• Le code de conduite du parfait homme de cour est au coeur des conversations de gentilshommes lettrés à la cour d'Urbino. Traduit dès le XVIesiècle dans toute l'Europe, ce manuel de bonnes manières a marqué la culture occidentale. Or, le présent volume s'attache au livre III, le plus original et le plus délicieusement digressif. Cinq hommes et, fait exceptionnel, deux femmes, dont la duchesse d'Urbino, participent à la joute verbale. Le sujet se révèle épineux : les usages qu'une dame de palais se doit d'observer. Tous se disputent in fine sur les mérites prêtés à la femme en général. Quand les misogynes s'opposent aux défenseurs de la gent féminine, l'un prône une égalité entre l'homme et la femme. Mais le champion de ces dames ne s'en forgerait-il pas une image conforme à ses désirs ?

    L'écrivain Baldassare Castiglione (1478-1529) fut ambassadeur auprès de Louis XII puis de Léon X. Il se lia d'amitié avec Raphaël et rencontra les personnalités réunies autour de la duchesse Élisabeth de Gonzague et sa belle-soeur Emilia Pia : Pietro Bembo, Julien de Médicis, Ottaviano, Federigo Fregoso et autres lettrés qui figureront dans sa grande oeuvre Il Cortegiano, parue en 1528. Après la mort de sa femme en 1520, il entre dans le clergé et gagne la cour de Charles-Quint. Il meurt à Tolède.

  • Il y a d'abord, dans ce recueil, des portraits : dans cette galerie, nous reconnaîtrons certains de nos propres traits, puis très vite, avec une complaisance avantageuse, nous chercherons la ressemblance avec les tics et les défauts de nos amis ! Qui ne possède, dans son réseau de relations - voire d'affection - un professeur, une ménagère, un courtisan, un rond-de-cuir, un mari, des enfants... une famille ! En s'amusant et en nous faisant rire, Esther Granek, dont l'oeil fait mouche à toute victime, a voulu dire et graver la vie, tantôt à l'acide, tantôt au miel, selon la liberté de sa fantaisie. Il y a ensuite, dans ce recueil, des chansons. La chaleur humaine y prédomine : nostalgies de l'enfance, du bonheur d'hier, saisons inoubliées, rêveries, moralités, refrains d'amour - ici le coeur s'émeut, pianote sa mélancolie et invente parfois l'avenir. Comme le dit la romancière Flora Groult dans sa préface à Portraits et Chansons sans retouches d'Esther Granek : « L'ombre et la lumière donnent à ces chants et contre chants une grâce très personnelle »

  • La mondanité est par excellence un sujet inabordable : s'y prête-t-on, on se laisse absorber dans la constellation du babil et du futile. En parle-t-on, c'est pour la stigmatiser, s'en tenir à distance, dans un jeu de stratégies complexes que l'on analyse dans ces pages. Rares sont ceux qui se reconnaissent "mondains" calmement, sans provocation. Ce livre prétend, naïvement peut-être, échapper à cette alternative. Loin de s'en défendre, de s'en départir, il voudrait prendre la mondanité au sérieux, sans pour autant tomber dans le doctoral, l'ennuyeux ou le didactique ; il se propose d'apprécier le phénomène mondain, d'en jouir, de le goûter et de le décrire. La description de milieux et de conduites actuels - déploiement d'une étoffe, jeux de reflets - s'y double d'une analyse plus générale, plus abstraite, qui débouche sur l'établissement d'une logique : répertoire de figures récurrentes dans l'histoire de la mondanité, tiré des textes de la Renaissance (Castiglione) comme de romans modernes ou d'épisodes connus de la civilité (salons et bons mots). On espère ainsi avoir su respecter la tonalité de ce monde, sans être pour autant tombé dans la célébration béate des gens du monde. Avec pour seul refus celui des moralistes toujours prêts à s'insinuer et à interdire, sous les dehors d'une indignation vertueuse, le libre jeu de la pensée et du langage. P. M.

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