Langue française

  • Il y a éruption. Il y a ire ruption. Il y a d'abord eu ruption. C'est plus vaste et dévastant, plus actif, surtout, que rupture. Le magma, c'est les Autres. Ne restent que fumerolle et cinérite. Deux strates. Les champignons éclosent de toutes parts autour du fumeterre qu'est le poète; ils se nourrissent de la putréfaction et des coprolithes. Deux strates. Copro-duction.
    Dans la première partie, l'altérité s'avère troublante tellement elle soulage; le poète et sa poésie se décomposent, se délitent, se délient, se délisent presque. Je. Jet. Sous-je. Sujet. Dans la seconde partie, c'est l'entourage qui se saprolise au gré et au grès du contraste, du cynisme, de la bipolarité; le sujet s'objecte. Un coup d'oeil de mouche, de lucilie, porté vers l'ironie entre l'exégèse et le sens, entre la genèse et l'absurde : sujet altéré ou altérité assujetée ? Mort vécue ou naissance altéricide ?
    «Cinérite», c'est le brasero d'un poète à fleur de peau, en éruption cutanée. Dans toute l'ironie qui assure l'équilibre et le complémentarité. Dans l'inessentielle essence des objets. Dans le volte-face de l'étymologie. Seuls les mots peuvent recomposer...

  • Comment laltérité se manifeste-t-elle dans les romans canadiens dexpression française ? Louvrage de Kenneth Meadwell apporte une réponse diachronique à cette question en analysant non seulement des classiques (Menaud, maître-draveur, Bonheur doccasion, La Belle Bête, LAvalée des avalés), mais des uvres qui nont pas encore reçu cette consécration (Le Passager, La Mémoire de leau, Cantique des plaines, Le Soleil du lac qui se couche). Il montre que les figurations identitaires illustrent lévolution narrative et discursive des personnages féminins et masculins, depuis le roman du terroir et le roman urbain, jusquau roman issu de lécriture migrante et celui, contemporain, ancré dans lactualité des réalités canadiennes et mondiales.

  • Entre le doute et l'espoir, entre l'effroi et le désir, entre la densité et l'intensité, il y a tout le confort de l'incertitude. L'argile et le marbre y cisaillent l'éther. Le tu et le je y sculptent un nous en quête de socle. Chaque prochain pas est un précipice. Ne restent que des empreintes dans l'encre vitreuse des lucarnes, plaies dans les alcôves asymétriques de la rencontre de l'autre.

    Nous n'aurons plus à nous nommer;
    Nous serons seuls.
    Nous n'aurons plus à nous aimer;
    Nous serons sans doute.
    Nous n'aurons plus à vouloir nous tuer, mais à ne pas vouloir mourir;
    Nous serons irrésurrectibles.

    Une poésie de l'altérité, de l'ultime intimité, du «jaugement dernier», du «taraudage», de la «ligature des tromperies» qui nous fait sentir combien la solitude est commune.

empty