Gallimard

  • Entre Madame Rosa et Momo, c'est un amour maternel qui ne passerait pas les liens du sang, c'est l'amitié entre les peuples juif et arabe, c'est le poids de l'Histoire allégé par l'appétit de vivre. Le roman se passe à Belleville, vingtième arrondissement de Paris, sixième étage sans ascenseur. Momo a dix ans, peut-être quatorze en réalité. Cela fait beaucoup de chiffres pour un môme qui réinvente le dictionnaire et a le sens de la maxime : Je pense que pour vivre, il faut s'y prendre très jeune, parce qu'après on perd toute sa valeur et personne ne vous fera de cadeaux.

    Bernadette Lafont et Kamel Belghazi incarnent avec bonheur le couple Madame Rosa-Momo. Dans leur relation, l'humour fait presque oublier la gravité de la situation. Du rire, on passe aux larmes. Un pur moment d'émotion...

  • « Il entra dans ma vie en février 1932 pour n'en jamais sortir [...]. Je puis me rappeler le jour et l'heure où, pour la première fois, mon regard se posa sur ce garçon qui allait devenir la source de mon plus grand bonheur et de mon plus grand désespoir. »
    Âgé de 16 ans, Hans Schwartz, fils unique d'un médecin juif de Stuttgart, va devenir l'ami de Conrad von Hohenfels, lui aussi fils unique, et issu d'une grande famille aristocratique. Mais quand Hitler arrive au pouvoir, en janvier 1933, l'amitié est impuissante à surmonter le fossé qui s'ouvre entre eux."

  • "Je suis parti un matin d'hiver en chasse de l'enfance. J'avais décidé de la capturer entière et vivante. "Regarde, elle est là, tu la vois?" Je l'avais toujours sentie battre en moi, elle ne m'avait jamais quitté. Mais c'était le vol d'un papillon obscur à l'intérieur, le frôlement d'ailes invisibles dont je ne retrouvais qu'un peu de poudre sur mes bras au réveil."
    Neverland est un retour au pays d'enfance, un irrésistible voyage vers ces hauts territoires perdus que nous portons tous en nous.
    À travers ce titre, Timothée de Fombelle nous livre avec tendresse un récit vibrant sur les souvenirs de notre enfance.

  • Journal du voleur

    Jean Genet

    "Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c'est en vous qu'elle produit des remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite. On dit quelquefois : "Un gars qui a de la gueule." Les traits délicats de Pilorge étaient d'une violence extrême. Leur délicatesse était violence."

  • Petit dernier de la famille, Poil de Carotte est le souffre-douleur de sa mère. Corvées, gifles, humiliations, rien ne lui est épargné. Heureusement, dans la vie de Poil de Carotte, il y a aussi la nature, les jeux avec grand-frère Félix et les parties de pèche avec son parrain...

    Drôles, cruelles, touchantes, une suite de saynètes qui composent le portrait inoubliable d'un enfant mal-aimé.

    Titre recommandé par le ministère de l'Éducation nationale au collège.

  • La petite Alice s'ennuie, assise dans l'herbe... Quand un Lapin Blanc passe en marmonnant devant elle, Alice le poursuit jusque dans sonterrier. Sa chute l'entraîne au centre de la Terre, où elle fait d'étranges rencontres: un Chat qui sourit, un Loir qui boit du thé, et une horribleReine bien décidée à couper la tête de tout le monde...
    Le chef-d'oeuvre incontesté de l'absurde et de l'humour loufoque.
    Les quatre comédiens font ressortir tout l'humour et le sens de l'absurde de Lewis Carroll. Ils ne s'étonnent vraiment de rien puisque tout peut arriver au pays des merveilles.

  • Codine

    Panaït Istrati

    L'enfance et la jeunesse d'Adrien Zograffi se situent dans une misérable banlieue du port de Braila, sur les bords du Danube. Adrien devient le protégé de Codine, le bon géant. Puis il se fait vagabond et, pendant huit ans, a Mikhaïl pour inséparable compagnon. À Alexandrie, Le pêcheur d'éponges lui raconte sa vie. Autant d'histoires qui pourraient elles aussi s'appeler Mes départs. Avec ces quatre textes, qui composent La jeunesse d'Adrien Zograffi, Panaït Istrati, qui ressemble à son héros, nous offre un chant d'amour, de justice et de liberté.

  • "Maintenant l'autobus s'ébranle, la vitre tremble et je frissonne de froid. Je vois encore ton lourd manteau, ton sac, mais pas tes yeux. Je ne sais plus si tu regardes vers moi. Il ne te fut pas permis de reconnaître ton fils vieilli, tu n'as vu qu'un homme qui te regardait à travers une vitre."
    Dans ce récit d'une enfance napolitaine, la mémoire n'est pas une consolation mais un drame : une lumière blanche et compacte semble baigner la ville, soudain dénudée, loin de sa fièvre baroque. L'image des êtres perdus - la mère, à qui s'adresse chacune de ces pages, le père, un ami mort... - se juxtapose au deuil et à l'oubli, qu'elle ne compense pas. Voilà pourquoi Pas ici, pas maintenant n'est pas une évocation nostalgique, mais un livre abrupt et fier, que rythment de subtils dérèglements comme autant d'initiations : le bégaiement du narrateur, les lapsus, un pas qui achoppe, des jouets qu'on brise. Et toujours, entre le monde et l'enfant, une vitre, les gestes tendres et lointains d'une mère.

  • La petite Chartreuse

    Pierre Péju

    Pour Vollard, Éva devenait la petite Chartreuse. Silencieuse sans en avoir fait le voeu. La très pâle moniale. L'enfant cloîtrée. L'enfant privée de voix et de joie, privée d'enfance. Mais au fil de ces errances dans la Chartreuse, bizarrement, ce n'était pas le poids écrasant et absurde de l'accident que Vollard ressentait en compagnie de la petite fille, mais un inexplicable allègement, un soulagement, un apaisement dû à ce rituel de marche lente, de silence, de contemplation de choses infimes. Comment un si petit être, émettant si peu de signes, pouvait-il lui donner cette impression de discret équilibre, de nécessité fragile mais heureuse ? Le sentiment confus que tout pouvait se résumer à ce va-et-vient entre la librairie et l'hôpital s'intensifiait encore en passant, Éva à ses côtés, du centre spécialisé à la nature sauvage.

  • Olivier

    Jérôme Garcin

    À la veille de ses six ans, Olivier fut fauché par une voiture. Il ne survécut pas à l'accident. Il était le frère jumeau de Jérôme Garcin. Olivier a grandi en lui, en même temps que lui. Une présence fantomatique qui lui a donné très tôt le goût du repli, et un étrange rapport à l'existence.
    Dans ce récit, Jérôme Garcin remonte le fil de ses souvenirs, met en regard les grands textes littéraires ainsi que les écrits scientifiques consacrés à la gémellité, et retrouve à chaque fois un peu de ce frère perdu. Un jeu de miroir et de mémoire pour tenter de dire ce drame qui a déterminé sa vie.
    Olivier prolonge La chute de cheval et Théâtre intime, deux récits autobiographiques parus aux Éditions Gallimard.

  • On l'appelait l'Américain. Après le Débarquement, il avait rencontré ma mère lors d'un bal donné à Rouen, en l'honneur des libérateurs. Et il s'était fixé en Normandie. Il me battait beaucoup. Il battait, surtout, beaucoup maman. C'est pourquoi j'ai passé mon enfance à vouloir le tuer. Ma haine contre lui ravagea tout en moi, ma lucidité et mon humanité. Jusqu'à sa mort. Mais jamais je n'oublierai le sourire souffrant qu'il traînait partout et qui, aujourd'hui encore, me fend le coeur.
    Franz-Olivier Giesbert.

  • Le dos crawlé

    Eric Fottorino

    Été 1976 sur l'Atlantique.
    Deux enfants rêvent de pays lointains.
    Marin a treize ans et Lisa dix.
    Marin raconte le sable qui brûle et autre chose qu'il ne saurait dire quand il regarde Lisa et la mère de Lisa, une ancienne Miss Pontaillac.
    Heureusement oncle Abel est là qui veille en douce et monsieur Archibouleau avec ses gros muscles. Et monsieur Maxence qui écoute la météo marine. Et les parties de pêche, les complets poisson, l'odeur des citronniers, heureusement.
    Les parents sont si décevants.
    Les coeurs s'écorchent. L'enfance se consume.
    Un jour Lisa saura nager le dos crawlé.

  • Les trente et une pièces de ce livre, écrites dans le style Renaissance, reconstituent l'histoire du château de Fontainebleau de François Ier à Henri IV. Elles donnent vie et parole aux déesses, dianes chasseresses et autres nymphes dénudées qui ornent ses murs.
    À ces Dames imaginaires et à celles qui y vécurent, le lecteur est invité à rendre visite.

  • «Il me vient une pensée qui me surprend.
    "Y a-t-il dans notre passé des époques où l'homme a été...
    - Libre?
    - Oui, ou digne?
    - Aucune, fait-il, catégorique. Nous n'avons aucun souvenir d'un temps où l'homme a été à l'abri."»

    Pour le narrateur, il s'agit d'un retour utile : mettre dans un livre les lieux et les paysages de son enfance. Une amie l'accueille, le guide, le présente aux uns et aux autres ; en particulier à Éric Bamezon, conseiller à la présidence de la République. Celui-ci le convie un soir à dîner. On s'attend à une rencontre avec un homme satisfait de sa vie et heureux de sa réussite ; on découvre, à mesure qu'avance la nuit, un être pris dans un piège aux motifs obscurs...
    Ténèbres à midi est un roman où percent une ironie et une lucidité rares ; c'est le récit épuré et sans concession d'une perception de soi et de ses origines. Au-delà d'une histoire située en Afrique, c'est une question ni caduque ni réservée aux autres que reprend ici l'auteur : comment se conduire en homme ou femme de conscience dans un temps de cruauté généralisée?

  • épitaphe

    Antoine Matha

    'Tout le monde ici soupire aprcs Paris... Paris que vous vous représentez comme une caverne gorgée de biens... Paris ou le bonheur a son enseigne... Aujourd'hui comme jadis, c'est la meme verroterie qui vous fascine... Non contents d'etre contemporains, vous voulez etre modernes... Mais savez-vous ce qu'il en co"ute d'etre moderne? Savez-vous qu'au bout de nos bagnoles qui polluent, de nos télés qui nous regardent et nous posscdent, au bout de tout ce qui se vend, s'achcte, s'use, s'accumule, savez-vous qu'une immense lassitude vous attend, celle qui nous a déj´r pris?'

    Deux jeunes Africains, amis depuis l'enfance, quittent leur pays pour Paris, attirés par les sircnes de la société d'abondance. Nous les suivons dans cette vie nouvelle qui tour ´r tour leur offre des sccnes étonnantes, l'argent facile et illicite, les émois du cur et du sexe, les tracas et les avanies ordinaires d'une vie d'immigré... Jusqu'au jour ou la catastrophe survient : l'un meurt, et l'autre se retrouve ´r convoyer le cercueil de son ami défunt dans leur pays d'origine ou une guerre civile vient d'éclater...

  • Aux origines de ce récit, un inavouable secret d'enfance : le narrateur n'a jamais compris un traître mot de ce que lui disaient ses parents, chacun usant d'une langue non seulement étrangère, mais d'origine inconnue. À l'âge de trente-huit ans, lors d'une visite à sa mère, tout bascule : plusieurs mots sortis de sa bouche à elle font soudain sens. Troublé par cette révélation, il prend la fuite, recherchant qui voudra prêter une oreille attentive à son histoire. Le voilà qui dérive dans la nuit parisienne, embrasse une belle endormie au fond d'un chantier, dérobe une truffe blanche dans un hôtel cinq étoiles, subit malgré lui une IRM à l'hôpital et ressuscite un amour oublié mais salvateur.
    Avec ce troisième roman en forme d'autofiction, Philippe Garnier a choisi de partir d'une hypothèse biographique impossible. La rigueur loufoque et la gravité désinvolte de Babel nuit nous poussent à accepter la part de non-sens de cette quête existentielle, et même à y éprouver une inquiétante familiarité.

  • Lors d'un vernissage au château Le Luxe, tout commence par la disparition de l'artiste Pierre Weiss, puis de sa sculpture, transportée on ne sait où par douze Polonais. Dans l'ivresse générale, les rôles s'inversent entre convives et domestiques, vivants et revenants, les accouplements font partout des émules, révélant les destins de personnages aux identités multiples. On aura compris qu'un illogisme malicieux plane sur cette fiction. En conteuse hors pair, Gaëlle Obiégly invite le lecteur à retomber en enfance, l'enfance de l'art romanesque.

    "Cette nuit-là, autour du musée des valeurs sentimentales des personnes sont rassemblées. Invités, intrus, maîtres, serviteurs. Le jour suivant les dispersera. Rien n'a été prémédité sauf la soirée en l'honneur d'un artiste qui déserte et provoque, par sa rébellion espiègle, l'illumination."
    Gaëlle Obiégly.

  • Jean-Claude Walter a entrepris dans cet essai, qui est une lecture de l'oeuvre de Léon-Paul Fargue, un voyage à l'intérieur de ses poèmes. On oublie trop souvent que le piéton de Paris fut un des premiers à introduire la ville dans la littérature moderne. Il n'était pas seulement un flâneur, traquant l'insolite dans les rues, mais l'espace urbain a inspiré la longue phrase de son poème, et lui a permis de chercher et de trouver un sens à sa vie d'homme errant. On ne peut envisager l'entreprise poétique de L.-P. Fargue en dehors de Paris. La ville définit aussi bien sa vie, sa façon d'être, que sa démarche poétique, c'est-à-dire son écriture. Elle est à l'origine de la parole de Fargue, le théâtre de son drame, et aussi l'être vivant auquel il s'affronte quotidiennement, l'ennemie, mais également la complice. La ville-miroir, la ville-prison, la ville-femme, ont abouti à la création de la ville-poème : à travers elle, Jean-Claude Walter a tenté de cerner le secret de la parole du poète.

  • "J'ai longtemps rêvé que ma mère était noire. Je m'étais inventé une histoire, un passé, pour fuir la réalité à mon retour d'Afrique, dans ce pays, dans cette ville où je ne connaissais personne, où j'étais devenu un étranger. Puis j'ai découvert, lorsque mon père, à l'âge de la retraite, est revenu vivre avec nous en France, que c'était lui l'Africain. Cela a été difficile à admettre. Il m'a fallu retourner en arrière, recommencer, essayer de comprendre. En souvenir de cela, j'ai écrit ce petit livre."
    J.M.G. Le Clézio.

  • J'ouvre un chemin nouveau dans mes antiques neiges. A l'extrémité des plateaux déserts d'Hibernales s'entrebâille la porte du Verger fragile - et c'est promesse de printemps. A peine le loisir est-il laissé d'un dernier regard en arrière avec la complicité d'« anciennes lunes », que déjà la « mémoire braconnière » s'accorde au rythme inattendu de la chanson. Mais si la piste s'élargit çà et là parmi des flaques d'herbes tendres, il n'est point temps encore de faire halte. C'est alors qu'à la mesure de versets plus amples reprend la marche du poète. De paroisse d'érable en paroisse de pin. Jusqu'au portail ouvert des granges de mon âge.

  • "Comme de joie rejointe à la belle étreinte, il n'en a toujours pas fini de revenir de vos venues-dahlias ô Dalilas. Des minuits chevelus d'ire grège dans les longues feintes fendues des murs du songe solitaire." Paru en 1976, le recueil de Pierre Lepère, à la manière de Cocteau et de Max Jacob au début de leurs écrits, nous propose une suite de poèmes fantaisistes.

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