Les Belles Lettres éditions

  • Le premier livre d'André Leroi-Gourhan, publié en 1936, méritait bien une seconde édition. La Civilisation du renne, dédiée à Marcel Mauss, est certes un livre de jeunesse, comme le pointe Lucien Febvre, mais c'est aussi un livre-promesse, un livre-jalon, car l'ambition extrême de l'auteur, alors âgé de 25 ans, le pousse à multiplier les incursions dans un nombre considérable de disciplines (géographie, ethnologie, technologie, préhistoire, orientalisme) qu'il entend coordonner afin d'étudier, en dépit de l'éloignement temporel et du déplacement des milieux climatiques, trois époques d'une même culture du renne en milieu arctique (toundra-taïga) : dans l'Europe du Pléistocène, chez les Eskimos actuels, chez les peuples qui ont domestiqué l'animal.

  • Un grand massacre de chats: d'après un témoin, voilà bien l'épisode le plus comique qui se soit déroulé dans l'imprimerie de Jacques Vincent, rue Saint-Séverin, à Paris. Qu'y avait-il pourtant de si drôle? Pour quelles raisons un groupe d'artisans parisiens trouvaient là un inoubliable sujet d'hilarité?
    C'est ainsi que Robert Darnton entame son exploration des attitudes et des croyances dans la France du XVIIIe siècle. Avec passion, il nous fait revivre la façon dont les Français de l'âge des Lumières conçoivent le monde et la façon dont les paysans, bourgeois, aristocrates ou philosophes pensent et ressentent leur environnement.

    Tout à la fois anthropologue et historien, Robert Darnton évoque avec sensibilité ce que représentent le surprenant ou l'habituel dans les mentalités françaises du XVIIIe siècle. Il est facile et sans doute rassurant d'imaginer que nos ancêtres pensaient comme nous le faisons aujourd'hui, abstraction faite des perruques et des jabots. C'est tout le mérite d'un livre comme celui-ci de nous aider à nous libérer d'un sentiment trompeur de familiarité avec le passé.

  • Tribu

    Sebastian Junger

    Tout homme est mû par un fort instinct : celui qui le pousse à appartenir à de petits groupes délimités par des objectifs clairs et une compréhension mutuelle, autrement dit, des tribus. Et à se sentir responsable de leurs membres. Ce livre parle de ce sentiment, et pourquoi il est aujourd'hui si rare, si précieux dans la société moderne, comment son absence nous a tous affectés. Il parle de ce qu'on peut apprendre de sociétés tribales quant à la loyauté, au sentiment d'appartenance et à l'éternelle quête de sens de l'humanité. Au fait que, pour beaucoup de gens, la guerre est plus rassurante que la paix, que les difficultés peuvent être une véritable bénédiction, et que l'on se souvient avec davantage de tendresse de catastrophes que de vacances sous les Tropiques. L'être humain n'a pas peur des moments difficiles, en fait, ils lui permettent de prospérer. Ce qu'il redoute, c'est le sentiment d'être superflu. La société moderne maîtrise à la perfection l'art de donner aux gens l'impression qu'ils ne servent à rien. Il est temps que ça cesse.

  • La nature humaine à la lumière de la psychopathologie Nouv.

    La Nature humaine à la lumière de la psychopathologie (Human Nature in the Light of Psychopathology) réunit un ensemble de conferences (« The William James Lectures ») prononcees par Kurt Goldstein à l'Universite Harvard, en 1938-1939 et publiees pour la première fois en 1940 par Harvard University Press. Premier ouvrage de Goldstein paru aux États-Unis où il commence une nouvelle vie, tant personnelle que professionnelle, après avoir été chassé d'Allemagne par le gouvernement nazi. Formé à la médecine, spécialiste de psychiatrie, mais également féru de philosophie, il est confronté dans ses premières années de pratique aux cérébrolésions des soldats de la Première Guerre mondiale, sources de séquelles irréversibles. C'est le point de départ d'une réflexion qui transcende les découpages disciplinaires entre biologie et philosophie, anthropologie et neurologie, théorie médicale et pratique clinique. Goldstein propose en effet une conception de la clinique qui engage le rapport de l'être humain à lui-même, aux autres et au monde, et fait de la biologie une science qui doit être autant capable d'appréhender de façon « atomistique » les phénomènes qu'elle analyse que de développer une compréhension de l'organisme tout entier, malade ou en bonne santé.

  • Entretiens : un exercice inhabituel pour l'auteur des "Mythologiques", plus familier des traités savamment ordonnés que des caprices de la conversation imprimée. Caprices qui lui donnent l'occasion de revenir sur les grands thèmes de sa réflexion : le statut de l'anthropologue, la question du "naturel", les fonctions de l'art dans les sociétés primitives et dans nos sociétés.
    Jouant le jeu de l'impromptu, tout en suivant le fil de sa pensée, il en propose une présentation claire et brillante, synthétique et précise, qui va à l'essentiel et ouvre de nombreuses portes. Ce texte est une introduction irremplaçable, sûre et complète, à la pensée du plus grand anthropologue de notre temps.
    Docteur ès lettres et sciences humaines, Georges Charbonnier était producteur délégué à France Culture et enseignant à l'université de Paris-I Sorbonne. Il a notamment publié Entretiens avec André Masson (1989) et Entretiens avec Jorge Luis Borges (1992).
    Claude Lévi-Strauss (1908-2009) est le fondateur de l'anthropologie moderne. Devenu célèbre avec Tristes Tropiques en 1955, il est nommé professeur au Collège de France en 1959, puis élu à l'Académie française en 1973.

  • Claude Lévi-Strauss (1908-2009), père de l'anthropologie structurale, est le plus célèbre des inconnus. Célèbre pour avoir, par sa longévité et l'ampleur de son oeuvre, marqué l'ensemble de la vie intellectuelle du XXe siècle, il nous est devenu inconnu, par l'oubli dans lequel nous sommes tombés des grands axes qui l'ont organisée.
    Comment comprendre la singularité des thèses de Lévi-Strauss sans avoir une idée de ce qu'est le structuralisme? Comment saisir la spécificité de son oeuvre sans disposer d'une connaissance des disciplines et courants avec lesquelles elle entre en débat: la philosophie, la linguistique, la psychanalyse, le marxisme ou l'existentialisme? Comment, enfin, donner toute sa portée aux prétentions scientifiques de l'anthropologie structurale quand on réduit les sciences humaines à une perception de la réalité sociale?
    L'ambition de cet ouvrage est de répondre à ces questions par une traversée des textes de Lévi-Strauss, des Structures élémentaires de la Parenté à La Potière jalouse en passant par Tristes tropiques, La Pensée sauvage, Le Cru et le Cuit et Le Regard éloigné.
    Il s'agira de comprendre finalement pourquoi Claude Lévi-Strauss peut-être considéré comme philosophe malgré lui, en tant que scientifique produisant de la philosophie par les moyens qu'il met en place pour mieux s'en écarter.
    Olivier Dekens, Agrégé de philosophie ; Enseigne à l'Université François-Rabelais de Tours (en 2000).

  • Le cerf est un animal sacré, roi des forêts, de l'Asie
    centrale aux rives de l'Atlantique. Il est vénéré mais chassé, tué et mangé depuis des millénaires. Par son sacrifice, il nourrit, soigne et protège tant le corps des hommes que leur imaginaire. Animal guide, sa poursuite lance le chasseur sur les chemins de la conversion et il accompagne dans le christianisme comme dans l'islam la vie des vrais spirituels, servant de monture aux saints ou, pour la biche, donnant son lait aux ascètes. Il a conduit des peuples entiers vers des terres que les dieux leur destinaient.
    On retrouve ce grand communiquant au coeur des plus anciennes croyances sur le voyage des âmes, assurant le passage entre les vivants et les morts, entre les cieux et le monde d'en bas. Symbole de longévité et de résurrection, de par ses bois qui tombent chaque année quand il « refait » sa tête, le cerf est aux sources vives du sacré dans le monde des religions du Livre.
    Ce sont les multiples et fascinantes facettes de ce métis-sage culturel, des grottes de la préhistoire à l'urbanisation contemporaine, que ce travail s'est efforcé de mettre en lumière.
    Jean-Pierre Laurant, historien des courants mystiques et ésotériques, École pratique des Hautes Études, section des sciences religieuses, CNRS, laboratoire «Groupes, sociétés, religions, laïcités», codirecteur de la revue interuniversitaire Politica Hermetica.
    Thierry Zarcone, historien et anthropologue de l'islam dans l'aire turco-persane, est directeur de recherches au CNRS dans le laboratoire « Groupe Sociétés Religions Laïcités » qui est rattaché à l'École pratique des Hautes Études. Il est également chargé de cours à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence.

  • La thèse de cet ouvrage est qu'il faut prendre soin du monde et qu'une « anthropologie relationnelle » permet de penser ce soin. Une pensée spécifique de la relation devient particulièrement nécessaire en médecine, dans le monde du travail et vis-à-vis de l'environnement. Elle entend s'opposer à une attitude peu soigneuse qui se répand à l'égard des personnes et des différents contextes de vie. L'exigence du soin, se faisant catégorie critique, permet ainsi de relier des domaines souvent envisagés comme distincts où, à rebours de l'exploitation générale du monde, elle invite à porter attention aux relations humaines et aux différentes formes de vulnérabilité. Si la philosophie du care occupe désormais une place importante au sein de la philosophie contemporaine, cet ouvrage fait apparaitre la diversité des philosophies du soin, montre la pluralité des champs qu'elles investissent, et l'unité d'une démarche d'attention au monde.

  • L'avènement de l'État islamique a soulevé deux questions majeures, apparemment indépendantes : comment expliquer l'attractivité d'une idéologie djihadiste au sein d'une société tribale ? Comment rendre compte de la fascination que la médiatisation du djihad peut exercer auprès d'une certaine frange de la jeunesse occidentale ? Pour répondre à ces questions, Nicolas Israël se livre à une analyse anthropologique des conflits, mettant en évidence l'importance des structures tribales, des formes idéologiques et des cadres psychiques dans la progression des groupes djihadistes. Face à une telle progression, la réponse occidentale qui s'appuie principalement sur une stratégie de restauration d'un État souverain risque d'exacerber les conflits au lieu de les apaiser.
    Nicolas Israël, agrégé et docteur en philosophie, habilité à diriger des recherches (HDR), est professeur en classes préparatoires. Il est l'auteur de Spinoza le temps de la vigilance (2001) et de Généalogie du droit moderne, l'état de nécessité (2006). Ses travaux de philosophie politique l'ont conduit à concentrer ses recherches dans une perspective anthropologique sur la question de la lutte anti-insurrectionnelle et anti-terroriste. Il a ainsi réalisé une série d'expertises, depuis une dizaine d'années, pour différentes institutions.

  • Ce livre invite à entrouvrir la porte de la bibliothèque d'Alexandrie et des banquets d'érudits grecs et romains, à dérouler les papyrus ou feuilleter les livres pour suivre la main des scribes et le regard des lecteurs s'aventurant dans le labyrinthe des mots et du sens. Qu'est-ce qu'une bibliothèque ? Qu'est-ce qu'un texte ? Qu'est-ce qu'une autorité savante ? Et comment les savoirs circulent-ils en société et se constituent-ils en traditions ? À l'heure où les mondes de l'écrit connaissent des mutations profondes, où se pose avec acuité la question des savoir-faire critiques, des outils techniques, de la navigation sur les océans de l'information, l'histoire des pratiques intellectuelles et de la transmission savante, sur la longue durée et dans la comparaison culturelle, apporte un éclairage captivant sur les défis de nos sociétés. D'Alexandrie aux humanités numériques, de la philologie aux science studies, des savoir-faire des artisans aux mains de l'intellect, Christian Jacob étudie une question fondamentale : celle de la construction des savoirs, de leur inscription matérielle, leurs métamorphoses, leur pouvoir de créer des liens, dans l'espace, dans le temps, au coeur des sociétés humaines.

  • Des jeunes filles chantent en choeur le désir homoérotique que leur inspire leur chorège tout en disant leur relation rituelle avec une déesse, incarnation de la beauté féminine. Les mots chantés sur un pas de danse chorale ont été composés par un poète masculin au service de la cité de Sparte, pourtant célèbre pour sa culture militaire masculine. À l'exemple des poèmes dits parthénées du poète Alcman, on s'interroge successivement sur les formes poétiques et rituelles assumées par une sexualité dépassant l'opposition moderne entre hétéro- et homosexualité, sur les rapports sociaux et religieux de sexe que ces performances poétiques mettent en jeu, sur la culture musicale du chant qu'elles impliquent avec ses formes institutionnelles, sur des pratiques rituelles adossées aux récits héroïques fondateurs de la cité, sur les qualités et fonctions des divinités auxquelles sont destinées ces célébrations politiques et religieuses de l'adolescence féminine : Artémis, Apollon, Héra, Aphrodite et, à Sparte, Hélène. En combinaison avec une perspective d'histoire des religions en régime polythéiste, l'approche offerte par l'anthropologie culturelle et sociale invite à aborder la fonction sociale autant de ces performances musicales que des relations sexuelles impliquées. La comparaison anthropologique avec les processus rituels de l'initiation tribale permet de saisir le sens esthétique et politique de l'éducation chorale et rituelle des jeunes filles en Grèce ancienne ; ce processus éducatif à caractère initiatique les prépare aux rôles différenciés de sexe et aux statuts sociaux qu'elles assument en tant qu'adultes.

  • Ignace Meyerson (1888-1983), juif polonais naturalisé français à 35 ans, médecin, licencié en sciences et en philosophie, est le fondateur de la psychologie historique et comparative. Prenant pour objet d'enquête tout ce que les hommes ont produit, conservé et transmis, il affirme que la variation de ces « oeuvres » dans l'espace et dans le temps suppose que l'esprit humain soit lui-même le lieu d'une histoire. La méthode de Meyerson consiste à construire, à partir des faits de civilisation documentés par les sciences humaines, la généalogie des « fonctions psychologiques » - pôles de l'activité mentale tels que la mémoire, la perception de la couleur ou la personne elle-même - et à montrer ainsi leur évolution et leur contingence. En étendant ce programme aux civilisations anciennes, Jean-Pierre Vernant et Marinette Dambuyant, disciples de Meyerson, ont confirmé la pertinence de cette approche génétique et comparatiste. Refusant l'abstraction philosophique, le déterminisme sociologique ou l'analyse structurale, la psychologie historique a été l'une des voies du renouvellement des sciences humaines. Son originalité est d'accorder au registre psychologique autant le rôle de moteur que de matière dans la transformation de l'expérience humaine.

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