• « Car la vie n'est qu'un songe » proclame Basilio et reprennent à l'envi tous ceux qui, comme lui, ont intérêt à propager cette devise d'un stoïcisme désenchanté. « Car la vie n'est pas un songe » peut leur répondre enfin Segismundo au terme d'un parcours inouï de souffrances. Telles sont, si proches et pourtant tellement irréconciliables, les deux vérités qui s'affrontent dans la pièce la plus célèbre de Calderón. Elles s'y font, à travers un double conflit de générations, une guerre impitoyable, jusqu'à ce que le temps nié et volé par les uns redevienne, pour les autres, temps retrouvé ou rendu, à l'aube d'une ère nouvelle ouverte sur l'assomption du héros glorieux. Ni drame philosophique sur la condition de l'homme, ni métaphore apologétique chrétienne, La vida es sueño est avant tout une tragédie du temps des hommes, de ces hommes du XVIIe siècle espagnol et européen qui, confrontés au silence de Dieu, savent à quel point le temps, précisément, leur est compté. Cet essai de relecture, au plus près du texte, du chef-d'oeuvre caldéronien jette les bases d'une reconstruction systématique de l'univers du plus grand dramaturge espagnol. Nombre d'aspects de son théâtre, illustrés par de très fréquentes références à l'ensemble de sa production tragique et comique, s'y trouvent redéfinis, car remis en perspective au terme d'une étude conjointe des itinéraires de Segismundo et de sa soeur en tragédie, Serafina, la merveilleuse héroïne du Pintor de su deshonra.

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