• Les écrits à caractère autobiographique sont extrêmement rares dans l'oeuvre d'Adorno, et d'autant plus précieux. Le présent volume rassemble quatre d'entre eux, les seuls que l'auteur a choisi de rééditer de son vivant en un recueil, paru chez Suhrkamp en 1967. Le philosophe de l'École de Francfort s'y révèle, dans tous les sens du mot. Il y parle de musique, de son adolescence, de ses rencontres. Il multiplie les anecdotes à valeur sociologique, voire parfois éthologique, tant l'animal - vache, sanglier ou encore marmotte - est loin d'être absent de ces brefs billets d'humeur. Et surtout, ces souvenirs sont littéralement incarnés car spécifi­quement reliés à un lieu. Tout se passe comme si l'évocation d'un paysage, d'une vue, d'un espace quel qu'il soit, était à l'origine de l'écriture autobiographique. Amorbach, nom d'une ville d'Allemagne­ mais aussi d'une abbaye bénédictine. Petite ville qui, par un phénomène de miroir inversé, permet à l'auteur de parler de l'Amérique, de la standardisation et, là aussi, d'industrie culturelle. L'on saisit mieux à la lecture de ces textes la genèse d'une philosophie de la radicalité.

  • Notes écrites dans les marges des livres, ces Marginalia ont été publiées par Edgar Poe dans plusieurs revues américaines de 1844 à 1849, durant les dernières années de sa vie. Ce sont des notes de lectures, des analyses sur l'art de la fiction, la philosophie, la morale, les sciences, le langage, les difficultés que rencontre l'artiste - et plus encore le "génie" - dans une société où il n'a pas sa place et qui s'accommode assez mal de sa pitoyable existence. Passant de la louange à l'insulte, de la théorie littéraire au sarcasme et de l'aveu à la provocation, les Marginalia dévoilent la face cachée de l'oeuvre de Poe.

  • Votre existence manque cruellement de poésie. Ce n'est plus tenable, il est urgent de vous ressaisir. Pour cela, suivez le guide.

  • Elles ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes. Alma, incarcérée dans un quartier réservé aux jeunes mères, s'accroche à l'enfant qu'elle y a mis au monde et aux lettres qu'elle envoie comme autant de bouteilles à la mer. Dans la cellule voisine, Lucinda, tombée pour trafic de drogue entre la France et l'Argentine, apaise sa détresse en faisant défiler les souvenirs enchantés d'une enfance dont le fil s'est brutalement brisé. De l'autre côté des barreaux, Sarah, la fille aînée d'Alma, se confie à son ordinateur et tente de maintenir le lien entre sa mère et ceux qui au-dehors attendent son retour. Correspondances, carnets, fragments, confessions filmées, Karine Reysset puise dans les multiples ressources du genre romanesque pour mieux entremêler ces trois itinéraires bouleversants.

  • Quand on est balancés dans le dehors du monde, oubliés par les bruits de la ville, quand, dune façon ou dune autre, on est morts.
    Alors, comme le dit Dante, on est là où le soleil se tait.
    Des hommes, en prison. Deux clochards, habitants du froid et de lombre, qui ne demandent rien. Une jeune femme un peu folle, qui piétine sa vie avec grâce parce que, dit-elle : 'Moi, tu sais, en dehors de lamour...' Une princesse oubliée dans la légende dun saint, qui a peur, parce quelle croit que les hommes vont 'laisser faire la déchirure de son corps et de lété'.
    Les malentendus entre hommes et femmes, drôles, inusables, mortels.
    Limbécillité dune guerre, un chien qui mord parce quon la oublié.
    Et lenfance immobile au bord de la nuit.

  • Ces abandons à la poisseuse déprime, ces décharges d'exaspération remontent aux années 35 à 50. Années de tristesse, de mensonge et de détention (en camp). Ces feuilles violentes s'abandonnent, mortes et glissantes, sous les pas. Le monde d'Hyvernaud : de trop petites gens qui s'étriquent et se moisissent un rebut de vie à eux. Reste à mettre entre eux et lui quelques mots, échappés à la littérature, cet art de farder son fardeau. Hyvernaud invente l'aphorisme-fleuve : une toute petite phrase, pressée, triturée, peu à peu vide son jus, son sens.

  • "Parmi les diverses modalités que se donne la pensée critique, figurent, aux extrémités du spectre, d'un côté l'exposé systématique, de l'autre l'approche fragmentaire. C'est cette dernière démarche qui caractérise Feux croisés, enquête où se déploie un enchaînement de thèmes qui forment une constellation de pensées touchant à l'art, la littérature, la philosophie, la science, la critique sociale et politique, la relation de l'homme à l'histoire et à la nature. L'auteur poursuit de façon performative ses recherches sur l'histoire de la critique, notamment à l'époque des Lumières. Le choix du fragment s'inscrit dans la tradition d'écriture illustrée par Gracián, Chamfort, Lichtenberg et, plus près de nous, Adorno. Servi par un style expressif et incisif, le questionnement tend ici à la mise au jour d'éléments significatifs pour une critique de notre temps, envisagés dans leurs rapports contradictoires ou complémentaires. Feux croisés se place ainsi sous le signe de l'avenir, renouant avec l'élan des lumières de l'utopie. Le dernier mot n'appartient pas au présent.

    "

  • Planches

    Rémi Froger

    Il ouvre sur un mouvement photographique, la main sur le déclencheur / est une main différente, les mots distancent l'image dans la phrase. / Le monde se fissure de plus en plus, d'autres données surgissent, / des tissus jaunes et mauves dans le coin, le tissu noir plie l'origine. / Il l'ouvre. Des yeux se dressent pour aller derrière les autres yeux.

  • Tout l'été

    Maud Basan

    Voilà que je me mets à parler toute seule, ce doit être inévitable à la longue, forcément, d'ailleurs cela fait peut-être un moment déjà, vous auriez pu m'avertir, me mettre en garde, m'éviter le pire, je vais finir par débloquer, perdre le nord, jusqu'ici personne pour me contredire, c'est l'avantage, et puis cela évite les dialogues, tous les tirets en début de ligne, les guillemets, vous saurez que c'est toujours moi, ce sera plus simple.

  • «Le livre caché de Lisbonne» propose, à la suite d'une résidence d'écriture, dix-sept promenades dans une ville vécue comme un vaste atelier d'écriture, ponctuées par des citations d'écrivains, dont plusieurs portugais. Louise Warren, en prolongeant ses essais récents, y trouve une nouvelle formulation de son esthétique, une expérience intime, mais toujours ouverte à l'autre. Un regard très personnel se porte sur les «azulejos», sur l'architecture, sur le Tage, sur les ruines, entre autres. Les images représentant des espaces fermés, des fenêtres closes ou envahies par la végétation permettent d'imaginer ce livre caché qui, peu à peu, au rythme de la lumière et de la chaleur, se révèle à la lecture, laisse son empreinte dans l'imaginaire.

  • À l'heure où tout nous distrait de nous-mêmes, des petits riens s'invitent dans mes cahiers. Au rythme des saisons, quelques morceaux de moi, sans prétention.
    De courts tableaux du quotidien pour réveiller les couleurs oubliées, échapper à l'amertume, recoudre une histoire. Témoins de l'attention au précieux, au minuscule, ils vagabondent entre décor extérieur et intérieur.
    Des fragments de vie entre le souffle poétique du haïku et la respiration plus profonde du haïbun.

    Petit-Havre de Matamek
    un long cordage jaune
    retient la lumière

  • Ce recueil est composé de fragments pour la plupart autobiographiques.
    On suit dans le désordre, par petites touches, quelques facettes de la vie de l'auteure.
    On passe des déambulations d'une adolescente dans les coulisses d'un théâtre au bazar de l'intérieur d'une mère débordée, en passant le portrait d'une grand-mère sculptrice qui moule entièrement sa petite-fille à l'élastomère. 
    Le style est simple, dépouillé, l'écriture sincère, ponctuée de petites pointes d'humour.
    Parfois on quitte l'autobiographie pour une petite envolée fictionnelle.
    Souvent on s'interroge sur les mécanismes de l'écriture, de la lecture, sur la place de la femme dans la société, dans la famille. Quelques portraits viennent rythmer l'ensemble.

  • La vie n'est qu'une tache provisoire... Dans Un thé avec Nathan, un passager clandestin, une grand-mère régicide, une doublure nantie à la rhinoplastie réussie et une esthéticienne amatrice de la force centrifuge en sont pleinement conscients. Avec leur clan et le lama d'Hergé, ils célèbrent le passage du temps, l'amitié et trois sacrements sur fond de nage synchronisée. Ce roman-ruisseau délirant appelle le lecteur à écarter quelques branches, à sauter de galet en galet, bref à s'y mouiller, pour en suivre le cours.

  • Anonyme, envahissant, le poncif rembourre le discours, colmate les silences. Pris dans la banalité comme une bave durcie, le mot et sa chose deviennent alors ces perles ternes, et grises : faux départs, grenades au plâtre et coquilles creuses. Autant clore cette fantaisie de Paucard, le banalyste jovial, per le plus désespéré des fermoirs : Idées reçues : tout le monde en énonce.

  • La présente Anthologie comprend des ouvrages qui ne sont pas cités habituellement dans la bibliographie de l'auteur : Liturgie pour la Nuit, Silence et Plainte.
    Ainsi que des fragments des livres les plus importants : Elévation Enclume, Le Voyage de sainte Ursule, Cose Naturati, Les Etats provisoires. Elle se termine par quelques inédits. L'Anthologie porte ce titre générique : Quand Anna Murmurait. Si l'on demandait à l'auteur ce que signifie ce prénom d'Anna, il pourrait bien répondre par la phrase qui introduit le livre : " Pour comprendre, il faut être familier des ports, au bord de l'estuaire, et de l'atmosphère qui règne sur les quais à chaque saison de l'année.
    En automne surtout lorsque arrivent des jours lumineux... En cette saison, il flotte entre les coteaux une clarté indécise que la palette de William Turner semble avoir cherché de saisir - dans des aquarelles - entre Saint-Florent-le-Vieil et les berges de Champtoceaux. "

  • Fasciné par l'histoire, les cartes géographiques et les photographies aériennes du paysage culturel acadien, Serge Patrice Thibodeau se permet un livre audacieux où la prose poétique entretient un dialogue impromptu avec le récit et le document d'archives, l'anecdote et la science, l'archéologie et le merveilleux.

    Dans L'isle Haute : en marge de Grand-Pré, le poète construit un paysage par fragments, vu du ciel, inspiré par une photo de Grand-Pré prise de la Station spatiale internationale.

  • Racines et fictions est un recueil de poésie en vers et en prose, le quatrième de l'auteur Hector Ruiz. L'écriture de ce livre prend sa source dans une démarche de déambulation littéraire. Plus précisément, le poète est allé, chaque semaine pendant 10 mois, explorer quelques quartiers de la ville de Montréal. Ces dérives de plusieurs heures et kilomètres ont donné lieu à une multitude de notes et de photos. Il en découle, dans le recueil, des histoires de marche, entrecroisées de fragments de mémoire qu'a révélé le tracé du corps en mouvement. Dans ce parcours poétique, entre les branches, dans les trous, la fiction a pris racine et des racines ont trouvé forme.

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