Éditions des femmes-Antoinette Fouque

  • Cécile, adolescente, met en oeuvre un drame qui coûtera la vie à Anne, maîtresse de son père.

    « Elle pleurait. Alors je compris brusquement que je m'étais attaquée à un être vivant et sensible, et non pas à une entité. Elle avait dû être une petite fille, un peu secrète, puis une adolescente, puis une femme. Elle avait quarante ans, elle était seule, elle aimait un homme et elle avait espéré être heureuse avec lui dix ans, vingt ans peut-être. Et moi... le visage, ce visage, c'était mon oeuvre. J'étais pétrifiée, je tremblais de tout mon corps contre la portière. » F.S.

  • Un enfant forcé d'apprendre le piano n'arrive pas à retenir le sens de « moderato cantabile » dans la sonatine de Diabelli. Venu du rez-de-chaussée, un cri déchire la leçon. Un homme a assassiné une femme d'une balle en plein coeur. Anne Desbaresdes, la mère de l'enfant, revient obsessionnellement au café où le crime a eu lieu pour s'enivrer et interroger un homme. Elle cherche à comprendre, ou à se perdre.

    « - Veux-tu lire ce qu'il y a d'écrit au-dessus de ta partition ? demanda la dame.
    - Moderato cantabile, dit l'enfant.
    La dame ponctua cette réponse d'un coup de crayon sur le clavier. L'enfant resta immobile, la tête tournée vers sa partition.
    - Et qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ?
    - Je sais pas.
    Une femme, assise à trois mètres de là, soupira. » M.D.

  • « Ces pages, lues à deux voix, sont tirées de Textes pour un poème (1949-1970) et de Poèmes pour un texte (1970-1991). Les deux livres présentent un choix, à travers quarante années de poésie. Les titres qui s'inversent voudraient refléter - comme dans un miroir - la même image, suggérer une même démarche. [...] Les guets-apens de l'événement et du temps, qui tentent d'enserrer chacun entre les parois de l'âge, des frontières, du milieu social devraient être très vite balayés par les souffles de la poésie. [...] La poésie n'est pas refus ou survol de la vie ; plutôt une manière de la féconder, de rendre compte de ses largesses. Elle témoigne aussi d'une soif qui nous hante, d'une interrogation qui nous garde en haleine. Chaque poème achevé devrait apparaître comme un caillou dans la forêt insondable de la vie ; comme un anneau dans la chaîne qui nous relie à tous les vivants. Le Je de la poésie est à tous Le Moi de la poésie est plusieurs Le Tu de la poésie est au pluriel. » A.C. Textes pour un poème, Flammarion, 1950 Poèmes pour un texte (1970-1991), Flammarion, 1991

  • C'est en 1847 que Charlotte, l'aînée des trois soeurs Brontë, publia Jane Eyre. Son succès fut immédiat et immense. La petite orpheline, privée d'affection, élevée dans une institution pour adolescentes pauvres, entrant comme gouvernante au château de Thornfield, est en effet une des figures les plus fascinantes du roman romantique. Et Rochester, qu'elle aime et dont le destin la sépare, est sombre, sarcastique, le double du héros né de l'imagination de la soeur cadette, Emily, dans Les Hauts de Hurlevent. L'amour et l'indépendance de la jeune fille, les préséances sociales et les revanches sur le passé, l'attirance pour les idéaux généreux, les messages de la passion triomphant du temps et de l'espace, les flammes de la folie, sont quelques-uns des thèmes qui se détachent d'une observation à la Dickens et sont emportés par un puissant souffle romanesque.

  • « Lorsque Irène, sortant de l'appartement de son amant, descendit l'escalier, de nouveau une peur subite et irraisonnée s'empara d'elle. Une toupie noire tournoya devant ses yeux, ses genoux s'ankylosèrent et elle fut obligée de vite se cramponner à la rampe pour ne pas tomber brusquement la tête en avant... Quand elle s'en retournait chez elle, un nouveau frisson mystérieux la parcourait auquel se mêlaient confusément le remords de sa faute et la folle crainte que dans la rue n'importe qui pût lire sur son visage d'où elle venait et répondre à son trouble par un sourire insolent. [...] Partir, tout en elle ne voulait plus que partir, quitter cet appartement, cette maison, sortir de cette aventure pour rentrer dans son paisible monde bourgeois. Puis venaient les ultimes paroles qui cherchaient en vain à la calmer, et que, dans son agitation, elle n'entendait plus. »

  • À Madame de La Fayette, on ne doit pas seulement le premier roman d'analyse, mais une révolution des lettres françaises : pour la première fois, le coeur du roman, c'est la vie d'une femme, La Princesse de Clèves ; pour la première fois, dans la société aristocratique du XVIIe siècle, qui la réduit au silence, elle fait entendre sa voix intérieure. « Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l'on doit croire que c'était une beauté parfaite, puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu où l'on était si accoutumé à voir de belles personnes. Son père était mort jeune, et l'avait laissée sous la conduite de madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. » M.d.L.F.

  • « L'histoire d'Un coeur simple est tout bonnement le récit d'une vie obscure, celle d'une pauvre fille de campagne dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu'elle soigne, puis son perroquet : quand le perroquet est mort, elle le fait empailler, et, mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit. Ce n'est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste. Je veux apitoyer, faire pleurer les âmes sensibles, en étant une moi-même. » G.F. C'est ainsi que Flaubert présente lui-même Félicité, l'héroïne d'Un coeur simple, l'un des récits qui composent les Trois contes, qui furent, en 1877, la dernière oeuvre publiée du vivant de l'écrivain.

  • Le 4 juillet 1862, au cours d'une promenade en barque avec ses deux soeurs, Alice Liddell demande à Charles Lutwidge Dodgson de lui raconter une histoire. La petite fille lui inspire, à lui le mathématicien-logicien passionné de phénomènes occultes, cette tumultueuse plongée souterraine dans le monde du rêve. À la demande d'Alice, Charles écrira l'histoire. Pour la publier, il prendra le nom de Lewis Carroll. Conteuse à son tour, Arielle Dombasle joue de toutes les ressources de sa voix, et du chant, pour incarner les multiples personnages du rêve malicieux d'Alice.

  • Le destin tragique de la femme de 30 ans est aussi affreusement banal : Julie d'Aiglemont est mariée à un homme qu'elle n'aime pas. Malheureuse et délaissée, la seule façon pour elle de ne pas subir son mariage, est de tomber amoureuse d'un autre. Mais de morts malencontreuses en amours contrariées, ses amants et enfants illégitimes ne lui permettront pas d'échapper réellement au contrat auquel elle n'a eu d'autre choix que de se soumettre. Cette sombre histoire, résolument moderne, est sans doute le roman le plus engagé de Balzac, qui dénonce avec force et justesse l'oppression qui pèse sur les femmes.

    « Le mariage, institution sur laquelle s'appuie aujourd'hui la société, nous en fait sentir à nous seules tout le poids : pour l'homme la liberté, pour la femme des devoirs. Nous vous devons toute notre vie, vous ne nous devez de la vôtre que de rares instants. Enfin l'homme fait un choix là où nous nous soumettons aveuglément. Oh ! Monsieur, à vous je puis tout dire. Hé bien, le mariage, tel qu'il se pratique aujourd'hui, me semble être une prostitution légale. De là sont nées mes souffrances. » H. de B.

  • À bien des égards, Renée, l'impétueuse narratrice de "La Vagabonde", se pose comme le double de Colette qui signe ici son roman le plus personnel. Comme elle, sa jumelle littéraire est divorcée, actrice de music-hall, écrivaine et surtout farouchement indépendante. Elle se laisse pourtant toucher par Max, un homme beau, brillant et riche : une intrigue simplissime dont Colette a l'audace de prendre le contre-pied pour mieux interroger l'indépendance, le courage et la liberté des femmes et réaffirmer leur force. Un roman profondément optimiste, provocante ode à la solitude, d'une remarquable intelligence.

    « Le hasard, mon ami et mon maître, daignera bien encore une fois m'envoyer les génies de son désordonné royaume. Je n'ai plus foi qu'en lui, et en moi. En lui, surtout, qui me repêche lorsque je sombre, et me saisit, et me secoue, à la manière d'un chien sauveteur dont la dent, chaque fois, perce un peu ma peau... Si bien que je n'attends plus, à chaque désespoir, ma fin, mais bien l'aventure, le petit miracle banal qui renoue, chaînon étincelant, le collier de mes jours. » C.

    Ce livre audio a remporté un Coup de coeur 2020 de l'Académie Charles Cros.

  • « Qui n'a pas cru sa vie inutile sans celle de l'"autre"... qui n'a pas senti son corps tout entier se mettre en garde, la main droite allant flatter le changement de vitesse, la main gauche refermée sur le volant et les jambes allongées... qui n'a pas ressenti ce mélange de refus et de provocation, n'a jamais aimé la vitesse, n'a jamais aimé la vie - ou alors, peut-être, n'a jamais aimé personne. » F.S.

    Comme dans une conversation familière et intime, Françoise Sagan nous dresse en mosaïque les portraits des grand·e·s de son époque qu'elle a eu la chance de côtoyer : Billie Holiday, Orson Welles, Rudolf Noureev, Jean-Paul Sartre... Pulsions, émotions, passions, admirations composent la musique pudique et singulière de ses souvenirs. Dix ans après avoir enregistré « Avec mon meilleur souvenir », le plus personnel et le plus accompli de ses livres, Françoise Sagan raconte dans « Derrière l'épaule » (Plon, 1998) cette expérience inédite : « Le studio donnait sur une cour, style Utrillo, où un enfant et un chat se succédaient. Contrairement aux prédictions pessimistes de l'ingénieur du son, je me débrouillai fort bien, ne bégayai pas et inscrivis ma voix sur un disque, comme une professionnelle, pendant trois jours... C'était l'été, je crois, et j'ai gardé un souvenir paresseux et réussi de ces trois jours. »

  • Écrit en plusieurs étapes, à partir de 1773, Le Paradoxe sur le comédien ne sera publié qu'en 1830. Sous la forme d'un dialogue, dissymétrique, entre deux interlocuteurs censés défendre une thèse opposée, Diderot développe une véritable réflexion sur l'art du comédien et, plus largement, sur la création artistique. « Mais quoi ? dira-t-on, ces accents si plaintifs, si douloureux, que cette mère arrache du fond de ses entrailles, et dont les miennes sont si violemment secouées, ce n'est pas le sentiment actuel qui les produit, ce n'est pas le désespoir qui les inspire ? Nullement ; et la preuve, c'est qu'ils sont mesurés ; qu'ils font partie d'un système de déclamation ; que plus bas ou plus aigus de la vingtième partie d'un quart de ton, ils sont faux; qu'ils sont soumis à une loi d'unité ; [...] que pour être poussés juste, ils ont été répétés cent fois, et que malgré ces fréquentes répétitions, on les manque encore. »

  • Nathalie Sarraute, au cours d'une conversation, ou à un coin de rue, d'une oreille ou sur une page, attrape une phrase, un mot, une formule, convenue ou saugrenue, et les goûte, les soupèse, les laisse résonner en son for intérieur. Des derniers mots d'Anton Tchekhov aux réprimandes d'une mère à son fils, elle dissèque les usages de la parole et sonde l'infinie puissance du langage.

    « Mais qu'est-ce que c'est ? Rien de jamais encore éprouvé... c'est douloureux... délicieux... un trouble ? une excitation ? un émoi ? un désarroi ? Mais est-ce possible ? Est-ce ça ? Est-ce donc ça en moi aussi... Oui, ce ne peut être rien d'autre... c'est bien ça... s'épandant en moi partout, occupant tout... "l'amour"... c'est ainsi que ça se nomme. "L'amour" - c'est ça. » N.S.

  • « Le Français devina que, dans ce désert, sur ce rocher entouré par la mer, la religieuse s'était emparée de la musique pour y jeter le surplus de passion qui la dévorait. Était-ce un hommage fait à Dieu de son amour, était-ce le triomphe de l'amour sur Dieu ? Questions difficiles à décider. Mais, certes, le général ne put douter qu'il ne retrouvât en ce coeur mort au monde une passion tout aussi brûlante que l'était la sienne. » H.d.B. En 1833 Honoré de Balzac écrit La Duchesse de Langeais, avec le désir de se venger d'une femme dont il était amoureux et qui l'avait joué. Dans cette transmutation de la réalité en fiction, l'idée de vengeance se perd, et s'élève un chant qui porte l'amour au-delà des règles communes. Texte de passion sur la passion, où aimer et être aimé-e se joue à contretemps dans la cruauté du monde, La Duchesse de Langeais donne à l'amour la grandeur du sublime

  • « C'est pendant l'été d'un pays du nord. C'est la fin d'un jour, juste avant la nuit. Vous voyez ? Mais déjà quand elle s'annonce, que la lumière s'allonge, illuminante, avant de s'éteindre. » M. D.

    « Savannah Bay, variations » recueille des documents sonores inédits captés par Philippe Proust, retrouvés et présentés par Marie-Pierre Fernandes, spécialiste de Marguerite Duras qui a participé à sa création de « Savannah Bay », accueillie triomphalement en 1983 au théâtre du Rond-Point, et assisté l'autrice pour « Les Lectures » (1984) et « La Musica deuxième » (1985).
    Ces enregistrements exclusifs font entendre la lecture par Marguerite Duras d'une scène primitive de la pièce « Savannah Bay » suivie de deux répétitions sous sa direction avec Madeleine Renaud et Bulle Ogier. Elle lit ensuite « L'Exposition de la peinture », poignant hommage à son scénographe, le peintre argentin Roberto Platé diffusé lors de l'exposition de ses toiles au théâtre du Rond-Point, en 1987.

  • Au phare, c'est cette destination vers laquelle se tend et se déploie tout le roman, un serment en suspens, à flux tendu au-dessus des profondeurs abyssales de la conscience des personnages. La promesse d'une promenade scelle l'alliance de Mrs Ramsey avec ses enfants, contre le père, contre vents et marées, le temps qui passe et la Guerre - c'est autour de cette parole donnée que se nouent les désirs enfouis et les pensées tues, que se cristallisent tragiquement les souvenirs d'enfance.

    « Dans un instant, il lui demanderait, "On ira au Phare ?" Et elle devrait dire, "Non, pas demain, Ton père dit que non." Heureusement, Mildred arriva pour les chercher, et l'agitation leur changea les idées. Mais il ne cessait de se retourner pour regarder par-dessus son épaule, tandis que Mildred l'emportait, et elle était certaine qu'il pensait, nous n'irons pas au Phare demain ; et elle se dit, il va se souvenir de cet instant toute sa vie. » V.W.

    Ce titre est dans la sélection du Grand Prix du livre audio 2020 de La Plume de Paon.

  • « Est-ce femme ? est-ce flamme ?
    C'est une âme qui se damne.
    - Ta mort ! - Mon plaisir !
    Danserai à en mourir ! » M.T.

    En 1922, Marina Tsvétaïeva écrit en russe un poème qui s'inspire du célèbre conte d'Afanassiev, « Le Vampire », l'histoire de la belle Maroussia qui tombe amoureuse de celui avec lequel elle a dansé toute la nuit, et qu'elle surprend le lendemain en train de dévorer un cadavre. En 1929, à Paris, Tsvétaïeva entreprend de traduire ce poème en français. Elle l'intitule « Le Gars ». Plus tard, elle le réécrit sous forme de conte qu'elle accompagne d'un avant-propos pour l'édition française. C'est cet ensemble qui est ici lu par Anna Mouglalis. Variations sur un même thème, où vie et mort se mêlent, se trahissent, se traduisent, ces trois textes jouent brillamment avec une langue teintée d'une inquiétante étrangeté.

    Ce livre audio a été honoré du Prix du public 2020 de La Plume de Paon.

  • Contes du quotidien, les quatorze histoires réunies dans cet écrin conjuguent reviviscences d'enfance en Nouvelle-Zélande, échappées oniriques, portraits saisissants, émotions brutes et découverte de la mort et de ses avatars. Dans « Prélude », « Félicité », ou encore « Je ne parle pas français », le ressenti prend le pas sur l'action et se mettent à nu d'inquiétants rapports de force au sein même des relations les plus familières. Ce recueil a assis la réputation de Katherine Mansfield comme la plus grande virtuose de la nouvelle moderniste.

  • Texte de la grande maturité de l'écrivaine, « Tu ne t'aimes pas » est une conversation secrète à l'intérieur d'une psyché morcelée. Les multiples voix s'interpellent, s'analysent, s'interrogent, s'adressent des reproches. Dans un monde où le narcissisme est gage de réussite, elles parlent au nom de toutes les personnes qui s'estiment peu, ne s'admirent pas, doutent, se moquent d'elles-mêmes, ne se défendent guère, dont les contours sont flous et les limites incertaines, celles que l'assurance des autres fait vaciller de leur axe, qui ne se font pas confiance, s'oublient et aiment les autres et d'autres choses plus qu'elles-mêmes.

    « Tu te souviens comme il s'est approché par-derrière, il a posé la main sur ton épaule... et il a prononcé d'un ton apitoyé, un peu attristé... "Vous savez ce que vous avez ? Vous ne vous aimez pas"... comme si ne pas s'aimer, soi, était une tare, une maladie... Chacun d'eux est sain, normal, chacun d'eux s'aime, et nous... on ne s'aime pas. » N.S.

  • Au cours d'une soirée où se rend le Tout-Paris de la Belle Époque, en 1905, Colette rencontre la marquise de Morny, dite « Missy ». Celle-ci, divorcée et à la tête d'une grande fortune, vit pleinement sa préférence sexuelle. Cheveux courts, pantalon, bottes et complets-vestons : son personnage inclassable dérange et effraie son époque. Un an plus tard, Colette divorce de Willy et vivre avec Missy une intense histoire d'amour qui durera jusqu'en 1911. Après leur rupture, leurs lettres témoignent d'une indéfectible complicité. Cette relation est fondatrice dans la vie de Colette, dans sa construction autant que dans son oeuvre littéraire.

    « Mon amour chéri, j'ai enfin reçu une lettre de vous, la première ! Je suis bien contente. Elle est bougon, elle est gentille et je la trouve délicieuse, puisque vous dites que votre odieux enfant vous manque ! Ma chérie, cela suffit pour me combler de joie, et j'en suis devenue rouge, toute seule, de plaisir, d'une sorte d'orgueil amoureux. Que ce mot ne vous choque pas mon pudique petit Missy, il n'y a vraiment que le mot amour qui puisse servir pour dire la complète, la complexe et exclusive tendresse que j'ai pour vous. » C.

    Ce livre audio a remporté un Coup de coeur 2020 de l'Académie Charles Cros et le Prix du livre audio Lire dans le noir 2021 de France Culture, dans la catégorie « non-fiction ».

  • Pendant l'été 1980, Marguerite Duras écrit des chroniques hebdomadaires sur « l'actualité parallèle » pour le journal Libération. Elle décide de les publier en livre. Depuis son appartement des Roches Noires, au-dessus de la plage de Trouville, elle décrit des anecdotes choisies, typiques de la vie balnéaire. Un jour, elle voit au loin un enfant marchant aux côtés d'une monitrice de colonie de vacances. « La Jeune Fille et l'enfant » est l'histoire d'amour fou qui la saisira à cette vue, un amour impossible, « peut-être la plus belle histoire d'amour que j'aie écrite », dira-t-elle.

    « À lire à haute voix un texte, on apprend ceci : c'est que la personne qui a écrit le texte n'est pas la même que celle qui le lit. Le texte écrit est là, dans sa proposition immuable, depuis des siècles. Il est rangé dans le livre comme une archive. C'est la voix qui le porte toujours et toujours ailleurs. » M.D.

  • Sélection parmi le recueil de nouvelles « La Maison de Claudine » paru en 1922, le CD ouvre sur « Ma mère et les bêtes » lu par Colette elle-même en 1947. Sa voix aux couleurs de sa terre et ses voluptueux r roulés ensoleillent les oreilles. Puis la chaleureuse Anny Duperey prend sa suite avec panache pour nous lire comme autant de contes « La Petite », « La Noce », « Où sont les enfants ? », « Maternité », « Le Rire » et « La Noisette creuse ».

    « Que tout était féerique et simple, parmi cette faune de la maison natale... Vous ne pensiez pas qu'un chat mangeât des fraises? Mais je sais bien, pour l'avoir vu tant de fois, que ce Satan noir, Babou, interminable et sinueux comme une anguille, choisissait en gourmet, dans le potager de Mme Pomié, les plus mûres des "caprons blancs" et des "belles-de-juin". C'est le même qui respirait, poétique, absorbé, des violettes épanouies. » C.

  • Du côté de chez Swann et Le Temps retrouvé, au commencement et à la fin de l'oeuvre, sont deux arches, parallèles dans leur construction et leur projet, sur lesquelles s'appuie l'immense cathédrale de La Recherche. Ce sont ces deux textes qui définissent le mieux ce qu'est l'ouvrage, l'histoire d'une vocation, la découverte du salut par l'écriture. Dans le premier, le narrateur restitue l'enfance: Combray, les rêves, le territoire qu'il partage avec sa mère et sa grand-mère, les lieux de la fascination, théâtre, voyage, visages de jeunes filles, or contenu dans certains noms comme celui de Guermantes. Dans le dernier livre, le temps a passé, rendant les êtres méconnaissables, détruisant tout à l'exception de l'Art, c'est-à-dire de l'union de la sensation et du souvenir dans la métaphore. Le narrateur peut commencer à écrire, l'ouvrage est fait. La Recherche, c'est le passage des Noms aux mots.

  • « Arcimboldo. Tout ici est à lui. Ici est l'espace dont il a besoin pour prendre ses aises... répandre aussi loin qu'il le voudra ses ondes... Déployer sa désinvolture. Son outrecuidance. »

    Avec « Ici », Nathalie Sarraute pousse ses jeunes « Tropismes » à leur stade ultime de maturation. Dans une narration diffractée propre au Nouveau Roman, elle prend les mots au mot, en évalue l'usure, décortique des noms propres peu communs, tente de les situer, poursuit sa recherche perpétuelle de justesse. L'autrice en lut huit chapitres pour « La Bibliothèque des voix » l'année de sa parution.

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