• Novembre 1741, sur les quais de Nantes.


    - Simon Levrault, chirurgien ? Il lut jusqu'au bout, sans se presser, le document que je venais de lui remettre de la part des négociants armateurs Trottignon & Lecourbe : c'était le contrat de mon engagement comme chirurgien sur la Marie-Amélie.


    - Qu'est-ce que vous connaissez aux nègres ?


    - Je n'en ai pas encore examiné, je n'en ai même jamais vu ! Mais j'ai appris à palper les corps, j'ai étudié l'anatomie et la pharmacopée classique. J'ai exercé comme chirurgien ambulant. Je suis capable de soigner des nègres, dans la mesure du possible évidemment.
    />

    À la fois implacable et bouleversant ce nouveau roman d'Olivier Cojan nous entraîne sur les routes du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. À travers le récit mélancolique de Simon Levrault, l'auteur poursuit sa quête d'humanité et s'interroge sur les liens intimes que nous entretenons tous avec la lâcheté et, parfois, avec l'audace et le courage.

  • Après le succès d'Influenza, voici l'épopée d'une terre, d'une époque et d'une profession.

    À l'aube du XVIIIe siècle, médecins et chirurgiens se livrent une guerre féroce. Suite au décès d'un de ses patients, Nicolas Déruet, chirurgien ambulant, est contraint à l'exil. De la campagne lorraine aux steppes hongroises, des palais royaux aux hôpitaux militaires, il n'aura de cesse de perfectionner sa technique pour laver son honneur.
    De toutes les opérations, la plus difficile sera celle qui touche à son coeur : entre Rosa, marquise de Cornelli, et Marianne Pajot, accoucheuse, le choix relève d'une tout autre science...
    "Un livre exceptionnel." - Valérie Expert - France Info
    "Le meilleur roman historique depuis Les Piliers de la Terre." - Gérard Collard


  • C'est le temps de l'Encyclopédie et des esprits libres, de l'avènement du pouvoir de la presse et la veille de la Révolution.

    Et une découverte historique fait trembler le trône de France...
    Lyon, septembre 1777. Des textes gaulois sont découverts : ils traitent des origines du peuple français. L'avocat Antoine Fabert se retrouve propulsé au centre d'une bataille dont l'enjeu est colossal. Avec ses proches - un ténor du barreau lyonnais, un historien paralytique, un rédacteur de la première gazette sur l'actualité locale, une comédienne - il se lance à corps perdu sur la trace d'une mystérieuse statuette dont le secret pourrait à lui seul ébranler la royauté à la veille de la Révolution française.
    /> Une course-poursuite au coeur d'un siècle fascinant pendant lequel le peuple de France s'est écrit un nouveau destin...
    "Décidément, Éric Marchal a tout d'un grand auteur de sagas historiques... Il y a du souffle, de l'action, et un bouillonnement intellectuel réjouissant." Le Figaro

  • L'histoire des 47 rônins est une légende nationale au Japon, l'histoire vraie de 47 samouraïs qui, au XVIIIe siècle, vengèrent leur maître au mépris de la mort, un acte d'honneur et de loyauté absolus selon les codes guerriers du Bushidô. De cet épisode qui a donné lieu à d'innombrables ouvrages, pièces de théâtre, séries et films au Japon, Osaragi Jirô a tiré un roman dont l'originalité est de suivre le point de vue d'un fils de nobles déchus, devenu espion au service de Kira Yoshinaka. Tout autour de lui, une multitude de personnages campent une vision très fouillée de cette époque prospère du Japon, où la vengeance des samouraïs va éclater comme un coup de tonnerre dans un ciel trompeusement serein.

  • Amours à Londres Nouv.

    Voici peut-être le plus pittoresque, le plus vivant journal intime qu'on ait jamais écrit. Il a été tenu au cours des années 1761-1762, alors que Boswell, âgé de vingt-deux ans, découvrait la vie de Londres. Fils d'un lord écossais, bien introduit dans la société, il fréquentait les meilleurs salons de la ville. Tout ce qu'il a vu là et dans des milieux sociaux bien différents, il le note chaque jour, plantant ainsi le décor du roman de sa vie. Boswell, avec une désarmante franchise, conte toutes ses aventures. Et d'abord les amoureuses : sa liaison romantique et burlesque avec l'actrice Louisa. D'un tempérament ardent, Boswell ne se limitait pas à la fréquentation de cette « femme adorable » : il profitait des facilités offertes par les rues de Londres avec une liberté qui nous permet de connaître certains aspects bien curieux de la vie de plaisir au XVIIIe siècle. Les tableaux qu'il brosse ici, ses entretiens avec les plus célèbres écrivains et artistes du temps révèlent, au même titre que ses peintures de la vie mondaine, avec quelle chaleureuse ardeur il accueillait tout de la vie. On aimera ce livre parce qu'il est toujours intelligent et qu'un véritable génie littéraire s'y manifeste illuminé par la gaîté de la jeunesse.

  • Quittant l'Irlande à la suite d'un duel qui tourne mal, Redmond Barry s'enrôle dans l'armée anglaise alors en guerre contre la Prusse. Après avoir été fait prisonnier par l'ennemi, il sera contraint d'espionner un certain chevalier de Balibari pour le compte des Allemands. Coup de théâtre : celui-ci n'est autre que son oncle ! Tous deux prennent alors la fuite et deviennent, avec succès et moyennant quelques tricheries, joueurs de cartes profes-sionnels.
    Ambitieux, Redmond parvient à se marier avec la comtesse Lyndon, une riche veuve. Mais leur relation se révèle houleuse. En plus de dépenser sa fortune, Barry se comporte en mari tyrannique. Jeune arriviste débauché, libertin, il est l'archétype de l'opportuniste à la recherche de la gloire et de l'argent...
    Dans un style grinçant, le narrateur des faux Mémoires de Barry Lyndon décrit avec ironie les travers de la haute société cosmopolite d'un XVIIIe siècle décadent.
    En 1975, Stanley Kubrick fit de cette oeuvre, qu'il tira d'un relatif oubli, une magistrale adaptation cinématographique.

  • Le Pays des neiges, dont le Ve dalaï-lama fut le premier à exercer les pouvoirs spirituel et temporel, a nourri les rêves les plus fantaisistes des Occidentaux. Ses hautes montagnes ont dissimulé une civilisation d'une richesse inouïe, longtemps demeurée méconnue. Le Tibet des XVIIe et XVIIIe siècles a engendré une activité intellectuelle et artistique foisonnante et transformé les institutions politiques, lui conférant un caractère unique qu'il a conservé jusqu'à l'invasion chinoise de 1950. C'est ce Tibet qu'évoque ce guide, un Tibet parfois déroutant, souvent attachant et toujours exceptionnel.

  • 1717. Pour fuir un mariage arrangé et vivre auprès de l'homme qu'elle aime, Elizabeth, jeune marquise anglaise, accepte de tout quitter et de prendre le large depuis le port de Liverpool. Direction le Nouveau Monde et la nouvelle vie qu'il promet. Mais le destin sépare les deux amants dès les premiers temps du voyage. Elizabeth et Mary, sa domestique et amie de toujours, embarquée à ses côtés, se retrouvent livrées à elles-mêmes dans la promiscuité libidineuse des croisières au long cours.
    Lorgnées par les marins, effrayées par les esclaves enchaînés à fond de cale, menacées par les pirates qui écument les eaux chaudes des Caraïbes, les deux jeunes femmes doivent apprendre à survivre, avec au coeur cet infime mais tenace espoir : retrouver Timothy, l'amant disparu. Elles apprendront également, en chemin, que survivre a un prix. Le prix de l'innocence.

  • Peu de livres ont eu une importance historique aussi grande, et une postérité aussi variée, que ces « Réflexions », présentées ici dans une traduction nouvelle. OEuvre de circonstance, elle est très vite au centre des polémiques de l'époque révolutionnaire et, au-delà, elle inspire toutes les grandes critiques de la philosophie du XVIIe siècle : du conservatisme anglais au romantisme allemand et au traditionalisme des contre-révolutionnaires français. Libéral anglais, que tout semblait disposer à accueillir favorablement la Révolution, Burke, dès novembre 1790, prévoit, comme des conséquences inéluctables, la déposition du roi sinon son exécution, et la dictature militaire. La Terreur et la guerre ne feront que confirmer ses premières analyses, comme le montrent, avec une superbe éloquence, les textes qu'il consacra ensuite, jusqu'à sa mort en 1797, aux événements de France, et dont un choix abondant complète la présente édition. Traduction de Pierre Andler ; présentation de Philippe Raynaud ; annotation d'Alfred Fierro et de Georges Liébert. Edmund Burke (1729-1797), homme politique et philosophe anglais d'origine irlandaise, a longtemps été député à la Chambre des Communes comme membre du parti whig. Il est resté célèbre pour le soutien qu'il a apporté aux colonies d'Amérique du Nord lors de leur lutte pour l'indépendance, ainsi que pour sa ferme opposition à la Révolution française qui fit de lui l'un des chefs de file de la faction conservatrice au sein de son parti.

  • Rochefort, le 23 décembre 1766. Déguisée en jeune homme, car il est interdit aux femmes de monter à bord dun navire royal, Jeanne Baret embarque sur LÉtoile, lun des deux vaisseaux de la flotte de M. de Bougainville.
    Lorsquelle a appris que son amant, Philibert Commerson, était invité à se joindre au voyage de Bougainville, elle na pas hésité longtemps. Et la voilà aujourdhui bien décidée à le suivre contre vents et marées jusquau bout du monde.
    Jeanne est une jeune paysanne qui a le don de guérir le mal par les plantes, Philibert un naturaliste renommé. Leur amour fou les a déjà obligés à quitter le Morvan et à senfuir ensemble à Paris. Pas question pour elle de le laisser maintenant partir seul à la découverte de territoires extraordinaires, de peuples, danimaux et de plantes inconnus !
    Que de stratagèmes il lui faudra déployer pour paraître ce quelle a décidé dêtre : le valet de M. Commerson ! Elle devra tenir son rang parmi les hommes déquipage, résister aux périls qui se multiplient sur les mers du Sud. Sa folle passion et son insatiable curiosité lui font accomplir des prodiges, et elle passe bientôt pour un homme plus fort que les autres. Mais combien de temps encore pourra-t-elle dissimuler sa féminité ?
    La Clandestine du voyage de Bougainville, cest lhistoire incroyable et vraie dune femme extraordinaire qui, par amour, décida de braver tous les interdits et de prendre tous les risques.

  • Comment expliquer la liberté, l'égalité et la fraternité aux très jeunes enfants ? Rien de plus simple avec Agnès Rosenstiehl, qui montre aux tout-petits ce que ces valeurs républicaines impliquent dans leurs jeux et leur vie quotidienne, parce que les petits citoyens deviendront grands !

  • Novembre 1755, Lisbonne. Un tremblement de terre historique ravage la capitale du Portugal. Pour la reconstruire, le Marquis de Pombal fait appel à Dom Cristiano da Fonseca, jeune fils d'un commerçant lisboète. Au même instant, Zumbi, fils d'esclave, quitte Rio de Janeiro pour faire fortune dans la quête de l'or et des diamants à Ouro Preto, au Brésil.
    Au fil de leurs aventures, les deux hommes verront leurs destinées se croiser et se déchirer, sur fond de soif de l'or, d'essor du Brésil, du bannissement du Marquis de Pombal, d'aspiration à l'indépendance du Minas Gerais, des conspirations indépendantistes, de confréries de Nègres libres.
    Dans cette saga romanesque historique, Zumbi et Dom Cristiano da Fonseca tutoieront les anges et plongeront tour à tour dans les affres de la déchéance, aux côtés de personnages emblématiques du Brésil et du Portugal que sont Tiradentes, le sculpteur estropié Aleijadinho, la dynastie des Tavora, le musicien Domingos Caldas Barbosa ou encore Chica da Silva et Chico Rei.

  • En 1801, alors que la guerre contre les Français s´éternise, le fameux capitaine Bolitho est contraint d´abandonner sa fiancée pour déjouer les plans de Bonaparte, qui semble préparer en secret l´invasion de l´Angleterre !
    « Nul doute n´est permis : nous avons pris le large avec un vrai, un grand écrivain d´aventure. » Michel Le Bris.
    « Le maître incontesté du roman d´aventures maritimes. » The New York Times.

  • Quand et où le capitalisme est-il né ? Est-il le fruit de circonstances favorables ou a-t-il émergé grâce à la volonté des hommes ? Relève-t-il de la marche inéluctable vers un progrès inévitable ? Est-il forcément lié à l'Occident et à la démocratie ou peut-il s'épanouir ailleurs et sous d'autres formes ? De l'Angleterre du xviie siècle à la Chine du XXIe siècle, Joyce Appleby retrace, loin des idées reçues et des querelles idéologiques, l'histoire de ce modèle devenu le fondement de nos sociétés modernes, source de changements et de renouvellements permanents, parfois restreints et prévisibles, parfois profonds et incontrôlés. Elle s'attache à démontrer que le capitalisme est avant tout un phénomène culturel quand les économistes, avec leurs modèles mathématiques, l'entourent de l'aura mystique d'un mécanisme autonome. Il nous serait donc possible de modeler ce formidable système de production de richesse pour qu'il soit au service des hommes et non au service de l'argent.

  • Au cours de l'histoire occidentale, les clés des songes se sont proposées d'apprendre à interpréter certains rêves en leur donnant un sens prémonitoire. Ce livre porte sur l'histoire de longue durée, de l'Antiquité jusqu'à Freud, d'un genre d'écrit qui revendique l'héritage de l'art d'interpréter les songes (ou onirocritique). Résolument historique et faisant appel à des spécialistes reconnus de chaque période étudiée, il suit, selon un fil chronologique, le genre des clés des songes, très lu et très vendu, sur lequel il n'y a pas eu, jusqu'à présent, de travaux de cette ampleur. Les différents chapitres explorent le style et la forme, en même temps que les usages médicaux, pratiques, prophétiques, ésotériques, religieux, personnels, ludiques, qu'ont pu avoir les clés des songes. À travers ce parcours, se dessine l'histoire d'une tradition et d'une mémoire qui se sont transmises, sédimentées et transformées, mais aussi celle d'un infléchissement de longue durée, plus ancien que ce que l'on pourrait croire. L'idée que certains rêves puissent être signes et causes de l'avenir s'est en effet déplacée aux marges de la science légitime et les clés des songes ont été rejetées dans le domaine du populaire et du superstitieux. Mais l'onirocritique a été, au même moment, partiellement réhabilitée par Freud, qui a voulu développer une nouvelle pratique et un nouveau savoir redonnant sens à toutes les visions et voix nocturnes et non plus à quelques-unes, en fonction du passé et non de l'avenir du rêveur. Jacqueline Carroy et Juliette Lancel (Centre Alexandre Koyré : EHESS, CNRS et MNHN) travaillent ensemble et ont publié sur l'histoire des rêves au XIXe siècle et à l'époque classique. En même temps que leurs propres contributions, ce livre rassemble et met en dialogue des textes de spécialistes d'époques et d'aires géographiques variées : Vincent Barras, Julien du Bouchet, Nicole Edelman, Claire Gantet, Guillaume Garnier, Andreas Mayer, Jean-Claude Schmitt et Andrei Timotin.

  • Notions littéraires : l'aventure de l'Encyclopédie ; la littérature d'idées.
    Contextualisation : publier au XVIIIe siècle ; les Lumières et leur ombre.
    Histoire des arts : illustrer l'Encyclopédie ; les Lumières portraiturées.
    Oeuvre d'art étudiée : Fragonard

  • L'Univers infini dans le Monde des Lumières s'inscrit dans le prolongement de l'ouvrage de Jean Seidengart intitulé : Dieu, l'Univers et la Sphère infinie (2006). Dans ce dernier, il s'agissait d'élucider pourquoi et comment l'idée d'univers infini avait réussi à s'imposer largement en quelques décennies à l'aube de la science classique, alors qu'elle avait été rejetée durant plus de deux millénaires. Aussi était-il devenu absolument nécessaire d'innover et de former très précisément une nouvelle acception du concept d'infini afin de ne pas appliquer l'attribut « infini » de manière univoque à Dieu et à l'univers. Le présent ouvrage poursuit le cours de cette investigation à partir du moment où Newton parvint à établir les fondements mathématiques de la physique classique et à proposer une nouvelle image du monde qui s'imposa très largement dans toute l'Europe savante durant les deux siècles suivants. Malgré les aspects très novateurs de la mécanique classique, les différentes cosmologies d'inspiration newtonienne pouvaient encore s'accorder assez globalement avec les enseignements de la métaphysique classique. Pourtant, on assiste à un net affaiblissement progressif des arguments traditionnels en faveur d'un univers infini existant en acte. C'est pour cette raison que le titre de cet ouvrage dénote un écart assez important avec le livre le plus célèbre d'Alexandre Koyré non pas sur le plan de la révolution cosmologique des XVIe et XVIIe siècles, mais sur la suite des aboutissants de ladite révolution qu'il n'a pas eu le temps de traiter et de mener à bien.

  • ""Vois Naples et puis meurs "" (""Vedi Napoli e poi muori""). Pourquoi existe-t-il un lien aussi étroit entre la splendeur des paysages, celle des richesses artistiques et des ruines, voire la mort, à Naples? Éclat de la chapelle ""Sansevero"", voix divines des castrats au théâtre San Carlo, magie de Pompéi dévoilée, les Lumières éblouissent le ciel du XVIIIe siècle napolitain et pourtant le fonds baroque de la ville, enfermé dans la pierre volcanique, demeure toujours là, merveilleux dans son obscurité.
    Luca Salza est maître de conférences en études italiennes à l'Université Charles-de-Gaulle Lille 3. Ses travaux portent sur l'histoire des idées en Italie. Il est l'auteur de Métamorphose de la Physis. Giordano Bruno, Vrin-La Città del Sole, 2005. Il a édité en 2007 le numéro de la revue « Europe » consacré à Giordano Bruno et à Galilée. Il est rédacteur de différentes revues européennes de philosophie dont « L'Art du Comprendre » et « Outis ! ».

  • «On dit du vin qu'il délie les langues. Que dire du plaisir?
    Au XVIIIe siècle la langue de l'Église, le langage du droit, le discours médical s'inquiètent de l'assaut des belles-lettres contre l'autorité. Les prêtres dénoncent en chaire l'affaiblissement de la foi et les progrès du vice. Dieu souffre en silence. Comment ne serait-Il pas indigné, demande l'abbé Cambacérès, devant "et les blasphèmes de l'impiété, et les triomphes de l'hérésie, et les progrès du libertinage, et tous les ravages que l'ennemi fait dans le champ de son Église." La langue est le lieu d'un combat.» Patrick Wald Lasowski.

  • Le Comte de Maistre fait partie de ces auteurs dont, longtemps, l'oligarchie des vulgaires et la poix des dominants ont désiré d'exterminer non seulement la race mais jusqu'au souvenir. Toutefois, par la vertu de sa propre force, la pensée de Joseph de Maistre a écarté les dandins et les forfaiteurs qui ont tout essayé afin que ses pages fussent réduites au silence, et l'oeuvre règne désormais imperturbablement sur les arts véritables et la littérature essentielle.
    Demeurait une embarrassante contradiction : si la plupart des ouvrages du grand homme sont aujourd'hui disponibles, sa Correspondance était introuvable depuis plus d'un siècle. Or cette Correspondance n'est assurément pas un pan facultatif de son univers : elle occupe en effet à elle seule quasiment la moitié des volumes dont sont constituées les OEuvres complètes de l'auteur. Négliger cet impressionnant et somptueux massif serait donc non seulement déraisonnable, mais irrationnel. Toute la riche aventure maistrienne s'y déroule : de l'arrière-plan de ses relations rompues avec la franc-maçonnerie jusqu'à celles, finales, avec le Saint-Siège en passant par les divers exils, les entretiens avec les monarques, les dialogues avec les célébrités de l'Europe, etc. Ici, en contexte, toute sa pensée se précise. En une époque où l'on écrivait des lettres soit comme de brefs essais officieusement publics afin de rendre limpide à différents cercles tel point d'une discussion de fond, soit tout au contraire afin de faire certaines confidences à tel membre de sa famille ou tel ami fidèle, cette Correspondance dit tout : sur l'homme, sur l'oeuvre, sur la formation de l'homme et de l'oeuvre ainsi que sur la relation entre le monde et le penseur - tout en déroulant la chronique et le commentaire perpétuel d'événements qui, de 1786 à 1821, sont ceux de l'une des périodes les plus bouillantes de l'Histoire.
    Les choses sont claires : se trouvant parmi les grands ensembles épistolaires légués par la littérature et la philosophie, la Correspondance de J. de Maistre est indispensable à la compréhension de son oeuvre. Au coeur même de celle-ci, ces lettres constituent la meilleure des introductions à son sens, à sa visée, à sa force et sa portée. En présence de la parole privée de ce grand homme, chacun devient le témoin d'une générosité créatrice attachée à une majestueuse noblesse de coeur tandis qu'une pensée puissante se déploie dans un style parfait : et le lecteur voit vivre l'âme prophétique de celui qui fut l'auteur de chevet de Baudelaire et de Balzac.

  • Au quotidien la population roussillonnaise d'Ancien régime est plutôt respectueuse de l'ordre établi par les autorités locales ou monarchiques ainsi que des traditions ancestrales, familiales ou professionnelles. De son sommet jusqu'à sa base, la société nord catalane se fonde sur des hiérarchies acceptées par tous. Les Roussillonnais reproduisent tout au long de leur vie des attitudes et comportements marquant, consciemment ou non, leur soumission ou leur intégration d'une organisation sociale inégalitaire mais dans laquelle ils se reconnaissent. Leur participation tout au long de leur vie au fonctionnement des institutions locales, qu'elles soient politiques, professionnelles ou religieuses, leur confère un rôle actif dans la conservation et la transmission des usages légués par leurs aïeux. Ils s'intègrent ainsi parfaitement dans des processus pluriséculaires. Seuls remettent en cause ces modes de fonctionnement des comportements, généralement ponctuels et considérés comme marginaux, dont l'interprétation doit être faite avec beaucoup de précautions car, à la vérité, peu d'actions semblent animées par un rejet pur et simple de l'ordre établi, qu'il soit économique ou professionnel, social, familial, politique, administratif ou religieux. L'illégalité ou criminalité n'est pas endémique, si ce n'est pour ce qui touche à la frontière, en particulier la contrebande. Pour autant, les comportements relevant de l'indiscipline et l'irrespect des lois, des autorités politiques, des bonnes moeurs ou des préceptes religieux suscitent toujours autant d'intérêt car ils nous offrent l'opportunité de nous immerger dans la société roussillonnaise, d'en découvrir les rouages et codes sociaux, leurs éventuelles contestations ou transgressions et les processus de maintien ou rétablissement de l'ordre.

  • Appelé « le Français » par ses amis, Pouchkine, dont l'oeuvre continue à être controversée, créa la langue littéraire russe, l'inscrivant dans le processus de la révolution esthétique occidentale. Poète du paradoxe, il restitua l'Europe à la Russie et fixa la Russie en Europe. Tout au long de sa courte vie, il se heurta à l'hostilité insidieuse de son propre milieu et des autorités, ce qui finira par causer sa perte - sa mort devenant ainsi le symbole même de sa différence. C'est précisément autour de cette « altérité » que s'articulent les articles de cet ouvrage, issu des rencontres qui eurent lieu à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, à l'occasion de l'exposition « Pouchkine illustré ». L'ensemble, qui offre des approches différentes et souvent inattendues, des regards croisés de critiques russes et occidentaux, est enrichi d'illustrations, issues des Musées Pouchkine russes, qui concrétisent le contexte social et politique dans lequel s'est exprimée cette personnalité hors du commun.

  • Publié en 1790 par Alexandre Radichtchev (1749-1802), Le voyage de Pétersbourg à Moscou valut à son auteur l'exil en Sibérie pour dix ans. Derrière un anodin récit de voyage sentimental dans le goût de Laurence Sterne, le livre était en réalité un violent réquisitoire contre les tares de la Russie de Catherine II. Considéré hâtivement comme un classique de la littérature révolutionnaire à l'époque soviétique, l'ouvrage est en réalité un texte complexe et torturé, dont on découvre progressivement aujourd'hui les multiples significations. Ce sont ces différents aspects du Voyage de Pétersbourg à Moscou que le présent volume de la collection « Classiques d'ailleurs / Commentaire » a pour ambition de faire mieux connaître au lecteur francophone.

  • Les utopies du xviiie siècle offrent un terrain idéal pour observer la richesse du genre utopique et la convergence des grandes problématiques propres à la réflexion utopologique : la question géographique des lieux de l'utopie, la question pragmatique de sa réalisation et la question politique du rapport entre les principes de gouvernement et le bonheur du peuple. Où est l'utopie ? Que fait l'utopie ? Que peut l'utopie ? Voilà les questions auxquelles cet ouvrage pluridisciplinaire contribue à répondre en les reformulant à partir d'objets aussi différents que des récits de voyages fantastiques au centre de la terre et des satires aérostatiques, les projets de réforme monarchique et de planification urbaine d'un roi philosophe, des descriptions de jardins, et la critique des misères de notre état social par un moine radical.

empty