarque. C´est ce temps sans bords ni frontières, dans l´espace fermé d´une nuit, d´une chambre de hasard, qui conditionne que la parole soit autre, et révèle, sous notre parole commune, le territoire étranger qui nous réouvre au monde.
    Alors se conçoit la pauvreté des éléments que prend et reprend Jacques Séréna, comme, un peu plus loin que Toulon, de l´autre côté de la frontière italienne, que lui - de son vrai nom Gervasio - connaît aussi bien, le déployaient quelques grands artistes comme Mario Merz : arte povera. Art de l´extrême, où la contrainte joue aussi sur les éléments. Jamais vu que dans Serena la bouche, lieu du corps par où s´énonce la parole, ce monologue infini dont il nous confie aujourd´hui une fraction, la bouche donc se nourrisse d´autre chose que de thon et nouilles mal cuites. Tout ici est signe, parce qu´ailleurs est le déploiement essentiel.
    Et radicale aussi l´interrogation sur la forme, sur ce fractionnement : il n´est plus l´heure de héros de légende, via romans à fin heureuse, quand même chaque rentrée littéraire nous servirait jusqu´à plus soif son lot de bluettes périssables.
    Les personnages (la great lady de Plus rien dire sans toi) deviennent allégorie de la littérature elle-même, ou sa parfaite inutilité de rôle dans la précarité terrible que réserve la ville à ses plus fragiles. Alors, dans ce déploiement, les lieux vides, les transitions et translations de bord de côte ou de long d´autoroute, ou de gare à gare, dans ce sud permanent, appellent encore parole, et masques qui la servent. Des masques doux comme James Ensor savait les faire.
    Puis deux radicales nouveautés, ici sur publie.net : voici du récit, voici une histoire, voici un conte, une parole, qui va accaparer votre temps, va produire pour vous son temps de déploiement, et remplacer la réalité du monde. D´une part.
    Et pour nous (merci à Fred Griot et Sarah Cillaire, merci à Jacques Serena qui y a participé), un saut en avant : inventer le lire écran qui donne ici vie à ce texte.

    FB Nombreuses interventions de Jacques Serena sur Internet, voir bio-bibliographie sur site des éditions de Minuit, ici sur remue.net enregistré par moi-même à Dion (merci Robert Cantarella et Philippe Minyana), ou dès 2004, ou plus récemment lors de la nuit remue 2. Et lire aussi Elles en premier toujours chez les amis d´Inventaire/Invention, et aux éditions Argol.
    Ci-dessous, un texte hommage écrit en 2005, pour un dossier des librairies Initiales, à propos de Lendemain de fête, écho du temps où Jacques Serena, après des études de Beaux-Arts, fabriquait et vendait des objets de cuir sur les marchés de la côte d´Azur (il a toujours le matériel, des fois que).

  • Il faut bien s´y faire : ce qu´on expérimente avec l´édition numérique, c´est comment tous les critères changent.
    Non pas reproduire sur Internet la façon dont s´éditait le livre, mais se saisir de l´outil pour scruter de plus près l´écriture. Et, forcément, comment elle raconte le monde.
    Mahigan Lepage est de l´extrême est du Québec, son prénom n´est pas étymologiquement de la langue que nous avons en partage. L´an dernier, il est venu en France pour un séjour long. Nous avons souvent échangé sur la spécificité de notre rapport au temps, à la mémoire ou l´histoire, à l´espace, et au statut de la langue qui nous sert à dire, à penser. Lit-on de la même façon, lui et moi, les livres de littérature qui nous servent de référence, et pour lesquels l´amour est le même ? Ou lit-on si différemment les grands bousculeurs modernes, et notamment les Américains comme William Faulkner ?
    J´avais pris l´habitude de demander à Mahigan des nouvelles de ses études, mais est-ce que les études lettres ne devraient pas pour tout le monde conduire à ce qui les nie, c´est-à-dire la pratique même de la littérature ?
    Dans le bousculement ou l´instabilité que devenait le séjour en vieille Europe (cette génération-là sait utiliser les billets d´avion qui coûte moins cher que moi mon train pour Paris, j´ai vu Mahigan revenir de Berlin, de Barcelone, d´Italie), c´est à un travail de littérature que s´est attelé Mahigan. Et dans le cours de ce travail, qu´il a décidé brutalement de résoudre cette opposition entre l´Amérique et l´Europe en partant un mois au Népal.
    C´est juste donc du contexte, que je parle. Les notes de ce carnet, contrairement à ce qui serait la démarche de l´édition traditionnelle (mais chez moi, j´ai plusieurs tomes de cette collection Le tour du monde, dans les années 1860-1880, qui publiait, à raison de 2 volumes par an, les récits d´expédition de l´autre côté du monde, les traversées d´Australie, les cheminements vers l´Afrique, les marches vers le grand Nord : il y a même fort à parier que, si Jules Verne nous embarque si fort, c´est qu´exprès il se démarquait très peu de ces récits, à nous invérifiables...), ces notes les voici donc toutes fraîches :
    Texte communiqué après mise au propre au retour, lecture et correction par Sarah Cillaire, et j´y insère quatre photos prises par Mahigan lui-même.
    Ce qui importe : voilà des notes qui, bien sûr (depuis Ecuador de Michaux, comment faire autrement ?) concernent d´abord le regard et l´écriture, la posture même d´écrire, et son geste. Ce qu´elle interroge, et comment elle l´interroge. Mais les questions de temps et d´espace, ici, sont d´une autre référence que la nôtre : il s´agit d´un natif de l´autre côté de la mer, et ce que nous lisons de sa perception de l´Asie, pour le temps, pour l´espace, pour la langue, nous met en mouvement vers ce qui nous rejoint et nous sépare.
    Souplesse de l´outil numérique : voilà ces notes en circulation, quelques semaines après leur rédaction.
    C´est le premier texte, sur publie.net, d´un Québecois. Qu´on se le dise : c´est un début j´espère...
    Et pour Mahigan Lepage, d´accord ou pas avec ses options littéraires (quelques débats ouverts !), rendez-vous pris pour le manuscrit en cours.

    FB

  • Dans la profusion d´information, l´accès au savoir, le fait culturel disséminé dans toutes nos pratiques sociales et privées, l´intervention littéraire a une tâche : faire que dans la totalité diverses de ces usages une mise en réflexion du langage sera possible. C´est cela qui a toujours été nommé littérature.
    Frédéric Dumond travaille la langue, mais il l´inscrit dans l´espace scénique, dans le temps éphémère de la performance.
    Enseignant aux Arts Déco, il ne sépare pas la lancée de ses objets-langue d´avec l´ensemble de sa démarche. Mais c´est le cas de beaucoup de ceux qui arpentent notre lieu virtuel, ou que nous y accueillons.
    Nous avons mis en ligne, il y a quelques mois, We are under attack, simplement pour ce plaisir de la langue décapée, du monde secoué, d´une joie aussi, y compris parce que subversive, à se mettre ces formes en bouche, dans leur éclatement, leur répétition.
    Voici un ensemble bien plus large de Frédéric Dumond. Il est question du temps de l´aujourd´hui, un concept central s´exprime par le mot mobile.
    Je souhaite seulement que ce texte travaille ici comme indication, comme ouverture. La langue attaque.

    FB

  • Dans la famille Pachet, on connaît Pierre, et de longue date. Ceux qui connaissent le travail de Yaël, sa fille, ne seront pas surpris de retrouver la musique comme fond et matière du travail d´écriture de François, fils de Pierre, frère de Yaël (par exemple, pour Yaël Pachet et la musique, lire ici).
    Les directions de travail semblent progressivement émerger, à publie.net : les outils que nous utilisons pour lire à l´écran sont les outils avec lesquels nous écoutons ou regardons, mais aussi fabriquons, montons, le son et les images.
    En diffusant un travail littéraire sous forme numérique, l´écriture ne se contente pas de questionner ses voisins de disque dur, elle surgit nativement avec eux. Les outils évoluent vite : à nouveau, nous proposons avec le texte, en téléchargement, un objet sonore destiné à se mêler au texte.
    François Pachet est « senior researcher » au centre de développement de Sony France, et travaille précisément à cette relation, dans l´outil de lecture lui-même, ou le fichier qui la communique, entre texte, images, son. Nous le remercions pour cette route qui s´amorce ensemble.
    Et maintenant, Paul McCartney. Ici, en Touraine, on ne s´étonne plus trop de croiser Mick Jagger, et on lui fiche la paix. Je me souviens de comment je choisissais exprès le mardi après-midi pour aller aux éditions de Minuit, sachant qu´alors j´y croiserais avec certitude Samuel Beckett.
    Mais ces bonshommes, en dehors du bouleversement esthétique qu´ils ont initié (une autre immense rencontre, pour moi, c´est l´année passée en voisin immédiat d´Arvo Pärt, le rock n´a rien à voir à l´affaire), c´est d´être dépositaire de la très vieille notion de légende. Dans notre rapport à nous-mêmes, ils sont présents, en spectateurs proches, et, du coup, comment s´empêcher de rêver à la rencontre réelle ?
    On sait que ces rencontres sont rarement ce qu´elles promettent : on organise la rencontre de Marcel Proust et James Joyce, et la seule phrase qu´ils échangeront concernera la vitre ouverte de l´automobile qui les ramène. Lire aussi le si bref et fabuleux Rencontre avec Samuel Beckett de Charles Juliet.
    C´est cette question que décrypte, en cinq figures successives, et six photographies, François Pachet. La grammaire de cette rencontre, évidemment possible (l´autre jour, près de la rue Sébastien-Bottin, Mick Jagger et Charlie Watts dans le fond d´un bistrot de quartier, et le mieux c´est que personne ne prêtait réellement attention à eux), mais qui, lorsqu´elle franchit la barrière supposée du réel, ne transporte pas forcément avec elle la légende.
    Ce texte est un régal. On propose aussi sur publie.net une suite d´études de Claude Chastagner sur le rock : 666. On a croisé aussi les univers avec Emmanuel Tugny. Profitez donc de Paul McCartney, sans vous laisser marcher sur les pieds...

    FB

  • J´ai découvert Christian Ruby en lisant en 2002 Les résistances à l´art contemporain publié aux éditions Labor. Explorant les enjeux de l´art à partir de la question du spectateur, Christian Ruby explique déjà que le rapport à l´oeuvre contemporaine est une confrontation corporelle, une polémique sociale et un exercice esthétique.
    Triple exigence donc : immanence du regardeur, enjeu politique et « exercice » à comprendre comme pratique philosophique, engageant, par ailleurs, les deux précédents aspects. C´est ce mouvement général qui caractérise la pensée de ce philosophe qui ne cesse de penser notre contemporain, notre devenir contemporain, notre rapport aux oeuvres d´art... et donc notre rapport au monde (Voir Devenir contemporain ? La couleur du temps au prisme de l´art, paru aux éditions du Félin en 2007). S´il relit Schiller, c´est pour penser notre rapport à la culture et à l´esthétique d´aujourd´hui (voir ses Nouvelles lettres sur l´éducation esthétique de l´homme publiées à La Lettre volée en 2007, ainsi que son Apostille). S´il s´intéresse aux questions du public et du spectateur, ce n´est pas seulement pour en montrer le fonctionnement, c´est également pour souligner les déplacements d´enjeux et rappeler le coeur politique et social de toute pensée du spectateur, de toute proposition d´éducation esthétique (Voir L´âge du public et du spectateur, Essai sur les dispositions esthétiques et politiques du public moderne paru à La Lettre volée en 2006).
    Bref, à rebours de la généralisation des pratiques culturelles actuelles qui chiffrent leur efficacité, Christian Ruby propose une pensée critique. Pour publie.net, Christian Ruby vient fait état de son chantier de travail du moment, l´état de sa recherche, les pistes ouvertes, les perspectives à venir. Ses « Notes sur le travail du spectateur et le sur spectateur au travail de soi » s´articulent à l´ensemble de sa réflexion qui propose de penser le rapport du spectateur aux arts en affirmant la nécessité d´une distance critique et d´une conscience politique et sociale.
    On attend également avec impatience son prochain livre L´interruption, Jacques Rancière et la politique à paraître début 2009 aux éditions de La Fabrique.

    SR Bibliographie Christian Ruby, docteur en philosophie, enseignant (Paris). Derniers ouvrages publiés : Devenir contemporain ? La couleur du temps au prisme de l´art, Paris, Editions Le Félin, 2007 ; L´âge du public et du spectateur, Essai sur les dispositions esthétiques et politiques du public moderne, Bruxelles, La Lettre volée, 2006 ; Schiller ou l´esthétique culturelle. Apostille aux Nouvelles lettres sur l´éducation esthétique de l´homme, Bruxelles, La Lettre volée, 2006 ; Nouvelles Lettres sur l´éducation esthétique de l´homme, Bruxelles, La Lettre volée, 2005.

  • Nous proposons simultanément deux textes majeurs de Marivaux, mais beaucoup, beaucoup trop méconnus. Pourquoi, parce que révolutionnaires avant l'heure, instables, malsains ?
    Parce que, dans ces deux pièces brûlots, écrites et jouées à 20 ans d'intervalle, en 1725 et 1744, Marivaux, le roi du travestissement, des fausses apparences, le funambule des jeux de dialogue, prend pour thème l'ordre social lui-même, et la domination d'un homme sur un autre homme.
    Pour chaque texte, une idée de départ renversante : dès leur naissance, deux garçons et deux filles ont été élevés dans des murs, sans aucun contact avec l'humanité. Le Prince vient assister au lâcher des fauves : on les met en présence, on les confronte à un miroir - ce qui fonde notre humanité part-il d'un principe naturel ? Et s'ils réinventent nos perversions, cela les justifie-t-elle ? Voilà pour La Dispute, dont Koltès a fait l'exergue à son Solitude dans les Champs de Coton. Ou bien, voici des naufragés dans une île où les maîtres deviennent esclaves, et les esclaves, maîtres. C'est une république, mais on ne peut s'enfuir. Comment chacun va-t-il se glisser dans la peau du rôle contraire à ce que le destin lui avait assigné ? Voilà pour L'Île aux esclaves.
    Marchandises dangereuses, manipulation de l'être humain : mais on est sur la scène de théâtre, c'est Arlequin, à la fois naïf et rusé, avec le grain de méchanceté qu'il faut. Trop osé pour Louis XV : par un ultime artifice rhétorique, qu'il affectionne, Marivaux fera bien rentrer tout son dispositif dans l'ordre, avant de ranger.
    Il me semblait important de proposer ensemble ces deux singularités majeures, ces prouesses de la langue, mais ces deux laboratoires à cru de la nature humaine. Un prodige - on est quelques-uns à le savoir, on le met en partage.

    FB

  • Bien sûr, il n´y a pas de définition ce qui est ou n´est pas littérature, ni de ce qui définit un écrivain d´un autre qui ne le serait pas.
    Seulement, l´histoire de la littérature française est faite de ces surgissements qui a priori lui sont hétérogènes. Les Chants de Maldoror ou ce type de 17 ans qui surgit à pied de Charleville dans la bonne poésie symboliste parisienne. Ou les Oraisons de Bossuet ou les Lettres de Sévigné sa contemporaine ? Ceci pour rappel.
    Donc, pas de critère : la décision n´appartient pas à l´auteur.
    Mais tous ceux qui ont approché Joris Lacoste, ou l´ont entendu lire, l´ont compris en trois mots, que la question, à son propos, ne se posait pas. Et c´est inexplicable, et doit le rester.
    Pour moi, c´est passé, écoutant Joris, par cette présence rilkéenne extrêmement concrète des choses, du temps, de l´espace, un certain rapport entre le mot et ce qu´il désigne, qui vient passer à travers le chant et la déstructuration rythmique de la langue.
    Il se trouve que Joris Lacoste n´a pas choisi, pour son travail où l´écriture est centrale en permanence, le chemin convenu des formes littéraires.
    Pendant plusieurs années, un travail d´expérimentation et de performance (avec Stéphanie Béghain, notamment) : on en trouvera des traces audio et vidéo dans différents sommaires de chaoid.com, dont on aurait bien aimé qu´il reste plus présent dans le paysage qu´ils ont contribué plus que d´autres à bousculer.
    Joris est allé plus loin : au lieu de se coller à faire un livre, comme les autres, il s´est embarqué dans les tournées d´un danseur et chorégraphe de premier plan, Boris Charmartz.
    L´expérience du corps et du mouvement comme substrat aux avancées de la langue ?
    Et, depuis deux ans, il a pris la direction des Laboratoires d´Aubervilliers, là aussi creusant d´abord l´expérience plateau, les croisements disciplinaires [1].
    Voici deux textes d´abord publiés dans Inventaire/Invention, et dont nous souhaitons, avec l´auteur, assurer la continuité et la disponibilité : ils font partie des repères les plus contemporains dans le travail de la langue.
    Aussi bien dans Ce qui s´appelle crier que dans Comment faire un bloc sont présents les énonciateurs, non pas des personnages, non pas des acteurs, mais des voix en mouvement, en traverse d´espace, qui vont prendre le risque du monde, son énonciation au plus près, la tâche de révolte, et ce qu´elle induit du travail intérieur.
    Joris Lacoste, avec ces deux textes, a installé une partie de la grammaire de notre littérature contemporaine, hors genres - la poésie ici déborde, et tout le récit est appelé.

    FB

  • Cette collection de classiques, depuis le début, c'est ma bibliothèque numérique personnelle, constituée au fil des années. Mon cabinet de curiosités, les textes auxquels je suis le plus attaché.
    Nous proposons simultanément deux textes majeurs de Marivaux, mais beaucoup, beaucoup trop méconnus. Pourquoi, parce que révolutionnaires avant l'heure, instables, malsains ?
    Parce que, dans ces deux pièces brûlots, écrites et jouées à 20 ans d'intervalle, en 1725 et 1744, Marivaux, le roi du travestissement, des fausses apparences, le funambule des jeux de dialogue, prend pour thème l'ordre social lui-même, et la domination d'un homme sur un autre homme.
    Pour chaque texte, une idée de départ renversante : dès leur naissance, deux garçons et deux filles ont été élevés dans des murs, sans aucun contact avec l'humanité. Le Prince vient assister au lâcher des fauves : on les met en présence, on les confronte à un miroir - ce qui fonde notre humanité part-il d'un principe naturel ? Et s'ils réinventent nos perversions, cela les justifie-t-elle ? Voilà pour La Dispute, dont Koltès a fait l'exergue à son Solitude dans les Champs de Coton. Ou bien, voici des naufragés dans une île où les maîtres deviennent esclaves, et les esclaves, maîtres. C'est une république, mais on ne peut s'enfuir. Comment chacun va-t-il se glisser dans la peau du rôle contraire à ce que le destin lui avait assigné ? Voilà pour L'Île aux esclaves.
    Marchandises dangereuses, manipulation de l'être humain : mais on est sur la scène de théâtre, c'est Arlequin, à la fois naïf et rusé, avec le grain de méchanceté qu'il faut. Trop osé pour Louis XV : par un ultime artifice rhétorique, qu'il affectionne, Marivaux fera bien rentrer tout son dispositif dans l'ordre, avant de ranger.
    Il me semblait important de proposer ensemble ces deux singularités majeures, ces prouesses de la langue, mais ces deux laboratoires à cru de la nature humaine. Un prodige - on est quelques-uns à le savoir, on le met en partage.
    Chacun des textes, à titre exceptionnel dans publie.net, est accompagné d'une présentation d'une dizaine de pages.

    FB

  • Jusqu´à ce que...

    J Y

    C´est un voyage : non dans l´espace, mais dans le temps et la mémoire d´un homme. Lui parlera, immobile, pour dire sa traversée d´hier, d´aujourd´hui, de demain. Il parlera jusqu´à l´essoufflement. Quand il cesse de parler, une femme est là comme en chaque moment de sa vie, pour dire ce moment, ou nommer ce qui a lieu. La femme en bleu, la femme en blanc, la femme en noir. Dans ce ballet des voix et des corps, cet homme seul au milieu de sa vie traversée par trois femmes, se donne à entendre le prix de cette traversée, dans le souffle d´une voix qui tente d´aller jusqu´au bout de lui, jusqu´à ce que...
    C´est le premier texte de théâtre de JY. Préface de Claude Régy.
    Directeur de collection et préparation éditoriale : Arnaud Maïsetti - L'auteur Confondu à la maternité avec un autre, JY. a grandi dans un « foyer » d´adoption auprès d´un père qui fit son coming out au moment de son adolescence et d´une mère qui opta pour des missions humanitaires à la même période. Heureux, livré à lui-même, il découvre la bibliothèque familiale : les ouvrages sur la chasse, les Tout l´Univers du bricolage, les dix leçons de la pêche à la petite cuillère, les recettes exotiques éditées par les fabricants de robots ménagers et La Pertinence de Sperber et Wilson. La double étagère ne suffisant plus, et le goût de la lecture développé, il fréquente alors les points Relay. Les têtes de gondoles l´ouvrent à une représentation du monde et, dans la foulée, il s´inscrit en linguistique. Il décroche un doctorat et sans faire de manière devient professeur à l´université, en études théâtrales.

    À 51 ans, il casse sa pipe. C´est là qu´il commence à fulminer contre lui-même et contre les autres. JY. reprend tout à zéro et découvre qu´il a un jumeau. Après Alcméon ou la solitude de la Raison qu´il offre à son ami Robert Misrahi, il écrit Jusqu´à ce que. Pièce qu´il adresse à Claude Régy qu´il connaît depuis plus de vingt ans. JY. choisit ses lecteurs à la différence des éditeurs. Il écrit aujourd´hui sous un pseudo. À sa mort, il souhaite être enterré à côté de D. Slakta et il aimerait l´épitaphe suivante « Il y a des incompatibilités ».

  • Figures nues

    Amin Erfani

    Figures Nues est un recueil de quatre brefs et denses monologues : Des Voix sourdes, Figures Nues, La Fabrique de poup é es, et Poup é e plastique sont autant de d é fis à l ´é criture th éâ trale, qu ´ ils traversent comme une mat é rialit é vive, plastique, tactile. Quatre monologues o ù l ´ adresse est une fa ç on de raconter des fa ç ons d ´ habiter le corps et de se d é faire de ses limites, quatre voix o ù la parole est une langue, celle qui frotte sur la peau s è che du monde.
    Directeur de collection et préparation éditoriale : Arnaud Maïsetti. Préface de Valère Novarina.
    - L'auteur Amin Erfani est écrivain, traducteur et professeur de lettres et langue française à New York.
    Ses écrits littéraires sont parus des deux côtés de l´Atlantique, chez Publie.net et Nerval.fr., ainsi que sur l´Unsaid Literary Magazine, qui lui a discerné le prix "Ivory-Billed Woodpecker Award for Fiction" faisant valoir l´émergence de nouvelles écritures expérimentales.
    Le texte Be Not Afraid of The Clown est à paraitre en juillet 2015 dans le journal Digging Through The Fat. Il a, entre autres, traduit en américain La Nuit juste avant les forêts, de Bernard-Marie Koltès ; L´Animal du temps et Une Langue maternelle incompréhensible de Valère Novarina, textes publiés et mis en scène en France et aux États-Unis.
    Il a reçu son doctorat en littérature française, spécialisations en théâtre, théories littéraires, et psychanalyse, à l´université d´Emory, Atlanta. Sa thèse portait sur les « écritures théâtrales » de Beckett, Koltès, Novarina et Derrida.

  • Balivernes hivernales

    J Y

    Balivernes Hivernales naît d'une rencontre : avec la ville et le désarroi qu'on y trouve à chaque pas. Dans le hall d'une gare, sur le clavier d'un piano désormais disposé dans chacune de nos gares et livré à tous, quelqu'un joue en virtuose. Soudain un homme en haillons - un SDF peut-être - se lève et danse. La pièce puise là, dans le mouvement terrible d'un corps, dans la foule autour qui passe toujours à côté, dans la ville qui bat, dans la musique désaccordée : une image et son désir. L'image d'un tournoiement qui remet le monde à sa place. Le désir d'approcher le monde dans la brutalité élégante qui pourrait lui résister. Dans cette pièce, autour de cette ville qui est la nôtre - et qui pourtant est inacceptable -, dix monologues dialoguent avec leur vie, leur voix, leur arrêt ici, sur la scène levée par ce texte. Balivernes Hivernales poursuit le dialogue de JY avec le théâtre et cette esthétique du désarroi qu'il a entrepris avec Jusqu'à ce que, sa première pièce, publiée chez publie.net en 2014. C'est la deuxième saison : l'hiver. Elle n'est pas sans âpreté ni sans son envers, l'humour, cette élégance du désespoir.

  • Lendemain

    Joseph Danan

    L'histoire commence toujours après la fin : on le sait bien. C'est donc au lendemain que commence la pièce : lendemain de fête et de liesse, 13 juillet 1998, un pays célèbre une victoire sportive comme jadis une conquête militaire, dans l'illusion d'une union qu'on prétend sacrée. Sadwell Hall, lui, a choisi cette nuit pour disparaître. On est le lendemain de ce mystère autour duquel s'agrègent les énigmes, et d'abord celle-ci : qui est-il ? On sait seulement qu'il a disparu, et cela suffit pour commencer l'histoire.
    Lendemain s'ouvre comme une enquête policière, mais c'est une fausse piste - c'est d'autres disparitions qui surtout ouvriront la pièce en mille directions. Les repères se brouillent, et ce décor de récit policier se révèle bientôt pour ce qu'il est : un décor pour des figures en attente d'une histoire, des ombres pleines de nous-mêmes, tout un théâtre qui se replie sur notre présent.
    Dans cette course ample à travers les deux dernières décennies, Joseph Danan dessine une généalogie de nos secousses présentes, ces terreurs et ces joies qui signent notre appartenance à ces jours, où les Coupes du Monde de football sont nos événements historiques, qui scandent désormais notre rapport au temps presque autant que des attentats : où depuis vingt ans, rien ne semble avoir eu lieu que cette imminence dont le texte porte la charge et qu'il accomplit.
    Et dans l'écriture qui vient porter le fer aux conventions, sociales, politiques, théâtrales, une manière à la fois de s'affronter au présent, et un geste qui voudrait déborder notre époque par elle-même. Puis dans ce geste, on entend ce qui sourd, est latent, tacite, un soulèvement possible (et face au refus de faire « miroiter les différentes facettes du cauchemar », une façon de le dévisager, de lui faire face, aussi).
    « Toujours nous serons les habitants de ce lendemain / inhabitable », dit l'Auteur dans la cinquième partie de la pièce - peut-être faut-il le croire, et venir peupler ce qui se lève autour de nous à mesure que, lisant, nous faisons l'exploration de ce temps impossible qui est le nôtre.

    Préface de Jean-Pierre Ryngaert

  • Écrite en 2008, la pièce de Bozena Keff rencontra un écho retentissant en Pologne lors de sa création. C'est qu'elle témoigne avec une violence et une profondeur rares des enjeux qui secouent depuis des décennies la société polonaise, entre souvenirs de la Shoah et montée d'un antisémitisme d'État. Si elle révèle les tensions d'un pays en prise avec sa mémoire, elle met au jour aussi celles de l'Europe et de notre temps. À l'heure où les derniers survivants des Camps disparaissent, c'est la question du devenir de notre Histoire qui se pose, des fantômes qui la hantent. Entre mémoire maternelle et violence paternelle, entre Histoire et Patrie, entre le silence du passé et l'impasse du présent, comment s'inventer une vie qui soit résolument la nôtre ? C'est dans une pièce qui prend la forme d'un oratorio sidérant de puissance, convoquant figures mythiques et contemporaines, Demeter et Lara Croft, lyrisme prophétique et rage de l'insulte, que Bozena Keff invoque l'histoire pour mieux terrasser ces fantômes - ou apprendre à vivre avec eux ? Pièce énigmatique et vertigineuse, « oeuvre-monstre », que présentent ici les deux traductrices, Sarah Cillaire et Monika Próchniewicz, qui en proposent la première traduction en français, De la Mère et de la Patrie traverse les formes les plus antiques du théâtre pour dire la tragédie du présent, afin aussi de trouver les forces de lui résister.

    Arnaud Maïsetti

  • Un texte violent. Et la fierté à le mettre en ligne : bon indicateur de ce qui se renouvelle, vient éclater dans l´écriture et appelle ces formes neuves de partage.
    Violence quant à ce qui est dit ? Oui, en partie :
    Approcher la précarité ultime, celles qui n´ont plus rien, au voisinage des tentes de Don Quichotte, au terme des tunnels de la drogue qui les accompagne.
    Mais en partie seulement : violence peut-être plus radicale dans le deuxième cahier, quand il est question de son propre chemin artistique. Comment on est reçu, comment on progresse. Ces communautés fragiles qui se créent autour d´une pièce de théâtre, d´un festival ou d´une pratique de rue.
    Au passage, on aura traversé avec la même proximité, le même grossissement des visages, le même frôlement des corps, les lieux de la précarité extrême, et ces lieux où se chercher soi-même passe par l´expérience des autres : les rave par exemple, ou une nuit sur une plage, ou les coulisses d´un grand festival.
    Et si c´était la même violence : là où la norme d´une société marchande évince le chemin personnel ? Il n´y a pas de réponse simple. La colère de ce texte n´est pas une accusation - son chemin, on se le fabrique et si l´obstacle est plus lourd, on aura d´autant plus de force à le traverser.
    Une autre question, sous-jacente, qui elle fait autant accusation que question : dans ce chemin par lequel on chemine soi-même vers une pratique d´artiste, quelle place ou quel statut pour l´expérience directe de l´autre, extrême compris ? Quel prix payer, quel trajet prendre ? On nous parlait autrefois d´engagement, ça résonne comment, quand c´est la société au temps de l´industrie culturelle qu´on arpente ?
    Ces chemins, Marina Damestoy les arpente depuis longtemps. Une implication militante auprès des sans-abri, sans laquelle il n´y aurait pas devenir à ce visage entendu autrefois, et les textes écrits dans l´expérience même. Une implication théâtrale, festivals, arts de la rue, puis un passage à la revue Mouvements.
    Maintenant, l´écriture.
    Un noeud entre l´art et le social qui nous implique tous, en renversant les deux mots.
    Lire aussi sur remue.net son Cahier bigouden et on Animalimages.

    FB

  • Abyssal cabaret, c'est une voix qui s'élève sur scène, elle dit que le théâtre s'effondre et que sur les charniers poussent des fleurs .

    L' actrice sait qu'il n'y a « rien à faire sur le théâtre qu'à vivre l'instant », son maquillage coule sous le masque, elle actionne des tiges qui renvoient la lumière, côté cabaret . Côté abyssal , il y a de la glycine qui s'enroule, des remparts, des saisons, les mères de nos mères et les plaines des Ardennes.

    Objet biface, le texte d'Abyssal cabaret mène une double vie.

    Mis en espace par la comédienne et metteur en scène Caroline Lemignard à plusieurs reprises, chacune différente, car travaillée à corps dans sa matière même, et dans la résonnance lumineuse d'un duo sur plateau avec Elisa Bernos, éclairagiste (la part que toutes deux improvisent en font un spectacle unique et recommencé). Mis en bouche avec ce que l'on suppose des voix derrière la voix, figures convoquées extraites du sol. Des retrouvailles plus qu'un hommage, car pas d'apitoiement pesant mais des phrases lancées en appels.

    Ce texte sur Publie.net entame une autre vie, une autre entrée offerte, lente, intime, dans l'écriture de Maryse Hache. Dans sa façon de s'approcher des fleurs et de ceux qui se tiennent sous terre, intensément. Sa façon légère d'être grave, d'hurler au loup dans la montagne violette, de taper du pied, de lancer un cercle et des écureuils . Il le faut bien pour accueillir une marchande de couleurs tuée par la mort .



    L'Abyssal cabaret et ses couches successives, il y a tant d'insondable, on s'en approche, sans s'écarter du sol (le cabaret est là pour retenir), un équilibre si fragile, élégant, charnel, beau, tellement humain. C'est Maryse Hache à lire et écouter, et ceux et celles qui l'accompagnent, les fantômes avec les vivants.

    « tu sais bien que costumes sont accoutrements que bouches crachent supplices plutôt que chansons et pourtant tu chantes » Christine Jeanney

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