Société des écrivains

  • «?Le Haut-Parleur Idiot, triple imbécile, la liberté n'existe pas. Croyance, croyances de ces âmes naïves et soi-disant bonnes qui prêchent la justice, la bonté, la vérité.?Etc. Etc. La liberté ? La vérité ? Vous ne pouvez pas la supporter... Vous avez tous besoin de moi ! L'acteur Tu as prévu toutes les réponses mais peut-être pas notre insistance et notre résistance. Je crois que le voyageur est magique. Sa magie est plus forte que la tienne. C'est la première fois que je parle devant vous et pourtant je ne tremble pas...?» Le pays du Haut-Parleur : une contrée régie par cette voix qui manipule et assomme le peuple de discours haineux. Sa dernière nouveauté ? Il ordonne d'exécuter les chiens, « ces bêtes stupides et puantes, incapables d'initiatives » et de récolter les excréments humains, « un filon d'énergie inépuisable »... Dans cet univers désolé, Marguerite et la lune s'échangent des pics : une vieille ivrogne et une vieille folle. Mais bientôt, les mots laisseront place à l'action. Car Marguerite ne peut faire autrement qu'emprunter la voie de la rébellion... Décalé, absurde, moderne, poétique, l'univers de Rachel Daniel surprend et interpelle. Tantôt choqué, tantôt amusé, le lecteur/spectateur ne peut rester indifférent et se laisse déranger avec plaisir.

  • « Le 12 mai 1797, après plus de mille ans d'existence, la République de Venise s'effondre sans coup férir. Après l'Empire romain millénaire, qui lui aussi s'était étendu sur l'Europe méditerranéenne grâce au développement de sa puissance économique, militaire et de gouvernance laïque, La Serenissima disparaît à jamais dans les brumes de sa lagune. Venise, trait d'union entre Occident et Orient, se rend à Bonaparte dix jours après la déclaration de guerre de ce jeune général français. Le 18 octobre 1797, par décision du traité de Campo-Formio entre la France et l'Autriche, entérinant les préliminaires de paix de Leoben du 18 avril dictés par Bonaparte à l'Autriche, l'ex-Sérénissime finit sa vie politique en simple province du Saint Empire romain germanique (Sacrum Imperium Romanum) qui lui-même se délitera moins de dix ans plus tard. Tel est le cadre tumultueux de cette pièce fictive où se joue un avenir politique, amoureux et spirituel des personnages en présence. » Autour de la chute de la République de Venise à la fin du XVIIIe siècle, l'auteur met en scène figures historiques et personnages de fiction pour réfléchir aux systèmes de gouvernance politique d'hier et d'aujourd'hui, interrogeant les failles de régimes se renouvelant de façon chaotique depuis des siècles. Conservant la rythmique des alexandrins, avec des vers de douze pieds à rimes par paire, cette pièce en trois actes concilie avec élégance classicisme et modernité. Maîtrisée dans son fond comme dans sa forme, la bien nommée Bas les masques est une satire du pouvoir habile et soignée.

  • Un homme, une femme, une chambre. Après des années de silence et de non-dits, Paul et Carla se parlent enfin. Ils s´avouent le manque et l´absence, les mensonges et les ressentis, esquissent en filigrane, en évoquant l´autre, leur propre portrait. Mais pourquoi aujourd´hui renouer avec le dialogue? Pourquoi après tout ce temps, alors que leur mariage n´est plus qu´un champ de ruines? Et s´il existait à cet échange une raison que le lecteur ignore... En choisissant d´explorer les relations de couple, les non-dits et la souffrance qu´ils engendrent, Ségolène Chinosi n´a certes pas choisi le sujet le plus évident à traiter mais s´en tire avec brio, construisant un huis clos sous tension où le trop-plein des vérités longtemps contenues se déversera, et entraînera ses protagonistes vers un dénouement inattendu. Une pièce de théâtre à lire comme un roman... policier!

  • Romuald est comédien et, s´il enchaîne les rôles en triomphant, il multiplie également les conquêtes. Lorsqu´il rencontre Carla, ce n´est pas un coup de foudre mais le début d´un lien très fort, chaste et exempt de mensonges. Elle a un cancer et ne peut pas avoir d´enfants, lui est sollicité au cinéma comme au théâtre et ne peut s´empêcher de séduire. Pourtant un accident de voiture viendra compromettre ses projets et sa conception de la vie. Brisé, c´est grâce à cette amitié qu´il retrouvera la force de se battre. Voilà, le décor est planté, désormais il ne reste plus qu´à découvrir son «

  • Les Hamptons, petit coin de paradis de Long Island tant prisé par l´élite new-yorkaise. Ce n´est pas pour rien qu´Édouard et Benjamin Strépétoff s´y sont installés. L´aîné businessman blasé, sombre mais romantique ; le petit frère venant d´achever ses études, cool mais inconstant, avec la suffisance des gens insuffisants. L´argent et l´ennui... Ne manque qu´un grain de folie. Ou plutôt deux : Juliette et Caroline, la petite amie comédienne du cadet et la jeune fille fofolle des voisins. Rencontre explosive du quatuor sous l´oeil complice de Nice, majordome non moins déjanté... Autour d´une galerie de personnages fantasques et finalement attachants, Myriam Grenet orchestre avec tendresse un chassé-croisé amoureux fantaisiste et décalé, qui n´oublie pas la satire d´une certaine bourgeoisie. Les répliques fusent et font mouche, sans le moindre temps mort. Vif et léger, ce "Séjour dans les Hamptons" est une réelle bouffée d´humour et d´air frais.

  • Une ville d'eau. Cloîtrée dans une maison aux murs fissurés pour y terminer son prochain roman, Claudia ne parvient pas à trouver l'inspiration. Ce séjour est pourtant la dernière chance pour l'écrivain d'honorer le contrat qui la lie à son éditeur. Page

  • Enterrés vivants. Au fond d'une tranchée effondrée. Un samedi 9 novembre 1918. Mais Roger et Théodore ne sont pas conscients de l'ironie du sort. L'un, facteur, est blessé à la jambe. L'autre, illettré, est aveugle depuis qu'il s'est fait gazer. Ensemble, ils vont essayer de survivre. Prisonniers quelque part sous la terre. Enterrés vivants... mais pour combien de temps ? À travers cette chronique d'une fin annoncée, Gérard Pirodeau raconte ces hommes qu'on pousse au crime, qu'on envoie à l'abattoir, à qui on apprend le mensonge, la trahison et la mort. Au fil des heures qui s'échappent, les deux condamnés s'épaulent comme ils peuvent, déchirés entre leur vie d'avant et la réalité de la guerre : la souffrance, la solitude, la censure du courrier, l'exécution des déserteurs, les vains sacrifices. Un huis clos étouffant, cruel et humaniste à la fois.

  • « Dorine : Pour ma part, j'ai rencontré beaucoup d'hypocrites, dans tous les milieux de votre société... et surtout au pouvoir !... Ah, le cher Monsieur Tartuffe n'est pas resté sans postérité ! Eulalie : Et c'est précisément en cela que vous êtes inutiles ! Les auteurs comiques, je crois, avaient pour devise : "Réformer les moeurs par le rire." Or, les défauts des hommes sont toujours les mêmes ; vous n'avez pas amélioré l'humanité ! Alors, à quoi servez-vous ? » D'une soirée entre bonnes à la dernière nuit d'une jeune aristocrate condamnée à la guillotine, en passant par la reconstitution du procès de Jésus, Marie Martin nous confie une succession de pièces aux thèmes variés, situées à des époques antiques, mythologiques ou actuelles. Elle les utilise à noble escient afin que chacun puisse y trouver son bonheur et découvrir les subtilités de l'art théâtral, mais aussi pour que le lecteur spectateur puisse, de lui-même, redorer le blason du théâtre.

  • « Par l'argent, l'homme a décidé que certains posséderaient et que d'autres, misérables, seraient possédés. Il a décidé ainsi de l'esclavage multiple qui asservit tous les niveaux sociaux. L'expression ``gagner sa vie'' est le reflet de la fausse condition de l'homme. Pourquoi l'homme aurait-il à gagner un don de la nature ? Il se doit simplement de le faire fructifier, d'abord pour son contentement personnel, et ceci en appliquant les lois naturelles. » L'ouvrage de Léna Monnerot rassemble six pièces de théâtre qui mettent en scène des situations hétéroclites, mais partagent en commun une certaine conception de l'humanité. Chacun des protagonistes tente d'exercer son libre arbitre pour trouver sa place dans le monde et propulser sa quête de bonheur. La première pièce se déroule en un seul acte et fait intervenir des personnages qui se livrent à un débat houleux sur les relations qu'entretiennent les individus au sein de la société. Viennent ensuite un commissaire aux prises avec une affaire absurde et insoluble, puis de jeunes gens qui échangent leurs méditations métaphysiques. Dans la dernière et plus longue pièce, les membres d'une même famille défendent, au fil de discussions enfiévrées, une pensée mystique portée par la foi en l'avènement d'un sauveur.

  • Manipulation, soumission ou incrédulité : la guerre comme en 14, d'un petit village du bord de Marne jusqu'aux tombeaux ouverts du front... « Ce que j'ai pu consommer de Bretons... » disait Nivelle sans la moindre émotion, oubliant un peu vite que dans la poitrine de chacun d'entre eux, battait un coeur d'homme, qui avait tout autant que le sien le droit de continuer de battre...

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