Langue française

  • Aucun amateur de cuisine épicée ne se verra privé de liberté ou victime d'ostracisme pour avoir satisfait ses papilles gustatives. En revanche, on peut être jeté en prison pour trop aimer les chaussures en cuir. De même, l'homosexualité, le sida, la pornographie, le transsexualisme, et aujourd'hui la pédophilie, donnent lieu à ce que Gayle Rubin appelle une « panique sexuelle ». Chaque panique désigne une minorité sexuelle comme population-cible. Au terme du processus, celle-ci se trouve décimée, et la société tout entière, juridiquement et socialement, réorganisée. Pour traiter de cette question, Gayle Rubin a jeté les bases d'un champ autonome d'études sur le sexe où désir, jouissance et diversité érotique pourraient trouver leur raison théorique et politique. Nous sommes loin ici du communautarisme béat qu'on prête parfois en France aux intellectuels américains. Les critiques de Judith Butler sont vives : « les lesbiennes n'ont rien d'autre en commun que leur expérience du sexisme et de l'homophobie », ou ses réserves sur le coming out : « La sexualité reste-t-elle sexualité quand elle est soumise à un critère de transparence et de révélation ? Une quelconque sexualité serait-elle possible sans cette opacité qui a pour nom inconscient ? » Gayle Rubin et Judith Butler soulignent constamment la nécessité de ne pas troquer une violence contre une autre, une démonologie religieuse contre une démonologie laïque, laissant sa chance à l'érotologie moderne.Recueil de trois textes : « Marché au sexe », entretien de Gayle Rubin avec Judith Butler ; « Penser le sexe » de Gayle Rubin ; « Imitation et insubordination du genre » de Judith Butler.

  • Reçue comme allant de soi, immuable, quasi naturelle, et essentielle au lien social, l'hétérosexualité n'a guère jusque-là été questionnée. Aussi aura-t-il fallu le développement des recherches gay et lesbiennes pour qu'elle apparaisse enfin dans son étrangeté et sa portée normative. Il y a une histoire de l'hétérosexualité, une identité, un genre hétérosexuel non pas inné mais produit par un certain nombre de lieux et de pratiques dont Hétéros, pour la première fois en France, dresse un inventaire critique. Les sites et chats de rencontres, les danses enlacées (une singularité proprement occidentale), les manières de divorcer, l'autobiographie, la littérature « psy » sur le couple, les sciences sociales nord-américaines, les discours sur la sexualité post-natale, les changements sociaux et législatifs, l'armée, les prisons, les centres d'observation pour délinquants, le sport voilà où se construit, non sans difficultés désormais, l'hétérosexualité.Ouvrage publié sous la direction de Catherine Deschamps, Laurent Gaissad et Christelle Taraud. Introduction d'Alain Corbin. Conclusion d'Éric Fassin. Contributions de Christophe Apprill, Bruno Benvindo, Sophie Bollen, Stéphane Chaudier, Catherine Deschamps, Laurent Gaissad, Cathy Herbrand, Caroline Hirt, Joséphine Hoegaerts, Irène Jonas, Machteld De Metsenaere, David Paternotte, Massimo Prearo, Anne Claire Rebreyend, Régis Revenin, Gwénola Ricordeau, Louis Georges Tin et de Daniel Welzer-Lang.

  • Dans le quartier du Marais cohabitent une communauté juive, constituée au fil des guerres et des pogroms, et une communauté gay depuis l'arrivée du sida. Qu'est-ce qui fonde chacune d'entre elles ? Ni des modes de vie établis, ni un projet d'avenir partagé, mais la présence continuée, en creux, d'une catastrophe inaugurale. Relues sous cet angles, les oeuvres de Guillaume Dustan, Marcel Proust, Robert Antelme, Charlotte Delbo dessinent un concept de communauté incompatible avec le schéma familial archaïque comme avec le principe moderne du contrat : son modèle n'est autre que l'amitié de groupe, bâtie sur un désastre.

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