• Dignité, justice sociale, partage du travail, égalité, rapport renouvelé à l'art, à l'éducation, à la culture et au quotidien... C'est tout cela, la Commune de Paris, une expérience révolutionnaire à bien des égards inouïe : pour la première fois, des ouvriers, des ouvrières, des artisans, des employés, des instituteurs et institutrices, des écrivains et des artistes s'emparent du pouvoir. Comme l'écrit Rimbaud qu'elle enthousiasme tant, la Commune entend vraiment " changer la vie " par des " inventions d'inconnu ". Ses protagonistes sont des femmes et des hommes ordinaires qui créent de l'extraordinaire, non seulement en l'imaginant mais en le mettant en pratique.
    C'est de leur expérience si actuelle que part ce livre, sous une forme originale : il est composé de lettres adressées à ces femmes et ces hommes comme s'ils et elles étaient encore en vie et comme si on pouvait leur parler. Ces lettres rendent la Commune vivante et présente, par un entrelacement des temps. L'ouvrage s'appuie sur un vaste travail d'archives et de nombreux documents, le plus souvent inédits : correspondances, débats, projets, procès... Il offre aussi au regard plus de cent photographies qui s'égrènent tout au long de ses pages, images d'époque et images d'aujourd'hui, comme un télescopage entre passé et présent.
    L'événement reste de par le monde une source d'inspiration, car il permet de réfléchir à l'émancipation, aux solidarités et aux communs. Il nous concerne toutes et tous, de manière plus brûlante que jamais, et demeure évocateur par les espoirs et les projets qu'il porte. Tant il est vrai que " la Commune n'est pas morte ".

  • L'histoire de la publication des
    Mémoires de Louise Michel est étonnante : elle débute en 1886, chez l'éditeur Roy, sous le titre - maintes fois réédité - de
    Mémoires de Louise Michel écrits par elle-même. Tome I. Aucun autre tome n'a suivi. Et si, par la suite, sont venus s'accoler d'autres écrits de la célèbre anarchiste, les soixante-dix feuilletons qui constituent le véritable second tome, parus dans la presse de 1890, avaient " disparu ", peut-être victimes collatérales d'une entreprise de récupération de l'autobiographie de Louise Michel juste après sa mort. Aussi l'édition de ce second tome, inédit en librairie, constitue-t-elle un événement.
    Couvrant les années 1886-1890 (période qui s'ouvre après la mort de Marianne Michel, la mère, et de Victor Hugo, l'idole, pour se refermer en août 1890, à son départ pour Londres), ce gisement incroyablement riche révèle une écrivaine viscéralement engagée dans l'écriture, vivant ensemble le rapport à l'histoire, à la mémoire, au présent de sa lutte et à l'écriture.
    L'édition critique de ces
    Mémoires, accompagnée d'un dossier documentaire, est établie par Claude Rétat, directrice de recherche au CNRS.

  • Utopie

    Thomas Bouchet

    • Anamosa
    • 21 Janvier 2021

    Alors que le mot " utopie " est au mieux paré des vertus du doux rêve, au pire rangé pour certains non loin des totalitarismes, l'historien Thomas Bouchet s'en empare, dans un voyage au sein de la littérature et de la théorie politique, afin de le recharger.
    " Les six lettres d'utopie nous sont assez familières. Pourtant, il est difficile de déterminer quelle place le mot tient dans nos vies. Il paraît à la fois proche et lointain. Il est déroutant en lui-même car si en grec " topos " signifie " lieu ", le " u " initial peut être l'équivalent d'un " ou " et l'utopie serait alors le non-lieu (le lieu de nulle part), ou bien l'équivalent d'un " eu " et l'utopie serait alors le bon lieu (le lieu du bonheur). Il déroute aussi parce qu'il est environné d'une petite nébuleuse de mots dérivés, de qualificatifs, d'expressions apparentées. Utopie, mais aussi utopiste ou utopique. Utopie, pure utopie, belle utopie, folle utopie. Ceci est une utopie, cela n'est pas une utopie ou n'est qu'une utopie. Il y a aussi anti-utopie ou contre-utopie (mais quel lien entre ces deux-là ?), qui peuvent aussi accompagner utopie, ou s'y confronter, ou s'y substituer. Accommodée à toutes les sauces, l'utopie a été parée dans l'histoire de couleurs diverses voire inconciliables. Cela reste le cas aujourd'hui - on peut s'en convaincre en faisant le test auprès de proches ou de passants. Orange sur le mur de la Croix-Rousse, mais aussi rose ou rouge ou brune ou noire, verte comme l'écologie, jaune comme l'opposition populaire au président Macron et à son gouvernement. Ou arc-en-ciel. Certains la voient transparente, d'autres opaque. Ici claire, sombre là.Elle peut être désirée ou bien dénigrée, prisée ou bien méprisée. Elle peut s'employer avec le U majuscule de l'admiration ou de la peur, ou avec un u minuscule motivé par la confiance, l'attendrissement, la moquerie. Elle donne lieu à toutes sortes de parallèles, rapprochements, télescopages, mises à distance : avec idéologie (Karl Mannheim, Paul Ricoeur), rêve, mythe, réalité, fiction et aussi science-fiction, et même totalitarisme. Car utopie est aussi - et peut-être même surtout - ce qu'en font celles et ceux qui s'en saisissent. Ce mot-caméléon prend les teintes de ce qui l'entoure. " Vive l'utopie " pour les un·es, " à bas l'utopie " pour les autres : le mot est davantage polémique que descriptif et l'effet de brouillage n'en est que plus marqué. En bref : utopie est un mot vif et vivant, un mot qui ne tient pas en place et qui pour cette raison même nous est précieux. " Thomas Bouchet

  • Disons les choses d'emblée : la condition anarchique ici n'a rien à voir avec l'anarchisme qui intéresse la théorie politique. Lue étymologiquement, comme absence de fondement, an-arkhé, elle est le concept central d'une axiologie générale et critique. Générale parce qu'elle prend au sérieux qu'on parle de " valeur " à propos de choses aussi différentes que l'économie, la morale, l'esthétique, ou toutes les formes de grandeur, et qu'elle en cherche le principe commun. Critique parce qu'elle établit l'absence de valeur des valeurs, et pose alors la question de savoir comment tient une société qui ne tient à rien.
    Aux deux questions, une même réponse : les affects collectifs. Ce sont les affects qui font la valeur dans tous les ordres de valeur. Ce sont les affects qui soutiennent la valeur là où il n'y a aucun ancrage. Dans la condition anarchique, la société n'a que ses propres passions pour s'aider à méconnaître qu'elle ne vit jamais que suspendue à elle-même.
    Frédéric Lordon est chercheur en philosophie au CNRS. Sous le programme d'un " structuralisme des passions ", il s'intéresse aux usages de la philosophie de Spinoza en sciences sociales. Il a publié, entre autres, Capitalisme, désir et servitude (La Fabrique, 2010), Imperium (La Fabrique, 2015) et Les Affects de la politique (Seuil, 2016).

  • Connu pour ses sympathies anarchistes, Octave Mirbeau est un écrivain engagé. Il a combattu l'antisémitisme, le nationalisme, le colonialisme, toutes les formes de domination qui asservissent l'individu. Sujets d'indignation qui intéressent notre temps et nous incitent à redécouvrir cette oeuvre.Avec Le Jardin des supplices, il invente une forme romanesque qui rompt avec les conventions de la cohérence narrative et de la vraisemblance. Ce texte offre un assemblage de morceaux disparates dans lequel la stylisation du réel en dévoile, par-delà les apparences, les aspects grotesques ou monstrueux. Mirbeau y adopte, après l'avoir longtemps cherché, le mode satirique qui va désormais faire de ses romans l'expression de son engagement passionné dans les luttes de son époque.Le Jardin des supplices et Le Journal d'une femme de chambre sont autant d'allégories qui, en pleine affaire Dreyfus, renvoient à la France antidreyfusarde sa propre image hallucinée sous un jour crépusculaire. Quelques années plus tard, La 628-E8, parodie d'un récit de voyage en automobile à travers l'Europe du Nord, est l'occasion de violentes charges contre le colonialisme belge, le militarisme, le nationalisme barrésien, la germanophobie. En 1913 enfin, Dingo, pseudo-récit de formation où un chien refait paradoxalement l'éducation de son maître, offre un tableau féroce de la France radicale.Ces quatre romans montrent combien Octave Mirbeau mérite d'être considéré comme le rénovateur du roman satirique dans la tradition de Ménippe, le philosophe cynique. Sans oublier, comme nous le rappelle son contemporain Émile Zola, qu'il fut aussi ce " justicier " compatissant, qui avait " donné son coeur aux misérables ".

  • Altermondialistes, zadistes, environnementalistes, anarcho-primitivistes... Anarchie et écologie semblent partager de nombreux points communs. Une même aspiration à un monde meilleur, plus proche de la nature, respectant les espèces vivantes et les paysages, fait de communautés solidaires et tolérantes. Une même détestation d'un monde dominé par l'argent, les guerres et la soif du pouvoir.
    Pourtant, les choses sont loin d'être aussi simples qu'il n'y paraît. Elles sont parfois même antagoniques si l'on considère, comme Philippe Pelletier en fait l'hypothèse dans cet ouvrage, que la finalité de l'injonction au « tous écologistes » n'est autre que de faire évoluer le système actuel vers un capitalisme vert, bien éloigné de l'idéal anarchiste...

  • L'anarchisme demeure un mouvement largement méconnu, pourtant riche de théories et d'expériences qui ont marqué, souvent dans l'ombre, les deux derniers siècles.
    Né en Europe lors de la révolution industrielle, il se forme en réaction à la condition prolétarienne et à l'autorité de l'État. Si l'anarchisme naît d'une négation radicale de tout ce qui diminue ou asservit l'homme, il est aussi porteur d'un projet fondé sur l'égalité, la liberté et l'autonomie. Les courants multiples qui nourrissent l'idée anarchiste se retrouvent ainsi unis dans des combats (contre les totalitarismes, le colonialisme, le capitalisme...) menés de concert avec des pratiques grosses de la société future (syndicalisme, écoles, fédéralisme, communes libres...).
    Éclipsé un temps par l'hégémonie marxiste, le projet libertaire renaît aujourd'hui, ouvrant de nouvelles perspectives d'émancipation empreintes d'expériences passées toujours vivantes.

  • Rédigée en 1917 et publiée en 1921, au tout début du mouvement Dada, L'Apologie de la paresse possède un charme mélancolique singulier, un ton qui ne ressemble à aucun autre. De fragments en fulgurances, ce pamphlet poétique aurait toute sa place dans l'Antologie de l'humoir noir. Face à la société marchande, l'auteur invite à l'insoumission, à la nonchalance, à la joie et au rire dans une langue vive, libertaire et iconoclaste à souhait. Dans cette apologie où se mêlent lyrisme iconoclaste, érotisme noir et terminologie savante, Clément Pansaers tire une conclusion sans concession : la paresse est la condition souveraine de la raison humaine.

    Clément Pansaers (1885-1922) est un artiste belge, peintre, sculpteur, graveur et poète. Destiné aux ordres, il quitte le séminaire à 21 ans et s'engage comme bibliothécaire à la Bibliothèque royale. Inspiré par cet environnement, il commence à rédiger des poèmes dès 1916. Proche des cercles avant-gardistes de Belgique, il crée en 1917 la revue "Résurrection", profondément antimilitariste. Chef de file du mouvement Dada en Belgique à partir de 1919, il rejoint le groupe parisien en 1921.

  • En quête d'une nouvelle provocation, Céline cherche par tous les moyens à attiser la haine. Il croise Paul Morand, qui lui tient des propos antisémites. "Voilà enfin mon sujet !" s'écrie Céline. Il fait part au chef de presse de la Gestapo de son projet de livre. Celui-ci le conseille sur la manière de servir la propagande antisémite. "Un bon nazi ne cherche pas de références, il les invente."

    Kaminski emploie l'arme la plus redoutable de l'écrivain : la satire. En hissant Céline en personnage de fiction, cruel, imbu de lui-même, sombre et délirant, il met à jour les techniques de falsification propres à la propagande nazie. Réaction à chaud et virulente, cette dénonciation avait valeur d'avertissement. Hélas, à la lumière de ce qui a suivi, elle fut prémonitoire.

    Juif allemand né en 1899, H.-E. Kaminski s'engage en 1917 dans la Luftwaffe. En 1922, il soutient sa thèse en sciences économiques puis publie en 1925 un ouvrage sur le fascisme italien. Il quitte rapidement Berlin pour Paris en 1933. Un voyage en Espagne en 1936 aboutit à Ceux de Barcelone (rééd. Allia 1986, 2003), suivi en 1938 par Bakounine, la vie d'un révolutionnaire et Céline en chemise brune. Après l'invasion allemande, il gagne Lisbonne puis l'Argentine, où il meurt vers 1960.

  • Né en Algérie en 1894 et mort en banlieue parisienne en 1953, l'anarchiste kabyle Mohamed Saïl fut toute sa vie un infatigable militant antimilitariste, anticolonialiste et anticapitaliste. Insoumis et déserteur pendant la Première Guerre mondiale, il s'engagea sans hésiter dans la colonne Durruti lors de la guerre d'Espagne pour combattre les fascistes et participer à la révolution. Harcelé par la police, arrêté et emprisonné plusieurs fois, il n'a jamais pour autant cessé de contribuer à divers journaux nord-africains et français et d'en assurer la diffusion, d'organiser des comités de lutte et de participer à nombre de meetings et manifestations.

    Cette anthologie regroupe une trentaine de ses textes écrits entre 1924 et 1951, qui ciblent spécialement l'oppression coloniale française en Algérie ainsi que le racisme meurtrier et souvent hypocrite de l'administration républicaine, tout en appelant ses camarades algériens et français à se méfier des fausses solutions et à rejoindre les rangs des anarchistes. La colère de Mohamed Saïl résonne particulièrement avec celle des soulèvements populaires d'aujourd'hui.

  • Loin d'être un manifeste dogmatique, ce Petit éloge de l'anarchisme célèbre la faculté d'exercer son jugement moral et sa créativité en toute liberté.
    À partir d'exemples tirés de la vie quotidienne et de l'histoire, James C. Scott analyse les notions d'autonomie, de dignité, de justice et de résistance. S'en dégage un plaidoyer pour l'insubordination sous toutes ses formes et dans toutes les circonstances - au travail, dans la rue, à l'université et dans les maisons de retraite.
    Manuel d'exercices de l'esprit pour voir et agir dans le monde comme un anarchiste, ce livre s'adresse avant tout à ceux qui ne se considèrent pas comme tel. À sa lecture, ils apprendront sans doute qu'ils partagent plusieurs des valeurs défendues par ces « dangereux extrémistes de gauche ». Les libertaires, quant à eux, y redécouvriront l'origine de certaines de leurs convictions.

  • Qu'est-ce que l'anarchie et que veulent les anarchistes ? Un humaniste curieux et désireux de comprendre interroge son fils, un militant anarchiste qui s'est penché sur le sujet.

    Au fil de leur dialogue, les deux hommes remontent aux racines des notions d'anarchie et de démocratie. Ils évoquent certaines figures de l'anarchisme et les différents courants de ce mouvement révolutionnaire, tout en illustrant leurs propos d'exemples tirés du monde d'aujourd'hui. Ensemble, ils analysent la critique anarchiste des grands systèmes de domination - l'État, la religion, le patriarcat, le capitalisme et le racisme - et offrent ainsi une initiation vivante et originale à l'anarchie.

  • Apparue à Berlin-Ouest vers 1980 et popularisée lors de la «bataille de Seattle» en 1999, la tactique du black bloc connaît un renouveau. Des black blocs ont manifesté lors du Sommet du G20 à Toronto, du Printemps arabe, du mouvement Occupy et des Indignés, lors des récentes grèves étudiantes au Québec et contre la vie chère au Brésil, dans les «cortèges de tête» en France et contre les néonazis aux États-Unis.

    Cagoulés, vêtus de noir et s'attaquant aux symboles du capitalisme et de l'État, les black blocs sont souvent présentés comme des «casseurs» apolitiques et irrationnels, voire de dangereux «terroristes».

    Publié une première fois en 2003 et depuis mis à jour et traduit en anglais et en portugais, ce livre est reconnu comme la référence pour qui veut comprendre l'origine du phénomène, sa dynamique et ses objectifs. Alliant observations de terrain, entretiens et réflexion éthique et politique, l'auteur inscrit les black blocs dans la tradition anarchiste de l'action directe.

  • Aphorismes bohême

    Ayerdhal

    La Bohême et l'Ivraie, premier roman, d'Ayerdhal n'est pas seulement un très grand space-opera et une réflexion sur la place de l'individu et le rôle de l'art dans la société, il jette aussi la base d'une pensée critique politique qui fait l'éloge de la liberté par le contre-pouvoir et les contre-cultures. Le mouvement politique de la Bohême est une stupéfiante anticipation des mouvements et idées politiques qui agitent aujourd'hui la pensée radicale.

    Extraits de l'ouverture des chapitres de La Bohême et l'Ivraie, rassemblés ici, les Aphorismes bohêmes composent un florilège d'une puissance et d'une actualité stupéfiante, une pensée politique vivante et toujours fertile pour penser l'humanité.

  • Emma Goldman tenait Voltairine de Cleyre (1866-1912) pour « la femme anarchiste la plus douée et la plus brillante que l'Amérique ait jamais produit », et ce jugement avancé il y a près d'un siècle n'a toujours pas été infirmé.

    Pionnière du féminisme américain, poétesse, musicienne, celle qui se définissait comme une « anarchiste sans qualificatif » propose une réflexion originale qui touche à un très large éventail de sujets - notamment l'économie, la libre pensée, la philosophie, la religion, la criminologie, la littérature et l'action directe non violente.

    L'oeuvre d'envergure de cette militante passionnée expose les raisons de sa révolte, témoigne de son espérance d'un monde meilleur et demeure, aujourd'hui encore, d'une brûlante actualité.

    Cet ouvrage, réalisé sous la direction de Normand Baillargeon et de Chantal Santerre, réunit 16 essais majeurs qui couvrent l'ensemble de son parcours ainsi que 14 poèmes.

  • Pascal Lebrun offre au public francophone la première synthèse présentant l'économie participaliste. Il expose ses fondements philosophiques, théoriques et idéologiques ainsi que son fonctionnement.

  • « Peut-être ne le savez-vous pas, mais les anarchistes sont très actifs au Québec », soutenait un chroniqueur du Journal de Montréal, au cours de la grande grève étudiante de 2012. Au-delà d'un phénomène spectaculaire associé au chaos, quelle est la véritable nature des activités de la nébuleuse anarchiste ? Et surtout, qui de mieux que des anarchistes pour l'expliquer ? Nous sommes ingouvernables constitue une réponse à plusieurs voix par des anarchistes qui militent dans divers réseaux. Cette mosaïque forme un portrait ouvert de ce qui fait le coeur et le corps du mouvement ­anarchiste aujourd'hui au Québec.

  • Élisée Reclus, Albert Camus, l'Algérie : deux personnages, une contrée, une convergence finalement évidente. Malgré le demi-siècle qui les sépare, malgré les différences de métier, de contexte ou de caractère, Reclus et Camus partagent de nombreux points communs : honnêteté intellectuelle, exigence éthique, convictions libertaires et passion pour l'Algérie. Véritable fil noir et rouge, qui passe d'abord par un attachement familial, ce pays traduit en effet leur sentiment d'être des « indigènes de l'univers ». Leur dénonciation du colonialisme, exempte de nationalisme, fut mal comprise. Leur alternative autogestionnaire et fédéraliste aurait permis des issues moins douloureuses.

  • C'est un extrait d'un ouvrage posthume du philosophe, Manuscrits de 1844 , publié seulement en 1932. C'est une dénonciation sans précédent du rôle que peut tenir l'argent dans nos sociétés, jusqu'à devenir comme l'écrit Marx, " le vrai et unique besoin ", à se substituer au propre de la condition humaine. " L'argent peut manger, boire, aller au bal. " Mais, note Marx, c'est un jeu pervers car alors, faute d'être sollicités, nos sens et l'être de nos sens s'éteignent. Seul demeure l'avoir. Nous sommes rendus " sots et bornés ".

  • Alors que l´écrivain le plus lu des Français fait l´objet de récupérations éhontées, - de l´Elysée aux philosophes de Cour et tristes vulgarisateurs -, il nous a paru essentiel de rappeler l´attachement viscéral, indémenti de Camus à ce qu´il appelait « le génie libertaire » et qu´ont nié ou minimisé tous ses biographes. Il lui doit notamment d´avoir pu résoudre son horreur de la violence, dans les pas de Gandhi et au service de la vie aujourd´hui meurtrie par une société étatiste, industrielle. Plus que jamais brille alors la phrase de l´anarchiste russe Lazarévitch : « Nous sommes en présence d´un des rares écrivains qui n´acceptent pas de se laisser corrompre. »

  • Après Stirner, Proudhon et Bakounine, Pierre Kropotkine poursuit le grand rêve libertaire : ce prince russe devenu géographe de renom se fait le généalogiste d'une morale anarchiste qui dénonce les fausses morales imposées depuis des lustres par « le prêtre, le juge, le gouvernant ».Avec La Morale anarchiste (1889), livre virulent et raisonné, il montre que seul l'instinct d'entraide est le dépositaire des valeurs humaines à construire.

  • Ierre Kropotkine (1842-1921), est l'un des trois théoriciens les plus connus de l'anarchisme avec Max Stirner et Michel Bakounine.
    Issu de la haute noblesse moscovite, il intègre l'armée à partir de 1857 et est affecté, comme officier des Cosaques, en Sibérie. À partir de 1867, il quitte l'armée pour faire des études de mathématiques et de géographie à l'université de Saint-Pétersbourg. Il publie plusieurs travaux sur l'Asie septentrionale et explore la péninsule scandinave. Dès 1872, il fait partie de la fédération jurassienne de la Première Internationale. Il repart à Saint-Pétersbourg où il mène une activité de militant clandestin. Il est emprisonné en 1874 et s'évade deux ans plus tard. Il se réfugie alors en Grande-Bretagne puis revient en Suisse, reprend son activité militante et publie plusieurs ouvrages politiques. Il fonde en 1879 le journal Le Révolté et est arrêté à nouveau en 1883 à la suite des grèves des soieries lyonnaises. Il est détenu à Lyon et amnistié en 1886, grâce à l'intervention, en particulier, de plusieurs personnalités dont Victor Hugo. Il s'installe alors en Angleterre et publie différents ouvrages de géographie et de politique. Son ouvrage L'entraide, un facteur d'évolution en fait un scientifique internationalement respecté. Il collabore notamment à la Géographie Universelle d'Élisée Reclus ainsi qu'à la Chambers Encyclopædia et à l'Encyclopædia Britannica. En 1916, la signature du « manifeste des 16 » lui vaut de la part de ses anciens amis le petit nom d'« anarchiste de gouvernement ». Il retourne en Russie en 1917 et refuse un poste de ministre, proposé par Aleksander Kerenski. Il prend une attitude critique vis-à-vis du pouvoir bolchévique notamment de la personnalité de Lénine et des méthodes autoritaires de la nouvelle URSS.
    Son enterrement constitue la dernière manifestation publique anarchiste en URSS, le 13 février 1921.
    Le thème central de ses nombreux travaux est l'abolition de toute forme de gouvernement en faveur d'une société qui puisse être exclusivement régie par les principes d'entraide et de coopération, sans avoir recours à des institutions étatiques. Cette société idéale (cf. communisme anarchiste ou anarcho-communisme) serait alors le dernier pas d'un processus révolutionnaire qui passerait avant par une phase de collectivisme (le collectivisme libertaire).
    En ce qui concerne L'esprit de Révolte, petit texte publié en 1881, Kropotkine développe une théorie de l'Histoire en rupture avec les thèses hégélienne et marxiste. En s'appuyant sur l'analyse de la Révolution française de 1789, il considère que les acteurs majeurs et décisifs de cet événement sont les « petites gens ». Ainsi, ce ne sont pas les élites bourgeoises et cultivées qui bouleversent le cours ordinaire des choses mais bien les gens du peuple, qui, par esprit de révolte, développe sans stratégie établie un activisme révolutionnaire qui conduit aux changements profonds. L'agitation préalable et nécessaire avant que les conditions de la révolution soient arrivées à maturité est initiée et entretenue par les grandes masses. Les années qui précédèrent 1789 virent une multiplication des pamphlets, libelles, brochures ou plus simplement encore, afin que tous comprennent, de dessins caricaturant les moeurs de la cour de Louis XVI, ceux-ci se révélèrent être des armes de propagande extrêmement efficaces qui « contaminèrent » la plus grande partie de la population, alimentant ainsi la colère sourde des gens maltraitées.
    En quelques pages, Kropotkine propose donc un manuel théorique de la révolution, de ses acteurs et des moyens nécessaires à son épanouissement.
    L'ensemble sera précédé d'une préface de Roger Dadoun, philosophe, professeur émérite de l'université de Paris VII, spécialiste des idées libertaires et anarchistes.

  • L´anarchisme, une chimère ? En 1894, Paris vient de connaître une vague d´attentats, la répression est forte. Élisée Reclus est invité à faire une conférence devant une loge maçonnique de Bruxelles. Le géographe épris de paysages et de liberté, le communard qui fut banni dix années, calme les esprits échauffés en inscrivant l´anarchisme dans une tradition de contestation aussi longue que l´histoire des pouvoirs. Les temps changent : « si Dieu s´évanouit », les hiérarchies tombent, et la liberté de penser fait de tous les hommes « des anarchistes sans le savoir ».

empty