• Le retour de la religion auquel nous assistons dans les discussions politiques depuis le début du XXIe siècle fait ressurgir des questions anciennes. La religion est-elle compatible avec un esprit résolument moderne? Comment devons-nous envisager la cohabitation entre les croyant.e.s, les non-croyant.e.s et les agnostiques au sein de nos sociétés? Est-il possible d'aménager un espace de dialogue entre les groupes appartenant à différentes religions à l'échelle nationale et internationale?

    Michel Seymour s’engage dans une riche investigation philosophique pour réfléchir à la laïcité des institutions des États démocratiques occidentaux et aux difficultés que pose le pluralisme des conceptions morales, religieuses et philosophiques. Il examine notre rapport à la religion à partir de trois angles différents: le passage de la tradition à la modernité, l’aménagement d’un espace laïque au sein d'une société nationale et les relations internationales envisagées dans la perspective du droit des peuples, en trouvant inspiration chez les penseurs Charles Taylor, Ludwig Wittgenstein et John Rawls.

    Même s'il peut sembler périlleux, l'exercice est d'autant plus nécessaire qu’on assiste à une montée du racisme et de l’intolérance un peu partout en Occident ainsi qu'à l'adoption de lois sur la laïcité qui visent en filigrane le port du foulard islamique. Dénouant le fil rouge qui sépare la raison de la déraison, la tolérance de l’intolérance, le respect du mépris, Michel Seymour nous invite à dépasser nos vieux réflexes manichéens afin de permettre une véritable rencontre entre les sociétés libérales et communautariennes.

  • L'artiste est inventeur de temps. Il façonne, il donne chair à des durées jusqu'alors impossibles ou impensables : apories, fables chroniques.

    Essayer voir, ce n'est pas seulement essayer de voir. C'est accorder son regard à la durée d'un « essai », cette forme de pensée à la limite du théorique et du poétique. Forme que l'on retrouve dans Apple T., une oeuvre de Miroslaw Balka où se pose la question - déjà littérairement articulée par Aharon Appelfeld ou Imre Kertész - de savoir comment survivre à Treblinka. Forme que l'on retrouve aussi dans une oeuvre de James Coleman qui pose à son spectateur la question - déjà philosophiquement argumentée par Ludwig Wittgenstein et poétiquement phrasée par Samuel Beckett - de l'essayer dire, cette parole à trouver face à ce qui, sous nos yeux, se dérobe.

  • "Il n'y a pas de philosophie de Wittgenstein. Il y a l'histoire d'un homme qui lutta pied à pied contre la folie et le suicide avec pour seules armes la logique et l'éthique. Cet homme , on l'a dépeint tantôt comme un monstre, tantôt comme un saint, tantôt comme un génie, tantôt comme un détraqué sexuel. A Vienne où il a passé sa jeunesse, comme à Cambridge où il a enseigné, il est vite devenu une légende. Les rumeurs les plus extravagantes ont circulé sur son compte : on prétendit même que sa grande oeuvre n'était pas le "Tractacus logico-philosophicus" mais le suicide de son ancien camarade de classe Adolf Hitler et de sa compagne, Eva Braun, dans leur bunker berlinois. Ce qui demeure certain, c'est qu'aucun philosophe n'aura mené avec un tel acharnement son enquête sur "le monde tel qu'il l'a trouvé", ni sur les fins ultimes de l'existence. Dans ce bref essai, R. J. tente "à la manière de Stefan Zweig parlant de Montaigne, de Nietzsche, de Freud, " de cerner la personnalité de Wittgenstein et de faire quelques pas en sa compagnie."

  • L'invisible

    Clément Rosset

    Réflexions sur la faculté humaine de voir ce qui est invisible, d'entendre ce qui est inaudible, et de réaliser cet exploit, apparemment contradictoire, qui consiste à ne penser à rien.

  • L'ambivalence des sentiments qui entourent les progrès actuels des sciences et la puissance croissante de leurs applications appellent une réflexion philosophique approfondie. Entre une confiance souvent aveugle et une inquiétude parfois excessive, comment trouver la voie de la raison ?
    Le XIXe siècle, dans l'élan de la révolution industrielle, a forgé le projet d'une « philosophie des sciences » pour faire face aux défis intellectuels et sociaux des sciences physico-chimiques. Une discipline est née, qui associe les compétences des scientifiques et des philosophes.
    En proposant au lecteur un tableau des doctrines qui se sont succédé et un état des débats actuels, cet ouvrage dénué de toute technicité lui donnera accès à des réflexions vitales pour l'avenir de nos sociétés.

  • «Trois passions simples mais irrésistibles, a écrit Bertrand Russell, ont commandé ma vie: le besoin d'aimer, la soif de connaître, le sentiment presque intolérable des souffrances du genre humain ces passions comme de grands vents m'ont poussé à la dérive, de-ci, de-là, sur un océan d'inquiétude, où je me suis parfois trouvé aux bords mêmes du désespoir.»

    C'était bien donner le ton de cette Autobiographie exceptionnelle en tous points. Elle nous permet de retrouver un personnage hors normes à la vie riche en événements de toutes sortes, dont les deux guerres mondiales qui ont ensanglanté et endeuillé le XXe siècle ne furent évidemment par les moindres. Tant il est vrai que sa vie durant, cumulant conquêtes intellectuelles et combats politiques, Bertrand Russell sut conjuguer comme personne la réflexion du logicien, ami de Wittgenstein et de Whitehead ou Moore, avec une action dans le siècle qui lui fit notamment connaître la prison en 1918 et une révocation de l'université à New York pour immoralité!

    Plus d'un personnage célèbre a croisé notre héros tels Bernard Shaw, Joseph Conrad, D.H. Lawrence, Katherine Mansfield ou J.M. Keynes que l'on retrouvera au fil de ces pages. Traversée du XXe siècle à hautes altitudes, cet autoportrait d'un géant de l'époque est une lecture nécessaire pour les citoyens du XXIe siècle.

    Bertrand Russell (1872-1970) est le plus éminent philosophe britannique du XXe siècle. Il apporta des contributions décisives dans les domaines de la logique et de l'épistémologie. Ses principes éthiques, qu'il incarna à travers ses engagements politiques et ses prises de position tranchées, lui valurent deux fois la prison mais aussi le prix Nobel de littérature en 1950.

  • « Ce livre a pour point de départ l'idée de répondre brièvement à deux objections qui m'ont souvent été faites. La première porte sur le sens précis que je donne au mot de "réel". La seconde sur mon refus de prêter l'oreille à tout propos ou pensée de nature morale.
    La première enquête, sur le réel, m'a amené à un examen radioscopique de la tautologie qui s'est révélée à l'analyse moins simple - et moins simplette - quelle n'en a l'air. Le secret de la tautologie, qu'on pourrait appeler son "démon", au sens d'ensorcellement et de cercle magique, est que tout ce qu'on peut dire d'une chose finit par se ramener à la seule énonciation, ou ré-énonciation, de cette chose même. »
    Clément Rosset

    Table des matières : Avant-propos / Le Démon de la tautologie / Post-scriptum (Note sur Wittgenstein) / Cinq petites pièces morales : I. Remarques préliminaires - II. Le syllogisme du bourreau - III. Les formules magiques - IV. Le démon du bien - V. Le théorème de Cripure.

    Cet ouvrage est paru en 1997.


  • En écrivant ce livre, j'ai essayé de réaliser simultanément deux ambitions : celle de comprendre les raisons qui ont pu faire de Gottfried Keller un des écrivains que Wittgenstein admirait le plus, et celle de préciser ce que j'ai écrit sur les relations que ce philosophe a entretenues avec la religion. Ces deux objectifs convergent car peu de ques- tions sont aussi présentes et aussi centrales dans l'oeuvre du romancier que celle de la re- ligion. De plus, l'espèce de « révélation » que Wittgenstein a eue lorsqu'il est entré en contact avec le texte de la version tolstoïenne de l'Évangile semble avoir marqué de fa- çon profonde sa relation avec le christianisme. Même le Tractatus comporte des formules qui ont parfois une ressemblance assez frappante avec ce que Wittgenstein avait pu lire dans l' Abrégé de l'Évangile. Pour ce philosophe, « le penseur religieux honnête est comme un danseur de corde. Il marche, en apparence, presque uniquement sur l'air. Son sol est le plus étroit qui se puisse concevoir. Et pourtant on peut réellement marcher sur lui ».
    Après Peut-on ne pas croire ? et Que faut-il faire de la religion ?, ce livre est le dernier volet d'une trilogie sur la philosophie de la religion. Pour Bouveresse, ce qui est en jeu, ce n'est pas le jugement à porter sur les dogmes, les croyances, etc., mais le regard à porter sur la foi elle- même comme attitude face à la vie. Les idées de Wittgenstein sont éclairées par leur mise en relation avec les récits et les réflexions de Keller - le plus grand romancier de langue alle- mande de la seconde moitié du XIXe siècle -, et par la confrontation avec Tolstoï, Nietzsche, Ibsen, et quelques autres.
    Ce livre n'est issu ni de cours, ni de conférences, et c'est certaine- ment l'un de ses plus personnels.


    Professeur au Collège de France, Jacques Bouveresse a publié de nombreux ouvrages de philosophie du langage et de la connaissance mais aussi sur des écrivains comme Robert Musil et Karl Kraus. Il est aussi l'un des principaux commentateurs français de Ludwig Wittgenstein.

  • La philosophie de Wittgenstein est une philosophie des chemins : chemins depuis une première philosophie fascinée par la pureté de la logique, vers une seconde philosophie du retour à l'ordinaire - tentatives répétées de s'orienter dans le labyrinthe du langage. Ces parcours sont aussi ceux par lesquels le philosophe entreprend de déchiffrer l'intériorité de l'esprit. Ce sont enfin des sentiers par où l'on apprend progressivement à voir le monde autrement, pour parvenir à être un homme digne.

  • Cette étude est une introduction au seul livre que Wittgenstein publia de son vivant "Tractatus logico-philosophicus" (1921) qui dès sa parution, va soulever de nombreux problèmes d'interprétation. L'auteur expose les idées centrales du "Tractatus" sans faire référence aux différentes critiques que l'on retrouve dans la "deuxième" philosophie de Wittgenstein, dans les termes les plus clairs possibles. Cependant l'oeuvre de Wittgenstein participe au renouvellement des questions et concepts fondamentaux de la philosophie au contact de la logique moderne, cela suppose de la part du lecteur un minimum de notions élémentaires de logique formelle. Cette introduction à l'oeuvre de Wittgenstein est une première tentative en France, absence liée au relatif manque d'intérêt pour la première philosophie de Wittgenstein.

  • Ludwig Wittgenstein (1889-1951), génie tourmenté, philosophe des mathématiques, inspirateur du Cercle de Vienne, a contribué au renouvellement de la Logique dans les années 20, à la suite de G. Frege et de B. Russell. Il est considéré comme l'un des pères de la philosophie dite analytique.

    Wittgenstein tenait la philosophie (spéculative), toujours en quête des ""fondements"", pour une sorte de maladie provoquée par une mauvaise compréhension de la ""logique de notre langage"". Dans son oeuvre, il s'est efforcé de mettre en évidence cette "logique" à laquelle ne se conforment pas les grammaires des langages ordinaires: elles permettent, selon lui, de construire des phrases grammaticalement correctes et pourtant dépourvues de sens...

    Ce livre veut ouvrir un petit passage vers cette OEuvre-phare de la modernité: il définit la "réforme" de la Logique à laquelle Wittgenstein a participé, examine les conséquences qu'il en a tirées dans son premier ouvrage, le Tractatus Logico-Philosophicus (1921), et suit les inflexions de sa pensée dans les années 30-40.

  • Comment Descartes a-t-il pu nier l'évidence de sa dette à l'égard du cogito d'Augustin, et Jacques Hadamard s'accuser, à l'inverse, de ne pas avoir découvert la relativité avant Einstein ? Qu'est-ce qui pouvait bien justifier Lacan, lorsqu'il osait affirmer que l'inconscient n'est pas de Freud, mais de lui... De même, côté art : on se demande pourquoi Borges a voulu faire de Ménard l'auteur du Quichotte ou Duchamp devenir celui d'un urinoir. Thierry Marchaisse prouve ici que l'on peut devenir le véritable auteur de l'idée d'un autre, et que ce paradoxe, avancé par Pascal voilà plus de trois siècles, est à la fois le verrou et la clé de la logique de la créativité.

  • « La philosophie a perdu son aura » déclare Wittgenstein à ses étudiants de Cambridge en 1930, au moment même où Walter Benjamin évoque la perte d'aura de l'art. Il s'est produit selon le philosophe viennois une « torsion » dans l'histoire de la philosophie, qui se trouve coïncider avec l'avènement de ces Temps Modernes auxquels il ne souscrit qu'avec résignation. La nouvelle philosophie a selon lui le même rapport avec l'ancienne que la chimie avec l'alchimie, car il existe dorénavant une méthode philosophique, un savoir faire bien délimité, et du même coup des philosophes « de métier ». »

    Extrait de: Christiane Chauviré. « Wittgenstein en heritage. » iBooks.

  • Le philosophe et mathématicien Frank Plumpton Ramsey (1903-1930) est de tous les philosophes de Cambridge qui contribuèrent à l'essor de la philosophie analytique au début du XXe siècle, celui qui est le moins connu en raison de son existence courte, de son oeuvre réduite et de sa technicité. Il fut d'emblée reconnu comme l'un des esprits les plus remarquables et féconds de sa génération. Il intervint dans tous les domaines où le groupe de Cambridge : maths, logique, philosophie, économie. Le but de ce livre est de présenter sa philosophie et de discuter certains de ses développements, permettre de comprendre l'originalité de sa forme de pragmatisme, de ses liens avec Pierce.

  • La grammaire et le "grammatical" se reconnaissent au fait que des règles de structuration gouvernent l'agencement des éléments d'une langue. Cette inscription dans la langue soulève quelques difficultés notamment son statut logique.
    Selon Russell "la grammaire est susceptible de jeter bien plus de lumière sur les problèmes philosophiques que ne le supposent communément les philosophes. Elle nous rapproche d'une logique correcte." Si la grammaire nous rapproche de la philosophie, cela ne nous renseigne pas sur la nature d'un projet philosophique de grammaire, ce que cet ouvrage voudrait montrer dans les travaux de Wittgenstein, sur son projet de philosophie de la psychologie.

  • Dans ce recueil d'articles méthodologiques inédits en français, Q. Skinner réfléchit aux principes à l'oeuvre dans le travail de l'histoire intellectuelle : celle-ci doit-elle s'intéresser à la vérité des croyances étudiées ou bien simplement s'efforcer de restituer la rationalité des systèmes de pensée étrangers ? Doit-elle traiter différemment un pamphlet, un traité, un document constitutionnel, un discours au parlement et une fresque ou un tableau ? Le souci de contextualiser la pensée des auteurs du passé détruit-il leurs prétentions philosophiques ou rend-il au contraire possible la reconstruction fidèle de leurs intentions ? L'intérêt des réponses que Q. Skinner apporte à ces questions tient notamment au fait qu'il emprunte à J. L. Austin et L. Wittgenstein certaines de leurs intuitions les plus puissantes sur les actes de langage, et les intègre dans une perspective rhétorique où la politique est vue comme un champ de bataille mettant aux prises les stratégies de légitimation idéologique et les contraintes exercées par les principes professés sur l'action individuelle et collective.

  • Georges Canguilhem n'est plus, aujourd'hui, considéré seulement comme le continuateur de Bachelard et le maître de Foucault, son oeuvre est étudiée par des philosophes qui se proposent de renouveler l'épistémologie historique. Elle permet en effet de proposer une nouvelle définition, qui ne soit pas purement "technicienne", de l'histoire des sciences, une histoire à la fois philosophique et réellement engagée. Cette approche à la fois historique et critique, permet d'éclairer d'un jour nouveau des débats actuels, qu'il s'agisse de bioéthique, de neurosciences ou d'écologie.

  • Ce livre poursuit un travail de réflexion commencé dans un précédent ouvrage : "Philosopher avec Wittgenstein (Farrago, 2001) dont le langage et les formes de vie constituaient l'axe majeur. Les considérations grammaticales se heurtent à des évidences que semblent imposer les formes d'expérience ou de conscience, sur lesquelles la philosophie a fondé sa représentation de l'esprit, de la vie intérieure, de la pensée et du soi. L'intériorité et l'expression de l'intériorité occupent une place significative, opposant homme extérieur et homme intérieur. Ces questions ont mobilisé l'attention et la pensée de Wittgenstein dans sa seconde philosophie. Cet essai voudrait montrer l'intérêt de ces réflexions, en s'attachant plus particulièrement à l'image de "l'homme intérieur".

  • A travers cette étude magistrale de l'oeuvre de Wittgenstein, Cora Diamond, l'une des grandes figures de la philosophie américaine contemporaine, met en lumière certaines confusions de la pensée, la tendance par exemple à produire des chimères, et oppose une attitude qu'elle qualifie "esprit réaliste" en philosophie. Dans nos manières habituelles de voir la réalité, nous imposons le plus souvent nos exigences aux concepts et nous nous laissons emporter par notre besoin d'explication et de simplicité. Nous ne voyons pas l'importance et la place de ces concepts. Cet "esprit réaliste" doit nous aider à cesser d'imposer des exgences au réel pour retrouver une vraie philosophie libératoire.

  • S'obstiner à établir un distinguo dans le champ des conduites humaines entre celles qui seraient morales - et, à ce titre, objet exclusif de la philosophie pratique - et les autres, qualifiées de pathologiques et abandonnées de facto au médecin ou au psychologue, c'est s'obstiner à ne rien vouloir entendre des conduites humaines, quand tout un chacun sait - il en fait sans cesse l'expérience - que si nul n'est affranchi des usages, nul, non plus, n'est exonéré du symptôme, ni exempté du désir.
    Que cette obstination soit le produit d'une histoire, sûrement. Mais le plus urgent est de s'en dégager en observant que toutes les conduites humaines relèvent du même modus operandi, sous réserve de bien saisir qu'elles prennent toutes leurs conditions auprès d'énoncés qui tirent leur légitimité, non d'une justification par l'observation - celle dont bénéficient nos énoncés cognitifs - mais de leur partage par une communauté ou de leur expression par une autorité, énoncés de croyance dont le pouvoir d'action est proportionnel à la rhétorique qui y est associée, comme l'exemplifient les messages publicitaires ou politiques.
    Alors se découvre que ce modus operandi avait déjà été entraperçu par Aristote dans sa réflexion sur le syllogisme pratique, réflexion que l'on retrouve étonnamment sous la plume de Wittgenstein dans sa réflexion sur le rapport entre les jeux de langage et nos manières d'agir et sous celle de Lacan, dans sa réflexion sur les divers discours induisant nos conduites. Mais c'est alors à une tout autre conception de l'homme que nous sommes conviés, celle où le langage ordinaire en est le ressort et non quelque « volonté ».

  • El exceso de voluntad de verdad que protagonizó buena parte de la historia de nuestro pensar convirtió la literatura y sus géneros en subordinados de lujo de una racionalidad huérfana, solitaria y deshumanizante. Esta crisis se refleja muy especialmente en la quiebra de las fronteras entre verdad y mentira, sujeto y objeto, realidad y ensoñación o esencia y apariencia.
    La pregunta acerca de lo que somos y de lo que es el mundo, propia del filosofar, exige, para obtener una respuesta satisfactoria, recuperar el diálogo entre nuestros dos grandes instintos que bien pueden comprenderse en las figuras del filósofo y del poeta. Nuestra convicción es recobrar este diálogo para mantener vivo un verdadero filosofar, es decir, una forma de hacer filosofía que asuma nuestro pathos trágico. Este libro quiere ser lugar de encuentro entre filósofos y estudiosos de la literatura, y pretende superar la rigidez de las disciplinas. Un pensar que reconoce la literatura y sus géneros como lugar privilegiado para la encarnación de las principales perplejidades y encrucijadas ontológicas.

  • Clifford - qui considère la malhonnêteté intellectuelle comme étant en quelque sorte l'immoralité par excellence, puisque toutes les autres formes d'immoralité sont susceptibles d'en découler directement ou indirectement - soutient que la religion doit rester sous la dépendance de la morale, en ce sens (pour commencer) qu'elle doit, elle aussi, satisfaire la règle fondamentale de la bonne conduite en matière de croyance, même si cela risque de lui poser un problème qui pourrait se révéler tôt ou tard insurmontable : « Les croyances religieuses doivent être fondées sur des preuves ; si elles ne sont pas fondées de cette manière, il est mal d'y adhérer. » L'éthique de la croyance, telle qu'elle est défendue par Clifford, a semblé, aux yeux de critiques comme William James, à la fois naïvement intellectualiste et excessivement rigoriste, puisqu'elle exige que tous les avantages possibles de la croyance, et particulièrement le genre de stimulant et de réconfort qu'elle est susceptible de nous apporter, soient subordonnés et éventuellement sacrifiés à un seul d'entre eux, à savoir la vérité. Valéry disait que les preuves sont la politesse de l'esprit et qu'il faut toujours demander des preuves. Mais ce qui est plus grave que la quantité d'impolitesse assez effarante qu'on est obligé de supporter aujourd'hui de ce point de vue est, si l'on éprouve une certaine sympathie pour la position de Clifford, la quantité d'immoralité qui va avec elle et qui la supporte. Si l'on est intéressé par la question de la vérité, il n'est pas possible de ne pas l'être aussi par la question des raisons qui peuvent être produites en sa faveur. Et on ne peut sûrement pas se contenter de prétendre que, si on n'est pas intéressé par la deuxième question, celle des raisons et des preuves, c'est parce qu'on connaît d'autres moyens qui permettent de parvenir beaucoup plus sûrement à la vérité. Il vaudrait probablement mieux admettre que c'est plutôt parce qu'on n'est pas réellement intéressé par la question de la vérité elle-même et qu'on est sensible à d'autres avantages de la croyance que ceux qui résultent de sa vérité. C'est sûrement en dernière analyse pour cette raison que notre époque semble être si peu séduite par l'idée d'une éthique de la croyance. Il est évidemment difficile de l'être si on est enclin à considérer que ce qui compte n'est pas la vérité, mais uniquement la sincérité de la croyance.

  • Des philosophes français, allemands, et de différentes régions de la Yougoslavie se sont rencontrés à Céret pour un colloque portant sur l'approche d'une philosophie à une autre. En l'occurrence, l'interaction des philosophies indiennes (et parfois chinoise ou japonaise) et occidentales a été explorée, ainsi que leur possibilité de perméabilité ou de compréhension mutuelles. Ce colloque, organisé par le Collège international de philosophie et hébergé gracieusement par le Musée d'art moderne et la Mairie de Céret, se tint au moment même où s'enlisait la guerre dans ce que fut la Yougoslavie. Ce fut ainsi la dernière occasion pour des collègues et amis de Sarajevo, de Ljubljana, de Belgrade et de Zagreb, qui avaient collaboré toute leur vie, de se rencontrer : dans leur pays ils ne le pourront plus pendant un temps. Ils purent pourtant communiquer à leurs amis d'autres pays leur propre expérience de travail entre les cultures, les traditions, les langues, et en philosophie comparée. Ce travail se fait nécessairement dans le respect des différences. La philosophie comparée pose problème, puisqu'elle est un concept et une méthode tout occidentale. Aussi est-ce en désaccord ou en distance critique par rapport à elle que certains des participants se posent pour créer un nouvel espace philosophique entre les traditions, et où il serait permis de faire usage de données venant de directions différentes. L'Europe, elle, a toujours cherché à se définir par rapport aux autres, à cet Autre qu'elle se donnait et qu'elle voyait souvent en Orient. Dans l'épuisement de son amour-propre qui se manifeste dans l'explosion postmoderne de son miroir spéculatif, l'Europe reprend parfois des modèles dans un nouvel orientalisme souvent inconscient, mais parfois explicite. Une analyse de celui-ci dévoile en effet le manque de ressource de la postmodernité : celle-ci n'a pas réellement changé de registre par rapport à la modernité occidentale : l'Autre y joue le même rôle, celui de l'exclu. Le lecteur trouvera dans ce livre des textes très différents entre eux, certains très spécialisés en indianisme ou dans quelques courants de réflexion occidentale, mais tous contribuent à un effort intraculturel de transgression des barrières d'écoles et de langues.

  • Reprise de l'indéfini questionnement sur la situation humaine, à partir de la réflexion contemporaine (phénoménologie, philosophie de l'action et du langage, etc.). L'homme saisi dans sa présence au monde, dans cet engagement-au-monde où l'activité a pour condition une essentielle passivité. Étrange « passion au monde » dont la Pathétique fournit une pure description : d'abord le monde concret comme sol de l'engagement, ce dernier s'inscrivant dans une dépendance absolue à l'égard du premier ; ensuite le devenir effectif et les embarras de cet engagement. Poussée à son terme, cette logique touche à sa propre limite et appelle de soi la particularisation d'une expérience déterminée. Ici s'ouvre un espace d'interrogation que viendront interpréter une Poétique (tome 2) et traverser une morale (à paraître ultérieurement).

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