• Le code de conduite du parfait homme de cour est au coeur des conversations de gentilshommes lettrés à la cour d'Urbino. Traduit dès le XVIesiècle dans toute l'Europe, ce manuel de bonnes manières a marqué la culture occidentale. Or, le présent volume s'attache au livre III, le plus original et le plus délicieusement digressif. Cinq hommes et, fait exceptionnel, deux femmes, dont la duchesse d'Urbino, participent à la joute verbale. Le sujet se révèle épineux : les usages qu'une dame de palais se doit d'observer. Tous se disputent in fine sur les mérites prêtés à la femme en général. Quand les misogynes s'opposent aux défenseurs de la gent féminine, l'un prône une égalité entre l'homme et la femme. Mais le champion de ces dames ne s'en forgerait-il pas une image conforme à ses désirs ?

    L'écrivain Baldassare Castiglione (1478-1529) fut ambassadeur auprès de Louis XII puis de Léon X. Il se lia d'amitié avec Raphaël et rencontra les personnalités réunies autour de la duchesse Élisabeth de Gonzague et sa belle-soeur Emilia Pia : Pietro Bembo, Julien de Médicis, Ottaviano, Federigo Fregoso et autres lettrés qui figureront dans sa grande oeuvre Il Cortegiano, parue en 1528. Après la mort de sa femme en 1520, il entre dans le clergé et gagne la cour de Charles-Quint. Il meurt à Tolède.

  • Cet ouvrage entend dégager de nouveaux enjeux théoriques et ouvrir de nouvelles perspectives de recherche. La sanction est à l'interface du cadre de vie et de l'action éducative. Question taboue et pratique honteuse, la sanction revient aujourd'hui au coeur des réflexions éducatives. L'auteur analyse depuis plusieurs années, tant sur le plan historique que philosophique, cette situation-limite en éducation. Il montre que la sanction n'est pas nécessairement une parenthèse, un échec, mais que celle-ci exige un cadre socialisant et structurant, qu'elle doit s'inscrire dans une éthique éducative. Penser la sanction c'est toujours penser au-delà de la sanction.

  • La raison d'État de soi-même que propose Baltasar Gracián (1601-1658) à tout individu est au principe d'une éthique paradoxale, voire contradictoire - et en ce sens baroque - qui prescrit à chaque individu de se comporter comme un État dans la manière d'être à soi et aux autres. C'est l'ensemble de ces prescriptions, ou règles de civilité, que permettent de dégager les maximes de l'Oráculo manual y arte de prudencia : dans les relations qu'ils ont les uns avec les autres, les individus doivent à la fois et contradictoirement adopter des normes communes - les règles du « bon goût » - et cependant ne s'en remettre qu'à eux-mêmes - à leur goût propre - pour déterminer ce qu'il est dans leur intérêt de faire ou de ne pas faire. C'est la raison pour laquelle cette éthique baroque qu'est la civilité est un art de vivre en société et non une morale catégorique : les règles qu'elle prescrit ne sont pas extérieures au commerce des individus, mais au contraire immanentes au jeu social lui-même. La civilité sociale est ainsi au fondement de la société civile, dont la normalité relève d'un libéralisme éthique.
    Une telle civilité n'a cependant pas résolu le problème qui l'a rendu possible, à savoir l'écart dans lequel se tient - et doit se maintenir - le sujet de l'éthique : la composition propre au commerce social des individus exige en effet que chacun demeure en soi et néanmoins en relation avec les autres. C'est cet écart, constitutif du sujet, qu'illustre parfaitement ce roman allégorique qu'est le Criticón, dans lequel s'achève la pensée de Gracián : la raison d'État de soi-même est la tentative de déterminer la normativité d'une composition du lieu de soi - elle est la fiction d'un sujet qui pourrait enfin se saisir pleinement lui-même sans produire aussitôt l'écart constitutif de sa propre mise en abîme. Par là, est également décelé le sens de la pensée baroque, dont Gracián est certainement l'un des plus illustres et parfaits représentants : une pensée de l'écart, qui est l'écart de la pensée elle-même.

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