• « Les neuf nouvelles qui composent Tout passe s'entrecroisent, se font écho, comme autant de variations autour de ce même motif obsédant de la transmission, de l'héritage, de ce que l'on laisse. Il y a quelque chose de cubiste dans la composition de ce livre, une façon très maîtrisée d'éclater le récit pour offrir plusieurs angles de vision en même temps, sans jamais dissiper les zones d'ombre. A chacun de choisir sa propre interprétation en comblant les blancs à sa guise. Drôle de jeu qui hante le lecteur longtemps après qu'il a refermé le livre. » Transfuge
    « Le climat qu'installe Bernard Comment dans ces neuf nouvelles est à la mélancolie. Le mot que l'on métaphorise à Cuba par le « gorrion », un moineau muet, explique l'écrivain dans son avant-propos qui parle d'oiseaux... Tous ses personnages sont au milieu ou à la fin de leur vie, à l'heure de prendre la mesure des choses, à l'heure des regards sur le passé, à l'heure où s'impose avec force ce qu'on n'a jamais voulu savoir. » Le Temps
    « Bernard Comment nous laisse entrer dans leurs vies, l'espace d'un petit moment. Il le fait avec une mélancolie vigoureuse et un délectable sens de l'intrigue, glissant dans ses récits juste assez de vides pour appâter ses lecteurs, et juste assez de pleins pour les contenter. » Le Monde

  • Parhélie - pandemonium germanicum, veut redire la ville qui vit naître la première avant-garde littéraire allemande. Une ville, Strasbourg, qui serait « en arrière » de l'agglomération et de la mégalopole, dont les rues et les carrefours seraient autant de passes vers New York, Chicago, Bâle. Le Sturm und Drang naît à Strasbourg de la rencontre de Goethe, en 1770 - il a vingt ans - avec Hender et Jacob Lenz, l'auteur des Soldats et du Précepteur. Les Stürmer, critiques de l'Aufklärung et des Lumières, inventent la littérature allemande. Le romantisme d'Iéna lui donnera son concept. En 1830, Georg Büchner, contraint à l'exil à Strasbourg, lira le journal du pasteur Oberlin qui évoque la crise de « folie » de Lenz et il s'en servira pour écrire la « nouvelle » Lenz, une des oeuvres majeures de la littérature allemande.

  • Reeves C. est retrouvé mort dans un hôtel. Il voulait être écrivain. Il ne fut que le mari d'une romancière célèbre. Il lui disait : « Il ne faut pas aimer son double, car c'est un amour qui naît d'un oubli momentané de la haine qu'on a pour soi. »
    Le Professeur T. s'est pendu dans la cave de son immeuble. Avant de mourir, le Professeur T. avait écrit dans son journal : « Chacun porte en soi un frère assassiné, il faut vivre en le ménageant. »
    Dans la nuit du 14 août 1990, Klara W. se jette du haut d'un immeuble de La Défense. Dans son agenda, elle avait noté ce bref dialogue extrait d'un film : « -ne vous en faites pas, je m'en vais. - Où ? - En moi-même. »
    Vinh L. se prépare à rentrer dans son pays. Auparavant, il écrit dix lettres, dans lesquelles il révèle que, pour survivre, il a mangé de la chair humaine.

  • Écrire, c'est aussi reconnaître sa dette d'amour envers ceux que René Char appelle les alliés substantiels, c'est lire des épitaphes cryptées, aborder des îlots de solitude, déserter l'ici et maintenant en glissant sur des luges de nuit pour gagner les frontières de l'invisible avec comme guides des émissaires de l'autre côté. Ces pages, roman d'une lectrice, sont des hommages aux maquisards qui ont fait oeuvre délictueuse, s'assignant le but de renverser les normes, de lancer des brûlots au flanc de l'académisme, d'exorciser les peurs et de proposer au lecteur un voyage où il se débarrassera de sa pusillanimité, de ses préjugés, et se laissera emporter par une bourrasque vers des territoires inconnus.

  • Cadence

    Stéphane Velut

    « J'habite Betrachtungstrasse. Au 18 précisément. J'y suis depuis un an. Cette nuit est ma dernière ici, je vais quitter ce lieu et je suis affligé. Je suis affligé parce que tout ici me ressemblait - on me dit peu accueillant. C'était ma tanière, mon trou, mon chantier. »
    Munich, 1933. Un peintre, chargé d'exécuter le portrait d'une enfant louant l'avenir radieux de la nouvelle Allemagne, se cloître en compagnie de son modèle. Mais c'est tout autre chose qu'il fait de sa jeune pensionnaire et qu'il déploie comme un cérémonial au fil de son récit. Car ce sont ses carnets que l'on lit ; le narrateur y prend son lecteur à témoin.
    On hésitera à discerner dans cet étrange huis clos le jeu du rite ou de la soumission.

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