Éditions du Noroît

  • Pour répondre à la question posée par le titre, les poèmes de «J'ignore combien j'ai d'enfants» plongent dans le caveau des souvenirs de famille.

    Le temps, qui a transformé les anciens enfants, a vu se multiplier les personnalités éphémères, les affabulations, condamnations, rejets et autres silences. Pour mieux comprendre cette dérive, les poèmes interrogent la matière et le temps (deux des principaux objets d'étude de la science physique), alors qu'il leur devient impossible de ne pas entendre les échos d'un cosmos lointain qui abrite néanmoins l'actuelle présence des disparus, dont celle de la jumelle morte en bas âge, qui parle maintenant depuis le clan des multiples enfants à dénombrer.

    Dans l'irrésolution des mystères liés à toutes ces absences, le poème apparaît comme un moyen privilégié de maintenir en vie les morts, et de permettre notre conscience du monde, laquelle par ricochet confère son poids à notre monde.

  • Comment survivre à la disparition de la mère ? Comment combler l'espace entre le monde et soi, voire entre soi et soi tant la douleur dévaste tout ? S'accrocher au paysage, bien sûr - lieu où elle a passé, où son souvenir toujours refait surface. Et l'écrire, en former des images que l'on voudrait réparatrices. Mais toujours en vain puisque, malgré sa continuité, le monde jamais n'arrive à taire le silence de la mort.

  • J'élève des soleils est un long poème adressé à une mère où le je est la fille du tu, et où le dessin est un sujet inénarrable. Or, installée à la table des réparations, de la faim, cette enfant de la mouise pratiquera l'art de la conversation aux couleurs salées et orangées. Débusquer sa mère, c'est ce qu'elle tentera de faire.

    J'élève des soleils est le septième livre de Louise Marois.

  • La chambre des saisons Nouv.

    C'est le territoire de la Gaspésie où la poète vit qui unifie les trois parties de cet ambitieux recueil de poésie. Comment ne pas rendre hommage à ce paysage qui, au fil d'une vie, et même dans l'absence, a illuminé tous les chemins qu'elle a choisis?

  • Dans ce « presque récit » qui s'articule autour de la figure de la mère, la narratrice explore une temporalité éclatée. Les motifs de la hache et de la flèche, inspirés d'Octavio Paz, évoquent par moment un lien violent et mythique, où tout au moins la sensation heurtée dialogue avec les images archaïques (mythes, enfance, etc). L'onirisme qui se dégage de l'ensemble, comme entre deux eaux, entre deux terres, deux destinations, révèle un combat incessant de la femme, comme si le destin individuel rejoignait le destin collectif « des femmes en arrière-fond ». Le personnage est souvent en état de guerre, brûlure ou blessure un mal séculaire et personnel où « une lame descendait sur son torse, jusqu'au mont de Vénus / où les poings d'un père ont frappé. »

  • Le deuil et la mélancolie, ces lieux de l'âme, fondent dans le parcours poétique de Paul Chanel Malenfant le climat affectif de l'imaginaire. Deuil des figures familiales, père et mère en allés ; des êtres disparus dans la turbulence du siècle ; des paysages qui s'effacent, par delà la beauté du monde. Du temps même qui, inlassablement, passe. Le poète érige des tombeaux pour survivre dans le devoir de la mémoire, dans le bonheur d'expression de la pensée lyrique. C'est en ce sens que La petite mariée de Chagall convoque maintenant, entre lamentation et célébration, le mystère de la mère morte, à la fois comme un exorcisme de l'enfance - perdue / retrouvée ? et un hommage rendu à la langue maternelle.
    Rumeur, sourdine, murmure : une trame narrative se profile dans le poème, attentive à la fois aux airs et aux affaires de familles, quand le coeur amoureux tergiverse, à dessein, entre l'invention d'un souvenir et la divulgation d'un secret.

  • La rédemption est une utopie et pourtant elle guide les pas fragiles alors que les lieux réinventent celui qui les regarde. Après Montréal, le pays du Pontiac délivre sa géographie secrète. Une maison, une falaise, un arbre, des contrées ruinées et d'autres transfigurées ; les jours renaissent sous le voile des paysages et des jeunes années.
    L'esprit des lieux soulève les vérités d'un autre monde, une faille d'où surgit une langue maternelle et impensable. Les souvenirs nous enracinent, d'autres nous leurrent, et comme des crimes impunis nous habitent depuis toujours, il n'y a pas d'initiation sans le sang et les cendres.

  • Tout repose

    Alain Cuerrier

    Les poèmes de «Tout repose» cheminent dans l'univers de la maladie et de la mort, celle de la mère du poète. Janvier, février, mars : trois mois, trois moments qui chacun verse sa part de vérité et d'irréel tout aussi bien dans les mots qui chevauchent ces poèmes où la douleur laisse place à l'acceptation, à la patience. Résolution du cri, du désarroi : l'ombre est chassée, une clarté se hasarde ; tout peut reposer.

  • « Lettre à mon fils aurait pu être un autre sous-titre.
    Le parc Lafontaine, en un seul mot comme autrefois. C'est ce que j'avais spontanément répondu à Paul, ami poète et éditeur, qui m'invitait - il y a déjà dix ans - à participer à la collection « Lieu dit » qu'il venait de créer aux Éditions du Noroît.
    Pourquoi ? Parce que j'y ai passé presque toute ma vie, de la petite enfance à aujourd'hui, et qu'il occupe depuis près de 40 ans beaucoup de place et de pages dans mon travail de création - qu'il est donc déjà lié à l'acte d'écrire. En fait, il se retrouve, conjugué à plusieurs temps - époques et saisons diverses - dans plusieurs de mes livres, et tout particulièrement dans La promeneuse et l'oiseau (1980), Tombeau de Lou (2000), Pendant la mort (2002) et La marathonienne (2004). Comme lieu de refuge ou de liberté, de plaisir ou d'effroi, de promenade ou d'enlisement, de réflexion ou de fuite.
    Mais surtout - surtout - parce que tout récemment j'ai pris conscience qu'il était beaucoup plus qu'un lieu à côté duquel j'avais vécu. Qu'il était en fait ma maison, la maison d'enfance ou de famille que je n'ai jamais eue. S'y empilent - comme dans un grenier ou une cave - des tas de souvenirs, des plus intimes aux plus historiques. C'est dans ce coeur francophone de Montréal, en pleine « Grande noirceur », entre le monument à L.-H. La Fontaine, les ours noirs de l'ancien zoo et la statue à Dollard, que j'ai entendu pour la première fois le mot « orpheline » ; là que, depuis, la mort n'a jamais cessé de rôder ; là pourtant que l'art et les livres existent.
    Or, c'est parce que la mort y a été très présente - comme dans mes livres -, et que mon fils m'en a fait un jour la remarque, que j'ai eu envie de m'adresser à lui dans ce texte, sorte d'autofiction qui comporte deux parties : une première d'une trentaine de fragments disons... archéologiques où s'entremêlent le privé et le collectif, et une seconde où, après Joe Brainard, Georges Perec et quelques autres, je reprends la forme des Je me souviens. »
    D.D.

  • La maladie d'Alzheimer fait voler en miettes la mémoire comme autant d'éclats de verre, ou plutôt de miroirs - d'où les obsessions, les manies, la répétition constante des mêmes questions, des mêmes phrases qui peu à peu se disloquent, se désarticulent, tiennent tout au plus en quelques mots avant le règne du silence définitif. Le mal contraint les proches à des deuils successifs. C'est ce chaos que tente ici de rendre le poète, fils d'Antonia.

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